Titre : Le Passé blanc, saison 1 - Le Village sous la neige
Auteur :
Kanjiro
Base :
Naruto
Genre :
Pas de genre défini. Si je devrais en donner un, ce serait chronique d'un personnage.
Disclaimer :
Eh oui, les choses n'ont pas changé, le manga Naruto et ses personnages appartiennent toujours à Masashi Kishimoto.

Chapitre 04 - Une flamme s'éveille

La gorge de Kanjiro se détendit alors que le liquide chaud et amer y coulait : le thé n'avait pas bon goût et n'avait sans doute aucune valeur culinaire, mais c'était un liquide aussi précieux que l'eau. Le jeune Hyûga laissa l'infusion entrer en lui et délasser son corps ; fermant les yeux, il suivit le flux de thé se confondre avec celui du sang et de la vie, parvenant peu à peu à percevoir sereinement son corps exister, seulement vivre, sans que ses muscles lui obéissent ou que ses pensées
s'activent : tout comme son corps, son esprit se détendit et se contenta d'exister, un avec la simple activité de sa chair.

Bien que le voile de ses paupières masquait à ses yeux le spectacle du monde, il vit ; quelque chose d'autre avait remplacé ses yeux et lui permettait maintenant de voir et de savoir. Kanjiro ne s'efforça pas et ne tenta pas ; la méditation était maintenant suffisamment avancée pour lui permettre d'éviter de regarder. Il n'y avait pas de concentration, pas de précision. Il n'y avait que la vue, tout comme il n'y avait que la vie. Il vit la vie affluer continuellement à ses tempes pour assister sa vue ; il vit le massif roc qui soutenait son corps assis en tailleur ; il vit la clairière, la rivière, la cascade et les arbres ; il vit le bol de thé qui était posé sur la pierre grise ; il vit tout cela, mais n'entendit pas, ne sentit pas, ne ressentit pas.

Puis, il regarda. Il admira la finition du bol, ses imperfections, son grain, les nuances de couleur, les rayons du soleil jouant sur sa surface. Puis il tenta. Il tenta de saisir les volutes du thé encore chaud qui s'échappaient de leur prison d'argile. Puis il ressentit. Il tendit ses mains et prit le bol, pour sentir sur sa peau toutes les nuances que son héritage avait perçues.

Mais il vit à temps. Et il ressentit ses muscles agir d'eux-mêmes, son poing se serrer comme s'il savait le rythme, et il sentit l'acier froid du kunai sur sa paume. Et il vit. Il vit la pointe acérée à quelques centimètres du bol, et il vit les feuilles écartées pour laisser sortir leur occupant. Mais plus que tout, il vit la forme floue dirigée vers son épaule droite.

En un instant, son corps et son esprit s'activèrent, et, sachant à moitié ce qu'il faisait, il déplia ses jambes et fit pivoter son buste vers la droite, contractant ses bras, et lançant le kunai suivi du thé vers son assaillant. Ses paupières se relevèrent et le monde put voir les lacs de nacre de ses yeux, troublés par les spectres de ses iris incomplets. Le Byakugan vit le kunai être dévié d'un geste de la main, et le thé brûlant éclabousser un bras.

L'héritier de la Sôke retomba accroupi sur l'herbe et se redressa, pour adopter la posture séculaire du poing souple. Son adversaire se redressa et descendit nonchalamment du rocher. Il adressa à Kanjiro un coup d'œil et lui dit d'une voix goguenarde :

-Eh l'artiste ! Ta hanche gauche est trop haute.

Kanjiro poussa un gros soupir.

-Eh merdeuh…

-Eh ouais, p'tit génie, j'aurais qu'à attaquer sur le bon angle pour que tu te casses la gueule. Tout seul, comme un grand.

-Eh, n'en rajoute pas, tu veux ?

Keitaro éclata de rire et se rapprocha à pas tranquilles.

-Enfin, à part ça, ton idée d'utiliser le thé comme diversion était pas mal.

-J'ai pas pu avoir tes yeux.

-Kanjiro…Tu sais bien que le but n'est pas de me vaincre, mais de me donner du mal.

-Arrête, mon motivomètre va péter l'échelle.

Keitaro sourit doucement et ébouriffa les cheveux de son disciple.

-Kanjiro, tu viens à peine de devenir genin : c'est pas parce que le clan « place de grands espoirs en toi » qu'il faut t'emballer et brûler les étapes. Crois-moi, j'en ai entraîné d'autres, et je sais que progresser n'est jamais facile.

