Titre : Le Passé blanc, saison 1 - Le Village sous la neige
Auteur :
Kanjiro
Base :
Naruto
Genre :
Pas de genre défini. Si je devrais en donner un, ce serait chronique d'un personnage.
Disclaimer :
Je commence à être à court de formulations originales...Vous n'allez pas me croire, mais le manga Naruto et ses personnages appartiennent encore et toujours à Masashi Kishimoto (que Dieu l'ait en Sa sainte garde).

Chapitre 05 - Le souffle de l'hiver

-Félicitations à vous tous : vous êtes à présent des shinobis à part entière. Vous vous engagez sur la voie du shinobi, mais vous vous engagez surtout sur la voie de Konoha ; au-delà des clans, au-delà des familles et des connaissances, ce village est une grande famille, et c'est aux ninjas qu'il incombe de la défendre, particulièrement en ces temps de guerre. N'oubliez jamais ce pourquoi vous vous battez, et gardez toujours à l'esprit ce qu'est cette voie : même si vous n'êtes pas sur le champ de bataille, n'oubliez pas que c'est votre devoir que de protéger votre famille. Quelle que soit votre mission, dites-vous bien qu'elle vous a été confiée pour le bien du village : même la plus modeste des tâches y contribue.

Vous allez à présent être répartis en équipe de 3 et placés sous la garde d'un jônin : il sera votre professeur et vous accompagnera dans vos missions. Vous resterez dans ces équipes jusqu'à votre promotion au rang de chuunin, et les liens que vous tisserez pendant cette période vous accompagnerons toute votre vie. Vos compagnons doivent devenir pour vous des amis, une famille : pendant vos missions, c'est votre capacité à vous entraider qui fera la différence.

Voici à peu près le discours que tenait Sandaime aux jeunes promus de l'Académie, deux semaines après l'examen. L'amphithéâtre des cours comptait une multitude de réactions à ces paroles digne d'un Hokage. Certains écoutaient avec passion, d'autres se contentaient de prêter l'oreille, quelques-uns discutaient entre eux, un petit nombre se moquaient silencieusement de ce qu'il considéraient comme une formalité ringarde.

Mais un seul et unique genin se permettait de commettre l'impardonnable. Un seul et unique d'entre eux avait le culot de se montrer aussi insolent. Un seul et unique s'arrogeait le droit de dormir.

Kanjiro n'en pouvait presque plus. Pendant deux semaines complètes, il n'avait jamais dormi plus de 5 heures par nuit : Keitaro prenait bien soin de lui faire sentir qu'un ninja devait toujours être sur le qui-vive. Mais essayez donc d'être sur le qui-vive avec des valises de 30 kilos sous les yeux…Le jeune Hyûga était revenu à Konoha dans la nuit précédente, et avait pu sommeiller pendant 3 heures avant de devoir se présenter à cette fameuse réunion. Malgré tout cette fatigue, il s'efforçait de prêter un minimum d'attention au discours que tenait Sandaime : pour que l'Hokage se déplace pour une simple promotion de genins, il fallait vraiment qu'il ait quelque chose d'important à dire. Dormir aurait été si plaisant…mais il ne pouvait s'y résoudre : quelque chose au fond de lui le forçait à garder la tête pas trop basse, à défaut de la garder haute.

Il commençait à sentir ses paupières céder quand il entendit une chose qui lui donna envie de rester éveillé.

-Il est 10 heures du matin, mais à te voir on dirait pas. Fit une voix grave venant de la sortie.

Kanjiro s'était placé en haut de l'amphithéâtre pour être tranquille, mais il ne s'était pas rendu compte que ça le plaçait près de la porte et donc près des retardataires.

Honshû avait l'air en pleine forme, et son sourire était plus large que d'habitude. Kanjiro savait qu'il n'avait pas l'air très frais, et se contenta de bâiller pour saluer son camarade, qui poursuivi la conversation.

-On dirait bien que j'ai raté le discours de Hokage-sama…dit-il en désignant le bas de l'amphi d'un coup de menton.

Kanjiro se retourna et vit qu'effectivement, Sandaime quittait la salle, laissant le professeur continuer. Le jeune Hyûga tenta sans trop de succès de se redresser et approuva d'un signe de tête. Honshû semblait plus amusé que préoccupé par l'évidente fatigue de son ami.

-T'es rentré hier soir ?

-Nan…cette nuit…

-Houlà…ceci explique cela.

-Ouais, ouais…

Kanjiro avait bien peur que sa mâchoire ne se décroche vraiment d'ici la fin de journée, à force de bâillements.

En bas, Hanzô, le professeur de leur classe, continuait le discours, leur expliquant le fonctionnement des teams, la répartition, le rôle du jônin et tout le tralala. Honshû rebondit sur ce thème.

-Alors, avec qui t'aimerais être ou pas être ?

­-Bof…tout sauf…grmblm…grommela Kanjiro en regardant la silhouette svelte assise au 4e rang. Elle était bien entourée, comme d'habitude…

-Je parie que t'aimerais être avec, et en même temps non.

Kanjiro se retourna avec une vivacité incroyable vers Honshû, qui sursauta en voyant un tel changement.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda nerveusement le Hyûga, dont les sourcils s'étaient froncés.

