Titre : Le Passé blanc, saison 1 - Le Village sous la neige
Auteur :
Kanjiro
Base :
Naruto
Genre :
Pas de genre défini. Si je devrais en donner un, ce serait chronique d'un personnage.
Disclaimer :
Le manga Naruto et ses personnages appartiennent toujours à Masashi Kishimoto (que le Seigneur l'accueille en ami). Et pendant ce temps, Nicole Kidman continue d'améliorer l'âge de son cerveau...

09 - Se lever

Sans sommeil, l'humanité toute entière deviendrait folle dès le premier mois. Pourquoi ? A cause des réveils bien sûr. Si un humain sain d'esprit s'était tenu dans cette chambre sans dormir toute la nuit, on l'aurait retrouvé pendu au matin, son esprit réduit en miettes par les petits coups incessants et si horriblement méthodiques que les aiguilles implacables s'appliquent à répéter en un cycle incessant et terrifiant de simplicité : la simple alternance entêtante de deux sons qui peuvent facilement emplir l'univers entier et détruire toute chose qui ne peut s'en accommoder.

Peu à peu l'esprit est obnubilé par ces sons qui semblent être le couple primordial d'un univers où le silence régnait auparavant. L'âme résonne de ce battement éternel, et s'y accroche, comme si elle voulait y trouver un sens caché, comme si, dans ce qui avait fait naître le son, elle voulait déceler le Verbe originel, et en lui la vérité de l'univers.

Mais il n'y a rien. Rien d'autre que deux sons se renvoyant inlassablement la balle. Et toute l'attention converge vers eux ; mais elle n'est pas dotée de leur endurance inhumaine, et bientôt elle ne peut plus suivre, bientôt elle désire se reposer, se détacher de cet échange immortel, qui est stérile pour elle qui est assoiffée de sens : elle n'y trouve rien qui puisse la contenter et lui donner l'intérêt palpitant nécessaire pour suivre une chose si éloignée du temps.

Et elle se rend peu à peu compte, à sa grande douleur, qu'elle ne trouvera aucun repos : ce son revient sans cesse la chercher, s'insinuer en elle et ronger peu à peu sa tranquillité. Elle ne peut y échapper, mais elle ne peut y entrer : elle ne peut trouver nul repos, que ce soit ici ou ailleurs. Elle ne peut leur échapper, et lorsqu'elle est à leur merci, elle ne peut le supporter, car l'aridité de leur incessant rythme mécanique, si vide de sens, est tout ce qu'elle n'est pas.

Il n'y a qu'un choix à faire : devenir comme eux, ou cesser d'être.

Le tic-tac s'arrêta avec autant de brutalité que le poing qui venait de s'abattre et de pulvériser la coque plastifiée du démoniaque réveil. Les méthodiques aiguilles étaient à une seconde de marquer 8h, précisément l'heure à laquelle se tenait tranquillement la petite aiguille rouge de l'alarme.

Ses yeux ne s'étaient même pas ouverts, et sa respiration n'avait pas changé d'un iota.

Une minute plus tard, il s'assit lentement dans son lit, voulut se gratter la tête et se rendit compte que son poing était endolori. C'était étrange, un peu comme si la douleur se situait sur un autre plan, mais il n'en était pas surpris ; non seulement il avait préparé ce coup par des exercices de méditation tout au long de la nuit, mais en plus c'était la première fois depuis 4 ans (à peu de choses près) qu'il se réveillait à une heure aussi matinale. Et il n'avait pas envie de se mettre à la sonnerie stridente et horripilante ; il préférait encore se lever de lui-même. Après tout Takeo-sensei avait raison : un bon ninja doit pouvoir se lever à 9 heures pour accomplir sa mission. Il fallait au moins ça pour progresser suffisamment.

Et puis Kanjiro voulait être en forme pour aujourd'hui. Pour 15 heures…

Il y pensait encore lorsqu'il arriva au pied du bâtiment des Hokages, même lorsqu'il entra dans le grand rez-de-chaussée qui était encore désert. Kanjiro regarda sa montre : il était 8h45. Puis il cilla 5 fois très exactement : il portait une montre ? Tout arrivait décidément, y compris le fait d'agir sans y penser.

Après avoir vérifié qu'il n'avait pas oublié d'enfiler un pantalon, Kanjiro se rendit compte qu'il faisait froid. Et bien plus qu'auparavant. Un ou deux éternuements lui rappelèrent que faire des virées nocturnes en cette saison n'était pas une bonne idée, surtout maintenant que la neige était venue.

-Tu deviens vraiment prévisible.

Kanjiro voulut soupirer, mais ne put qu'obtenir un éternuement tonitruant. Il se retourna et renifla bruyamment sans que son visage ne traduise autre chose qu'une profonde lassitude mêlée d'indices évoquant aux connaisseurs des opérations esthétiques pratiquées au moyen d'instrument massifs et contondants…

Yukito était accroupi sur un muret, à l'extérieur, et Kanjiro ne put s'empêcher de noter qu'il avait ainsi un point de vue stratégiquement parfait sur la rue et même sur le bâtiment. Il portait des vêtements de cotons et une paire de gants, ce qui prouvait que lui avait prévu que le fond de l'air fraîchirait. Mais apparemment, il n'avait pas pu s'empêcher de manifester son amour immodéré pour les positions d'équilibre précaire.

