La vérité, toute la vérité, rien que la vérité
Note aux lecteurs: Hum... j'ai mis le temps, je le sais, et je m'en excuse. Je ne pensais pas qu'il y avait autant de boulot à la fac! De plus, je vous avais dit que ce serait le dernier chapitre, mais j'ai trouvé le moyen d'ajouter un chapitre douze... s'il-vous-plaît, ne me détestez pas! Sur ce, je vous souhaite à toutes (tous?) une très bonne lecture.
- Draco dormiens nunquam titillandus -
« Tu es prêt Théo?
- Non, je ne trouve pas mes chaussettes, et je dois encore arranger le col de ma robe!
- Tu es au courant que nous sommes en retard?
- Oui, je suis désolé. Écoute, tu n'as qu'à y aller, j'arrive dès que j'ai terminé. Tu prends les cadeaux? » Théo n'eut pas de réponse.
Luna s'était emparé du grand sac de toile qui contenait moult paquets colorés et bigarrés, puis avait descendu l'échelle de corde. Elle ne comprenait pas pourquoi Théo tenait tant à arriver en retard: elle avait bien vu qu'il avait caché ses chaussettes sous le fauteuil de leur chambre! Quant au col de sa robe, un coup de baguette et c'était réglé. Haussant les épaules, elle supposa que cette affaire devait avoir un rapport avec Draco. Une fois sur la terre ferme, Luna frappa trois petits coups sur le tronc de l'arbre qui abritait leur maison et une porte se dessina dans l'écorce. Elle l'ouvrit et commença à descendre les marches irrégulières en chantant l'adresse de Harry. Ainsi, elle arriverait à bon port d'ici quelques minutes.
Pendant ce temps, Théo avait fini de s'habiller et faisait les cent pas dans son salon. Pour se donner contenance, il ouvrit le Chicaneur et le feuilleta sans y prêter grande attention. Au bout d'un moment, n'y tenant plus, il le referma d'un geste brusque. Quelle ne fut pas sa surprise quand il vit deux yeux froids qui l'observaient!
« On y va? demanda Draco.
- Depuis combien de temps es-tu ici?
- Depuis trop longtemps. » Comme pour appuyer ses dire, Draco jeta un regard dégoûté sur le mobile en coquilles d'oeufs qui se balançait au-dessus de la pierre à évier. Décidément, il ne comprendrait jamais comment Théodore pouvait accepter de vivre dans un tel endroit.
« Bon, tu viens? » Théo semblait ne pas apprécier son regard critique et l'attendait sur le pas de la porte, prêt à quitter les lieux. Alors tous deux s'en furent dans le froid mordant de cette dernière nuit de l'année.
« Bonsoir Harry! Nous ne sommes pas en retard? Tu connais Ron, il n'était pas encore habillé quand nous aurions dû être partis depuis dix-sept minutes. Et Tantale devait prendre son bain. Et...
- Ne t'inquiète pas Hermione, vous êtes les premiers. » Blaise s'était empressé d'interrompre le flot de paroles et de faire entrer les invités. Hermione l'embrassa sur les deux joues, soulagée d'être à l'heure. Harry, lui, était très occupé par son filleul, qui refusait de lâcher son cou et de quitter ses bras.
« Mais enfin Tantale, tu ne vas pas rester toute la soirée dans mes bras!
- Si.
- Harry!
- Oui Blaise?
- Tu veux bien t'occuper des manteaux s'il-te-plaît?
- Deux secondes. Tantale, je te propose un marché. Tu descends trois minutes et tu auras le droit de dîner sur mes genoux. Ça te va?
- Non. Je veux rester là.
- Tatale, n'embête pas Harry!
- T'inquiète pas Ron, il ne m'embête pas. Bon, Tantale, comment je fais avec les manteaux moi? » Soudain, deux mains brunes saisirent fermement le garçon sous les bras. Celui-ci fut trop étonné pour émettre la moindre protestation. Aussitôt, il fut posé sur les épaules de son parrain. Tantale s'empressa alors de s'accrocher solidement aux cheveux de sa nouvelle monture qui émit une grimace, mais ne dit rien. Harry envoya un sourire à Blaise et s'empara des manteaux, au moment où la sonnette retentissait de nouveau.
« Bonsoir tout le monde! » Les jumeaux n'avaient pas attendu qu'on vînt leur ouvrir. Alors qu'ils ôtaient leurs capes, de nouveau on sonna à la porte. Entrèrent les triplets Weasley et leurs parents. Rapidement, Harry croula sous les capes, écharpes, bonnets et autres couvre-chefs. Il finit par faire fonctionner son cerveau: à l'aide d'un sortilège de lévitation, il emporta le tout dans sa chambre, Tantale toujours solidement cramponné sur ses épaules.
