Titre : Le Passé blanc, saison 1 - Le Village sous la neige
Auteur :
Kanjiro
Base :
Naruto
Genre :
Pas de genre défini. Si je devrais en donner un, ce serait chronique d'un personnage.
Disclaimer :
Tous les personnages qui apparaissent dans ce chapitre sont à moi, c'est normal puisque je les ai inventés. Mais le manga Naruto, et les personnages qui y figurent, appartiennent à Masashi Kishimoto (Dieu ait pitié de sa carrière).

Chapitre 02 - Merde mon ombre…

…Il se dirigea vers la porte du village, dans le parc, où Keitaro, son kagemusha et sensei, l'attendait : il fallait encore s'entraîner avant la réunion pour former les équipes. Mais sur le chemin, il sentit quelque chose de bizarre en marchant. S'asseyant sur le bord de la route, il retira sa sandale droite et s'écria en voyant le trou béant :

« Merde, mes chaussures ! »

Kanjiro se figea, surpris par quelque chose…

« Faudrait que j'arrête de m'agiter comme ça… »

Remédiant à ce surplus d'activité, il se laissa tomber en arrière, et resta 10 bonnes minutes allongé, à regarder le ciel, avant de remarquer un détail assez gênant.

« C'est froid la neige… »

Une partie de lui-même fut rassurée au plus haut point en s'entendant parler de cette voix aussi apathique qu'une limace tétraplégique sous bêtabloquants. Mais la majeure partie de lui-même était ennuyée à 20 : en effet, il avait d'autres choses en tête à ce moment, bien que pas grand monde dans le village n'aurait pu le deviner. Il se rassit, oubliant de grelotter de façon convaincante, et regarda ses manches impassiblement :

« Et maintenant je suis tout mouillé… »

Il resta un instant à regarder dans le vide, perdu dans ses pensées, se préoccupant des 80 restants…Konoha était en guerre depuis des années, mais cet hiver ne s'annonçait pas si agité : cela faisait des lustres que le village n'avait pas connu d'attaque directe.

Kanjiro soupira de toutes ses forces, ce qui fit fuir les quelques oiseaux réfugiés dans les branches…et fit tomber plus de neige sur ses vêtements : tout ça était tellement ennuyeux… A l'approche de l'examen, il s'était dit que le champ de bataille serait une bonne occasion de s'améliorer, mais d'après Sandaime-sama, la guerre touchait à sa fin… Et Setsuko qui avait déjà un Sharingan…quelle chieuse…il ferait bien de se secouer les puces s'il voulait tenir le rythme…et il n'avait que deux semaines avant la formation des équipes.

Kanjiro se leva rapidement, et avança au milieu de la route. Il fit un pas à droite, vers le village, puis un petit bond à gauche vers la porte. Ses pieds s'activèrent, bougeant de manière désordonnée, de plus en plus rapidement. Bientôt, le jeune Hyûga entamait une gigue endiablée et passablement ridicule.

Mais au milieu de toute cette agitation, son visage restait vide de toute émotion… à part d'un ennui profond. Kanjiro fronça très légèrement les sourcils lorsqu'il se rendit clairement compte que ni son cerveau ni ses muscles n'étaient actifs. Il poussa un gros soupir et dit, sans détacher de ses pieds ses yeux blasés :

« Tu fais chier… »

Son regard remonta le long de son ombre, bien trop nette et sombre pour ce soleil d'hiver, jusqu'à une solide paire de jambes qui s'activaient à l'identique des siennes.

« Merde, mon ombre… »

Une voix grave et légèrement sarcastique lui fit remarquer :

« Je t'avais dit que je te ferais danser si on l'avait tous les deux ! »

« Tu te crois malin, hein… »

L'ombre qui s'était attachée à la sienne revint à son propriétaire, et le dos de Kanjiro se voûta de nouveau, revenant à la normale. Il leva les yeux vers son facétieux vis-à-vis et haussa les sourcils. Nara Honshû…pénible mais sympa ; s'il y avait bien une chose pour laquelle ce type ne semblait pas taillé, c'était bien pour la danse ; dépassant Kanjiro d'une bonne tête, Honshû, à 12 ans, semblait en avoir 16 ; le plus baraqué de la promotion, tout dans son apparence criait à tous : « Fuyez, c'est une grosse brute ! » Ce n'était pas tant ses habits, pantalon noir, maillot de corps épais et veste de jean (assez ringard en fait), mais plutôt ses coudières et genouillères, ses bras nus en plein hiver, ses biceps et le bâton qui ne le quittait jamais…

Mais personne ne fuyait devant lui, pour la simple bonne raison qu'il arborait en permanence un sourire cordial ; Kanjiro, lui, voyait surtout ses yeux de rapace, la position de ses jambes et la légère tension qui se dégageait de son chakra : il avait déjà réfléchi à plusieurs reprises à une méthode pour surprendre Honshû, mais celui-ci était sans cesse sur le qui-vive, prêt à en découdre avec le premier écureuil qui traversait sa route, sans pour autant être agressif.