-Cela dit, qui aurait pu prévoir que tu serais assez ahuri pour te balader sous la neige en tenue d'été…

-Et qui aurait pu prévoir que tu serais assez abruti pour te remettre dans la même position…

-Ah ouais ?

-Ouais.

Trois projectiles blancs et flous fusèrent vers le genin de Kiri, mais ils ne venaient pas de Kanjiro. Avec une rapidité exemplaire, Yukito fit exploser les trois boules de neige de trois manchettes précises…avant de s'écrouler derrière le muret, frappé en pleine poitrine par un quatrième projectile, qui cette fois venait du jeune Hyûga.

-C'est à moi que tu parles, frimeur !

Tout en parlant, Kanjiro se massait la main droite : peut importe qu'il fasse ça vite ou pas, la neige restait froide.

-Tu deviens vraiment prévisible ! fit une voix assez grave pour un jeune homme de 12 ans.

Honshû n'avait pas changé de vêtements non plus, il portait toujours maillot de corps et veste de jean. Mais contrairement à Kanjiro, il n'avait pas l'air affecté le moins du monde par le froid. Et il avait l'air d'avoir beaucoup de mal à retenir son rire tandis qu'on entendait Yukito se dépêtrer de la neige. Kanjiro attendait plus calmement que son adversaire se relève.

-Eh ben ça alors ! Vous êtes à l'heure ?

Takeo venait d'arriver, enveloppé dans son grand manteau qui semblait aussi le protéger du froid. Il arborait un air faussement surpris qui fit bientôt la place à un sourire jovial, comme à l'accoutumée.

-Bon allez, Yukito dépêche-toi, tu auras tout le temps de jouer dans la neige après la mission.

Honshû ne tint plus et éclata de rire. La journée commençait assez bien.

5 heures plus tard, elle se poursuivait très mal. Kanjiro savait que la vie de ninja n'était pas toujours facile, mais là ça dépassait les bornes. Il venait de passer la pire journée de toute sa vie (à peu de choses près). Cette deuxième mission avait été si épuisante, longue, inintéressante et chiante que la morale m'interdit de vous en faire le récit. Je dirais donc simplement que les trois genins quittèrent le bâtiment des Hokages crevés, énervés et à moitié gelés.

Lorsque Kanjiro regarda sa montre et s'aperçut qu'il était 14h, il faillit laisser échapper un juron énergique, qu'il changea en soupir exaspéré.

-Qu'est-ce que t'as ? lui demanda Honshû.

-Je vais être en retard…

-Tu vas être en retard ?

-Ouais.

-C'est bien la première fois que je te vois énervé à cause de ce qu'une montre te raconte…

Kanjiro redevint soudainement plus tranquille, presque par réflexe. Honshû avait l'air plus perplexe qu'amusé, pour une fois.

-Elle s'appelle comment ?

-…Quoi ?

-T'as rendez-vous avec une fille, pas vrai ?

-Pourquoi tu dis ça ?

-D'après ce que j'ai vu de mon frère, je sais qu'il y a qu'une fille pour changer un homme à ce point. T'as bien un rendez-vous galant ?

Kanjiro hésita un instant : il y a quelques jours, il aurait pu mentir effrontément sans sourciller, mais quelque chose l'en empêchait à présent. Il ne voulait pas en parler, mais il ne pouvait pas non plus le nier. Et curieusement, ça ne le gênait pas.

-…On peut appeler ça comme ça.

Et sur ces mots, il partit en courant, laissant derrière lui un Honshû encore plus perplexe qu'auparavant.

Kanjiro se retrouva bien vite hors de vue, avec une heure à tuer et un climat passablement frisquet sur le dos. Il se sentait un peu penaud, après une sortie qu'il s'imaginait comportant au moins une once de panache. Il n'avait pas envie de rentrer chercher des vêtements plus chauds, même si c'était probablement la meilleure chose à faire. Finalement, il se surprit marchant, se rendit compte que finalement, ses jambes avaient parfois de bonnes idées, et se replongea dans ses pensées.

Quelques minutes plus tard, il s'arrêta, se rendant compte qu'il était arrivé au centre-ville et qu'il faudrait bientôt songer à se diriger vers le point de rendez-vous. Apparemment, il était déjà assez loin de la falaise : devant lui s'élevait un curieux bâtiment, mi-délabré mi-requinqué comme la plupart de ceux qui peuplaient le village, avec un toit se terminant par un demi-cercle. Un éclair de génie lui fit se rappeler qu'il s'agissait là de logements pour les jeunes ninjas orphelins ou de manière générale pour ceux qui n'avaient pas de domicile fixe à Konoha.

Et comme de juste, une fenêtre s'ouvrit, et une voix traînante caractéristique en sortit :

-Tu veux monter ?

Yukito l'invitant à entrer chez lui ? Ca tenait de l'incroyable. Le genin de Kiri avait tout de même prit soin de ne pas paraître enthousiaste pour un sou. Kanjiro, se refusant à le vexer, fit de même.

-Bof…si t'insistes.