-Eh ben y a pas un moment à perdre alors…qu'est-ce qu'on fait ensuite ?

-On va d'abord essayez d'analyser ce qu'on vient de faire.

-Eh, on a pas la journée !

-Non, on a deux semaines. Qu'est-ce que je viens de te dire ?

-Ok, ok…

Kanjiro poussa un nouveau soupir.

Cela faisait déjà 5 jours qu'ils avaient quitté Konoha pour s'entraîner dans les forêts du Pays du Feu. Il restait un peu moins de 10 jours avant la réunion pour la formation des équipes, et Kanjiro n'avait pas vraiment l'impression d'avoir progressé. Mais il savait pertinemment que son sensei avait raison : il ne servait à rien de se précipiter.

-…c'est pour ça que les Hyûga utilisent fréquemment des techniques de méditation pour affûter leurs sens avant une bataille, conclut Keitaro.

Kanjiro exprima bruyamment et largement sa fatigue. Il fut rapidement interrompu.

-Oh, la flemme, tu m'écoutes ?

-Gné ? Keuah ?

Keitaro s'apprêta à lui passer un savon, mais se contenta de secouer la tête.

-Bon, laisse tomber, allons manger…

Kanjiro, surpris, se précipita à la suite de son sensei en protestant.

-Eh non attends ! Répète moi ce que tu viens de dire !

-T'avais qu'à écouter au lieu d'être fatigué, l'artiste…

-Oh, t'es pas coopératif…

-Bon, d'accord… Alors, quel intérêt a la méditation à ton avis ?

-A priori, ça permet d'être détendu…

-L'état méditatif permet de porter une attention bien plus claire à l'environnement, après un passage par un état de semi conscience. Combine ça avec le Byakugan activé complètement, tu obtiens un examen quasi parfait de l'environnement. La méditation est souvent utilisée par le clan, en combinaison avec le Byakugan, pour entraîner à la manipulation du chakra et à la vigilance constante. Les plus doués peuvent maintenir le Byakugan actif pendant des jours : ils sont impossibles à surprendre, ils voient tout à plusieurs centaines de mètres à la ronde.

Kanjiro était pensif, comme s'il saisissait tous les tenants et aboutissants de cet exercice, apercevant toutes les voies qu'il ouvrait.

-L'activation des trois pouvoirs du Byakugan simultanément, hein…

-Pour l'instant, c'est un exercice difficile pour toi, mais tu t'es plutôt bien débrouillé : belle initiative d'avoir recours au thé pour faciliter ta méditation.

Le jeune genin venait de découvrir ce qui avait valu aux Hyûga le surnom de « clan divin » : l'œil omniscient. Le Byakugan, une fois son pouvoir complètement déployé, permettait de tout embrasser de son regard réputé infaillible. Il avait bien vu à quel point cette sensation était extraordinaire, et n'avait aucun mal à concevoir que pour des non-initiés, un tel pouvoir pouvait être comparé à l'illumination : l'accession à un niveau de conscience supérieure… Rien que le pouvoir de vigilance était inconcevable aux yeux du commun des mortels : comment l'esprit humain pouvait-il voir si différemment ? Seuls les Hyûga étaient capables de voir au-delà de cette limite et de contempler le monde de cette façon. Il commençait à comprendre la nature du Kekkei Genkai : une force venue des temps anciens, qui faisait des descendants de ces lignées des êtres uniques parmi les mortels… Autrefois, les gens du peuple voyaient les shinobis comme des démons vivant dans les ombres et manipulant des forces surnaturelles, et maintes légendes étaient tissées autour d'eux ; et même parmi les ninjas, les grands clans étaient des légendes. Kanjiro commençait à peine à appréhender l'infini des possibilités qu'apportait un tel pouvoir, et sut qu'il lui restait beaucoup de chemin à parcourir.

Moins d'une heure plus tard, leur repas était achevé, et ils sortaient de la tente dressée 5 jours auparavant dans la clairière. Keitaro se dirigea de son pas tranquille vers la rivière, et franchit sans hésiter la berge pour laisser son chakra le soutenir sur la fragile surface de l'élément liquide. Ses pas ne troublaient presque pas l'eau. Kanjiro s'arrêta : il ne manipulait pas encore assez bien son chakra pour être aussi confiant.

-Et maintenant ?

Keitaro eut un petit sourire en coin.

