Titre : Le Passé blanc, saison 1 - Le Village sous la neige
Auteur : Kanjiro
Base : Naruto
Genre : Pas de genre défini. Si je devrais en donner un, ce serait chronique d'un personnage.
Disclaimer : Certaines choses ne changent pas, et d'autres appartiennent encore à Masashi Kishimoto (béni soit-il etc, etc...) : par exemple, le manga Naruto et tous ses personnages.
Chapitre 08 - Le sourire de la Bête
La neige frappa les jambes des trois genins comme le ressac d'une mer hivernale, tandis que le chakra de Takeo s'étendait jusqu'à eux, repoussant la neige comme une bourrasque herculéenne. L'air avait changé, et pendant un instant, Kanjiro eut l'impression de se trouver dans l'eau, tant l'atmosphère était lourde : son dos était parcouru de frissons, et il crut que son cœur allait s'arrêter lorsque ses yeux rencontrèrent ceux du Gîru. Ces yeux bruns semblaient s'ouvrir sur un abîme insondable, comme une oubliette où aurait été jetée une bête féroce, dont les rugissements de rage retentissaient jusqu'à la surface. Puis, il sentit cette terrible férocité se résorber et revenir vers son origine, et ses muscles se relâchèrent, comme si son corps était épuisé après s'être tendu à se rompre.
Yukito s'accroupit et fronça les sourcils, impassible et inquisiteur. Il semblait bien moins affecté que ses camarades par cette force féroce qui se dégageait de Takeo, et se contenta de le regarder pendant quelques secondes, tandis que le jônin restait immobile. Yukito ferma les yeux et sembla se concentrer ; Kanjiro sut à ce moment ce qu'il essayait de faire : le chakra est chargé d'émotions, et de celui-ci émanait quelque chose de fort. Yukito usait de sa propre sensibilité spirituelle pour deviner la nature de ce chakra ; Kanjiro sentit un élan de respect pour le genin de Kiri : pour un genin, sonder le chakra par sa seule sensibilité était un exploit.
-…Soyez prudent : ça va être brutal…et même pire…bestial, fit Yukito d'une voix calme, sans détourner les yeux de Takeo.
Le jeune Hyûga forma une série de sceaux et fit appel à son don ancestral, activant le pouvoir de clairvoyance et sondant à son tour l'étrange force de leur sensei…un mur de chakra intense entourait Takeo, comme un œuf d'énergie pure. Ce chakra était chargé d'agressivité et d'intentions meurtrières, comme une masse solide de rage et de férocité brutes ; Kanjiro sentit son dos trembler à nouveau en voyant l'intensité de ce chakra, mais trouva la force de préciser son analyse. Ce champ de protection était composé d'un chakra si intensément agressif que Kanjiro lui aurait presque vu une couleur pourpre, mais quand il plissa les yeux, le jeune Hyûga vit que, derrière ce mur féroce, le chakra de Takeo était d'un calme serein. Le flux de son keirakukei était régulier et tranquille, comme si de rien n'était, et le genin ne détecta aucune intention ni émotion qui le marquerait : le jônin n'avait même pas l'air d'utiliser son chakra. Mais Kanjiro ne pouvait ignorer la menace terrible qui émanait du chakra que Takeo avait extériorisé, comme s'il contrôlait ses émotions et pouvait en charger son chakra à sa guise…
-Honshû.
Le Nara était lui aussi intimidé par leur sensei, mais n'avait pas réalisé à quel point cette technique était étrange. Kanjiro préféra le mettre en garde.
-Il va falloir se battre comme s'il allait nous tuer.
L'héritier de la Sôke ne feignait plus : il ferma les yeux, et les rouvrit plein de détermination. Son corps se tendit et il se tint selon la pose séculaire du jûken.
Honshû tira son bâton du harnais de son dos, et se mit en garde, ses yeux bruns braqués sur Takeo, étudiant rapidement les possibilités, digne descendant des stratèges de sa famille.
Yukito ne bougea pas, et resta accroupi, frêle silhouette, incongrue dans cet affrontement, à sa place malgré tout sur le champ de bataille enneigé.
Takeo, toujours impassible malgré le mur de violence pure qu'il avait érigé, étendit les bras, s'offrant à leurs attaques.
-Quand vous voulez.
Le genin de Kiri joignit les mains
-Attaquez à mon signal.
Kizuchi, Ne, Mi…
Kanjiro et Honshû approuvèrent d'un signe de tête. Le Hyûga ne s'attarda pas sur le chakra que Yukito manipulait, mais vit des bandes d'énergie spirituelle ramper autour de lui comme autant de serpents…quelle que soit cette technique, elle serait utile. Il fallait travailler en équipe.
Ushi, Tora, Mi…
-…Maintenant !
Ils s'élancèrent en avant sans hésitation, prêts à frapper leur adversaire, qui ne bougeait toujours pas.