-Ben, si tu veux la surpasser, il vaut mieux pouvoir lui en mettre plein la vue au quotidien. Et en même temps, vu la peau de vache que c'est…

Kanjiro se retint de pousser un soupir de soulagement. Il savait parfaitement qu'il en avait déjà trop fait et se maudissait d'avoir réagi de manière aussi évidente. Honshû avait bien remarqué quelque chose.

-Pourquoi, tu pensais à quoi ?

-Non, rien t'occupe…

Kanjiro s'efforça de bâiller pour faire illusion, mais la poussée d'adrénaline l'avait bien réveillé.

-Ah, oui au fait. J'ai entendu un truc qui va sûrement t'intéresser, et je le tiens de source sûre.

Le jeune Hyûga haussa les sourcils.

-Quelques jours après l'examen, elle l'a manifesté pour la première fois et depuis elle s'entraîne à le maintenir.

Quelque chose fit « Tilt ! » dans un recoin de l'esprit de Kanjiro, mais le reste préféra ne pas comprendre.

-Gné ?

-Elle l'a.

-Quequoi ?

-Maintenant elle l'a.

­-'Comprends pas.

Honshû appuya bien ses mots en montrant ses yeux.

-Je te dis que quelques jours après l'examen, elle l'a manifesté pour la première fois et que depuis elle s'entraîne à le maintenir.

Kanjiro cilla une ou deux fois, et il sentit sa mâchoire se serrer toute seule. Le Sharingan...

-Dis-moi que c'est pas vrai.

­Honshû paraissait interloqué.

-Dis-moi que c'est des conneries.

-Ah ben…

Kanjiro tendit les bras à une vitesse hallucinante et attrapa Honshû au collet, avant de lui dire d'une voix de commandement.

-Dis-le moi.

-Ah si tu veux, mais ce serait te mentir, mon vieux.

Kanjiro lâcha le jeune Nara et se tourna vers Setsuko.

Ni Honshû ni personne ne pouvait le voir, mais le Hyûga avait posé sur la Uchiha le regard le plus éperdu qu'on puisse imaginer. Il y avait dans ces lacs de nacre la tristesse, la déception et aussi le respect admiratif qu'ont les hommes lorsqu'ils voient une chose merveilleuse leur échapper. Si forte…et si éloignée…La vérité avait à nouveau frappé Kanjiro comme la foudre.

Il retomba mollement sur le pupitre.

-Heu…Kanji, ça va ?

Kanjiro se retourna : son visage affichait une mine consternée, et il articulait des mots sans les prononcer. Honshû regarda ses lèvres quelques secondes et sourit.

-Tu peux le dire, c'est normal. Mais pas trop fort.

Kanjiro murmura avec une voix étrange.

-La salope…

-Eh oui, mon pauvre…

-Mais la salope…

-Ho vous deux au fond ! Auriez-vous l'obligeance de la fermer et de m'écouter un peu ?

Peu de choses échappaient au regard de Hanzô, surtout lorsqu'il parlait. Kanjiro et Honshû préférèrent se taire plutôt que de provoquer son courroux…

-Bon. Comme je le disais, je vais maintenant vous annoncer la répartition dans les teams.

Les deux du fond se sentirent soudain bien plus intéressés par le discours du prof.

-Au fait, t'as remarqué ? fit Honshû.

-Non, quoi ?

­-On est exactement 29.

-Ah ouais…ils vont faire une équipe de quatre ou deux équipes de deux.

-Ou alors un des genins n'est pas dans la salle…

-Bon, équipe 1…

-Tu penses que quels jônins vont être assignés ?

-Keitaro-sensei m'a dit qu'il s'occuperait d'une équipe.

-Tu vas peut-être l'avoir comme prof alors !

­-Nan, aucune chance, le clan veut que je sois formé par quelqu'un d'extérieur.

-Bon, sang, mais ils te lâcheront jamais ?

-On dirait pas…

Alors qu'ils discutaient, les membres de l'équipe 1 étaient descendus, et leur sensei venait d'entrer dans la salle : une petite femme aux cheveux noirs coiffés de façon sophistiquée. Ses habits magnifiques éclataient de vives couleurs automnales : rouge sang, orange flamboyant et jaune solaire. Bien qu'elle ne soit pas impressionnante par sa taille, cette femme imposa sa présence à toute la salle, comme si le soleil en personne venait de percer la couche de nuages qui recouvrait Konoha, pour se poser sur terre et parcourir le village. Sur le moment, Kanjiro pensa que c'était ainsi qu'on devait représenter Amaterasu dans les temps anciens…princesse sage et gracieuse du soleil et déesse suprême… Honshû soupira légèrement en constatant qu'elle allait prendre en charge l'équipe 1. Kanjiro la connaissait, comme toute l'assemblée, comme Honshû : il s'agissait de Uchiha Mutsumi, dite Hôhime, la Princesse de Feu. Elle était célèbre dans tout Konoha : membre du clan Uchiha, elle ne l'était que par le mariage, et était entrée dans l'ancienne lignée pour en assurer la pérennité. Jamais le Sharingan n'ornerait ses yeux, et pourtant elle s'était faite accepter du clan, par ses efforts et son talent surhumain pour le Katon. L'équipe 1 et son sensei sortirent de la pièce tranquillement, et la répartition reprit.