-Double entraînement, gamin.

­-Laisse-moi deviner…manipulation et…

Il plissa les yeux et vit le chakra de Keitaro concentré dans ses mains et ses tempes.

-…jûken ?

-Bingo.

Kanjiro se détendit et ses yeux ainsi que ses traits revinrent à la normale. Il enleva ses sandales, joignit les mains et forma le sceau de la Chèvre. Se concentrant sur ce que ses pieds ressentait, il s'efforça de leur faire ressentir la fraîcheur et le frémissement de l'eau ; peu à peu, toutes les sensations revinrent : le bruit entre tous relaxant du ressac, la douce fraîcheur des rivières, l'odeur de la pluie…Il sentait presque les battements de son cœur se synchroniser avec le bruit de la cascade. La poussière à ses pieds s'éleva en un petit tourbillon ; il avança un pied, l'approcha de la surface de l'eau, sentit le contact de la rivière…et fit un pas. Puis un autre. L'eau lui arrivait aux chevilles, et Kanjiro ne regrettait pas ses sandales. Tout en s'efforçant de ne pas rompre la concentration, il marcha jusqu'au centre de la rivière ; ses yeux se contractèrent à un point inhumain, et il commença à se concentrer sur le keirakukei de Keitaro. Faire deux choses en même temps était plutôt ardu, et il savait pertinemment que ça ne faisait que commencer.

Keitaro se contenta de battre des paupières : son Byakugan s'activa en un instant et le jônin se posta droit sur ses jambes.

-108.

Kanjiro réagit en un instant et bondit le bras en avant vers Keitaro, qui s'accroupit rapidement. Le jeune Hyûga jura entre ses dents et s'efforça de raccourcir son saut. Lorsqu'il se réceptionna sur la surface de la rivière, il se rendit compte que le majeur de Keitaro était déjà au niveau de son nombril.

-Pas assez rapide, et trop direct : je t'ai dit d'attaquer le 108, pas de te presser pour le faire.

-Si tu crois que c'est facile ! Je suis obligé de sacrifier une partie de ma concentration pour ne pas couler !

-Je n'ai jamais dit que c'était facile. Tu n'es pas ici pour te détendre…7.

Kanjiro pivota sur son pied et tenta de balayer Keitaro, qui esquiva par un bond en arrière. Ramenant son pied sous lui, le genin s'élança et détendit son bras en direction du nez de son maître, qui bloqua le coup sans problème…Kanjiro sourit légèrement, et, se saisissant du bras, le tira avec lui dans sa chute. Il interposa son index entre l'épaule de Keitaro et la sienne, et son doigt se posa sur la clavicule.

-Touché !

Keitaro sourit.

-Coulé !

Kanjiro tomba dans l'eau et vit son maître se réceptionner tranquillement à la surface, avant de s'accroupir et de tendre le bras pour remonter son élève. Kanjiro se focalisa sur le bruit de la cascade et prit appui sur l'eau pour se relever. Grâce à sa concentration, sa frustration diminua…un peu. Keitaro le mit sur ses pieds.

-Joli mouvement, mais c'est pas la peine de sacrifier un bon équilibre pour un seul tenketsu.

-Ouais, ça va…

Maître et élève firent la moue à l'unisson. Kanjiro bâilla légèrement.

-Bon, et maintenant quoi, sensei ?

-Je pense qu'on va attendre un peu pour les tenketsus.

-Je pense, oui.

-Bon…alors, il se fait…14 heures. On va faire un peu de combat libre, puis passer au ninjutsu.

-Et le genjutsu ?

-Ca je le garde pour plus tard : c'est pas mon fort, donc ça me prendra plus de temps.

-Heu…

-Quoi ?

-On peut faire ça sur la terre ferme ?

-D'accord, l'artiste, fit Keitaro, un sourire aux lèvres.

Ils remontèrent sur la berge, et se mirent à 5 mètres l'un de l'autre.

-Jyûken ?

-Non, on est pas là pour se blesser.

­-Shuriken et kunai ?

-Qu'est-ce que je viens de dire ? Taijutsu, Ninjutsu, Genjutsu. Rien d'autre.

-Oui chef.

Kanjiro s'ébroua pour se débarrasser de l'eau et s'étira. Keitaro fit jouer ses articulations dont les craquement résonnèrent dans la clairière. Le jeune genin se détendit complètement et ferma les yeux.