Toujours les mains dans les poches, il s'accroupit rapidement et sauta de fenêtre en fenêtre avec une nonchalance insolente et une habileté surprenante, comme seuls les shinobis peuvent le faire. Il se plaça agenouillé sur le rebord de la fenêtre.

-J'ai pas insisté, fit Yukito.

-Ah ouais ?

-Ouais.

L'appartement était aussi sec que son locataire, spartiate comme les ninjas que Kiri entraînait. Lit, petite cuisine et réfrigérateur, quelques chaises : il semblait que le genin n'y avait rien ajouté de personnel, non pas par paresse ou par oubli, mais volontairement. Bien sûr, Kanjiro semblait parfaitement indifférent à tout ça, en fait il était si expert qu'on aurait dit qu'il regardait simplement le vide, mais en réalité il étudiait son camarade et se rendait peu à peu compte de ce qu'être un shinobi de Kiri signifiait.

Yukito n'avait pas quitté le bureau, où il était occupé à écrire sur un parchemin, où était inscrit le kanji Kurushimi (Souffrance). Il était facile de voir qu'il s'agissait d'un parchemin ninja, d'autant plus que plusieurs autres rouleaux étaient étalés à côté, dont un portant l'étiquette Kyôfû…Mais Kanjiro estima qu'il avait autre chose à faire que d'espionner ces préparatifs.

-Pourquoi tu m'as invité ?

-'Sais pas. Pourquoi t'es monté ?

­-'Sais pas, mais je sais pourquoi je vais repartir.

-Ah ouais ?

-Ouais.

Il n'y avait plus grand-chose à dire. Kanjiro s'élança vers la fenêtre, son corps s'engouffrant dans le froid, qui sembla soudain doubler la poussée d'adrénaline qui s'emparait de son corps, alors qu'il chutait du haut du bâtiment. Un rapide tour sur lui-même et il rebondit sur le rebord d'une fenêtre, comme si les lois qui entravent les hommes lui étaient indifférentes, avant de courir de toit en toit, ne posant le pied que pour ressentir à nouveau le vide le transporter.

Il arriva bien vite à destination, se retrouvant près de la falaise, et donc de son point de départ. Une promenade qui ne l'avait mené certes nulle part, mais qui lui avait fait passer le temps. Enfin passer le temps…il restait tout de même un quart d'heure…et personne avec qui discuter.

-Alors ça s'est bien passé ?

Honshû avait l'art d'arriver au bon moment, exactement quand on avait besoin de lui.

-Ben en fait ça a pas encore commenc…articula Kanjiro avant d'éternuer une nouvelle fois.

-Je vois pas comment t'a pu attraper un rhume en restant au chaud chez toi…T'as encore fait le mur ?

-T'as trouvé ça tout seul ?

-Raconte. Demanda Honshû d'un ton pressant. L'idée d'analyser le fruit d'un espionnage devait l'exciter au plus haut point.

Kanjiro ne se fit pas prier et lui parla de cet étrange garçon qu'il avait vu dans le quartier Uchiha, de son talent pour la méditation, de son calme remarquable et aussi du cerisier dépouillé. Il n'épargna à Honshû aucun détail : il était soulagé de voir que son camarade avait décidé de cesser ses cachotteries au sujet de ce gamin. Tout au long du récit du jeune Hyûga, le Nara n'avait cessé d'arborer une mine soucieuse, tendue, gardant le silence comme s'il pesait mûrement chacun des mots ; jamais Kanjiro ne l'avait vu aussi concentré, tant qu'il semblait presque inquiet.

Lorsqu'il mentionna la jeune fille qui semblait s'occuper du jeune homme, Honshû ouvrit des yeux surpris et fronça les sourcils.

-Qui est cette fille ? Tu l'a reconnue ?

-…Ben…

-Fais un effort, bordel !

-Non, j'ai cru voir Mutsumi-san à mon âge, mais rien d'autre.

Honshû eut un soupir de soulagement.

-Et alors ?

-Eh ben effectivement, ce gosse est le fils de Hôhime.

-Et pourquoi il a pas de Sharingan ? Il a pas suivi d'entraînement Uchiha ?

-Non, elle l'a eu avant son entrée dans le clan.

-Ok…

Kanjiro voulut continuer la conversation, en dépit de sa montre que le pressait.

-Dis-moi, elle tient pas un tel rang des Uchiha ?

-Non, elle vient d'une famille noble du pays, les Yôkô.

-Connais pas.

­-Une des familles aristocratiques les plus anciennes et les plus respectées du Pays du Feu, presque aussi ancienne que les Hyûga.

-Pas mal…

-Plutôt.

-Et pourquoi ils iraient se lier avec des shinobis ?

Malgré l'intégration des ninjas comme force militaire d'un pays, il restait des traces de mépris, tout spécialement chez les anciennes familles.

-En fait ils ont un tel talent pour ce qui est du Katon que certains ninjas considèrent ça comme un Kekkei Genkai. Sans compter le fait qu'ils sont très contemplatifs, très tranquilles, pas prompt à l'action.

-Résultat : lien avec le meilleur clan de Konoha pour ce qui est du Katon, et aussi celui qui est le plus prompt à l'action…Sandaime-sama a vraiment envie que la guerre s'arrête.