Hanzô poursuivit.

-Equipe 2 : Uchiha Setsuko…

Kanjiro sentit son corps se tendre, alors qu'il attendait les noms des équipiers.

-…Akimichi Shimbô…

Ah oui, Shimbô…sympa, fort et corpulent comme seuls les Akimichi savent l'être…Et le dernier ?

-…Et Haruno Akodo.

Kanjiro fit une petite moue, mais prit bien soin de ne pas en faire trop cette fois-ci.

Setsuko quitta sa place et descendit les gradins. Cette fille de 12 ans était pourtant mûre, aussi bien mentalement que physiquement. C'était la meilleure de la promotion, et elle ne se gênait pas pour le faire savoir…Setsuko aimait jouer les femmes fatales, et elle en avait les moyens, malgré son jeune âge. C'était sans doute cette maturité qui la rendait si populaire, tant auprès des filles que des garçons. Non contente de s'attirer les symptahies, elle s'attirait aussi les admirations, par son talent dans à peu près tous les domaines. Kanjiro fronça les sourcils en la voyant se placer devant le bureau et toiser superbement les élèves.

-Elle perd rien pour attendre avec son p de Sharingan…

Kanjiro était énervé : c'était un défi, et il devait le relever.

La suivit un grand jeune homme aux traits fins et à la démarche mesurée. Sur son chemin soupirèrent plusieurs jeunes filles, comme plusieurs garçons avaient sifflé en voyant passer Setsuko. Les deux faisaient vraiment la paire. Les Haruno n'étaient pas réputés pour produire de bons ninjas, mais avec Akodo, ils n'avaient pas raté leur coup…grand, athlétique, ses cheveux roux reposant sur ses épaules, Akodo était un véritable éphèbe avec un succès inégalé auprès des filles, et un coureur de jupons incorrigibles. Comme tous les garçons « normaux » de la classe, il n'était pas insensible au charme de Setsuko. Akodo était un bon utilisateur du genjutsu, et était le seul genin de la promotion à maîtriser les bases de la médecine ninja : lui aussi était doué, mais Kanjiro savait pertinemment que lui et Setsuko ne jouaient pas dans la même cour, du point de vue du nindô.

Fermant la marche venait Shimbô. Trapu, massif, Akimichi jusqu'au bout des ongles, cet expert en lutte avait noué ses cheveux noirs en un chignon soigné et regardait un peu tristement ses nouveaux compagnons.

Honshû marmonna entre ses dents.

-Le tiercé gagnant est…enfin bon, faut pas s'étonner : entre un tank, une damage dealer et un healer…et quand on sait qu'Akodo-« kun » est doué en genjutsu…il faudra les surveiller ces trois-là…

Kanjiro savait parfaitement que Honshû était accroc à la stratégie et à tout sortes de jeux apparentés, mais il ne comprenait toujours pas ce vocabulaire bizarre…il préféra enchaîner sur autre chose.

-Pauvre Shimbô quand même…

­-Sûr, il va pas rigoler tous les jours avec cette paire de…

Honshû ne termina pas sa phrase et regarda bizarrement Akodo, avant de sourire largement.

-Lui, je lui ferais bien un lifting à coups de barre à mine…

Kanjiro regarda son ami avec un petit sourire en coin : Honshû avait beau être sympathique, il ne valait mieux pas l'énerver…

-Bon, et qui aura le plaisir de s'occuper de cette paire de…

Kanjiro fut interrompu par l'entrée du sensei de la team 2…un homme grand et athlétique, les bras ornés de protections métalliques, les cheveux longs et mal coiffés, portant une barbe de 2 jours et surtout, des yeux caractéristiques… Kanjiro soupira.

-Oh non…

Keitaro lui adressa un signe de la main et emmena ses nouveaux disciples. Kanjiro savait que son sensei ne serait pas du clan Hyûga, mais de là à penser que Keitaro-sensei allait s'occuper de Setsuko…décidément cette journée s'annonçait pénible.

Les équipes se formèrent au fur et à mesure, sans que Honshû et Kanjiro ne soit appelés.

-Equipe 3, non…Equipe 4, non plus…Equipe 5, non et c'est tant mieux…

Dix minutes plus tard, toutes les équipes étaient formées, et il ne restait que 2 personnes dans la salle…

Kanjiro et Honshû se regardèrent avec des yeux pleins de lassitude.

-Bon, vous deux attendez là, votre sensei ne va pas tarder, dit Hanzô.

-Bon, ben équipe de 2, dit Honshû.

-Et pourquoi il nous aurait mis en équipe de 2 ?

-Ben, parce qu'on est très bon.

Honshû avait pris un grand sourire, comme s'il venait d'énoncer une évidence. Kanjiro prit un air désespéré.

-Déconne pas…

-Ben c'est marrant comme situation, pourquoi je déconnerais pas ?

-Bah j'sais pas, par égard pour mon amour-propre…

Les deux genins se regardèrent quelques secondes avant d'éclater de rire.

-Team 10 ? Rendez-vous dans le gymnase, je vous y retrouve.

A peine la tête qui venait de passer dans l'ouverture de la porte avait-elle prononcé ces mots qu'elle avait disparu.