Kanjiro ressentit de nouveau cette sensation chaude hérisser sa chair lorsqu'ils pénétrèrent le champ, mais leur combativité était suffisamment forte pour empêcher ce chakra de les dominer. Même en pleine course, le jeune Hyûga gardait la pose ancienne que son clan utilisait dans la bataille : la main gauche tendue à hauteur de visage, paume vers l'adversaire, formait sa garde, tandis que sa main droite était placée au niveau de sa hanche, doigts vers le sol, prête à frapper, comme un sabre rengainé sans être au repos. Moins conventionnel, Honshû brandissait son bâton à bout de bras, pour frapper de loin sans s'exposer à une riposte.
Au moment où ils ne furent plus qu'à quelques mètres de Takeo, ils entendirent la voix de Yukito derrière eux. Mais elle était déformée…aussi rauque qu'un croassement et pourtant aussi profonde que l'abîme…
Kyôfû !! (Terreur).
Le Byakugan vit les bandes de chakra se coller à Takeo comme des sangsues et infiltrer dans son keirakukei pour y répandre leur influence…le chakra du jônin en fut légèrement perturbé, comme si le flux était ralenti…juste avant de frapper, Kanjiro crut voir la peur se dessiner sur le visage de son sensei…
Sa main droite fendit l'air, y laissant une fine traînée bleutée, comme le panache d'un phénix glacé ; avec un cri sec, Kanjiro frappa le flanc de Takeo de sa paume, qui semblait trop rapide pour le jônin perturbé…le genjutsu de Yukito avait fait son office. Mais il ne vit pas le chakra entrer dans le keirakukei…en un instant, Kanjiro réalisa ce qu'était ce manteau, en comprenant pourquoi son attaque avait échoué ; sous le tissu noir, le Byakugan voyait une masse d'acier disparate : kunais, shurikens, parchemins, bobines de fil d'acier, makibishis, katanas, renforcements métalliques, matériel de calligraphie…une réserve incroyable d'équipement protégeait tout le corps de plusieurs couches d'acier et de matériel divers. Sur le moment, Kanjiro faillit se mettre à rire devant le caractère si incroyable et incongru de cet attirail caché. Mais il se reprit instantanément et sauta pour rétablir la distance et se remit en garde.
Honshû abattit son arme sur la tête de Takeo, avec une force qui aurait probablement suffit à lui briser le crâne. Mais le bout en fut dévié au dernier moment, et vint heurter l'épaulière droite du manteau-cuirasse ; Kanjiro avait suivi le coup, et avait vu le mouvement de chakra qui avait dévié la frappe. Mais il avait surtout vu le caractère sur l'épaulière, ce caractère de calligraphie qu'il ne connaissait pas…les paroles de Yukito lui revinrent en mémoire… « bestial ». Il se souvint de ce caractère, une très ancienne façon d'écrire « La Bête »…comment un caractère calligraphique datant de l'époque féodale avait pu se retrouver sur l'épaulière de Takeo-sensei ? Puis il vit ce qui ornait le dos du manteau : un grand tigre feulant stylisé était représenté, entouré de nuées écarlates…et une inscription calligraphique…
-Akakumo no Tora…(Le Tigre des Nuées Rouges)
Derrière eux, Yukito commença à former une nouvelle série de sceaux, sans pour autant les avertir.
Mi, Tora, Inu, Ushi, Usagi…
Kanjiro préféra agir avant que Takeo ne le fasse. Débarrassant son esprit des doutes et des questions, il se jeta sur le jônin et l'agrippa, pour l'empêcher de bouger et d'échapper à ce qui allait suivre.
-Honshû !!
Le Nara lui adressa un signe de tête et joignit les mains.
Ne…Ninpô, Kage Mane no Jutsu !
Sous le frêle soleil d'hiver, l'ombre du genin frémit et se tordit comme si elle avait une vie propre. Kanjiro vit le chakra de Honshû l'emplir et l'obliger à foncer vers Takeo, comme un animal dressé au fouet. Lorsque la masse noire toucha l'ombre diffuse du jônin, elle sembla s'en emparer puis se figer.
Kanjiro sentit ses muscles se figer et trembler, comme pour échapper à une emprise implacable.
-Et merde…
Agrippé à Takeo, leurs ombres se confondaient, et tous deux étaient maintenant sous l'emprise du Kage Mane…ni Kanjiro ni Honshû n'avaient prévu ça, et Yukito fit entendre sa rage franchement.
-Putain de…
Takeo sourit largement, mais ne dit rien…bien joué pour la stratégie et le travail d'équipe…
Le combat avait apparemment atteint un statu quo : ni Honshû, ni Takeo ni Kanjiro ne pouvaient bouger, et Yukito n'avait pas vraiment de possibilités, étant donné que Kanjiro était agrippé à sa seule cible. Le Kage Mane se dissiperait dans peu de temps de toute façon. Kanjiro crut vraiment que le combat allait prendre fin avec cette manœuvre maladroite. Mais il se ravisa bien vite lorsqu'il vit le keirakukei de Takeo…
Le champ d'énergie avait disparu, il s'était résorbé dans Takeo. Et le chakra interne du jônin était bien moins paisible…sa circulation s'était affolée, comme une marmite bouchée qui serait prête à exploser…le jeune Hyûga vit à peine sortir l'onde de chakra semi-solide qui le fit voltiger comme une feuille morte. Le Kage Mane se dissipa instantanément et Honshû fut plaqué contre un arbre. L'onde repoussa la neige en une fine brume blanche qui macula Yukito et enterra presque Kanjiro, qui s'était retrouvé couché entre le genin de Kiri et le jônin de Konoha.
