La vérité, toute la vérité, rien que la vérité

Note aux lecteurs: La fin approche chers lecteurs. Il me reste un chapitre et l'épilogue, si tout va bien. Je sais ce qui doit être écrit, même si ça n'a pas encore été rédigé. Ce chapitre n'a malheureusement pas pu être corrigé par Tempus Frangit. Il est possible que quelques modifications soient opérées avant que le dernier chapitre ne soit posté. Sur ce, BONNE LECTURE A TOU(TE)S !


- Quand on sent que la fin approche -

Harry regarda pensivement le stylo qu'il tenait, puis la pile de cartes qui l'attendait gentiment sur son bureau. Blaise était reparti le matin même, lui laissant un brouillon de l'invitation et une liste des choses indispensables pour le réveillon. La veille, ils s'étaient mis d'accord sur le menu et sur l'heure à laquelle les invités arriveraient. Il ne lui restait plus qu'à prendre son courage à deux mains et à recopier l'invitation sur chacune des cartes. Malheureusement, l'écriture n'avait jamais été son fort, et il avait toujours eu la copie en horreur. Il soupira en se grattant le sommet du crâne avec le bout de son stylo, gigota, écrivit deux mots et, n'y tenant plus, se leva en maudissant Blaise. Il revint s'installer quelques minutes plus tard avec un café brûlant, dûment sucré et touillé. Et il se mit au travail.

Il avait à peine entamé la cinquième carte que la sonnette de son appartement retentit, le faisant sursauter. Il égrena un chapelet de jurons bien sentis contre le gêneur et fut tenté de le laisser poireauter, qui que ce fût. Malgré tout, il finit par se lever en grommelant; il prit tout son temps pour arriver à la porte d'entrée, si bien qu'un deuxième coup de sonnette lui vrilla les tympans.

« Oh! Ça va! » rugit-il en ouvrant la porte à la volée. « Qu'est-ce que... »

Sur le seuil de son appartement se tenait Draco Malfoy, l'épaule sur le chambranle de la porte, légèrement déhanché et une rose entre les dents. Le néon blafard du hall tombait sur ses cheveux comme un rayon de lune, ce qui donnait l'étrange impression que la lumière émanait de ses cheveux même. Le protagoniste de cette scène surréaliste avait soigneusement préparé son numéro, persuadé que Harry se laisserait avoir. Et en effet.

« Qu'est-ce que... » La voix de Harry avait perdu toute trace de colère. Ses épaules étaient retombées, et on voyait presque se dessiner sur ses lèvres un sourire énamouré. Cependant, notre ami Draco avait mal calculé son coup. Brusquement, Harry sembla se ressaisir. Son regard se durcit de nouveau.

« Non mais qu'est-ce qui t'est passé par la tête? Qu'est-ce que c'est que ce cirque? Qui tentes-tu de séduire comme ça? Tu es ridicule mon pauvre! Tu as bien failli m'avoir avec ce manège, mais ça n'a pas marché! Tu t'imaginais pouvoir m'avoir avec une simple mise en scène, alors que ça fait plus d'un mois que je n'ai pas eu de tes nouvelles! Non mais franchement, tu croyais sincèrement que j'étais assez bête pour ça? Tu me prends pour une truffe? Alors maintenant, assez joué Malfoy, j'exige des explications, et plus vite que ça! Ne crois pas que je vais te laisser partir sans avoir obtenu satisfaction. J'exige... »

La violente diatribe de Harry dura plusieurs longues minutes. Se faire insulter n'avait pas empêché Draco d'entrer et de fermer la porte: les voisins n'avaient pas à connaître sa vie privée. Après avoir épuisé son stock d'injures, Harry se tut, et inspira profondément, comme s'il avait voulu se calmer après coup. Les deux hommes se regardaient en chiens de faïence, debout dans le couloir et un silence s'installa.

« Ça y est, tu as terminé? »

Alors que Harry allait continuer sur sa lancée, Draco s'approcha et s'empara de ses lèvres. L'effet fut immédiat et il se tut. L'insidieux serpent se recula, le prit par la main et l'entraîna dans le salon. Le répit fut de courte durée, puisque aussitôt il reprit le baiser où il l'avait laissé, avec plus d'ardeur encore. Harry n'eut pas le temps de souffler la moindre injure. Bientôt, ses lunettes lui furent retirées et sa vision se fit floue. Alors il ferma les yeux et se laissa faire, trop fatiguée par sa crise de rage pour lutter face à un Draco survolté et bien décidé à avoir le dessus.