Kanjiro et Honshû haussèrent les épaules de concert et descendirent les gradins, avant de se diriger vers le gymnase.

Tous les élèves de l'Académie connaissent le gymnase. Cette grande salle disposait de tout l'équipement pour pratiquer tous les sports possibles et imaginables, et servait aussi à abriter les élèves quand il faisait trop froid pour mettre un genin dehors. Ce qui n'arrivait pas souvent : l'hiver qui s'était abattu sur Konoha était sans précédent. Ce village où il neigeait que très rarement était maintenant recouvert par un manteau immaculé. Les élèves se plaignaient toujours qu'il faisait froid même dans le gymnase, mais lorsque Kanjiro et Honshû y entrèrent, ils se dirent que cette fois, il faisait vraiment froid.

Et pour cause, un carreau du plafond était brisé et une flaque d'eau accumulée au sol montrait que la neige y était tombée continuellement. Kanjiro fronça les yeux, et après quelques secondes d'observation :

-Il a été brisé de l'extérieur.

-Ouais, ben moi j'ai remarqué autre chose… fit Honshû.

Kanjiro vivement tourna la tête vers la droite et vit que quelqu'un était assis sur les gradins, les observant.

Le guetteur était tranquillement posé, les regardant avec des yeux d'un bleu glacial. Le jeune Hyûga remarqua tout de suite quelque chose de bizarre chez ce personnage : il semblait être de leur âge, mais son regard était trop froid et bien trop profond pour être celui d'un enfant normal. Et quelque chose dans son attitude lui disait qu'il était aussi froid que l'air qui se lovait autour d'eux.

Le temps flotta un moment, comme la colonne blanche qui reliait le ciel gris au sol du gymnase. Kanjiro et Honshû faisaient face à un shinobi de leur âge, aux yeux bleus, froids et perçants.

Kanjiro prit le temps de le détailler ; des cheveux de jais encadraient un visage aux traits fins et presque acérés, tout autant que ses yeux. Il portait une veste de soie noire tissée de fils d'un bleu glacial ; un étui à shuriken ornait son pantalon ample en toile simple. Son bandeau de ninja montrait à tous son allégeance, par quatre vagues stylisées gravées dans l'acier.

Il sauta nonchalamment pour rejoindre les deux genins, atterrissant presque aussi légèrement qu'un flocon de neige. Ses vêtements amples flottèrent et retombèrent sur son corps alors qu'il se redressait et s'adossait aux gradins.

-Alors c'est vous les deux autres ?

Sa voix était traînante et neutre.

-Faut croire…répondit Honshû tranquillement. Et à qui a-t-on l'honneur ?

-Yukito fera l'affaire. Et vous, comment je dois vous appeler ?

-Nara Honshû, mais tu peux m'appeler Honshû.

-L'autre je connais son nom, mais pour le reste ?

Yukito regardait Kanjiro droit dans les yeux, avec intensité. Sentant le défi que lui lançaient ces deux cercles de givre, Kanjiro soutint son regard. Ils se jaugèrent pendant quelques secondes, comme s'ils savaient chacun ce que penser de l'autre, et se le faisaient savoir, par un langage qui était au-delà de la parole.

-Kanjiro.

Honshû coupa court à cet échange qui faisait augmenter la tension.

-Alors comme ça tu viens de Kiri ?

Yukito cessa de fixer le Byakugan et se contenta d'acquiescer. Il n'y avait effectivement pas grand-chose à en dire : Kiri était un allié de Konoha dans la guerre, mais savoir pourquoi un de leurs genins allait s'entraîner à Konoha était impossible. Kanjiro et Honshû ne savaient que peu de choses à propos de la situation militaire et internationale, seulement que Iwa restait le principal ennemi.

Yukito reporta son attention sur Kanjiro et le détailla. Il sembla remarquer quelque chose à propos des vêtements du Hyûga.

-Et moi qui croyais que c'était une tenue de goût…mais après tout, on est à Konoha.

Honshû et Kanjiro froncèrent les sourcils de concert…ce type allait en voir de toutes les couleurs s'il n'arrêtait pas un peu…

Comme de bien entendu, la porte s'ouvrit à temps, juste avant que Yukito ne découvre les joies du flirt avec barre à mine. Entra ce que les trois genins supposèrent être leur sensei.

L'individu en question était grand…

Non, il était plus que grand…

En fait, dire qu'il était colossal aurait presque été un euphémisme.

Vêtu comme la plupart des ninjas de Konoha, cet homme devait bien faire mesurer deux mètres, si ce n'est plus ; large d'épaules sans être une masse, il arborait des traits assez jeunes, qui suggéraient qu'il devait être dans sa vingtaine. Portant la veste verte et la combinaison bleu nuit de Konoha, il avait une particularité : il était bardé de fourre-tout, d'étuis à shurikens et de rangements à parchemins, sur les jambes, les bras, le torse, le dos…apparemment, l'équipement était sa spécialité.

Les trois genins remarquèrent quelque chose de bizarre sur son front : il arborait bien le bandeau de Konoha, mais il était bizarrement balafré. Deux traits verticaux encadraient la feuille, et deux traits plus petits se trouvaient sous elle. Honshû et Kanjiro se regardèrent…tous deux avaient compris : on aurait dit que le bandeau portait la morsure d'une bête sauvage.