Voyant une ouverture, Yukito recommença la série de sceaux qu'il avait initiée auparavant.
Mi, Tora, Inu, Ushi, Usagi, Tori !
Autour de Yukito, la neige s'éleva dans l'air en un anneau immaculé qui devint bientôt liquide. Scintillant sous le soleil d'hiver, l'eau se sépara en un millier de gouttelettes qui prirent une forme fine et aiguisée…un millier d'aiguilles d'eau gravitaient autour du genin, qui ouvrit ses yeux froids et murmura d'une voix qui résonna, surnaturelle.
Suiton ! Sensatsusuishô ! (Frappe fatale de l'eau)
La nuée acérée fonça à toute vitesse vers Takeo, qui, une fois encore, ne prit pas la peine de bouger. Le mur de chakra se déploya à nouveau, et les aiguilles s'y enfoncèrent comme dans de l'eau, ralentissant au fur et à mesure, jusqu'à se figer.
-Merde…
Kanjiro ne laissa pas Yukito à sa frustration, et s'extirpa du tas de neige. Par réflexe, il s'assit en tailleur, et forma une série de sceaux, les yeux fermés.
Mi, Kizuchi, Saru, Ii, Uma, Tora !
Il ouvrit ses yeux blancs et inspira de toutes ses forces.
Katon ! Gôkyakû no Jutsu !
La flamme et le cri jaillirent de ses entrailles à l'unisson, et l'orbe orangé se forma, enveloppant Takeo de sa chaleur infernale. Mais Kanjiro vit bien, alors que ses poumons crachaient l'air et le feu, par son Byakugan, il vit clairement le mur de chakra protéger à nouveau le jônin de l'attaque. Les flammes du Katon glissaient sur ce bouclier d'énergie comme l'eau glisse sur une lame…
Poussant un juron, Honshû se précipita et bondit comme un fauve, abattant brutalement son arme. Il avait attaqué au moment précis où le Katon se dissipait, comptant sur l'effet de surprise. Mais le bâton heurta une masse solide aussi dure que l'acier, mais aussi diffuse que de l'air troublé…Et lorsque Takeo tourna le regard vers le Nara, Kanjiro vit Honshû être frappé par la stupeur et l'effroi. Il se déplaça, suspendu dans les airs comme si une main invisible l'agrippait ; mais le Byakugan voyait bien le chakra qui enveloppait son camarade, un chakra chargé d'agressivité, d'une férocité tout en force contenue. Honshû fut rejeté au loin et s'écroula dans la neige, exténué.
Kanjiro sauta sur ses pieds et fronça les sourcils. Il en avait assez de cette posture statique et méprisante, aussi sereine et irritante qu'un sourire…Takeo restait impassible et ne prenait même pas la peine de réagir à tous leurs efforts, comme un obstacle implacable et immuable…toute la rancœur et la colère que Kanjiro avait enfouies en lui semblèrent ressurgir et emplir son corps…
Il s'élança vers le jônin avec un cri rauque, à une vitesse qui sembla enfin inquiéter l'adversaire si tranquille. Bondissant, il dirigea sa main auréolée de chakra vers la tempe du jônin…Takeo, le visage durci, étendit le bras. De sa manche sortit un fin filament qui brilla d'un reflet métallique dans le soleil d'hiver ; avec le grincement de l'acier, le fil enserra le bras de Kanjiro comme un serpent d'argent, l'immobilisant dans son étreinte frêle et pourtant si forte…L'autre bras du jônin dessina un arc de cercle, et de sa manche jaillirent deux salves de kunais qui se dirigèrent vers Yukito et Honshû à la vitesse de l'éclair. Takeo plissa les yeux et les poignards se figèrent à quelques centimètres de leur cible, pointés avec une précision terrible sur les points vitaux des deux genins.
Kanjiro vit le chakra qui entourait les kunais, et vit ensuite le visage du jônin. Les traits de Takeo s'étaient durcis incroyablement, et ses yeux révélaient un reflet…un aperçu de ce que son cœur cachait. Et le Byakugan frémit, et Kanjiro frémit en voyant dans ces yeux une sauvagerie terrible, une soif de sang primitive, une envie de tuer monstrueuse, ancienne et incontrôlable…ces yeux n'était pas humains…c'étaient ceux d'une bête. Le jeune Hyûga trembla de tous ses membres en pensant à ce qui arriverait si Takeo-sensei décidait de libérer cette bête, ce chakra terrible qui semblait faire partie de lui, comme la colère faisait partie de l'âme humaine…Kanjiro et ses compagnons n'avaient eu qu'un aperçu de son pouvoir…
Takeo se pencha vers Kanjiro…
-Entraînement terminé !
Ses yeux et son visage avaient retrouvé leur sourire amical.
To be continued...
