Et bien, méga retard là. A ma décharge, je dois dire que j'ai vraiment très peu de temps libre en ce moment : partiels and cie. Je remercie toutefois tous ceux qui ont la gentillesse de laisser un petit mot, ça donne vraiment du cœur à l'ouvrage. Bonne année 2008 à toutes et à tous !
RAR :
Amande1 : Yep, le prénom de la centaure était entre autres une référence à ce groupe. Et pour Lucifer c'est normal, je ménage le suspens et les grands coups de théâtre, niark, niark… Ce qui est sûr c'est que nos deux demoiselles sont mal en point. Affaire à suivre, lol. Bises à toi Amand !
Sharee : Thanx, chère louve. En espérant te recroiser un de ces jours. Grosses bises Sharee !
Zofia : Ah… Sur les fesses, forcément. Moi je dis, rien de tel qu'un bon coussin ! héhé… Merci pour ton enthousiasme, ça donne envie de rehausser toujours plus la qualité de la fic. Bises Zofia !
Moonday-Girl : Ouah, en une seule traite ? Paix à tes yeux alors… Et donc la suite. J'espère qu'elle te conviendra. Bienvenue en tout cas ! Bises Moonday-Girl !
Sachez également que même si je mets parfois (tout le temps) un certain moment à mettre en ligne le chapitre suivant, il est hors de question de suspendre cette fic donc la suite sortira toujours, pas d'inquiétude. Pour terminer, bonne lecture à tous !
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…L'étau se resserre.
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- Comment as-tu osé…
La voix de Lucifer était emplie d'une rage sourde. Le Prince n'avait pas à proprement parlé haussé la voix mais on l'entendit pourtant parfaitement de l'autre côté de la porte, à tel point que le vieux serviteur qui avait entrouvert la porte la referma bien vite. Nul n'osait braver la colère d'un Prince en sa demeure. Seul l'empereur pouvait prétendre à cette bravoure suicidaire. Magenta ne savait plus que dire : la lettre l'accusait, inutile de nier. Pour le reste, elle était de toute façon piégée. Lucifer lui jeta l'enveloppe à la figure puis il alla ouvrir l'un de ces tiroirs. Tous ses gestes dégageaient une telle colère que la jeune démone n'eut pas le cran d'émettre le moindre son. Paralysée par l'appréhension, elle le vit sortir du tiroir une autre enveloppe mais noire celle-ci. D'étonnement, elle sentit sa mâchoire pendre.
- Ferme la bouche, tu es ridicule ainsi, la tança le démon sans une once d'indulgence, méprisant. Prends ça et sors d'ici, ordonna-t-il en lui tendant la lettre noire.
- Ou… Oui, obéit prudemment Magenta en se relevant, déboussolée.
La jeune démone prit les deux lettres et les glissa dans l'une des poches de sa longue robe. Le Prince évitait son regard, l'ignorant superbement. Blessée, Magenta repartit de cette somptueuse demeure avec les larmes aux yeux. Jamais elle n'aurait imaginé faire face à un destin aussi ironique… et aussi cruel.
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- Mais qu'est-ce qu'elle fait ?! Si jamais Kadria arrive avant elle, commença Sang, exaspérée, en revenant une fois de plus à la fenêtre.
- Si tu n'avais pas prit la mouche comme ça tout à l'heure, tu l'aurais su, la coupa Carmin avec agacement en oubliant le respect qu'il lui devait : il craignait l'entrevue entre eux et leur dirigeante ; il craignait tout autant l'entrevue entre Magenta et le Prince de l'Est…
- Ne me dit pas qu'elle sera absente, siffla d'une voix anxieuse Sang. Ce n'est pas dans ses habitudes de manquer une telle réunion. Non, elle va venir, je sais qu'elle va venir, se rassura-t-elle en revenant s'asseoir dans son fauteuil, se forçant au calme.
Carmin ne dit rien, se contentant de l'observer. Depuis combien de temps ne l'avait-il pas vu aussi désemparée ? Il n'aurait su le dire avec précision mais pour lui, voir Sang dans cet état et avec ce comportement… ça la rendait presque attachante. « Mouais, insistons sur le presque quand même, » se dit-il en faisant une moue dubitative. Pour rien au monde le démon noir aurait avoué qu'il appréciait vraiment Sang. Surtout pas devant elle de surcroît.
- Pourquoi me regardes-tu comme ça ? Lui demanda la cheftaine au bout d'un moment, mal à l'aise sous son regard insistant.
Carmin lui adressa un sourire pour toute réponse et, voyant qu'elle allait lui lancer une pique bien sentie pour son silence, il crut bon de dire :
- Pour rien, Sang. Pour rien…
La démone haussa un sourcil en constatant le ton plus doux que d'ordinaire et elle se tut, plutôt perplexe. Carmin, lui, avait cessé de l'observer. Il savait bien que cela devenait vite agaçant pour le sujet d'étude passée la cinquième minute d'observation. Ses pensées retournèrent peu à peu vers Kadria qui serait là d'un instant à l'autre maintenant. Il se demandait s'il aurait encore droit à l'une de ses tapes habituelles derrière la tête, où si leur supérieure verrait la différence subtile qui était apparue chez ses deux coéquipières depuis qu'elles s'étaient (enfin) misent ensemble. Et si jamais Kadria le remarquait bel et bien, il se demandait alors quelle serait sa réaction… Indifférente ? Favorable ? Défavorable ? L'amour était quelque chose d'important chez les démons. Pas dans le sens ou des mômes munis d'ailes voletaient partout en lançant leurs petites flèches ridicules. Non, ça les démons le laissait à la charge des anges. Non, l'amour était sacré car comme l'honneur, il était une valeur. Une valeur si puissante qu'elle avait le pouvoir de sauver des vies, ou de les sacrifier sans l'ombre d'un remord. Ce n'était pas l'amour lui-même qui était beau ou laid, mais les actes qu'il entraînait. Et ça, les démons l'avaient compris depuis bien longtemps, eux, les anges déchus…
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Elle était repartit du palais du Prince avec la désagréable impression d'être une souris prise au piège, attendant inéluctablement que le chat vienne l'achever. Le pire pour elle n'était pas la présence de cette épée de Damoclès au dessus de sa tête, non. Le pire s'était le silence. Quelque part elle savait qu'en parlant avec ses deux coéquipiers, ils auraient trouvé une solution à son impasse mais… Froissant l'enveloppe jaune qu'elle avait un instant ressortit dans sa frustration, Magenta remonta la rue déserte d'une démarche rapide, tendue. « Je n'ai pas le choix. Il faudra que je m'en sorte seule cette fois… Ou que je meurs en essayant. »
Poursuivant son chemin, la seule chose qui la poussait encore à ne pas renoncer était l'image souriante de Sang qui dansait devant ses yeux.