Le jônin marcha tranquillement vers eux. Malgré sa taille imposante, il semblait jovial et sympathique, et arborait un léger sourire, comme celui qui se place seul sur le visage lorsque l'on est heureux.

-Laisse-moi deviner : tu veux être comme ça quant tu seras grand ? dit Kanjiro à Honshû, ayant remarqué la grande ressemblance entre leur sensei et son ami, qui lui répondit à voix haute, sachant parfaitement que le jônin entendrait de toute façon.

-Non mon vieux, quand je serais grand, je serais comme ça : j'y peux rien, c'est naturel et puis c'est tout.

Le sensei se plaça devant eux et s'assit sur les gradins. Kanjiro et Honshû se tenaient debout côte à côte, tandis que Yukito était toujours adossé, un peu à l'écart. Le jônin prit la parole.

-Alors, bonjour d'abord. Ensuite, je suis votre sensei, Gîru Takeo. Mais appelez-moi Takeo-sensei, dit-il comme s'il leur permettait une familiarité.

Kanjiro sourit devant la bonne impression que lui donnait cet homme. Honshû leva la main.

-Dites, Takeo-sensei, vous avez l'air jeune pour un jônin.

-Pour être franc, je viens à peine d'être promu.

Yukito eut un léger reniflement de mépris et murmura :

-Et en plus ils m'ont collé un bleu…

Le sourire de Takeo diminua très légèrement et il s'adressa au genin solitaire.

-J'ai entendu ça.

-Je sais.

-Tiens, si tu en profitais pour te présenter, maintenant que t'as attiré l'attention ?­

-Me présenter ? fit Yukito comme si on lui avait demandé de se mettre à marcher sur les mains.

-Ouais. Ce que t'aimes, ce que tu détestes, ton nom, ton âge, tes projets et tes rêves…tout ça quoi !

-Tôshi Yukito. Je déteste qu'on soit pas du même avis que moi, j'aime faire en sorte qu'on le soit. J'ai 12 ans et j'ai pas vraiment à me préoccuper de mes rêves, maintenant qu'on m'a envoyé ici.

Honshû fit une petite moue, et Kanjiro commenta à voix basse.

-Charmant…

-Et toi ? Ton nom, on me l'a dit mais le reste ?

-Moi ? Je m'appelle Hyûga Kanjiro…j'ai 12 ans…

Kanjiro semblait réfléchir à ce qu'il disait, comme si sa mémoire s'était soudain raccourcie, ou comme s'il cherchait ce qu'il pouvait bien y avoir d'intéressant à dire le concernant. Après quelques secondes de réflexion, il poursuivit.

-Pour ce qui est de ce que j'aime et de mes loisirs…

Il montra sa main : sur le dos était l'idéogramme du sommeil. Takeo sourit plus largement.

-Ah oui : calligraphier et dormir. On m'en a parlé aussi.

-Et pour ce que je déteste…

Il ouvrit sa veste et montra le motif de son t-shirt : l'éventail des Uchiha barré d'une croix blanche. Takeo parut légèrement surpris, Yukito eut un petit rire, et Honshû s'abstint de commentaires, préférant en finir avec les présentations.

-Ben moi c'est Nara Honshû. A part ma carrière, j'ai pas de projet ou de rêve particulier. J'aime beaucoup la stratégie et associés, et je dois dire que je déteste positivement les frimeurs et les gens malpolis…dit-il en adressant un grand sourire à Yukito, qui se mura dans le silence.

Takeo attendit qu'ils aient fini leur cirque avant de continuer.

-Bien. Pas beaucoup de projets, mais tous des cas à part entière, hein ? J'aime ça. Bon, avant de commencer les missions, on va faire un petit entraînement, pour voir ce que vous avez dans le ventre.

Le regard du jônin avait légèrement changé ; même si son visage souriait toujours, Kanjiro sentait légèrement que ses yeux souriaient d'une autre façon, avec plus de rudesse…

-Rendez-vous demain matin sur le terrain d'entraînement n° 13. Aucune question ?

Kanjiro parla tout en s'étirant.

-Si. Ce serait possible de pas se lever trop tôt ?

Takeo eu un petit sourire. Kanjiro conclut.

-Je suppose qu' « on » vous a parlé de ça aussi.

Il était maintenant assez évident que Takeo-sensei connaissait Keitaro-sensei.

-Rendez-vous à 11h. Yukito, tu viens avec moi, je vais te montrer ton appartement.

Yukito suivit Takeo hors du gymnase. Honshû et Kanjiro en firent rapidement autant.

Honshû et Kanjiro sortirent de l'Académie 5 minutes plus tard. Il était midi bien frappé, et leurs estomacs commençaient à crier famine. Kanjiro énonça l'évidence.

-T'as pas faim ?

-Non, pas du tout, je pourrais encore tenir 20 ans à écouter mon ventre gargouiller. Bien sûr que j'ai faim banane.

-Bon, et où tu veux bouffer, gros malin ?

-J'ai entendu dire qu'une échoppe de râmens avait ouvert il y a pas longtemps…

-Ah ouais, Ichi…Ichi-truc.

-Ichiraku. Il paraît que c'est fameux.