-Bien réfléchi, mais à priori ça n'a rien d'un mariage arrangé : les Yôkô sont des gens très chaleureux, ils peuvent être très sympas en société et dévastateurs en pleine bataille. Ils couvrent tout, du feu de camp à l'incendie.

-Donc ils sont tombés amoureux et pouf ! mariage…

-Les Uchiha ont seulement exigé que leurs éventuels enfants restent à Konoha, pour garder le Sharingan ici. D'ailleurs ce gosse est un fils qu'elle a eu d'un autre mariage, son père est mort très tôt. Il aurait pu aller à l'Académie mais il a une santé trop fragile.

-Et cette fille ?

-C'est une famille noble, les domestiques c'est pas pour les chiens.

-Mouais…

Il était facile de voir que Honshû lui cachait quelque chose…d'ailleurs, malgré un bon quart d'heure de discussion, Honshû ne lui avait pas dit le nom de cet enfant.

Mais il n'avait plus vraiment le temps : 14h55. Comme Honshû disait, il avait bien changé s'il se mettait à s'inquiéter de l'heure.

-Je te laisse, je vais vraiment être en retard cette fois.

-Amuse-toi bien…

Kanjiro prit à peine le temps d'apercevoir l'air légèrement désemparé de son ami, et se précipita à travers les rues. Le vent glacé giflait son visage, mais il sentait un feu lui dévorer les entrailles à l'idée de ce qui l'attendait.

Il aurait pu revenir ici les yeux fermés ; depuis une des grandes artères de Konoha, une ruelle étroite s'écartait et menait à un large terrain vague, bordé de quelques poubelles. Le champ n'était certes pas très glorieux, mais la bataille promettait beaucoup.

Cela faisait un peu plus de 2 semaines que Setsuko et lui avait combattu, qu'il avait remporté la première manche. Et elle réclamait sa revanche. Kanjiro avait l'impression que c'était un jeu qui allait durer longtemps, et il en était content ; c'était elle qui l'avait poussé à se surpasser, à devenir plus que la feignasse du dernier rang, et il sentait qu'il aurait peut-être besoin d'elle pour progresser encore. Yukito et lui s'étaient nommés rivaux, mais le genin de Kiri n'avait pas un tel effet sur lui, il ne ressentait pas une aussi profonde émulation lorsqu'il lui faisait face. Avec Setsuko, c'était la rivalité entre deux clans, entre deux shinobis et entre deux âmes qui se jouait.

Debout entre les hautes herbes, Kanjiro se perdait à nouveau dans ses pensées, en oubliant presque le combat et l'heure qui avançait sans lui. Si lui considérait Setsuko comme sa rivale, comme ce qu'il s'efforçait de dépasser, il savait qu'il n'en était pas de même pour elle. Pour l'instant, il n'était qu'une petite gêne, quelqu'un qui avait eu le culot de l'énerver : elle ne le voyait pas vraiment. C'était certain. Il fallait qu'il la fasse descendre de son piédestal, à coups de poings si nécessaire. C'était une question d'honneur.

Mais alors Kanjiro se rappela ce qu'il avait répondu à Honshû : pourquoi voir ça comme un rendez-vous galant ? C'était un combat, pas une affaire de sentiment…et pourtant…

Kanjiro secoua vivement la tête.

-Arrête de penser à ça, abruti ! Concentre toi !

-De quoi tu parles ?

Il se retourna et vit que Setsuko venait, comme de juste, d'arriver juste à temps pour l'entendre parler tout seul.

-Tu te parles à toi-même maintenant ?

-Et alors ? J'ai plus le droit d'avoir l'air excentrique ?

-T'as le droit d'être dingue si tu veux…

-J'ai dit excentrique.

-On s'en fout. Et en plus t'es à l'heure.

-Je voulais pas te faire de peine en arrivant en retard.

-Arrête de déconner, voyons plutôt les conditions du combat.

-Après toi.

Elle réfléchit pendant quelques secondes, et dit d'une voix goguenarde :

-Si je gagne, tu te lèveras à 7h tous les jours pendant un mois.

-Ouh, c'est méchant ça.

-Connais ton ennemi, banane. A toi.

-Bon, voyons voir…

Kanjiro était suffisamment sadique pour imaginer toutes sortes d'humiliations délectables, mais il semblait que ses paroles étaient d'humeur plus stupide que sadique, et elles lui échappèrent :

-Si je gagne, je t'invite à dîner et tu acceptes.

Pendant un moment, Kanjiro crut que Setsuko allait exploser de rire et lui de honte.

-…Tu sais comment me foutre la honte.

-…Connais ton ennemi, Setsuko-chan.

Elle fit craquer ses phalanges.

-Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça…

Plus vive que l'éclair, elle se mit en garde, fronça les sourcils et le Sharingan apparut, défiant son vis-à-vis de son éclat écarlate.

Kanjiro ne bougea pas d'un iota, mais son expression décontractée se fit masque de bataille aux yeux plus perçant que ceux d'un rapace.

Un instant de défi plus tard, le corps de Setsuko bougea souplement, et son pied droit fonça vers le visage de Kanjiro en un arc fulgurant. Le Hyûga ne broncha pas, et encaissa le coup, qui fut rapidement suivi d'un POUF ! accompagné d'un nuage de fumée et de la chute tonitruante d'une poubelle défoncée.