C'est un rayon de soleil qui vint éveiller notre héros le lendemain matin. Tout d'abord, il fronça un sourcil, puis deux, avant de se retourner et d'enfouir avec toute l'élégance dont il était capable sa tête sous l'oreiller. Tiens, étrange... L'oreiller était bien lourd ce matin. En effet, son mouvement eut le malheur de tirer du sommeil un autre jeune homme, qui se trouvait là, par hasard bien entendu. Celui-ci grogna en sentant une main peu amène lui tordre le bras et en voyant une touffe de cheveux se blottir contre lui. Draco hésitait entre réveiller la chiffe molle qui ronflait à côté de lui (sous lui serait plus exact, mais il n'allait pas chipoter à une heure aussi matinale) et sourire en évaluant le ridicule de la situation: manifestement, Potter l'avait pris pour un oreiller. Un oreiller! Lui, Draco Malfoy! Finalement, il opta pour un compromis: un sourire un peu niais collé aux lèvres, il se leva sans douceur, avec l'espoir plus ou moins conscient qu'il réveillerait Harry. Malheureusement pour lui, ce dernier avait un sommeil de plomb, et il se contenta de ronchonner tout en retrouvant avec plaisir son deuxième oreiller – le vrai cette fois.

Attablé devant une grande tasse de breakfast tea, Draco observait d'un air absent le hibou qui approchait de la fenêtre du salon. Ce n'est que lorsqu'il le vit frapper trois petits coups à la vitre qu'il réalisa que le volatile apportait le courrier. Il s'empressa de le faire entrer. Après l'avoir payé, il regarda les journaux: La Gazette du Sorcier ainsi qu'un magazine mensuel au titre ridicule gisaient sur la table devant lui. Il s'empara du premier, prit sa tasse et s'installa confortablement dans le canapé. Potter n'avait peut-être aucun goût, mais il savait ce qu'était le confort, songea Draco en observant la une. Il cligna des yeux. Une fois. Deux fois. Il jura. Fichues lunettes! Il les avait oubliées chez lui. Il n'avait aucun moyen de lire les nouvelles du jour. Ceci dit, il était seul, puisque l'autre dormait toujours à côté. Alors il s'approcha du papier, tout près, et commença à lire. Mais rapidement, ses yeux tirèrent et il eut mal à la tête. Ce n'était pas possible. Il était vieux! Il n'était plus parfait. Soudain, une idée lui traversa l'esprit.

Sur la pointe des pieds il entra dans la chambre. Après avoir parcouru la pièce du regard, il repéra ce qu'il cherchait.

Beaucoup mieux! Même si elles étaient un peu trop fortes pour lui, les lunettes de Harry ne lui allaient pas si mal après tout. Et il pouvait lire La Gazette. C'est ce moment que choisit l'endormi pour ouvrir un œil vague.

-&-

Cela faisait plus d'une demi-heure que Mrs Rowling tapait des pieds, assise sur un banc dans le grand parc d'Edinburgh. Le sol était couvert d'une couche de neige qui avait gelé dans la journée et les rares promeneurs en cette heure tardive la faisait craquer sous leurs pas. Le ciel commençait à s'assombrir derrière le château et plus le temps passait, plus la petite femme doutait qu'on vînt la retrouver. Elle avait pourtant bien précisé « troisième banc sur la gauche à partir de l'entrée située juste devant la boutique W.H.Smith ». N'y tenant plus, elle se leva et commença à faire les cent pas dans la neige. Elle remonta le col de son manteau, soupira, jeta un coup d'oeil furtif aux alentours, mais ne vit rien. Les quelques téméraires avaient désormais quitté le parc; les lampadaires s'allumèrent en même temps que les étoiles dans le ciel. Un léger souffle d'air froid la fit frissonner. Joanne allait s'en retourner lorsqu'elle entendit une sorte de PLOP provenant d'un bosquet voisin. Elle vit alors une fine silhouette sortir des thuyas, entièrement emmitouflée dans un épais manteau bleu. Lorsqu'elle s'approcha, Joanne put distinguer quelques étoiles se dessiner sur les manches et le col du manteau. Et quelle ne fut pas sa surprise quand une étoile fila au niveau de l'ourlet qui traînait dans la neige!

« Bonsoir Mrs Rowling. Je suis si contente que vous m'ayez attendue! J'avais très peur de ne plus vous trouver, depuis le temps.