-Ben va pour Ichiraku.

-Avant ça, y a un truc qu'il faut que j'aille prendre.

-Pff…ok mais vite.

Il suivit Honshû jusqu'à une petite bâtisse dont la cheminée fumait abondamment. L'armurerie du village était tenue par un ancien shinobi qui s'était reconverti dans la métallurgie. Honshû connaissait l'endroit, apparemment.

-Salut patron ! Vous avez ce que j'ai commandé ?­

-Oui, mais comme j'arrivais plus à replier la plaque, j'ai dû t'en forger un nouveau.

-Pas grave.

Le forgeron, un vieil homme à moitié chauve en tablier de cuir, amena une petite boîte d'étain et la déposa sur le comptoir. Honshû en sortit et enfila deux gantelets d'armes qui couvraient de métal ses avants bras, le dos de sa main ainsi que la première phalange de chaque doigt. Sur le droit était gravé le symbole de Konoha. Dans la boîte se trouvait aussi un bandeau flambant neuf, que Honshû passa à son cou, avant de sourire en soupesant le poids des gantelets.

-J'ai piqué l'idée à ton sensei.

-Je vois ça.

-Bon, on va manger ?

Kanjiro approuva d'un signe de tête, et Honshû ferma les yeux, semblant se concentrer. A ses pieds, un peu de fumée s'éleva alors qu'une partie de la neige fondait.

-Malaxer le chakra, ça aide à réchauffer, fit le Nara.

-Qu'est-ce que tu crois que je faisais quand je m'étirais dans le gymnase ?

Honshû sourit, et ils se mirent en route.

Après avoir marché pendant dix bonne minutes avec de la neige jusqu'aux genoux, ils arrivèrent devant l'échoppe. En entrant, la chaleur qui se dégageait de la cuisine les réconforta, et ils s'assirent au comptoir, où le patron, un homme d'environ 30 ans, les accueillit.

-Alors, qu'est-ce que ce sera pour ces messieurs ?

-Un bol de râmen au porc avec du daikon.

-Et pour le jeune monsieur Hyûga ?

-Au miso.

-Ca marche !

Tout en mangeant, Honshû et Kanjiro discutèrent.

-Alors Kanji, qu'est-ce que tu penses de notre team ?

-Ben le sensei a l'air sympa, par contre, Yukito m'a pas fait bonne impression…

-Tu l'as dit. Je sens que j'aurais presque préféré être avec Akodo…

-Exagère pas…franchement, tu te vois assister aux ébats de ce don juan avec…

Kanjiro ne finit pas sa phrase, mais il ne savait pas si c'était pour botter le sous-entendu en touche, ou parce qu'il se refusait à admettre.

-T'as raison, je me vois pas tenir la chandelle…pauvre Shimbô quand même.

-Il est solide, il s'en tirera, et puis il y a Keitaro-sensei.

-C'est vrai ça…je me demande comment il va réagir…

Sans apporter de réponse, Kanjiro continua à manger, bientôt imité par Honshû.

Lorsqu'il rentra chez lui, il se faisait 16h, mais la neige ne s'était pas décidée à fondre. A l'intérieur de la cabane, Keitaro faisait du thé. En sentant l'odeur subtile, Kanjiro se sentit déjà rassénéré. Son sensei lui tendit un bol en souriant.

-Alors, qu'est-ce que tu penses de ta team ?

-Ben Honshû j'ai pas à me plaindre…le sensei a l'air sympa.

-Takeo est un mec bien : je le connais depuis longtemps.

-Il y a quand même quelques trucs assez…particuliers.

En voyant l'air interrogateur de Keitaro, Kanjiro précisa sa pensée.

-Ben, ses yeux sont bizarres parfois. Et son bandeau, surtout…

-Je vois que nos exercices de vigilance ont servi.

Keitaro s'installa confortablement, en s'adossant au mur. Il prit une gorgée de thé et une profonde inspiration, comme s'il se remémorait de lointains souvenirs.

-Takeo est membre du clan Gîru. Tu n'en as probablement jamais entendu parler ; c'est un clan nomade qui s'est installé dans la région il y a quelques années. Autrefois, ils habitaient à Tsuchi no Kuni, mais le seigneur du pays les a rejeté, passe-moi l'expression, à coups de pieds au cul. Les Gîru ont l'habitude, en général ils ne sont pas très appréciés ; ils sont venus s'installer dans les forêts du Pays du Feu, et ont conclu un traité avec Konoha. Ils ont un fortin à quelques kilomètres du village.

-Si c'est un clan étranger, comment se fait-il que Takeo-sensei soit un ninja de Konoha ?

-Les Gîru sont des nomades naturels, mais ils se plaisent ici. Alors ils ont fait ce qu'ils n'avaient encore jamais fait : ils ont accepté de se mêler à la population. Takeo est un bon exemple de Gîru intégré : il est de souche tout à fait pure, mais il est marié à une femme de Konoha. Une partie de la prochaine génération de Gîru naîtra à Konoha, et quelques-uns de ces enfants pourront peut-être vivre ici, voire devenir ninjas de Konoha. Takeo est devenu chuunin du village peu après son mariage, et a commencé à remplir des missions. Il y a un an, Hokage-sama a jugé qu'il était digne du rang de jônin, et vous êtes la première team qui lui est confiée.