Lorsqu'il les rouvrit, son visage avait perdu sa lassitude. Keitaro fronça les sourcils.

-Allez.

Il bondit vers Keitaro à une vitesse folle, si vite que sa silhouette sembla devenir floue. Le jônin plissa les yeux et se contenta de sourire. Le Bunshin lui passa au travers sans laisser de traces.

-Arrête de jouer, et amène-toi.

-T'attaquer en face sans rien ? Pas question, sensei.

Kanjiro était posté dans l'ombre des arbres, les mains jointes et les yeux fermés. Ses traits étaient marqués par la concentration. Keitaro se précipita vers lui.

Kanjiro ne le voyait plus. Il ne voyait plus que ses mains, et son esprit ne pensait plus qu'à elle et à ce qu'elles formaient.

Uma (Cheval).

Le souffle puissant du vent emplit ses pensées, et il sentit son rythme cardiaque s'accélérer.

Tora (Tigre).

Le rugissement ardent de fougue résonna dans son âme, et son chakra se chargea d'agressivité.

Tori (Coq).

Le rêve des cieux et du vol qu'ils recelaient se communiqua à tout son corps, et il sentit ses muscles se détendre et son corps devenir plus léger.

Nyu (Lièvre).

La course et l'agilité furent son esprit pendant quelques secondes, et son corps sut que la vitesse serait sa nouvelle vie, l'espace d'un instant.

Mi (Serpent).

La spirale intérieure du keirakukei fut évidente, et tous les signes s'unirent, au plus profond de sa vie.

La flamme bleue du chakra jaillit de son ventre et serpenta sur son corps. Pendant une seconde, Keitaro ne distingua plus qu'un miroitement d'énergie floue, comme un mirage. La voix de Kanjiro s'éleva entre les frondaisons.

Ninpô ! Hayasa no Jutsu ! (Ninpô ! Technique de Rapidité !)

Kanjiro disparut, et Keitaro sentit quelque chose frapper son tendon d'Achille. Il tomba à genoux, et le pied de Kanjiro sembla surgir de l'air devant son visage, environné d'énergie. Il rencontra un bras protégé par une plaque de métal, et la cheville fut agrippée ; Keitaro fit un tour sur lui-même et projeta Kanjiro vers le tronc d'un arbre.

Le jeune Hyûga se réceptionna et prit appui sur le bois ; il se propulsa vers son maître et fit un tour sur lui-même. Sa jambe s'abattit, telle un marteau, pour être de nouveau bloquée par la protection en métal. Il sauta, retomba et roula sur le côté pour esquiver le coup de pied qui menaçait sa jambe. Faisant un saut de main, il réitéra l'attaque qu'il avait déjà tentée contre Setsuko. Il perdit Keitaro de vue pendant une seconde, et sut que c'était une seconde de trop.

La jambe de Keitaro s'arrêta en plein assaut. Au lieu de heurter le dos de Kanjiro, elle n'avait fait que déplacer de l'air. Une silhouette bleutée atterrit sur la jambe tendue droite, et son poing fonça à tout vitesse vers le visage du jônin, qui la bloqua à temps des deux mains. Mais le deuxième poing de Kanjiro était toujours disponible, et il heurta violemment la poitrine de Keitaro…qui disparut dans un nuage de fumée pour laisser la place à une masse de feuilles.

Kanjiro sentit l'énergie de son jutsu se dissiper : à son niveau, maintenir la circulation du chakra dans tout son corps était loin d'être facile. Il savait qu'il devait rester en mouvement, pour ne pas laisser de faille. Mais il ne pouvait pas faire ça. En fait il ne pouvait plus bouger. La voix de Keitaro parvint à ses oreilles, mais elle ne lui apprenait rien.

Genjutsu Kanashibari (Paralysie).

Malgré la raideur qui retenait ses muscles, Kanjiro bâilla. Il semblait bien que rien ne pouvait retenir cette lassitude…

-Riche idée que j'ai eue de t'enseigner cette technique.

-Et riche idée que j'ai eu de l'employer…

-Mais tu aurais dû mieux te préparer : contre un jônin, il faut que les dispositions de l'attaque soient parfaites.

-Comme si ça avait changé quelque chose…

-Ca aurait changé le fait que je t'ai eu facilement. En pleine mission, il peut arriver que tu doives retenir l'ennemi, même si tu n'as aucune chance de le battre : la préparation est alors très importante, il en va de la vie de tes compagnons et de la réussite de la mission.