Setsuko se remit en garde et scruta les environs.

Mais il était déjà trop tard. Une forme floue chuta d'un toit derrière la jeune Uchiha et toucha à peine le sol avant de s'élancer. Ses bras semblèrent se déployer dans les airs comme des ailes tandis que Kanjiro fermait les poings, ne laissant que deux doigts pointer comme des aiguilles. Tout ceci se déroula dans un silence absolu, et Setsuko ne réagit que trop tard : la frappe du Hyûga heurta ses tempes dans un claquement sourd.

Kanjiro se réceptionna souplement deux mètres plus loin. Setsuko mit un genou en terre et tint sa tête entre ses deux mains, laissant échapper un gémissement de douleur. Le visage sévère du Hyûga resta hiératique tandis que ses yeux voyaient le chakra s'infiltrer dans le keirakukei pour briser la subtile configuration des canaux oculaires. Lorsque Setsuko se retourna vers lui, ses yeux étaient revenus à la normale.

Elle le chargea avec un cri rageur et lança son poing vers son ventre, en une attaque directe et prévisible, qui fut parée avec d'autant plus de facilité que le Sharingan ne pouvait plus la guider. Kanjiro ne perdit pas de temps et riposta avec la ferme intention d'appliquer une pression convenable au sternum de son adversaire.

Et au moment décisif de la frappe, il s'aperçut qu'il était sur le poing de s'en prendre à la poitrine sur laquelle toute l'Académie glosait depuis 2 ans. Que ce fut par galanterie ou par simple stupidité, il hésita une seconde.

Il n'en fallait pas plus à Setsuko. En une démonstration stupéfiante de taijutsu, elle prit appui de ses mains sur les bras de son adversaire, posa le pied gauche sur le genou du jeune Hyûga, et se lança en arrière. Son salto amena son pied droit juste en dessous de la mâchoire de Kanjiro, qui sentit en ce moment la supériorité de la jeune Uchiha l'éjecter proprement et brutalement en arrière. Il termina son vol plané dans les poubelles, tandis que Setsuko se remettait en garde avec une aisance déconcertante.

Kanjiro sentit très clairement son dos et ses dents lui reprocher sa stupidité, et la douleur alimenta sa colère. Il cracha un peu de sang et se releva péniblement. Son visage était maintenant pire qu'austère : la froide colère des Hyûga dansait dans ses yeux immaculés.

-Tu peux abandonner si tu veux…

Kanjiro ne répondit pas. Ses yeux s'étaient fermés, et ses mains étaient ouvertes, symétriques.

Uma, Tora, Tori, Nyu, Mi…Ninpô…Hayasa no Jutsu !

Un cercle bleu spectral s'étendit à ses pieds. Les détritus s'envolèrent en spirale tandis que le vent soufflait toujours plus fort, pour enlacer le corps de Kanjiro, qui fut soudain nimbé d'une lumière intérieure miroitante.

Setsuko ferma les yeux, et les rouvrit plein du sang légendaire de son clan. Kanjiro n'avait pas assez bien frappé, et le Sharingan était de retour…

Même si ses yeux étaient capables d'anticiper au-delà des limites humaines, Setsuko vit à peine le talon de Kanjiro quitter le sol, avant que son corps ne disparaisse dans un souffle d'air. Elle tourna rapidement la tête vers la gauche, mais ne put que serrer les dents tandis que le pied de Kanjiro heurtait son épaule dans un bruit mat.

Les yeux de la jeune Uchiha semblèrent briller de fureur, tandis que Kanjiro se réceptionnait parfaitement derrière elle, avant de laisser filer sa paume auréolée de bleu vers son ventre. Mais s'il bougeait plus vite qu'elle, il semblait qu'elle pouvait bouger avant lui. Kanjiro aperçut ses yeux briller d'une flamme écarlate, puis sentit sa main glisser le long du corps de Setsuko.

Le temps sembla se suspendre tandis que le Byakugan détaillait le ballet qui prenait fin sous les yeux de pierre des murs alentours. Setsuko s'était retournée à temps, et, prévoyant parfaitement l'attaque, était restée de trois-quarts, et d'un mouvement de la taille, avait laissé la frappe la frôler, et son adversaire projeter tout son poids dans le vide.

Le jeune Hyûga vit avec une clarté insupportable le pied droit de Setsuko se rapprocher tandis que le corps de la jeune Uchiha tournoyait vers la gauche, pour se remettre de face, puis pour envoyer sa jambe dans le ventre de Kanjiro. Il serra les dents et sentit ses abdominaux céder sous la force et la précision du coup.

Son corps devint léger alors que la douleur détendait ses muscles. Plus dure fut la chute, tandis qu'il heurtait violemment le mur et laissait échapper un cri de souffrance et de colère mêlées. Il retomba rapidement et son corps s'affaissa, tandis que Setsuko affichait une mine satisfaite. Il était bien plus gravement blessé qu'elle, et son Sharingan avait prouvé son utilité, surtout combiné à son talent exceptionnel en taijutsu.

Mais Kanjiro ne lui laissa pas le temps de se réjouir. La fierté surmonta la douleur ; il n'avait pas le droit à la honte, même si l'échec était désormais certain. Il en allait de beaucoup trop de choses, de choses qu'il refusait de perdre.