Kanjiro prit quelques secondes pour assimiler ces informations, haussa les épaules plus par réflexe que volontairement, et prit une gorgée de thé. Inutile de demander ce qu'il y avait de si particulier avec ce clan pour qu'il soit si peu apprécié : avec un Gîru comme sensei, il en apprendrait bien assez avec le temps.

Keitaro se redressa.

-Et ton dernier équipier ?

-Eh ben c'est pas un cadeau…

-Kiri est un de nos alliés dans cette guerre, et même si elle ne durera plus très longtemps, nous devons être prudents. La venue de Yukito est due en partie aux derniers évènements, en plus de devoir rapprocher nos deux villages. Autrefois, lorsque Shodai-sama a fondé Konoha, son frère, le futur Nidaime, a choisi de s'exiler. Lorsqu'il est revenu pour devenir Hokage, il avait passé plusieurs années à Kiri et en était revenu avec une connaissance colossale du Suiton. Depuis ce temps, Kiri et Konoha sont assez proches, et Sandaime-sama travaille à consolider ce lien.­

-De quoi tu parles, les derniers évènements ?

-Je parie qu'en douze ans passés à Konoha, c'est la première année que tu vois de la neige…

Kanjiro commença à réaliser l'importance de cet hiver si particulier…

-Donc cette neige n'est pas naturelle ?

-En tout cas elle n'est pas normale. Le conseil du village pense qu'il s'agit d'une intervention de Yuki no Kuni.

-Yuki ? Je croyais que c'était un pays neutre.

-Il y a un sacré bazar chez eux : le village caché a commencé à agir seul, et une faction politique dissidente compte utiliser cette guerre comme moyen de prendre le pouvoir, et s'est alliée aux ninjas dans ce but.

-Donc, Tsuchi no Kuni s'est allié aux ninjas de Yuki…

-Les forces de Yuki qui nous attaquent sont très réduites, mais elle disposent de technologies avancées, et elles ont profité de l'hiver pour « préparer » le terrain. Une manoeuvre stratégique pareille présage une offensive majeure.

-C'est là que l'alliance avec Kiri nous arrange…

-Exact.

Kanjiro finit son thé et aborda une question qui lui semblait tout aussi sensible.

-Et toi, qu'est-ce que tu penses de ta team ?

-Oh, Shimbô fera un bon élève, persévérant et attentif. Je ne me fais pas de soucis pour lui, il deviendra un bon shinobi.

-Moi non plus je ne m'en fais pas pour Shimbô, mais c'était pas de lui que je parlais.

-…Akodo est doué. Le genjutsu combiné avec les techniques médicales lui donnera un parfait rôle de soutien : il faudra qu'il aille chercher des enseignements auprès d'autres professeurs, mais il est indéniablement doué.

-Et pour…

-Honnêtement, c'est une des meilleures que j'ai jamais vues. Elle a activé son Sharingan très tôt, et elle n'a pas voulu me dire comment ; elle est très talentueuse en taijutsu, probablement plus que toi, et son ninjutsu est pas mal, même si ça n'est pas son point fort. Quant au genjutsu, ça n'est pas son affaire.­

-Donc elle est parfaite ?

-Presque. Je dirais qu'il lui manque de la détermination et de l'intuition ; et elle a l'air décidée à ne rien dévoiler, ce qui veut dire que quelque chose dans ce qu'elle cache la gêne. Mais ce ne sont pas mes affaires.

Kanjiro était plongé dans ses pensées…quelque chose qui la gênait…Une faiblesse serait utile pour la surpasser, mais il y avait autre chose. Keitaro le tira de sa réflexion.

-Et puisque tu sembles t'en soucier, oui Akodo et elle ont l'air de se rapprocher. Ce genre de choses n'est pas de mon ressort, mais, et ça je peux te le garantir, ça n'interférera pas avec les missions.

Kanjiro ne prit pas le temps de répondre, et réprima un bâillement avec peine. Avec toutes ces nouveautés, il en avait presque oublié sa fatigue.

-Tu devrais aller te coucher. Prends ton temps : d'après ce que Takeo m'a dit, vous commencez à 11h.

-Aaarrff…ouais…

-Profites-en, ça va pas durer.

-Bonne nuit…enfin bonne après-midi.

Kanjiro monta lourdement les escaliers et se coucha rapidement, songeant à tout ce que sa carrière allait lui réserver comme surprises, exploits et occasions.

Il se réveilla bien plus tard, et jeta un coup d'œil à sa montre : minuit. Il se leva et s'habilla. Il avait suffisamment dormi, et il ne pouvait rester à rien faire, alors autant recommencer…de toute façon, si Keitaro-sensei voulait l'en empêcher, il n'avait qu'à parler.

Le jeune genin ouvrit sa fenêtre et sauta sans hésitation. Il atterrit sans un bruit dans la neige…la chaleur de la maison l'avait faite fondre en partie ; dans la forêt, les lumières des lampadaires peinaient à éclairer les ténèbres nocturnes, mais un Hyûga n'avait que faire du noir. Kanjiro forma le signe et son Byakugan s'activa, perçant la nuit sans difficulté.