Kanjiro réfléchit pendant quelques secondes.

­-Dans cet ordre ?

Keitaro se redressa, l'air grave.

-Je ne suis pas là pour te faire la morale, Kanjiro : c'est un dilemme qui affecte tous les shinobis. Si tu suis cette voie, tu devras forcément choisir ; mais si tu le peux, débrouille-toi pour ne pas avoir à choisir : le mieux est de réussir ta mission en ramenant tout le monde vivant. Ce genre de choses se décident selon la situation : le moment venu, il faudra réfléchir vite et bien.

Kanjiro savait qu'il n'aurait pas à faire ce choix trop vite : un genin était rarement placé à la tête d'une équipe…Il en vint à se demander qui serait son sensei dans dix jours.

-Avec qui je serais ?

-J'en sais rien…Pas avec moi en tout cas, Kûsai-sama a été clair sur ce point. Ce sont les professeurs de l'Académie qui décident de la répartition des équipes, tu le sais bien…

La perspective d'être séparé de Keitaro ne lui plaisait pas vraiment.

-Il faut grandir, Kanjiro. Je ne serais pas toujours là, et tu ne pourras pas toujours compter sur moi. Le temps viendra où nous ne serons plus maître et élève, et où tu seras plus fort que moi.

-Ca me prendra du temps…j'espère.

-Ne te sous-estime pas ; il ne faut pas que tu laisses tes émotions te ralentir. Si tu veux que le clan soit fier de toi, il ne faut pas t'arrêter. Ce serait me décevoir aussi.

Un ange passa…Kanjiro commençait à comprendre qu'avancer signifiait parfois laisser les autres derrière.

-T'en fais pas : tu seras fier de moi, je te le garantis.

-Bien. Et maitenant, ninjutsu.

Kanjiro eut un sourire réjoui.

-Ca tombe bien, j'ai un truc à essayer.

-Houlà…fais gaffe, mon répertoire n'est pas si étendu. Qu'est-ce que tu veux apprendre aujourd'hui ?

-Non, non : c'est pas une technique que tu peux m'apprendre.

-…Dis donc l'artiste, te surestime pas non plus. Si tu crois pouvoir inventer une technique au point où tu en es…

-Non, tu comprends pas : c'est une technique que j'ai déjà vue, et je veux l'apprendre…Mais c'est pas une technique que tu connais.

-…Ok, tu vas me montrer ça, et on verra si je te laisse faire n'importe quoi.

Kanjiro releva le défi, se leva et commença à se concentrer…

-Merdemerdmerdemerde !

Kanjiro enrageait, assis en tailleur sur le rocher.

-Qu'est-ce que je t'avais dit ? Ca fait une bonne cinquantaine de fois que je te dis de laisser tomber !

Keitaro s'entraînait seul. C'était le 13e jour, et Kanjiro n'avait toujours obtenu aucun résultat…même après tout ces essais.

-Cette technique, tu ne l'a vue qu'une fois, tu n'as aucun indice sur son fonctionnement et tu n'as personne pour te renseigner dessus.

-Et alors ?

-Et alors laisse tomber, triple buse ! Tu perds ton temps, et t'es pas là pour ça !

-Ferme-la et laisse-moi m'entraîner.

-Tsss…tu t'entraînes pas, tu t'acharnes…

Kanjiro essaya encore de comprendre comment elle pouvait marcher…Setsuko y arrivait sans doute, vu son talent. Le problème ne venait pas des signes…il fallait qu'il devine comment fonctionnait cette technique, sinon le chakra ne circulerait jamais correctement. Le procédé de base était la respiration, et logiquement, la technique était conçue pour exploiter ce processus à son avantage. Mais il ne suffisait pas de respirer après avoir fait les signes pour réussir, Kanjiro avait déjà essayé. Il devait y arriver, sinon les Uchiha ne reconnaîtraient jamais sa force.

Il recommença depuis le début. Activant son Byakugan, il se plongea en méditation, progressivement, se focalisant sur sa respiration.

Il entrouvrit la bouche, et l'air s'engouffra à l'intérieur. Son Byakugan vit l'air descendre dans ses poumons, et en être expulsé. Le chakra ne bougeait pas, suivant son cheminement habituel.

