Titre : Le Passé blanc, saison 1 - Le Village sous la neige
Auteur :
Kanjiro
Base :
Naruto
Genre :
Pas de genre défini. Si je devrais en donner un, ce serait chronique d'un personnage.
Disclaimer :
Apparemment, Masashi Kishimoto (que Dieu préserve son oeuvre à travers les siècles) a décidé de me céder les droits du manga Naruto et de ses personnages...Non ? Bref tout ça lui appartient toujours, on s'en doutait.

Chapitre 06 - Au-delà du masque

Le lendemain, Kanjiro se réveilla d'un sommeil sans rêve ; se redressant en bâillant un peu, il jeta un coup d'œil à son réveil, et eut son premier choc de la journée : il était 7 h 30 du matin…le jeune Hyûga se demanda s'il n'était pas en train de rêver…comment était-il possible qu'il se lève à une heure pareille, surtout après les deux semaines qu'il venait passer ? Il se passa immédiatement la main sur le front…ce n'était pas normal, il devait couver quelque chose…

Après avoir vérifié que son réveil ne s'était pas détraqué, que la position du soleil confirmait cette heure si matinale, qu'il n'avait pas de fièvre ou quoi que ce soit d'autre, Kanjiro se rendit enfin à l'évidence : il s'était levé tôt. Il réfléchit un instant, puis haussa les épaules, et se dirigea vers la douche en fredonnant.

Tandis que l'eau chaude achevait de le réveiller, il repensa à la conversation qu'il avait eue avec Keitaro-sensei hier soir, et surtout à ce qu'il avait dit au sujet des Gîru… Si Takeo-sensei avait prévu un test ce matin, ce serait l'occasion de découvrir ses techniques, et donc celles de son clan ; l'intuition de Kanjiro lui disait que c'était ces techniques qui étaient à l'origine de l'exil constant des Gîru : il avait déjà entendu parler de la haine des Kekkei Genkai qui s'était installée à Kiri, et avait fait le rapprochement. Ces arts héréditaires devaient être particuliers, pour attirer partout la crainte et la méfiance…

Une fois habillé, Kanjiro descendit pour voir Keitaro-sensei sur le départ. Le jônin leva des yeux incrédules.

-Eh ben, tout arrive !

-Je sais, j'ai du mal à y croire aussi…

-C'est le métier qui rentre : les ninjas se lèvent tôt.

-J'aurais dû faire balayeur…

Keitaro éclata de rire avant de chausser ses sandales.

-Bon, je dois y aller : j'ai pensé à toi, et je leur ai donné rendez-vous à 8h.

Kanjiro sourit : le malheur des uns fait le bonheur d'un autre…

-Merci. Bonne journée…fit-il en bâillant.

-Ah je préfère ça. Allez salut.

Keitaro s'en alla dans la neige et le soleil, tandis que Kanjiro s'adossait au mur pour écouter le chant des oiseaux et savourer ce matin, comme si c'était le premier…ce qui était en partie vrai, sauf si on considère que, passé 11h, c'est toujours le matin.

Après une tasse de thé et un petit déjeuner méthodique, Kanjiro se demanda ce qu'il allait faire. Lui qui comptait pioncer jusqu'à 10h et rejoindre tranquillement le terrain d'entraînement, il se retrouvait avec 1h30 à tuer, sans la moindre idée de la méthode. Après 15 bonnes minutes de réflexion intense, il décida d'aller faire un tour chez Honshû, qui serait sûrement levé.

Maintenant qu'il connaissait l'origine et la fonction de toute cette neige, Kanjiro voyait son émerveillement diminuer ; comme Keitaro-sensei l'avait dit, il n'avait jamais vu un tel hiver, ni de neige. Kanjiro ne cessait de s'étonner en contemplant les résultats extraordinaires de cette saison, mais il ne pouvait s'empêcher de songer que toutes ces merveilles n'étaient que des instruments de guerre, et aussi que tôt ou tard, il devrait être mêlé à cette guerre. Elle durait depuis des années, et elle avait déjà pris son père ; Kanjiro n'avait jamais combattu pour sa vie ni été au cœur de la bataille. Mort et meurtre ne le concernaient pas pour l'instant, mais sa carrière de shinobi allait l'en rapprocher terriblement, il le savait.

La maison des Nara était parfaitement ordinaire, et se trouvait en plein centre-ville : la famille des manipulateurs d'ombre avait choisi une vie normale, contrairement à la plupart des clans majeurs, qui se muraient dans une vie aristocratique. Kanjiro connaissait cet endroit, pour y être souvent venu avec son meilleur ami ; après un léger soupir, il frappa deux coups à la porte, qui s'ouvrit quelques secondes plus tard, sur un grand homme portant la coiffure des Nara, la veste de Konoha et deux cicatrices sur le côté droit du visage, l'une sur la joue et l'autre barrant son sourcil.