Il se leva et fit un pas. Trois longs objets se plantèrent dans la fine couche de neige, lui barrant le passage. Une voix tranquille acheva de l'arrêter.

-Encore de sortie ?

Une silhouette tomba des arbres devant lui, s'approcha et ramassa d'une main les trois senbon fichés dans le sol. Les élevant à sa bouche, il en fit sortir un de son poing et le prit entre ses dents, comme on prendrait une cigarette. Shiranui Genma, le ninja au senbon…Kanjiro connaissait bien ce chuunin d'une quinzaine d'années, puisqu'il était chargé du guet dans cette zone, et que l'héritier de la Sôke faisait fréquemment le mur. Vêtu de la veste traditionnelle, il portait son bandeau à l'envers, tissu déployé, comme un bandana.

-J'arrive plus à dormir.

-Bon…comme d'habitude, pas jusqu'à trop tard, et évite de trop te faire repérer, ou ce sera une nuit au poste. On est plus sévère en ce moment…

-Je sais.

-Allez, à la prochaine, fit Genma avant de disparaître dans les frondaisons enténébrées.

Le vent et Kanjiro soupirèrent à l'unisson, et les feuilles tremblèrent. Il avait dû se jurer une bonne dizaine de fois qu'il ne recommencerait pas, mais c'était plus fort que lui…Rapidement, sans savoir précisément ce qu'il faisait, il sauta de toit en toit…il savait bien où il allait, il connaissait le chemin, à force. Et un visage le hantait, en chemin. Un visage dont les yeux avaient changés…

Cinq minutes plus tard, il se tenait accroupi sur le mur qui délimitait le quartier Uchiha, comme une de ces statues de guetteur qui ornent les temples anciens. Son Byakugan contemplait les rues et les maisons silencieuses…il avait déjà vu cet endroit pendant la journée, quand il était plein de vie et d'animation…dans le fond c'était peut-être ce genre de vie qu'il voulait, une vie libre, sans avoir l'impression de trahir son héritage à chaque instant.

Kanjiro voulait cela si fort que c'en était maintenant douloureux. Quelque part, elle dormait tranquillement, sans avoir à supporter ces souvenirs…Keitaro rentrant brisé, comme s'il ne vivait plus qu'à moitié ; Kanjiro n'avait que 8 ans à l'époque, mais il avait compris en regardant ses yeux…il avait su avec une clarté abjecte, avec une lucidité insupportable, que le Kagemusha de son père était blessé mortellement…il avait deviné que quelque chose de terrible était arrivé, quelque chose qui avait arraché à Keitaro une partie de son âme, laissant l'autre livide, incomplète, martyre, orpheline…

Il se souvenait avec précision maintenant. Sur le mur d'enceinte, il était si statique qu'il était devenu une de ces statues grimaçantes…peut-être que ces visages effrayants étaient ceux des mutilés, ceux des êtres à qui la souffrance a trop arraché…il se rappelait sa mère. Sa mère, qui s'était elle aussi brisée en voyant Keitaro, tout comme Kanjiro avait compris et s'était brisé, comme un miroir fêlé ne renvoyant plus qu'une image déformée, irréelle de la réalité…les gens normaux n'acceptaient pas, ils pouvaient nier, se faire des illusions.

Mais cette clarté si horrible, aussi précise que ces yeux que son sang lui avaient légués, ne laissait aucun doute planer…sa mère n'avait pas pleuré, elle n'avait pas crié, elle n'avait pas protesté…elle s'était figée et avait silencieusement et doucement glissé sur le sol, regardant le vide, tandis que de fines larmes coulaient sur ses joues…Kanjiro avait bien vu qu'elle ne voyait plus rien d'autre que cette terrible vérité, et qu'elle ne pouvait vivre avec. La tristesse incrédule et fulgurante des gens normaux aurait été si douce comparée à cela…comparée à ce silence tétanisé, qui ne laissait aucun échappatoire, aucun soulagement…sa mère n'avait plus parlé, et s'était éteinte lentement, consumée par cette évidence monstrueuse.

Kanjiro et Keitaro avaient trouvé un soutien l'un dans l'autre, mais ils portaient toujours en eux cette cicatrice de la vérité. Une ancienne légende prétend que le Byakugan est incapable de verser des larmes, et que c'est de là que lui vient ses noms de « Mauvais œil » et d' « Œil blanc » : incapable d'être humain, toujours si pur, si imperturbable…là se trouvait le destin des Hyûga, dont le cœur pleurait sans cesse sans que leurs yeux puissent le hurler au monde. Mais sa mère, lui et Keitaro avaient versé des larmes, ce jour-là…Kanjiro savait que le clan pouvait changer. Mais il savait que le prix en serait grand.

Setsuko, elle aussi, avait un cœur qui pleure et des yeux impassibles, sinon pourquoi cacher ses larmes ? Kanjiro brûlait d'en savoir plus, il désirait plus que tout comprendre quels tourments déchiraient le cœur muet de Setsuko. Quelque chose en lui disait qu'elle aussi connaissait ce martyre silencieux, qu'elle était comme lui. Mais ce n'était qu'une sensation aussi diffuse que les chants éthérés du vent ou que la chaleur éphémère d'un souffle en plein hiver…

To be continued...