De toute ses forces, il frappa le mur du pied, prenant appui sur la pierre. Setsuko ne s'y attendait sûrement pas, et elle ne put rien faire d'autre que d'ouvrir de grands yeux étonnés. Fendant l'air, Kanjiro interrompit son salto en plein vol, se retrouvant la tête en bas. Il posa sa main droite sur l'épaule de Setsuko.

Il se propulsa en l'air et tournoya sur lui-même.

Ignorant la douleur qui lui déchirait le corps, un cri rauque courut le long de sa gorge et résonna entre les murs.

Le tranchant de sa main, nimbé d'une flamme azur, heurta la nuque de Setsuko.

Elle poussa un cri étouffé, et Kanjiro vit le chakra se répandre entre ses os, tandis que la force brute du coup la projetait en avant.

Pendant tout le temps de sa chute, qui parut durer une éternité, il fut saisi par une peur indicible : est-ce qu'il l'avait tuée ? Même le contact brutal avec le sol ne put empêcher son âme toute entière de sombrer dans l'inquiétude et la crainte. Il savait qu'il ne pourrait le supporter.

Se relevant en gémissant, il voulut aller auprès d'elle, mais elle ne lui en laissa pas le temps. Elle se releva avec un grognement féroce, et la lueur rougeoyante du Sharingan le cloua sur place. Peut-être que finalement ce serait elle qui le tuerait…

Setsuko s'élança en avant, comme si la douleur s'était effacée. Sautant dans les airs, elle usa du mur pour se propulser dans sa direction. Il ne bougea pas et attendit le coup. Il ne pouvait de toute façon plus bouger, et voulait lui laisser l'occasion de l'impressionner encore une fois.

Une fois de plus le temps sembla se plier à leur volonté et ralentir. Le Byakugan put détailler un des mouvements de taijutsu les plus élaborés que Kanjiro avait vu dans toute sa courte carrière. Chaque frappe semblait portée par le cri sauvage qui jaillissait de la gorge de la jeune Uchiha.

U !

Setsuko tournoya souplement sur elle-même et son pied droit percuta de toute sa force le visage de Kanjiro.

Zu !

Au milieu de sa rotation, sa jambe gauche se détendit et heurta la poitrine de son adversaire, qui se plia en deux tout en laissant échapper un gémissement étouffé.

Ma !

Elle retomba en prenant appui sur ses mains, et sa jambe droite souleva un nuage de neige avant de faucher celles de Kanjiro. Il tomba à terre et sut que le prochain l'achèvera pour de bon.

Mais il était heureux : cette technique était la carte maîtresse de Setsuko, il en était sûr, et il l'avait forcée à la sortir. Qu'y avait-il a regretter ?

Ki !!

Avec élégance, elle roula sur ses épaules et sa jambe droite se retrouva au dessus de la gorge du jeune Hyûga. Il ferma les yeux tandis que le coup s'abattait pour tuer.

Mais au lieu de sentir sa trachée se déformer sous l'impact, il ne fit qu'entendre un choc sourd tout près de sa tête. Tournant la tête, il vit que Setsuko avait frappé le sol, à quelques centimètres de sa cible. Elle était à terre, essoufflée et en sueur, tout comme lui.

-Tu m'as pas raté, j'espère ?

-Je t'ai épargné, banane : j'ai gagné, à quoi bon te tuer ?

-M'épargner un mois de réveils difficiles ?

-T'es con…

-Dis-toi que je t'ai épargnée aussi.

Pendant un instant, on n'entendit que les deux combattants reprendre leur souffle. Kanjiro n'osait pas bouger, de peur de s'évanouir de douleur ; mais il leva la tête pour pouvoir regarder son visage. Il sourit doucement lorsqu'il vit qu'il s'ornait de cette expression tranquille et résignée qu'elle avait eu à la fin de leur dernier combat, lorsque sa lame était posée sur sa gorge.

-On est quittes, Setsuko.

-J'ai gagné.

-Non, on est quittes : une victoire chacun.

-Tu me fais chier…

-J'espère bien.

-Alors t'en as pas eu assez ?

-Je suis toujours vivant, pas vrai ? Alors c'est pas encore fini.

Elle se releva péniblement.

-Un jour je te le ferais cracher : « T'as gagné, Setsuko-chan »

-Je t'attends, mais pas aujourd'hui, là je suis trop crevé.

Il ne l'entendit pas rire, mais ses pas dans la neige étaient assez irrégulier pour lui offrir un peu de satisfaction : il n'avait pas à rougir de son combat.

Il resta ainsi allongé dans la neige pendant un temps qu'il ne pouvait plus identifier. Il ne pouvait le nier, ce combat avait été un des moments plus palpitants qu'il avait vécu. Plus encore qu'auparavant, il avait ressenti la douleur, la colère et l'adrénaline jusque dans ses os. Il s'était senti plus vivant que jamais, il sentait que sa vie prenait une tout autre dimension, lorsqu'il combattait. Plus que le devoir, plus que la fierté ou que sa simple progression, quand le combat était engagé, plus rien d'autre ne comptait que la confrontation.

Il n'aurait pas supporté de la perdre.

