Warning: petit lime très léger. Je laisse en T quand même, on voit rien.

On rejoint de plus en plus les prémisses du jeu, j'ai déjà fait plusieurs allusions dans l'Arc de Raphaël, mais là il y en a de plus en plus, mais bon, c'est nécessaire au réalisme de l'histoire...


Le lendemain, j'étais à Costa del Sol. Malheureusement, je n'avais pas le droit de me camoufler et de m'habiller en civil – en maillot de bain. Ma veste noire sous le bras, ma valise dans l'autre, je crevais de chaud. Je n'ai jamais autant regretté une visite à Costa.

Avant le début de ma mission, je suis allée boire un coup dans un bar climatisé, plus précisément le bar du seul bâtiment à cinq étages en ville. Ainsi, une fois l'heure de ma mission venue, j'ai gentiment persuadé le propriétaire de l'endroit de me laisser monter jusqu'au toit. L'endroit idéal pour un sniper.

Mon travail, cette fois-ci, consistait à mettre une balle dans la tête d'un meurtrier. La police l'avait longtemps recherché et l'avait finalement retrouvé à Costa del Sol. Il y vivait reclus dans une petite chambre. Nous aurions pu laisser faire la police, mais apparemment, la Shin-Ra ne voulait pas qu'on l'arrête – et qu'on l'interroge. Pourquoi pas, comment l'aurais-je su ? Il fallait donc qu'il meure avant son arrestation, prévue pour le lendemain. Ainsi, pour le tuer discrètement, on m'avait envoyée, moi. Quelle farce.

Moi dont les mains ne voulaient cesser de trembler. J'ai ouvert ma valise et j'ai monté mon fusil avec difficulté, puis je me suis postée au coin de l'immeuble. Fixant la fenêtre de ma cible à travers mon viseur, je sentais la nausée m'envahir. Un cercle, un X au centre. Une fenêtre fermée, des rideaux clos. Il fallait simplement attendre qu'il apparaisse.

Attendre, pendant que toutes ces vilaines pensées me trottaient dans la tête. Ma pauvre petite tête. Il n'y avait que des conneries qui y passaient, de toute façon, rien n'a jamais été bien intelligent là-dedans. J'en étais à me demander si je pouvais vraiment tuer l'homme qui était ma cible. Une vraie connerie. Mais une connerie persistante. J'ai commencé à penser à l'avenir. Aux proches de cet homme, qui le pleureraient peut-être. Aux proches de ses victimes, enfin vengées. Qu'est-ce qui était le mieux ?

Tuer un tueur, quel paradoxe. Et soudain, je me suis demandé si quelqu'un n'était pas en train de me viser de plus haut, très haut…

La silhouette de ma cible apparut derrière les rideaux, les écarta et jeta un dernier coup d'œil à l'extérieur. Mon doigt appuya sur la gâchette, littéralement par réflexe professionnel. Et voilà, il était mort. Le débat était clos.

Je ne regrettais pas la mort de cet homme, après tout ce n'était qu'un sale tueur. Mais je m'en voulais de ne pas trouver de réponse.

-P'tite tête !

Je me suis donné quelques coups sur le crâne avec mes propres poings avant de me décider à remballer mon matériel et à partir, ma veste noire sous un bras, ma valise contenant mon fusil démonté de l'autre. Il faisait vraiment chaud.

OoOoO

-Hm… vraiment chaude, lâcha Shinji en frottant son nez contre mon épaule nue. T'es sûre de pas avoir attrapé un coup de soleil ?

-Bien sûr que non, j'ai gardé ma chemise tout le temps ! Dire que j'aurais pu me bronzer un peu, pour une fois…

-Alors ça doit être le soleil de Costa qui est entré à l'intérieur de toi…

Il se rapprocha en écartant les couvertures de notre lit, se collant davantage contre mon dos et passant ses bras autour de ma taille. Je remuai pour tenter de me dégager.

-Mais à quoi tu joues ? s'exclama-t-il en me retenant de force mais sans violence contre lui. Pour une fois qu'on est ensemble…

C'était vrai. À cause de toutes nos missions, il était rare qu'on puisse ainsi passer une nuit entière ensemble. Et comme on pouvait s'y attendre, je pouvais sentir son désir contre moi. Mais même si ma peau était brûlante, mon cœur était encore froid. Je n'avais pas réussi à trouver la réponse qu'il me fallait, la réponse qui me rendrait humaine.

Je me suis tournée vers Shinji et, posant mes lèvres contre les siennes, je lui ai demandé :

-Shinji… est-ce que j'ai encore le droit d'être humaine, même si je fais autant de mal ?

J'ai senti son sourire moqueur contre mes lèvres. J'ai retenu mon souffle.

-Tu n'as pas le choix, voyons. Tu seras toujours humaine, tant que tu auras une conscience qui te fera te poser ce genre de questions.

-Alors fais-moi me sentir humaine… je n'y arrive plus…

-Tu es toujours bien une enfant, pas vrai ?

Une enfant ou un démon ? Une vierge éternelle ou une putain ?