-Ohayô, Shikaku-san…

-Comment va, Kanji ? demanda le chuunin de sa voix rocailleuse

-Je me suis levé trop tôt…

-Ouais, je vois ça. Honshû fini son entraînement. Entre.

-Merci.

Shikaku, 18 ans, était le frère aîné de Honshû, et un chuunin talentueux.

-Et comment va ta femme ?

-On fait aller…elle veut déjà un enfant…

-A peine quelques mois de mariage et elle te commande déjà…mon pauvre…

-Arrête de te moquer, gamin. Si jamais j'ai un fils, j'espère bien qu'il sera plus dynamique que toi.

-Bof…qui sait ? répliqua Kanjiro d'un ton étrange. Ironie du sort, l'avenir lui donnerait raison…

Après quelques minutes de discussion, Kanjiro se dirigea vers la salle où Honshû était occupé à rouer de coups de bâton un grand sac d'entraînement. Apercevant son camarade, le jeune Nara replaça le bâton dans le harnais de son dos, et ses mains dans ses poches.

-La vache…t'as vu l'heure, Kanji ?

­-Ouais, ouais…

Kanjiro avait l'impression qu'on allait souvent la lui resservir, celle-là…

-Il nous reste deux heures avant le rendez-vous…t'as des idées ?

-Non, j'avais espéré que toi t'en aurais.

-…Autant aller marcher un peu.

Haussant les épaules à l'unisson, les deux genins sortirent et se dirigèrent très tranquillement vers l'extérieur du village et les terrains d'entraînement.

Honshû, voyant que la neige ne s'était toujours pas décidée à fondre, glissa la main dans sa veste et en ressortit une paire de lunettes noires, qu'il plaça sur son nez sans la moindre fioriture.

-Qu'est-ce que tu fous ? demanda Kanjiro, un peu étonné.

-Faut que je protège mes yeux de la réverbération du soleil sur la neige. Mais t'en fais pas, ça te concerne pas.

En effet, un Hyûga n'avait pas trop à s'en faire au sujet de ses yeux : aucun Byakugan ne saurait être myope ou quoi que ce soit d'autre.

-Tant mieux pour moi, parce que toi t'as vraiment l'air…marrant avec ça.

-C'est gentil l'euphémisme.

-C'est pas un euphémisme, t'es vraiment marrant.

-Alors pourquoi tu ris pas ?

-Mais je t'assure, je suis mort de rire…

Honshû s'arrêta de marcher, baissa ses lunettes et regarda Kanjiro en haussant les sourcils.

-Intérieurement, compléta le jeune Hyûga.

Ils reprirent leur marche, errant sans véritable destination à travers les rues de Konoha, puisqu'ils avaient tout leur temps.

-Au fait, Honshû, Keitaro-sensei m'a donné quelques renseignements au sujet de Takeo-sensei.

-J'en ai trouvé quelques-uns aussi.

-Je commence si tu permets.

Kanjiro raconta alors l'histoire de l'errance des Gîru, leur exclusion de Tsuchi no Kuni et leur installation à Konoha.

-Takeo-sensei est un Gîru bien intégré. Il a même épousé une femme de Konoha.

-Kyûfei.

-Gné ?

-Sa femme. Elle s'appelle Kyûfei.

-D'où tu tiens ça ?

-J'ai croisé quelques Gîru et j'ai consulté mes sources. Ceux que j'ai rencontré avaient l'air bien sympa…pas forcément autant que Takeo-sensei, mais bon. A part ça, pas grand-chose.

-C'est tout ce que t'as pu trouver ?

-Ah si, j'ai entendu plus de détails sur leur exil de Tsuchi no Kuni. Ils habitaient dans une région très étendue de ce pays, et ils migraient de point en point selon les saisons. Quand le seigneur de Tsuchi no Kuni a voulu exploiter cette région pour l'industrie minière, il a viré les Gîru…

-…à coups de pied au cul, firent les deux genins à l'unisson, avant de se remettre à marcher.