S'en prendre à un ninja aussi polyvalent et coriace est bien trop pénible. C'est aussi pour cette raison que Kanjiro se retint de lui sauter à la gorge pour l'avoir forcé à bouger.

« Alors tu l'as vraiment eu ? » demanda Honshû.

« T'es bigleux ou quoi ? », dit Kanjiro avec une lassitude infinie en tapotant son front.

Sans répondre, Honshû leva le bras, présentant son bandeau, preuve que lui aussi avait réussi son examen.

« Le seul problème, c'est que je sais pas où le mettre… »

« Je crois que le bandeau non plus ne sait plus où se mettre… »

Kanjiro aurait pu parler de l'apocalypse imminente qu'il n'aurait pas eu l'air plus concerné. Il tenta malgré tout de faire entendre quelque chose qui ressemblait à un rire, mais ça ressemblait sans doute plus à un soupir à l'envers…Honshû avait pris un air consterné.

« Tu devrais arrêter d'essayer d'être drôle : tu vas te ruiner la santé. »

« Bof… » Kanjiro n'aurait pu résumer mieux son état d'esprit.

Mais son sens de l'observation se fichait pas mal de son état d'esprit.

« Qu'est-ce que t'as aux bras ? » dit-il quand il vit les multiples bleus sur les bras de Honshû.

« Oh ça ? » dit le Nara comme s'il parlait de l'état de ses chaussures. « C'est rien, je suis tombé sur quelqu'un d'énervé. » Kanjiro eut un pressentiment. « Quelqu'un qu'on avait suffisamment énervé pour qu'elle se défoule sur le premier venu. » Kanjiro eut un gros pressentiment. « Et quelqu'un qui ne te portait pas vraiment dans son cœur. » Et Kanjiro eut un drôle de sentiment, qu'il préféra faire taire.

« Qu'est-ce que tu lui as dit ? », demanda Kanjiro. Il connaissait suffisamment l'intelligence d'Honshû : ils savaient tous les deux de qui ils parlaient.

« Ben en fait, comme vous passiez l'un après l'autre, je lui ai demandé comment tu t'en étais tiré. Elle s'est jetée sur moi, j'ai encaissé. Puis elle m'a dit de te dire d'arrêter de t'occuper de son Sharingan. »

Haussement d'épaule des deux côtés. Ils n'avaient pas grand-chose à se dire à se dire au sujet de Setsuko, pour la simple bonne raison que tous deux en pensaient la même chose : quelle chieuse…

Honshû fronça les sourcils.

« Tiens à propos. Est-ce que je t'ai déjà dit qu'elle avait développé son Sharingan ? » Regard bovin. « Est-ce que je l'ai déjà sous-entendu ? » Regard bovin, avec un très léger haussement d'un sourcil. « Alors pourquoi tu t'es mis à le penser et à en parler, merde ? » Regard bovin. « C'est pas parce que son fan-club en parle que c'est vrai : selon mes sources elle l'a pas ! »

Kanjiro sourit d'un bon millimètre.

« Cool… »

Si Honshû en était sûr, alors c'était vrai : personne ne se renseignait mieux que lui dans toute la classe.

« D'où tu le sais ? »

« C'était de toi à moi… mais si tu veux la source…et comme je suis un vrai ninja, avec comme emploi à plein temps la collecte d'info… »

Kanjiro mit 5 minutes à remarquer qu'il tendait sa main, ouverte.

« Fais voir la couleur. »

« Bof, après tout, qu'est-ce que ça peut me faire… »

Honshû changea rapidement de sujet : il connaissait Kanjiro, et s'il s'énervait, il valait mieux ne pas être à portée de doigt. Parce qu'avec lui un doigt suffisait.

« Et toi qu'est-ce que tu as bien pu lui faire pour qu'elle soit si énervée ? »

Kanjiro s'accorda un moment de fierté.

« Bof, trois fois rien… je l'ai juste mise à terre avec le kunai sur la gorge… »

Un ange passa…et il bâillait assez fortement. Honshû avait l'air pour le moins surpris, et très amusé.

« T'es un malade, mon vieux… »

« Ouep. »

Honshû et Kanjiro s'étaient connus, logiquement, en cours. Setsuko venait, comme à son habitude, de se faire remarquer : 8 shurikens dans le poteau après 3 mois d'entraînement, il fallait le faire…et bien sûr elle l'avait fait. Kanjiro avait déjà décidé de la surpasser coûte que coûte, et il était déterminé à lui rabattre le caquet. Il avait donc cherché le meilleur moyen de se faire remarquer… et se battre avec la grande brute du dernier rang lui semblait une bonne idée. Le combat avait été assez bref : le Kage Mane et l'allonge supérieure de Honshû s'étaient révélés une bonne combinaison contre Kanjiro et son mètre 50.