Lorsqu'il revint dans le salon, Ginny était arrivée avec Richard, son dernier copain en date, et Charlie, que Titus suivait à la trace. Il salua tout ce beau monde, apprit que Richard avait été un Gryffondor à l'époque où il était encore à l'école; sa calvitie bien avancée et les tons gris de sa courte barbe laissaient supposer que cette époque était révolue depuis longtemps. Et en effet, il s'avéra que l'homme était de vingt-huit ans l'aîné de Harry!
Trois quarts d'heure plus tard, tout le monde était là, à l'exception de Théo. Joanne Rowling avait été ravie de faire la connaissance des aînés Weasley et de Blaise. Elle était à présent en pleine discussion avec Fleur, enceinte de plus en plus visiblement: l'accouchement était prévu pour la fin du mois. Les enfants couraient en tous sens et intérieurement, Harry remerciait Merlin et Sainte Cunégonde: Tantale était descendu de son perchoir pour rejoindre ses cousins. Mais quelque chose le préoccupait. Il ne comprenait pas pourquoi Théo n'était pas là. Ce n'était pas son genre d'arriver en retard. Un coup d'oeil dans la direction de Blaise lui fit comprendre que lui aussi était nerveux: son ami n'avait cessé de mâchouiller sa lèvre inférieure depuis près de dix minutes. Ce que Harry ignorait, c'est que cette nervosité apparente était davantage due à l'excitation qu'à l'appréhension, et que Blaise mâchouillait sa lèvre pour cacher son sourire.
À peine la sonnette retentit-elle que Blaise bondit de l'accoudoir où il était assis, tel un diable sortant de sa boîte. Tous les yeux convergèrent vers la porte. Plusieurs s'étaient levés, s'exclamant qu'enfin, Théo arrivait. Luna quant à elle ne bougea pas; elle était assise, stoïque, sur un petit pouf, et fixait son verre de sirop de violette et jus de luzerne avec un sourire vague. Blaise, la main sur la poignée, fixait Harry d'un drôle d'air. Celui-ci, un plateau de verres dans les mains, sentit son angoisse redoubler. Il ne savait pas pourquoi ce pressentiment le taraudait depuis l'arrivée des premiers invités. La porte s'ouvrit et Théo apparut sur le seuil, seul. Harry poussa un long soupir de soulagement. Soupir qui se bloqua dans sa gorge au moment où il vit quatre pieds entrer dans son salon. Quatre pieds. Deux paires de pieds. Il leva les yeux. Théo n'était pas seul. C'est dans un silence total que le plateau de verre lui échappa des mains. Sans la rapidité de Blaise, une cascade de bris de verre aurait peut-être sorti l'assemblée de son mutisme, mais le sortilège de lévitation permit d'éviter le désastre et le silence perdura. La porte se referma. Blaise prit les capes des deux arrivants.
« Je suppose que je n'ai pas besoin de vous présenter Draco Malfoy! » s'exclama-t-il. À cette annonce, un immense sourire éclaira le visage de Joanne. Elle avait la solution à l'énigme: Harry sortait avec Draco! Elle jubilait d'autant plus que Hermione semblait tomber des nues. Comme si d'un coup d'un seul, les rouages de son cerveau s'étaient remis à fonctionner à toute vitesse et que le voile qui couvrait ses yeux depuis le début de l'histoire était enfin levé. Elle dut s'asseoir. Les enfants s'étaient tu, comprenant que quelque chose d'important se passait. Du moins, d'assez important pour que les adultes aient cessé de rire bruyamment et de discuter de choses ennuyeuses. Les jumeaux fixaient Draco d'un air tout-à-fait réjoui: ils avaient toujours su que Harry ne pouvait pas sortir avec Blaise!
Théo rejoignit son épouse et s'assit sur un autre pouf. Sa mission était terminée, il pouvait maintenant jouir du spectacle à son aise. Tout semblait résolu, et Hermione allait lancer la conversation, lorsque Blaise s'avança vers Draco. Et l'embrassa à pleine bouche. Quiconque aurait eu l'idée de tourner son regard vers Harry l'aurait vu rouge, écarlate, cramoisi. L'on n'aurait su dire si c'était la surprise, la confusion, l'embarras ou la colère. Il me semble que cette dernière l'emporta sur tout autre sentiment lorsque les deux hommes s'embrassèrent. Notre pauvre Harry semblait sur le point d'exploser, comme une cocotte minute en surchauffe. Au moment où il ouvrit la bouche – probablement pour hurler quelques injures bien senties – Draco s'approcha de lui d'une démarche lente et calculée. Harry, la bouche ouverte, les yeux écarquillés, le regardait avancer vers lui, incapable du moindre mouvement, de la moindre protestation. Draco passa sa main dans son dos, l'approcha de lui et, d'un doigt, lui referma la bouche. Harry n'était plus en mesure de penser; complètement perdu, incapable d'aligner deux mots, il observait celui qui l'avait mis dans cet état.