Le chemin vers la zone d'entraînement passait à proximité du quartier Uchiha, et, en longeant le mur d'enceinte, ils croisèrent quelqu'un qu'ils avaient vu le jour précédent. Hôhime, toujours aussi élégante, avançait gracieusement dans la neige ; sa robe ample masquait ses pieds et même les mouvements de ses jambes, de sorte qu'elle semblait glisser sur la surface immaculée, dans un silence absolu, uniquement troublé par les faibles bruits de la neige cédant sous ses pas. Seul les panaches de buée l'environnant prouvaient à Kanjiro et Honshû qu'il ne contemplaient pas une estampe. Elle tenait par la main un jeune garçon, probablement plus jeune que les deux genins, et qui semblait fragile ; tout comme le jeune Nara, il portait des lunettes noires ; mais Kanjiro sentit son regard sur lui…lui laissant une impression étrange, mais trop diffuse pour qu'il puisse la définir. Hôhime s'arrêta et adressa un signe de la main à Kanjiro et Honshû, les saluant poliment ; ils s'inclinèrent tout aussi poliment. Aucun mot ne vint troubler cette étrange cérémonie au milieu d'un hall immaculé. Puis les trois shinobis reprirent leur chemin.

Ils gardèrent le silence pendant quelques minutes, puis Kanjiro posa la question.

-Qui était ce gamin avec elle ?

-Sais pas.

-Tu sais pas ?

-Non.

-C'est pas banal ça.

-De quoi ?

-T'as pourtant l'habitude de te renseigner, et tu la connais assez bien, pas vrai ?

-Et alors ? Je suis pas ton indic, que je sache.

Kanjiro n'en rajouta pas : Hôhime était célèbre, mais on en savait peu au sujet de sa vie privée. Pour l'instant, elle n'avait pas participé activement à la guerre, et Kanjiro se demandait ce qu'elle pensait de tout ça ; après tout, elle était célèbre pour ses talents guerriers autant que pour sa stature sociale hors du commun…Mais ce gamin était étrange, pas de doute…et d'autant plus étrange que Honshû ne savait rien sur lui…mais le jeune Hyûga avait d'autres soucis pour la journée.

Kanjiro et Honshû marchèrent encore pendant un temps qu'il ne s'amusait plus à surveiller ; Konoha sous la neige était autre, bien différent du visage qu'il offrait habituellement. Cela faisait déjà quelques semaines que l'hiver s'était installé, mais Kanjiro ne se lassait pas d'explorer le village pour voir ce qui avait été changé par ce manteau blanc qu'il voyait pour la première fois de sa vie. Puis, comme si leurs pas les avaient guidés, ils arrivèrent au terrain d'entraînement n°13, et 10 minutes en avance, comme par miracle.

Le grillage même était orné de blanc ; les terrains d'entraînement de Konoha se trouvaient en bordure du village, et mordaient naturellement sur la forêt extérieure. Kanjiro n'avait pas trop prêté attention au visage du Pays du Feu sous le masque de l'hiver, mais il réalisait maintenant qu'il aurait dû : un tel spectacle offrait la méditation sans devoir passer par le thé. Le terrain n°13 comportait notamment une course d'obstacles ; il n'en restait presque rien, seulement de légères bosses dans la neige. Les poteaux étaient coiffés de blanc, comme des vieillards aux cheveux blancs patientant au mépris des saisons, la clairière autrefois accidentée et ornée de verdure était devenue une étendue immaculée qui semblait parfaitement lisse. Les arbres qui l'encadraient étaient eux aussi recouverts, leur feuillage bariolé et erratique remplacé par une masse de neige que nul souffle de vent ne venait déranger, et qui semblait si solide qui rien ne pouvait la briser, comme si Konoha tout entier était prisonnier de cette gangue de neige. Le soleil perça les nuages pour venir frapper cette couche de neige ; Honshû détourna le regard et mit sa main devant ses yeux, et Kanjiro remercia ses ancêtres pour ce don merveilleux qu'était le Byakugan. Pour la première fois depuis longtemps, il se sentit bien, en phase avec ce qu'il était, et surtout, il se sentit prêt, sans savoir pourquoi.

Une fois que le soleil se fut retiré, Honshû regarda sa montre.

-10h55…

Kanjiro balaya le terrain du regard, à la recherche d'un signe de la présence de Takeo-sensei. Sur un des poteaux était posée une masse noire qu'il reconnut comme étant un lourd manteau.

-Takeo-sensei est presque en retard…fit Honshû

-Presque.

Takeo-sensei se tenait derrière eux ; Kanjiro salua mentalement la prestation : malgré sa stature imposante, il avait réussi à se glisser derrière eux sans un bruit, sur une épaisse couche de neige qui plus est. Malgré ce que Yukito avait dit le jour d'avant, Takeo-sensei était bien un jônin, pas simplement un bleu.

-Comment ça va depuis hier, sensei ?

-Oh, pas mal…votre camarade est pas facile à vivre…

-Yukito ?

-Hm hm : j'ai dû lui montrer son appart', et…

Honshû eut un sourire en coin.