Malgré cela, Honshû et Kanjiro s'étaient tout de suite bien entendu… enfin 15 minutes après, lorsque le jeune Nara et son grand sourire sont venus demander poliment à Kanjiro le pourquoi de son défi aussi stupide qu'une tentative de voler le chapeau de l'Hokage. Après la réponse, il s'était avéré que les deux compères partageaient ce sentiment rarissime dans leur classe : l'antipathie envers la si populaire Setsuko. Honshû ne voulait pas vaincre les Uchiha, c'était juste qu'il n'appréciait pas les frimeurs.

Cela faisait 2 ans qu'ils étaient amis, et aucun d'entre eux n'avait eu à s'en plaindre : entre les renseignements de Honshû et la relative sécurité apportée par sa carrure, et la tranquillité et l'absence de discours qu'occasionnait la soporifique présence de Kanjiro, ils avaient tout pour se plaire. Tous ces souvenirs amenaient inévitablement une question :

« Tu penses que tu seras dans quelle équipe ? » Honshû n'était pas soucieux pour un sou, mais il ne l'était pas souvent.

« Bof…Pas d'importance, du moment que je tombe pas sur… »

Kanjiro, les dents serrées, marmonna un nom indistinct. Pourtant, Honshû comprit immédiatement.

« C'est triste, on doit bien être les seuls à n'en avoir rien à foutre d'elle…on est tout seuls », dit-il d'une voix très faussement triste (très).

N'importe qui d'autre que Kanjiro qui se serait trouvé dans la même situation aurait été gêné, sous pression, voire aurait craqué et tout dit : ce qu'il pensait de Setsuko ne se résumait désormais plus à « Quelle chieuse… », même s'il ne savait pas vraiment ce qu'il pensait. En tout cas, il en était sûr, il ne pensait pas comme les ahuris de son fan-club.

Mais Kanjiro ne changea pas d'un pouce.

« Mouais » tenta-t-il sans succès d'articuler.

Honshû sourit plus largement ; Kanjiro et sa capacité à ne pas réussir à articuler correctement des choses comme « Bof » le faisaient toujours sourire.

« Et qu'est-ce que tu vas faire pendant les deux semaines qui restent ? »

« Gné ? »

« Tu sais bien, banane : il reste deux semaines avant la formation des équipes et le début des missions. »

« Ah. »

Décidément le trafic angélique était très développé aujourd'hui.

« Et j'aimerais savoir ce que tu comptes faire pendant les deux semaines en question. » articula Honshû comme s'il parlait à un abruti : lui-même avait parfois du mal à faire la différence, malgré ce qu'il savait de Kanjiro.

L'abruti en question tendit la main, ouverte, et ne se fatigua pas à parler. Honshû fit une moue amusée.

« Bof, après tout, qu'est-ce que ça peut me faire… », imita-t-il.

Kanjiro se tourna vers l'entrée du parc qui bordait le mur et fit un signe de la main.

« A plus… »

Honshû mit les mains dans ses poches et se redirigea vers le centre-ville.

« Ouais, salut. »

Lorsque la silhouette d'Honshû eut disparu, Kanjiro sauta nonchalamment le muret et marcha tranquillement entre les arbres. En chemin, il continua de réfléchir : son soudain et étrange intérêt pour Setsuko ne devait pas l'empêcher de poursuivre son but et de s'améliorer. De toute façon, elle ne songerait même pas à regarder sérieusement quelqu'un en dessous de son niveau. Kanjiro secoua la tête : il pensait vraiment à des conneries ces temps-ci… Ca irait sans doute mieux après une bonne nuit de sommeil. Mais en approchant de la maison perdue dans les bois (enfin dans le parc) ou on entendait très bien au moins une personne faire du bruit, il se dit que la bonne nuit de sommeil était compromise.

« Je vois que Keitaro-sensei est làAAÏEE ! »

Le larsen venait de lui démolir près de la moitié du tympan, pour sûr. Se concentrant pour rester à peu près impassible, Kanjiro s'assit sur l'estrade, retira ses sandales abîmées, les déposa à côté d'une autre paire plus grande et rentra dans la maison. Bien sûr la salle de séjour était vide, et les sons discordants provenaient de l'étage. Délaissant les braises dans le foyer et la bouilloire fumante, il monta l'escalier, en grimaçant toutes les 2 secondes. Une fois arrivé à l'étage, il ouvra la première porte à gauche d'un coup de pied.