Il comprenait maintenant que finalement, comparer ça à une relation n'était pas si gênant. Après tout, c'en était bien une. Différente, certes, mais qui n'en restait pas moins une relation. Premier flirt il y a deux semaines, et le premier rendez-vous ne s'était pas si mal passé. Kanjiro voulut rire de soulagement, mais ses côtes lui rappelèrent qu'elle ne l'avait pas ménagé.

-T'as pas l'air en forme…

Honshû se tenait juste au-dessus de lui, comme s'il observait un objet qu'il venait de trouver par terre.

-Ah, tu tombes bien. T'as noté le signalement de la horde de tigres qui m'est passé dessus ?

-Oui, en fait je l'ai croisé en venant, c'est elle qui m'a dit que tu étais là.

-Et elle avait l'air en forme.

-Ah peine plus valide que toi.

-Cool…dit Kanjiro avec un air qui se voulait détaché, mais qui était probablement béat.

-Elle t'a pas raté…

-Ca non, elle s'est bien débrouillée.

-Arrête de rigoler Kanji, je parle sérieusement…t'es complètement dingue : d'après ce que je vois et ce que j'ai vu de Setsuko, vous auriez pu vous tuer.

-C'est vrai…

-Vous êtes un belle paire d'abrutis…franchement, tu vas pas te mettre à risquer ta vie parce que tu n'aimes pas cette fille ? Tu la détestes, pas de problème, médis d'elle avec les copains, fous-toi de sa gueule, boude son fan club, mais là ça va trop loin.

-T'as sans doute raison…mais là je suis trop crevé pour discuter.

-Tu m'étonnes…bon je vais pas te porter…

-Pour ta gouverne, je suis pas en état de marcher.

-Pour ta gouverne, si je te porte, tu vas t'évanouir de douleur et j'ai pas envie de risquer un partenaire pour exercer mes muscles.

Il croisa les mains rapidement, avec un soupir.

Ninpô, Kage Mane no Jutsu

Kanjiro se releva lentement, sans que ses muscles ne soient sollicités. La douleur restait vive, mais au moins son corps était parfaitement léger. Honshû marcha lentement, pour ménager les os de son camarade, qui trouva le moyen de sourire.

-C'est assez agréable…j'ai l'impression d'être dans l'eau…

-C'est pour ça que j'ai changé le nom de cette technique : peu de gens se rendent compte qu'elle peut avoir plein d'usages en dehors du combat.

-…Tu m'en veux pas trop ?

-C'est tes affaires, Kanji, mais sache que j'approuve pas ; tu est un ninja maintenant, faudrait peut-être grandir.

-Mouais…

-Laisse tomber ça, on arrive à l'hôpital, je pense que tes sensei en auront deux fois plus à ton service.

-Arrête, tu me fais mal…

Une heure et plusieurs examens plus tard, Kanjiro était tranquillement allongé dans un confortable lit d'hôpital. Tsunade-sama avait pris soin d'améliorer les services médicaux de Konoha depuis longtemps, mais jamais le jeune homme ne s'était retrouvé ici ; sur le moment, il se dit qu'il aurait peut-être dû.

Enfin jusqu'à ce que la porte s'ouvre à la volée et que Keitaro-sensei entre avec précipitation, ses longs cheveux flottant dans sa course. Il avait l'air à la fois soulagé et furieux. Kanjiro put voir qu'il se retenait de le gifler.

-Bon sang mais qu'est-ce qui t'es passé par la tête ?

Il garda le silence, tandis que Takeo entrait silencieusement. Il ne portait pas son manteau.

-Je sais bien que tu ne portes pas cette fille dans ton cœur, mais tu ferais mieux de mûrir un peu ! Vous êtes tous les deux des shinobis de Konoha, et votre combat est à la limite de l'illégalité !

-Oh c'était qu'un match amical…

-Amical ? Tu a failli la rendre aveugle et lui briser la nuque, et elle était à deux doigts de t'exploser la trachée !!

-Comment tu le sais ?

-Je suis son sensei, et elle est ici aussi ! Qu'est-ce que tu crois, qu'elle est en fer ?

-Ben…

-Vous n'aviez pas d'autorisation pour ce duel, et vous vous êtes causés des blessures potentiellement mortelles ! Un tel acte est presque assimilable à de la trahison !!

-N'exagère pas, Keitaro, fit doucement la voix de Takeo. Il avait parlé à voix basse, en chuchotant presque, mais pourtant ses paroles semblaient emplir la pièce, et firent leur effet sur le Hyûga.

-Ecoute, Kanjiro…je ne sais pas ce qui t'a pris, et je ne veux pas le savoir. Je ne veux plus jamais que tu recommences une chose pareille : si jamais ça se reproduit, Hokage-sama pourrait vous considérer comme criminels. Promets-moi que tu ne le referas pas.

-Désolé, je ne peux pas faire ça.

-Il ne s'agit pas seulement de toi.

-Elle s'en tire très bien toute seule.

-Ce n'est pas d'elle que je parle.

Keitaro prit vivement Kanjiro par les épaules et murmura à son oreille.

-Je ne peux pas te perdre Kanjiro. J'ai déjà perdu ton père, je ne me pardonnerais pas un second échec. Ne me refais jamais peur comme ça.

Il s'écarta de lui et regarda son disciple dans les yeux.

-Promets-moi.