- J'ai bien failli repartir, et plus d'une fois. Mais dites-moi Luna, qu'est-ce qui vous a retenue si longtemps?

- Oh, ce n'est qu'une simple araignée que j'étudiais dans ma cuisine. Elle faisait des étincelles mauves pour essayer de se libérer d'une bulle de savon. »

Mrs Rowling ne répondit rien. Ainsi, Luna Lovegood était telle que Ronald Weasley la lui avait décrite plusieurs années auparavant. Loufoca, comme l'appelaient certains. Malgré tout, la jeune femme lui semblait très sympathique, et c'est avec le sourire qu'elle l'invita chez elle à boire quelque infusion.

« Cela ne vous intéresse pas de savoir pourquoi j'ai voulu vous rencontrer? » demanda Mrs Rowling depuis sa cuisine.

« C'est au sujet de Harry. » Un bruit de vaisselle brisée suivit cette réponse pour le moins directe. Immédiatement, Joanne reparut dans le salon.

« Comment savez-vous? »

Comme si elle n'avait pas entendu la question, Luna avala un shortbread dégoulinant de beurre et dit en léchant le bout de ses doigts « Ces gâteaux sont délicieux! Vous les faites vous-même?

- Oui, c'est une recette traditionnelle. Mais vous n'avez pas répondu à ma question. » Un long silence suivit ces propos. Perdant patience, Mrs Rowling reprit: « Comment avez-vous su que je voulais vous parler de Harry, et que savez-vous sur l'homme qu'il fréquente?

- Je sais qu'il est blond, depuis que vous me l'avez dit.

- Mais encore? Je suis certaine que vous en savez plus que cela. Connaissez-vous son identité?

- Oui. Au fait! » Luna se précipita vers son manteau, dont les étoiles avaient cessé de scintiller à la lumière du vestibule. Elle fouilla quelques instants dans ses poches avant d'en sortir une enveloppe carré, d'un bleu très sombre. À l'encre blanche, on pouvait déchiffrer – à grand peine – Mrs Joanne Rowling. « J'avais cette invitation à vous donner. C'est de la part de Harry. Il vous invite au réveillon. Vous y trouverez les Weasleys au complet, quelques amis dont vous avez dû entendre parler et la réponse à votre question, je suppose. »

Joanne avait pris l'enveloppe dans ses mains et la contemplait comme s'il s'était agi du plus précieux présent qu'on lui eut jamais fait. Ses yeux brillaient et un large sourire éclairait son visage. « Merci, » souffla-t-elle.

-&-

C'était le jour J, et Harry était, comme à son habitude, très en retard. Le bureau des Aurors n'avait rien trouvé de mieux que de lui confier une mission de dernier instant qui lui avait rongé une bonne partie de son après-midi, alors qu'il avait prévenu son supérieur qu'il devrait se libérer après le déjeuner. Et voilà: il venait à peine de rentrer chez lui et il devait encore préparer le dîner, mettre le couvert, lancer les sortilèges adéquates pour agrandir son salon qui, soyons lucide, ne contiendrait jamais vingt adultes, cinq enfants et un chien! Et après tout cela, il fallait qu'il se prépare et range son appartement. En bref, il avait du pain sur la planche, et ne s'en sortirait jamais seul. Aussi, la première chose qu'il fit en rentrant chez lui fut d'envoyer un hibou d'urgence à Blaise, lui intimant d'arriver sur-le-champ.

Paniqué, Harry perdait plus de temps qu'il n'en gagnait: il tournait en rond, brassait beaucoup d'air et n'était absolument pas efficace. Au bout de quelques minutes, Blaise débarqua dans la cheminée: pour l'occasion, il avait rompu son vœu de vie moldue et avait utilisé le réseau Cheminette.

« Bien, que se passe-t-il? Que veux-tu que je fasse pour ton service, cher ami?

- Tu pourrais t'occuper du dîner?

- As-tu fait les courses, comme prévu?

- Oui, oui, tout est dans la cuisine. Mais moi, qu'est-ce que je fais? Aide-moi Blaise, je suis complètement perdu! »

Blaise prit le contrôle de la situation: tout en épluchant concombres et carottes à l'aide de sa baguette, il donnait ses instructions à Harry et préparait la mayonnaise. Pendant ce temps, le salon avait triplé de volume; en un tour de main, le ménage fut fait – jamais Harry ne remercierait assez Hermione de lui avoir enseigné quelques sortilèges ménagers – et le couvert mis. Blaise lui apprit un sort pour faire briller l'argenterie et l'aida pour la décoration: il connaissait le problème de goût qu'avait son ami. De tous côtés fusaient des étincelles bleus, dorés, vertes, blanches. Un ballet de verres à pieds s'organisait sur la nappe bleue, tandis que les fourchettes entamaient une valse endiablée avec les cuillers.

