On se rapproche toujours plus du jeu original... autant dans les détails que dans les choses importantes... T-T

J'ai eu de la difficulté avec le putain d'ascenseur qui arrête pas de s'ouvrir et de se fermer! Fallait bien que je l'anime, ça reste pas ouvert éternellement un ascenseur! Mais j'aime trop les ascenseurs vitrés du jeu, je les mets souvent dans mes fics de la Shin-Ra, je sais pas, la vue de la ville avec en montant ou en descendant, ça jette tout de suite un effet poétique... ou tragique...


Mes deux patrons me fixaient et je les fixais en retour. Derrière eux, par la vitre, je voyais de la neige grise tomber sur la ville grise. Il me vint à l'esprit que Shinji, dans les Taudis, ne voyait pas la neige et ne savait peut-être même pas qu'elle tombait. La dernière neige du printemps.

Verdot s'approcha de moi. Depuis cette histoire avec AVALANCHE et sa fille Elfey, il avait toujours l'air fatigué, un peu comme détaché du monde par une brèche et seul de son côté. Je crois bien que c'est peu après moi que lui aussi a quitté les Turks.

-Tu crois vraiment que c'est ce qu'il y a de mieux ? me demanda-t-il.

-Je crois que c'est la seule chose à faire.

-Tu ne voudrais même pas rester quelques jours, le temps que la mission d'observation de néo-AVALANCHE se termine ?

-Impossible, dis-je en souriant doucement, tristement. Je pars maintenant, non ? J'ai déjà fait mes valises.

Verdot a posé sa main sur mon épaule. Je n'avais que lui dans mon champ de vision. Son regard était toujours aussi vif, mais j'y sentais aussi une sorte d'inquiétude, de sollicitude. J'ai dû soutenir ce regard sans bouger, durant de trop longues secondes. J'aurais peut-être dû me mettre à chanter, mais l'ambiance était dure à briser.

Finalement, Verdot s'est écarté et Tseng m'a apporté de la paperasse à remplir. Des feuilles qui disaient que je resterais bien sage en quittant la Shin-Ra. J'ai tout signé aveuglément ; j'avais confiance en Tseng et en ma plume qui signait un nom qui ne me servait normalement jamais. Je me suis dit que c'était une sorte de nom d'emprunt, un nom du dimanche, un nom qu'on ne m'avait donné qu'avant de savoir que ce que j'étais vraiment s'appelait Shotgun.

-Tu ne veux pas au moins faire tes adieux à tout le monde ? me demanda Tseng en reprenant les papiers signés.

-Pourquoi, des adieux ? Ce n'est pas comme si j'allais vraiment disparaître de vos vies, non ? Ne vous en faites pas, Tseng. Je n'ai d'adieux à faire à personne encore.

-Mais pour laisser un souvenir de ton départ des Turks…

Je me suis retournée et j'ai pris Tseng dans mes bras. Surpris, il est resté raide comme un piquet. Comme je m'y attendais. En riant, profitant de la proximité de Tseng, j'ai mis mes mains dans ses cheveux et j'ai rapidement enlevé son élastique. Ses longs cheveux sont retombés sur ses épaules, bien lisses, opaques comme son cœur.

-Je garde ça comme souvenir, dis-je en exhibant l'élastique de Tseng. Et je vous interdis de vous rattacher les cheveux. Ça sera le souvenir que je laisserai ici. Ok ?

Il n'avait pas trop l'air de comprendre – quel homme obtus – mais il a hoché la tête, faisant signe qu'il ferait comme je l'avais demandé. Je lui ai souhaité, mentalement, bien du malheur avec sa petite Aeris, histoire qu'il remarque un peu Elena. J'étais sûre qu'elle apprécierait le relooking de son cher Tseng…

J'ai ainsi fini par quitter le bureau. La neige était toujours grise, d'un gris plus foncé que lorsque j,étais entrée. J'ai voulu prendre l'ascenseur pour retourner dans ma chambre et prendre mes valises, quand je me suis rendue compte que j'avais dû laisser ma carte aux patrons. Ex-patrons.

J'ai entendu des pas de course derrière moi. Tseng s'était aussi rendu compte de cette petite bévue et venait m'ouvrir l'ascenseur avec sa propre carte, quand soudain, il y eut le tremblement qui fit vibrer toute mon âme. Un bruit profond, bien qu'étouffé, nous était parvenu, alors que le sol tremblait. Tseng écarquilla les yeux et alla ouvrir l'ascenseur. Par la vitre de celui-ci, j'ai vu une épaisse fumée s'élever au loin.

-Le réacteur…

Je me suis tournée vers Tseng, qui avait l'air de ne pas en croire ses yeux. J'ai demandé :

-Qu'est-ce qui se passe ?

-AVALANCHE avait prévu de faire sauter ce réacteur. Mais s'ils ont réussi, ça veut dire que…

-Que ? Que ? Quoi ?! m'impatientai-je.

-Ça veut dire que l'équipe n'a pas pu les en empêcher.

Sa déclaration me frappe de plein fouet. La porte de l'ascenseur se referma automatiquement. J'arrachai la carte des mains de Tseng pour la faire s'ouvrir à nouveau. Je devais voir, voir à tout prix.

-Shotgun !

-Dites-moi ce que je dois faire, Tseng, dis-je en posant mes mains sur la vitre courbée.

-Je ne peux rien t'ordonner, tu n'es plus une Turk.

-Mais Shinji est là-bas, non ? Je DOIS faire quelque chose !

-Peut-être que tu pourrais, répondit Tseng, hésitant. Mais… je ne…

-Mais c'est impossible, trancha Verdot qui marchait à grands pas vers nous.

La porte se fermant à nouveau, j'appuyai sur le bouton à l'intérieur pour la rouvrir en criant :

-Pourquoi ? Je suis sûre que vous aurez besoin de mon aide !

-Tu as démissionné à l'instant. Cela implique de redevenir une femme normale, alors assume tes actes jusqu'au bout et contente-toi de partir.

-Mais… !

-Tu n'es plus une enfant, non ? Tu sais ce que tout cela signifie. Si tu oses te montrer au réacteur, je devrai te faire arrêter.

Verdot avait indéniablement raison. J'avais toujours vécu de cette façon : vivre sans regrets et assumer ses actes, pour apprécier pleinement les choses et vivre à son maximum. Mais ce jour-là, en cette minute précise, j'ai réalisé à quel point conserver cette règle de vie pouvait être difficile. Au fond, Verdot m'aidait à rester moi-même. Je lui en étais reconnaissante et je le haïssais à la fois.

La porte de l'ascenseur s'est à nouveau fermée. Je n'ai rien fait pour la retenir. Dehors, la dernière neige du printemps tombait grisement sur la ville grise. La fumée du réacteur qui avait explosé obscurcissait encore davantage le ciel. De là, je pouvais voir les flammes.


Remarque: ce réacteur n'est pas celui du début du jeu, mais un qui aurait explosé avant. Pas trop longtemps avant. Après tout, l'AVALANCHE de Barret et Tifa était déjà actif avant que Cloud les rejoigne, mais d'après la chronologie serrée que j'ai installée (Cloud s'est déjà évadé) ça devrait pas tarder... même si en tant que tel ça n'a aucune incidence sur cette histoire...