-Fais-moi me sentir humaine ! Prouve-le-moi !

Son regard se fit inquiet. Il embrassa doucement chaque partie de mon visage pour m'empêcher de pleurer, avant de descendre embrasser chaque partie de mon corps. Il me disait qu'il m'aimait et je lui répondais que je l'aimais deux fois plus. J'en suis venue à le désirer et à lui crier mon amour et à quel point il me faisait du bien. Ainsi nos deux corps se sont unis. Et en faisant l'amour avec Shinji, je me suis dit que je me sentais femme, mais toujours pas humaine.

Ma féminité, aussi mal assumée qu'elle soit, me permettait d'avoir du plaisir, et assez de conscience pour l'apprécier. Ce n'était pas suffisant, mais j'étais quand même très reconnaissante envers Shinji.

OoOoO

Quelques jours tranquilles s'écoulèrent. Beaucoup de Turks, dont Shinji, étaient partis pour une longue mission d'espionnage et d'infiltration parmi AVALANCHE, en pleine renaissance et avec un nouveau chef, un certain Barret.

Il ne restait donc que moi, Reno, Rude, Cissnei et Tseng à la Tour. Nous passions le temps en se faisant des tournois de jeux vidéos lorsque Tseng n'était pas là, et en tapant nos rapports lorsqu'il n'était pas loin.

Je pouvais prendre le temps de réfléchir, aussi. Et plus je réfléchissais, plus je me trouvais abjecte. Mon humanité me semblait usurpée. Je l'avais retrouvée à travers tout ce que j'étais et à force de me taper la tête contre le mur, mais je ne l'aimais plus. L'humanité m'était devenue ce qui était injuste. Vivre ainsi, en tuant, était l'injustice même. Je savais que ce rôle devait exister – l'ordre contre le chaos – mais je ne voulais plus l'assumer.

On m'a appris, lorsque j'étais petite, que tuer devait être utile. Après tout, je viens d'une famille de chasseurs, donc tuer des plantes, des animaux, pour se nourrir, se vêtir, c'est le cycle de la vie. Mais tuer des humains… ? Le respect de l'ordre social était quelque chose de trop abstrait pour moi. Il m'aurait fallu une guerre, une situation de vie ou de mort, quelque chose pour me faire comprendre que le monde, c'est tuer ou être tué. Il aurait fallu que le monde soit en danger de mort et que je sois l'héroïne qui le sauve. Les Turks de la Shin-Ra, les héros d'un jeu vidéo, pourquoi pas ? Faire des missions, augmenter de niveau…

J'ai reçu un courriel d'Elena à Junon. Elle allait bien, elle était sur le point d'obtenir son diplôme, elle avait repris goût à la vie. Elle me faisait part de son intention de devenir une Turk elle aussi, et me demandait si elle le devrait vraiment. Je lui ai répondu, en peu de lignes, qu'elle faisait une bonne chose, parce qu'elle pourrait me remplacer. Et, la laissant dans l'incompréhension, j'ai commencé à écrire ma lettre de démission.

C'était quelque chose qui me semblait normal. Cela m'était venu spontanément et je ne pouvais plus faire autrement. Quand les Turks, voyant mes talents au shotgun et au sniper, m'ont tendu la main, là aussi je l'ai saisie, spontanément, instinctivement. Quitter les Turks, quelques années plus tard, m'était tout aussi naturel.

Pourtant, je ne crois pas que j'en aurais été capable si Shinji avait été là, à mes côtés. L'idée me serait-elle-même venue en tête ? C'est quand je suis seule que mes conneries deviennent essentielles et que mes lubies prennent le dessus. Les enfants ont besoin de surveillance, sans quoi ils commencent à craindre les monstres dans le placard. Puis leurs mondes imaginaires envahissent la réalité. Et moi je la fuyais.

J'ai levé les doigts de mon clavier, hésitant un instant : démission des Turks, ou bien démission de la Shin-Ra ? Hm, ne jamais faire les choses à moitié, surtout dans la fuite.

« Messieurs Tseng et Verdot, et à son excellence le Président de la Shin-Ra,

Je remets ici ma démission. La Compagnie Shin-Ra et les Turks devront se passer de mes services à partir d'aujourd'hui. Évidemment, je reste attachée à tous les contrats qui me lient à vie au secret professionnel et je n'entreprendrai aucune action contre la Shin-Ra et ses affiliés. Mais ma démission à partir de ce jour est définitive et il est donc inutile de tenter de me convaincre de rester.

Bien à vous. »

J'ai fait imprimer la lettre, je l'ai signée de mon vrai nom – ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé ! – et j'y ai attaché ma carte d'identité. C'était prêt.

-Bon ! Mais je dis quoi aux autres, moi ?

Me justifier, chose dont j'ai totalement horreur. Et pourtant, cela allait devenir nécessaire, les gens posent toujours des questions…

-Bah ! Je leur dirai à tous que je me suis faite virer !

Pour Tseng et Verdot… J'ai encore haussé les épaules. On verrait bien.