-C'est pas assez bien pour lui ?

-Non, c'est juste que la politesse n'existe pas pour lui.

-C'est encore un truc que vous allez lui apprendre, pas vrai sensei ?

-Ca on verra…

Le grillage s'ouvrit et une silhouette mince s'avança légèrement dans la neige, les mains dans les poches. Kanjiro avança un reproche.

-T'es en retard.

-Regarde ta montre, il est 10h59.

-Et alors ?

-Et alors je suis en avance d'une minute, pas en retard.

-T'es le dernier.

Yukito fronça les sourcils et leurs yeux se défièrent silencieusement, sans que leurs visages trahissent quoi que ce soit.

-Au moins je suis à l'heure.

-Ah ouais ?

-Ouais. Ca te pose un problème ?

L'air n'était pas tendu ni chargé d'électricité ; Kanjiro arborait son habituelle mine fatiguée, et Yukito son air taciturne et détaché. Mais leurs yeux recelaient une lutte de fierté et d'honneur ; les lacs de nacre assoupis du Byakugan restaient aussi impassibles qu'à l'accoutumée, et leur profondeur sans fond ni émotion semblaient pouvoir tout engloutir, corps et âme ; les deux cercles de givre étaient durs et froids, plus encore que l'hiver qui s'était abattu sur Konoha, et semblaient cacher des intentions capables de glacer le sang des plus braves. Tout cela n'était qu'apparences et menaces imaginaires, mais sous les yeux de Honshû et Takeo se déroulait bel et bien une lutte entre ceux qui deviendraient sans doute un jour ce que leurs yeux recelaient ; ici se jouait leur futur, et ils avaient bien l'intention de l'imposer, par la force si nécessaire, à tout ceux qui oseraient en douter.

Yukito et Kanjiro se défièrent pendant quelques secondes, puis Kanjiro détourna le regard pour marcher vers les poteaux en fredonnant de nouveau.

Le genin de Kiri afficha une mine satisfaite et se dirigea lui aussi vers le centre de la clairière. Takeo et Honshû les suivirent, et le sensei prit la parole.

-Bon, pour commencer, je vais tester un peu vos méninges, avant de vous fatiguer vraiment.

Il prit une bouteille et un stylo ; après avoir vidé la bouteille, il la déposa au sommet d'un poteau et mit le bouchon du stylo à l'intérieur.

-Bon, vous allez faire sortir le bouchon sans toucher la bouteille, sans la déplacer et sans la briser. Soyez efficace et économes : utiliser un ninjutsu n'est pas efficace pour moi. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous avez qu'à demander. Prenez votre temps.

Le trois genins prirent chacun une posture typique : Honshû se posta sur ses jambes et se palpa le menton. Yukito s'accroupit et fixa la bouteille. Quant à Kanjiro, il s'assit en tailleur et croisa les mains en fermant les yeux. Au bout d'une minute, Kanjiro ouvrit les yeux, haussa les sourcils et ouvrit la bouche pour parler, puis se ravisa.

-Boh, allez vas-y Honshû.

Le jeune Nara sourit et se plaça à côté du poteau.

-Passez-moi de l'eau sensei.

Takeo lui passa une autre bouteille d'eau, et Honshû versa tranquillement le contenu dans la première bouteille, jusqu'à ce qu'elle déborde et fasse sortir le bouchon. Yukito se contenta de renifler et Kanjiro adressa un signe de tête à son ami et Takeo sourit avant de poursuivre.

-Bon, pas mal. Alors, ensuite…

Le sensei sortit quatre kunai d'un de ses fourre-tout et les lança d'un geste nonchalant : ils formèrent un carré parfait autour de lui.

-Bon, maintenant c'est plus difficile. Il faut que je ne sois plus dans ce carré. Et je ne bougerais pas plus d'un pied de cette position. Prenez votre temps.

En sifflotant, Kanjiro s'avança vers un des kunais, et se pencha pour le ramasser. En un dixième de seconde, il se retrouva suspendu au poing de Takeo, qui le rejeta sans ménagement vers ses camarades. Se recevant sans difficulté, Kanjiro se redressa.

-Bon, va falloir essayer autre chose.

Yukito était toujours accroupi, observant Takeo et sa position : il n'était pas du tout en garde, mais était bien campé sur ses deux pieds.

-Position défensive…

Honshû sortit son bâton du harnais et fit un signe de tête à Kanjiro, qui répondit d'un soupir.

-Bon, on va essayer…Tiens-toi prêt Yukito.