A l'intérieur, un bazar assez consternant s'offrit à ses yeux blancs : vêtements, parchemins shinobis, feuilles de partitions, shurikens et autres jonchaient le sol. Sur le lit, un homme d'une trentaine d'années était assis, une guitare électrique sur les genoux. Un instant, Kanjiro prit le temps d'observer le jeu des doigts sur les cordes et les frets de l'instrument ; il se rendit rapidement compte qu'on pouvait entendre deux guitares, et que, bien souvent, la main gauche du musicien pressait une corde différente de celle que sa droite pinçait. Kanjiro fit affluer le chakra à ses tempes, plissa les yeux, et vit que du chakra parcourrait les cordes. Il sourit
légèrement : Keitaro-sensei avait vraiment de drôles de manières de pratiquer le jûken…

Le musicien leva les yeux : ample pantalon noir et t-shirt frappé de la flamme des Hyûga, barbe mal rasée et cheveux assez sales, seul ses yeux de nacre et le sceau de couleur aigue marine sur son front le désignait clairement comme un membre de l'ancienne et illustre lignée. Il leva les yeux vers le front de Kanjiro.

« Eh ben félicitations, gamin… » dit-il d'une voix grave et paternelle.

« Bof, c'était pas grand-chose. »

« Ce soir je t'emmène dans un resto pour fêter ça. »

« Ca me changera de ta cuisine. Et où on va ? »

« Je sais pas…y a une échoppe qui a ouvert, on dit qu'elle est plutôt bien…j'me rappelle plus du nom…Ichi-truc. »

« Eh ben va pour Ichi-truc. Ah au fait… »

« Quoi ? »

Kanjiro haussa les sourcils.

« Ok ok, je vais couper l'ampli… »

« Ben voilà. »

Keitaro regarda sa montre.

« Il se fait 18h : je termine ça et on y va ? Tu dois être crevé après l'entraînement de la nuit dernière : tu ferais mieux de te coucher tôt ce soir. »

« Bof…ok. »

Kanjiro sortit de la pièce et passa dans la chambre de l'autre côté du couloir, sans réagir au petit rire qu'il entendit par-dessus son épaule.

« Au fait, Kanjiro, j'ai entendu par ton sensei de l'Académie que Uchiha Setsuko avait eu les meilleurs résultats… »

« Oh arrête ça, si tu crois que je le sais pas déjà…Quelle chieuse, avec son fan-club… »

« …et que tu arrivais juste derrière. Joli travail, gamin. »

Kanjiro sourit sincèrement, mais ne se retourna pas, et ouvrit la porte de sa chambre. Il soupira de fatigue et s'assit au bureau, après avoir jeté sa veste sur le lit. Le petit flacon d'encre qu'il portait en collier tinta contre le bois du bureau lorsqu'il se pencha pour s'installer sur le fauteuil.

Il déposa le flacon et enleva rapidement le fude (petit pinceau de calligraphie) qui pendait au bout de sa mèche. Sortant un rouleau de son fourre-tout, il l'étala sur le bureau et se prépara à écrire, se concentrant sur les plis et imperfections du papier, détaillant dans son esprit les subtiles courbes du kanji qu'il désirait tracer. Il prit une grande inspiration, mais au moment de poser le pinceau sur le papier, un son discordant fit dévier son poignet, traçant un gribouillis confus. Kanjiro soupira bruyamment, suffisamment pour faire son effet.

« Quoi ? » fit la voix de Keitaro.

« Ecoute : pas besoin de resto ce soir, du moment que tu arrêtes de jouer… »

« Bon d'accord… Et est-ce que je peux jouer un peu de clavier, Kanjiro-sama ? »

« Pas si tu m'appelles comme ça. »

Keitaro était le seul à pouvoir entendre Kanjiro parler sincèrement : son élève avait adopté un ton exaspéré, suppliant et ironique à la fois. Kanjiro faisait plus que supporter le clavier : Keitaro en tirait des notes douces et apaisantes.

« Bon et tu vas faire quoi de ta soirée, gamin ? »

« Devine… »

« N'en jette plus, tu vas te coucher. »

« Bingo… » dit Kanjiro, le visage enfoui dans son oreiller. Quelques secondes plus tard, il dormait.

Keitaro se tenait sur le seuil de la chambre, un sourire aux lèvres. Il s'approcha du lit et, avec délicatesse, tira la veste sur laquelle Kanjiro était maintenant couché. Le coton était trempé, mais la flamme des Hyûga était toujours intacte. Keitaro rit doucement. Il resta quelques instants à observer son élève dormir. Cela faisait déjà trois ans qu'il était devenu le Kagemusha de ce petit prodige dans lequel le clan plaçait tant d'espoirs. Il avait déjà perdu un protégé par le passé, et il était bien décidé à réussir avec celui-ci. Il ébouriffa doucement la chevelure du jeune homme.

« Tu travailles trop gamin…dors bien, t'en auras besoin pour ce qui va suivre. »

To be continued...