Kanjiro rendit son regard à Keitaro. Il savait très bien ce que son sensei voulait dire, et il le comprenait mieux que quiconque ; lui non plus ne pourrait supporter un autre deuil, il ne le savait que trop bien. Après quelques secondes, il acquiesça.

-Je te le promets.

Mais au fond de lui, il savait qu'il ne pourrait tenir cette promesse. Il savait qu'un jour, son cœur l'appellerait de nouveau au combat, et qu'il ne pourrait lui résister. Il savait que le jour approchait, où Keitaro ne serait plus là pour le guider, et il sentait bien qu'il lui serait difficile de progresser seul.

Keitaro parut un peu soulagé et se leva.

-Je vais parler à Setsuko.

-Après tu pourras revenir et me donner son diagnostic ?

-Des clous !

Kanjiro soupira doucement et Keitaro referma la porte en disant.

-Je te le laisse Takeo.

Le Gîru prit une chaise et s'assit à côté du lit.

-Alors ?

-Alors quoi, sensei ?

-Raconte !

Le genin raconta tout, du moins tout le combat. Takeo éclata de rire lorsqu'il entendit le coup de la poitrine et commenta les actions de Kanjiro, comme s'il ne s'était agi que d'un entraînement. Il ne se départit jamais de sa jovialité, et Kanjiro riait de bon cœur avec lui, sans trop forcer sur ses côtes néanmoins.

-Eh ben tu t'es pas trop mal débrouillé, surtout si on considères que tu l'as affronté sur son terrain.

-Son terrain ?

-C'est la meilleure de la promotion pour ce qui est du taijutsu. Et vu son Sharingan, tu as des progrès à faire si tu veux la surpasser. Tu devrais peut-être essayer de réfléchir un peu plus, de penser stratégiquement et pas seulement avec tes poings.

-Hm, je suppose que le jûken ne suffit pas.

-Tu as déjà réussi à maîtriser un Katon en autodidacte. Keitaro m'avait déjà parlé de toi, mais je ne m'attendais pas à un tel talent. Tu as de la hargne, c'est bien, tu peux t'accrocher comme ça.

Kanjiro ne répondit pas avant une bonne minute.

-Vous ne voulez pas savoir pourquoi ?

-Non.

­Le disciple leva les yeux et ne rencontra qu'un sourire.

-Je sais très bien ce que c'est que de devoir cacher ses raisons ; et je sais aussi ce que c'est que de céder à des élans et à des pulsions. Je suis un Gîru, c'est l'essence même de notre clan. Je ne suis pas ton père Kanjiro, tes sentiments ne me regardent pas : ce n'est pas que je sois insensible, mais je sais par expérience qu'il faut laisser les enfants régler ces problèmes-là eux-même. C'est à toi de dompter ces choses, pas à moi, et il n'y a que toi qui les comprennes assez pour ça.

Son sourire s'élargit.

-Cela dit, ton sensei a raison. Tu devrais faire un peu plus gaffe la prochaine fois : ce n'est pas une victoire si tu ne peux pas te relever pour la réclamer.

-…Qu'est-ce que je fais demain ?

-Tu te reposes. Le jour d'après tu sors : nous avons une mission, et il est hors de question que tu la rates. Alors ménage-toi d'ici là, ok ?

-D'accord.

Takeo s'en alla tranquillement. Mine de rien, son absence de conseils avait été précieuse. Kanjiro sut à cet instant que beaucoup d'épreuves l'attendaient, mais qu'il n'avait pas le choix : il fallait les affronter et poursuivre sa route.

Ce soir-là, Kanjiro fit le point avant de s'endormir, comme tout les soirs. Tout ça avançait peu à peu, et il lui fallait s'y adapter ; il ne pouvait prévoir le futur, mais il savait encore une fois comment l'affronter. Il n'y avait pas de doute à avoir. Il n'avait besoin que d'une chose : la certitude qu'il pourrait se relever.

Quelques instants plus tard, il dormait comme une souche. La ville semblait dormir sous un drap immaculé, coiffée par un ciel clair orné d'un lune resplendissante, dont la douce lueur baignait la pièce. La porte de la chambre s'ouvrit sans un bruit, laissant apparaître deux silhouettes ; l'une de taille adulte, l'autre enveloppée dans une tenue de patient.

-Alors ?

-Il ne sait pas, et il ne s'est aperçu de rien…on a eu de la chance.

-Tant mieux…

-N'empêche…j'arrive toujours pas à comprendre pourquoi t'en fais une telle affaire…

Pas de réponse. L'une après l'autre, les deux silhouettes s'approchèrent silencieusement du lit.

-Et pour aujourd'hui ?

-Il va bien falloir que je le remercie un jour…

La silhouette s'assis sur le bord du lit, se pencha doucement vers le jeune Hyûga et caressa tendrement ses cheveux de jais. Une main se posa doucement sur son épaule.

-Tu ferais mieux d'aller te reposer. Il ne saura rien, je sais garder un secret.

La silhouette se leva et franchit la porte après un dernier regard. Après quelques minutes, l'autre en fit autant.

-…T'es vraiment difficile à gérer.

La porte se referma et l'on entendit plus rien d'autre que le chuchotement du vent d'hiver.

To be concluded...