Les trois genins bondirent à l'unisson vers leur sensei, qui ne bougea pas d'un pouce…du moins jusqu'à ce qu'il stoppe Kanjiro et Yukito en plein élan, sans la moindre difficulté. Mais Honshû n'était pas à portée de main ; tenant son bâton à bout de bras, il frappa un des kunais, qui s'envola. Les trois genins arrêtèrent de respirer pendant quelques secondes, suivant des yeux le morceau d'acier qui tournoyait en l'air ; Kanjiro et Yukito s'efforcèrent de retenir Takeo, qui n'essaya même pas de bouger, tandis que le kunai se plantait juste au bon endroit. Trois soupirs de soulagement se firent entendre.

-A quelques centimètres près vous aviez raté, mais vous avez réussi, dit Takeo, son éternel sourire aux lèvres.

Il laissa retomber Yukito et Kanjiro, puis se dirigea vers les poteaux, et prit le manteau noir d'une main, avant de le charger sur son épaule.

-Maintenant on va faire une séance de combat libre…

Kanjiro y regarda à trois fois, mais il ne s'était pas trompé : il n'y avait aucun poteau pour soutenir le manteau. Soit il tenait tout seul, soit le jeune Hyûga avait un gros problème de vue.

Takeo se plaça en face des trois genins qui avaient repris leurs positions.

-Bon, donc vous pouvez vous lâcher cette fois. Et d'ailleurs, vous devriez…

Takeo hésita un instant.

-Qui d'entre vous a déjà tué quelqu'un ?

Croyant presque à une blague, Kanjiro et Honshû secouèrent la tête. Leurs sourires disparurent bien vite lorsqu'ils virent la main levée de Yukito, qui arborait maintenant une mine amusée. Takeo fixa le genin de Kiri du regard.

-Pré Zabuza, pas vrai ?

Yukito fit oui de la tête.

Kanjiro et Honshû réalisèrent en même temps ; ils avaient entendu la rumeur qui disait qu'une grande réforme avait récemment eu lieu à l'Académie de Kiri. Les étudiants étaient placés en binôme, et faisaient toutes leurs études ensemble : à la fin ils étaient très souvent aussi proches qu'on puisse imaginer… Et l'examen genin consistait à tuer son camarade : cette pratique visait à préparer les ninjas à faire taire leurs sentiments pour accomplir la mission. Mais il y a peu, un étudiant nommé Momochi Zabuza avait massacré tous les participants à l'examen, montrant bien les effets dévastateurs que pouvait avoir cet examen sur l'esprit des étudiants. Le village de Kiri avait donc décidé d'engager une réforme. Et Yukito était devenu genin avant cette réforme…pas étonnant que son regard soit si froid…Takeo poursuivit comme si de rien n'était.

-Bon, eh ben amène-toi pour me tuer. Les deux autres, battez-vous de toute vos forces.

Yukito se leva avec un sourire réjoui aux lèvres.

­-Ca devient enfin amusant…

Kanjiro et Honshû se levèrent et se mirent en position de combat. Takeo enfila son manteau.

Une sensation chaude et électrique enveloppa les genins au moment où la masse de tissu recouvrit les épaules de leur sensei. Kanjiro sentit sa chair se hérisser et trembler, mais il ignorait s'il s'agissait de peur ou d'excitation. Le manteau du Gîru était imposant ; ses manches amples cachaient les mains, et ses pans arrivaient si bas qu'ils cachaient partiellement les pieds. L'épaulière droite était marquée d'un étrange caractère calligraphique que Kanjiro ne connaissait pas ; le jônin avait noué son bandeau autour de l'épaulière gauche, de sorte qu'on ne pouvait voir ce qui y était inscrit. Un gorgerin d'acier enveloppait le cou et le protégeait des attaques ; quelque chose y était inscrit en calligraphie. Seul Kanjiro put déchiffrer le haïku, et le récita à ses camarades :

-Fait attention homme
Prend bien garde à l'eau qui dort
Mort y est parfois…

Takeo était maintenant recouvert des pieds à la tête d'une masse de tissu noire comme la nuit, ornée de nuages rouges, écarlates comme du sang. De son corps véritable, seul son visage, à moitié caché par le haut col, pouvait être distingué, mais on ne distinguait pas vraiment le manteau du corps : Kanjiro n'avait pas une intuition assez développée, mais il le sentait. C'était comme si ce manteau était une seconde peau ; Takeo s'avança lentement, mais le manteau ne bougea pas d'un millimètre. Le Gîru donnait l'impression de glisser sur la neige, silencieusement et fluidement. Pourtant, il se dégageait de lui une tension terrible…était-ce ça le pouvoir de son clan ?

-Et maintenant allons-y…

To be continued...