Kanjiro se concentra sur le keirakukei qui suivait le chemin de l'air. Le chakra circulait naturellement, entretenant sa vie et son corps. Il fronça les sourcils et tenta de voir l'activité du chakra dans sa bouche, alors que la respiration reprenait. En précisant sa vision, il s'aperçut que les canaux véhiculaient le chakra, mais qu'une partie de l'énergie physique se bloquait dans les tissus, les imprégnant et s'y accumulant. La masse de chakra accumulée à chaque passage était minuscule, mais avec les heures, elle formerait sûrement une masse utile. Kanjiro comprit : la technique, basée sur la circulation du chakra, utilisait la respiration pour véhiculer l'énergie.

Il préféra attendre d'avoir décomposé entièrement la technique avant de la tenter. Logiquement, le chakra devrait ensuite aller vers les poumons. Comment arriver à produire des flammes ? Il se rappelait de l'effet des sceaux sur son corps pendant le Hayasa no Jutsu : il y avait prêté une grande attention, et cela s'avérait payant. Les sceaux, combinés avec la méditation qu'il commençait à maîtriser, permettaient de façonner le chakra.

Il façonna un peu de chakra, très peu, comme le chakra qui imprégnait les mains lors de la pratique du jyûken : cet usage était si naturel qu'il ne consommait presque pas de chakra. Cette quantité lui permit de suivre le processus plus précisément. Dans les poumons, le chakra se mêlait naturellement à l'air, mais il se dissipait lorsqu'il expirait. Comment parvenir à produire des flammes ?

Il poussa un soupir : peut-être que Keitaro avait raison…Comment apprendre et maîtriser une technique que personne ne pouvait lui enseigner ? Mais lorsqu'il soupira, il sentit la chaleur envahir sa bouche…ce n'était que celle de son corps, mais elle semblait suffisante. Le corps était bien sûr plus chaud que l'air…Mais la chaleur ne suffisait pas pour les flammes…

Un bruit le dérangea dans sa réflexion : Keitaro craquait des allumettes pour le feu de camp. Au lieu de protester, Kanjiro observa : le souffre au bout de l'allumette donnait naissance à la flamme par frottement contre le bois… Le frottement donnait naissance au feu…le chakra et l'air, comme le souffre et le bois…

Kanjiro savait qu'il ne pourrait pas aller plus loin dans sa réflexion. Keitaro puisait de l'eau à la rivière.

-Eh l'artiste ! Arrête de te donner du mal et vient manger !

Kanjiro ne l'entendit pas.

Mi.

La spirale intérieure…et le chakra circula dans son corps, vers sa bouche.

Kizuchi (Chèvre).

Le voyage eut lieu dans son corps et l'énergie franchit les crevasses à toute vitesse pour se loger dans ses poumons.

Ii (Cochon).

L'air et le chakra se mêlèrent et enflèrent à l'unisson, s'enlaçant et se tordant comme les colonnes orangées qui s'élevaient des bûches du feu de camp.

Uma.

La masse d'énergie remonta à tombeau ouvert le long de sa trachée et son buste se contracta.

-Eh, je te cause !

Kanjiro ouvrit les yeux et sauta sur ses pieds. Keitaro ouvrit de grands yeux incrédules.

-Qu'est-ce que…

-Bouge.

Tora !

La fureur ardente emplit son âme et son corps. Les feuilles au pied du trône de pierre s'élevèrent, emportées par l'énergie qui s'échappaient de son corps. Sa poitrine se gonfla et s'emplit d'air à nouveau. Tout était clair.

KATON ! GÔKYAKUU NO JUTSU !!

Son corps s'arqua et se voûta alors qu'il soufflait de toutes ses forces. Un rugissement s'éleva dans la clairière et les oiseaux fuirent les arbres. L'orbe ardent qui jaillit de la bouche de Kanjiro illumina la nature et consuma l'herbe. Au dessus de la rivière se déchaînait un enfer de feu et de flammes, alors que Kanjiro semblait souffler sans fin, comme si ses poumons s'ouvraient sur le ciel lui-même.

Sous son menton, le sceau du Tigre avait libéré la fureur du feu. Ses fossettes se creusèrent alors que son souffle faiblissait ; le rugissement des flammes se résorba en un sifflement toujours féroce alors qu'une odeur âcre emplissait la clairière et que la boule de feu ardente diminuait peu à peu. Kanjiro reprit son souffle et de la fumée s'échappa de sa bouche, comme des volutes de vapeur s'élevaient de la rivière. Il se massa la gorge et dit, d'une voix résolue :

-Je suis prêt.

To be continued...