« Chouette! Harry et le monsieur-avec-le-sourire-qui-fait-peur, ils vont avoir un bébé! » Un silence encore plus interloqué suivit cette remarque de Tantale. Le petit garçon regardait avec des étoiles plein les yeux le couple qui s'était brusquement séparé.
« Comment? Qu'est-ce que tu as dit mon poussin? demanda Ron légèrement inquiet.
- Ben c'est pas moi, c'est Victoire! Elle m'a dit que pour faire les bébés, il faut faire un bisou sur la bouche. » Tantale sembla hésita entre être fier de sa science et douter de ce que sa cousine lui avait appris.
D'un coup d'un seul, Ron sortit de son hébétement. Il contempla la réalité en face et, héros sauveur de la chaste moralité des plus jeunes, gardien de leur innocence, dans un grand moment de gloire et de clairvoyance, se leva, saisit Tantale et Victoire, chacun sous un bras, et ordonna au triplets de le suivre. Il s'en fut avec son chargement dans la chambre de Harry.
« Papa! Pourquoi on peut pas rester avec les grands?
- Tonton, pourquoi ils ont fait un bisou sur la bouche?
- Pourquoi la dame, c'est un monsieur?
- C'est vrai que Harry il va avoir un bébé? »
Pauvre Ron... il allait devoir affronter la curiosité grandissante de la dernière génération Weasley. Mais retournons dans le feu de l'action, à savoir dans le salon, où, rappelons-le, Harry et Draco sont très proches.
Comme à une question muette, Draco répondit:
« Parce que j'aime quand tes yeux sont posés sur moi. J'aime m'ensevelir dans le mystère profond des ces deux émeraudes, si précieuses, brillantes de larmes de rire ou de tristesse. T'attendre sans cesse m'était devenu insupportable. Les repas en solitaire, me coucher dans un lit froid, me réveiller sans personne à mes côtés. Je ne pouvais plus, tout simplement. Tes si belles lèvres, tes bras puissants. Sentir sous mes mains frémir tes muscles finement ciselés par la longue pratique du Quidditch. Non, décidément, il a fallu que je vienne te retrouver. » Et il l'embrassa doucement.
Durant toute la scène, l'assemblée était restée muette d'étonnement. Hermione fut la première à réagir. Entendant les paroles de Draco, son cerveau se mit à carburer. Elle avait déjà entendu ça quelque part. Ou plus exactement, elle avait déjà lu ces mots sucrés et écoeurants. Mais où? Certainement pas dans les livres, encore moins dans les films. Mais bien sûr! Dans les fics! Son regard pétillait et en moins de deux, elle avait ce qui ferait tomber Draco.
« Oh Draco, dit-elle sous le regard éberlué de l'interpelé. L'orage qui couve dans ton regard m'effraie. Quand tu le regardes, le mercure y coule; mais gare à celui qui y ferait germer l'ouragan! Il y en a qui affirment qu'ils sont de saphir. Que nenni! Ils sont de l'argent le plus pur... »
Les regards s'étaient tournés vers elle. À présent elle riait silencieusement, ravie de voir l'air interloqué de Draco. Mais celui-ci se reprit bien vite. Et lorsque Blaise vint s'immiscer entre Harry et lui, il contrôlait de nouveau la situation. Hermione affichait le même air d'incompréhension que les autres, et il s'en réjouissait. Cette situation, ils étaient deux dans ce salon à la comprendre; il aimait avoir la sensation de contrôler les événements. C'est le sourire aux lèvres qu'il reposa les yeux sur Blaise.
Harry ne comprenait rien, et était bien trop interloqué pour s'offusquer de quoi que ce soit. Draco avait embrassé Blaise. Draco et Blaise s'étaient embrassés. Merlin Merlin Merlin, que ce passait-il? Mais Draco l'avait aussi embrassé, lui. Ses pauvres neurones n'en pouvaient plus et il sentait poindre la migraine. Et Hermione? Pourquoi avait-elle dit cela? Soudain, la lumière se fit: les fics! Hermione l'avait suffisamment tanné avec ces trucs pour qu'il les oublie. Il était presque sûr qu'elle avait lu ces niaiseries sur internet. Et par conséquent, que Draco se moquait de lui depuis le début; Blaise et lui avaient apparemment fomenté un plan machiavélique afin de le déstabiliser et de lui faire payer il ne savait pas exactement quoi. Et ces deux crotales pensaient naïvement qu'ils allaient s'en tirer sans morsure!