Dans la cuisine, les petits plats se mettaient dans les grands: sur le plan de travail, on voyait les couteaux tartiner énergiquement les canapés de diverses préparations. Les légumes croquants s'étaient alignés sur un plat blanc, à côté des sauces. Dans la marmite bouillonnait une viande en sauce dont le fumet faisait saliver les deux jeunes hommes. De temps à autre, Blaise vérifiait que tout allait bien. La génoise cuisait doucement dans le four, et les crèmes et glaçages avaient été réservés au réfrigérateur. Les crevettes de l'entrée se battaient dans l'évier et cherchaient à échapper à l'épluchage. Mais rapidement, toutes se retrouvèrent dans un bol, à mariner dans le citron et les épices.

Encore quelques coups de baguette et les manteaux et chaussures du vestibule retrouvèrent leur place. Puis Harry demanda à Blaise de s'occuper de la salle de bain, pendant qu'il rangeait de dans sa chambre: il avait été décidé qu'une fois sortis de table, c'était là que les enfants iraient jouer. Il changea les draps, s'essoufflant et pestant contre les coins de la couette qui s'étaient perdus dans l'immensité de la housse. Il n'avais pas la chance de connaître autant de sorts ménagers que Blaise et se maudissait de n'avoir pas écouté quand Hermione les lui avait enseignés. Puis il ramassa les chaussettes et caleçons qui traînaient çà et là, dépareillés, sur le tapis. Bizarre,cette paire de lunettes ne lui appartenait pas. Il en connaissait un qui devait jurer sur tous les grands sorciers qu'il connaissait en ce moment même! Et dire qu'il était persuadé de les avoir oubliées chez lui! Il déposa les lunettes de Draco sur la table de chevet, avant de se raviser et des les ranger dans le tiroir: il ne s'agissait pas que Blaise se pose des questions ou que les enfants les cassent!

Quand il eut terminé, il demanda à Blaise ce qu'il devait faire.

« Peut-être, si tu en as envie, pourrais-tu ôter cet uniforme couvert de poussière et de taches ressemblant à s'y méprendre à du sang, te doucher et revêtir quelque robe plus adaptée à ce genre de soirée? »

Une fois dans sa chambre, Harry perdit un bon quart d'heure à choisir la robe qu'il mettrait. Il avait beau vivre du côté moldu de Londres, lorsqu'il recevait ses amis, la robe était de mise. Et il en allait de même dans tout le monde sorcier: robe de soirée obligatoire pour les fêtes, réveillons, dîners officiels ou réunions de famille. Il finit par choisir sa robe de serge turquoise rebrodée de blanc et d'argent, robe qu'il avait achetée pour le mariage de Ron et Hermione et n'avait jamais remise depuis. Ayant enfin fait son choix, il piocha au hasard dans son panier à sous-vêtements et s'en fut dans la salle de bain.

Rien de tel qu'un bon bain pour se calmer, songea avec délice Harry en se laissant couler dans l'eau fumante. Il y avait une chose qui l'avait grandement soulagé au début de la semaine: quand il avait annoncé à Draco qu'il ne pourrait fêter le nouvel an avec lui, celui-ci ne s'en était pas formalisé et avait presque bien pris la chose. Quelqu'un de normalement constitué se serait posé quelques questions, mais Harry était simplement heureux d'avoir évité une dispute à ce sujet. Lorsqu'il était parti l'autre jour, Draco l'avait simplement embrassé et quitté avec un signe de la main. Ce que Harry n'avait pas vu, c'était le sourire en coin qu'il avait du mal à dissimuler. Il soupira d'aise et commençait à s'assoupir dans le bain lorsque la sonnette d'entrée retentit.

« Merde! » Il sortit en trombe de la baignoire, manqua s'étaler sur le carrelage rutilant, s'essuya à la va-vite. Il s'habilla. Un coup de baguette fit s'évaporer l'eau qui tapissait le sol et un deuxième ôta toute trace de buée sur le miroir. Enfin, il se précipita dans le salon où l'attendait les premiers invités.

« Bonsoir Harry! »