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Cela faisait longtemps, tellement longtemps que les mangemorts n'avaient pas agis au grand jour, au vu et au su de tous. Du moins en Grande-Bretagne. Harry en avait presque oublié à quel point ils pouvaient être dangereux, à croire qu'ils étaient occupés à autre chose. Pourtant… « C'est ici que commencera notre guerre. Voldemort est sans doute prêt, il lâchera la bride de ses partisans. Par Merlin, comment ais-je pu être aussi naïf ? Comment ais-je pu croire que nous serions épargnés jusqu'à la fin… ? » Evitant une branche basse de justesse, il renforça sa prise sur le manche de son balais et restaura son équilibre. Il avait faillit tomber.
- Pour l'amour du ciel, Harry ! Lança Fleur d'un ton exaspéré et haché à cause du galop de Sonata. Fais un peu plus attention !
- Oui, oui, répliqua Harry avec une pointe d'agacement.
Reportant son attention sur le brancard d'Hermione, il fit son possible pour maintenir l'enchantement en place tout en accélérant sensiblement sa vitesse : la centaure avait prit le grand galop. « Elle a sans doute senti nos poursuivants… » Ca plus le fait que l'état de santé des inconscientes était plus que préoccupant. Serrant les mâchoires, le survivant sentit monter en lui un sentiment de rage qui en temps normal l'aurait lui-même effrayé. Ou du moins déstabilisé. Mais là, sa seule pensée se résumait à tuer le Seigneur des Ténèbres. Peu à peu, c'était devenu une obsession, une sorte de mantra dans sa tête : « Voldemort. Tuer Voldemort. Le tuer… » Une branche craqua, suivit d'un murmure de voix. « Ils se rapprochent. »
- A droite ! Lança soudain la voix de Raphaël, celui-ci pointant du doigt une zone clairsemée.
Sonata compris aussitôt l'implication et, infléchissant sa trajectoire, elle se rua vers l'endroit indiqué à une vitesse impressionnante si on prenait en compte le terrain fort accidenté. Le bruit de ces sabots claquant contre l'humus était presque identique au tonnerre. Harry suivit le mouvement derrière eux et il accéléra pour les rattraper. Il avait remarqué que le fait qu'Hermione soit dans cet état avait une drôle d'effet sur lui, aiguisant ses craintes et le mettant à fleur de peau. Passant à côté du brancard de Raziel, il fit une grimace : même s'il n'y voyait pas grand-chose, il pouvait affirmer sans se tromper que l'état de la française n'avait rien à envier à celui de sa meilleure amie. Ils atteindraient enfin la lisière de la forêt sous peu à en juger par l'espacement plus important des arbres et la lumière de la lune qui perçait enfin les ombres du sous-bois.
- Parfait ! S'exclama joyeusement la centaure. En avant !
Harry en resta bouche bée. Lui qui pensait que la centaure avait atteint sa vitesse maximale, il fut surprit de la voir faire un petit bond avant d'accélérer encore sa cadence. Toutefois, le bond qu'elle fit en se faisant déstabilisa Fleur, lui faisant rompre le lien invisible entre sa baguette et le brancard qu'elle pointait pour éviter la chute. Une expression horrifiée se répandit sur les traits de la demi vélane tandis que le brancard en question, dépossédé de son énergie motrice, basculait vers le sol. L'impact fut rude et le corps inanimé de Raziel roula un instant sur l'humus humide de la forêt avant de s'immobiliser face contre terre, insensible.
- Raziel !
Le cri alarmé de Fleur attira l'attention de Raphaël et Sonata, cette dernière ralentissant déjà sensiblement sa course.
- Non ! S'écria Harry, vraiment inquiet. Continuer à courir, ne vous arrêtez pas ! Ordonna-t-il avant de s'adresser à Fleur : Prends le relais avec Hermione, je vais récupérer Raziel.
Fleur accepta avec un hochement de tête confus, un peu prise de court elle prit en charge le brancard de la préfète en chef des lions puis elle regarda Harry faire demi tour pour aller récupérer la serpentard. « Harry… »
Ce dernier revint en quatrième vitesse vers la jeune française, se préparant déjà à descendre pour la remettre sur son brancard mais à peine fut-il en vue du corps inerte qu'il découvrit le mouvement de sombres capuchons entre les arbres. « Merde. » Etant donné leur nombre, il était hors de question d'envisager un affrontement maintenant. Réfléchissant à vitesse grand V, il pointa finalement sa baguette sur son amie.
- Accio Raziel !
Le corps trembla un instant puis il vint à lui, flottant mollement dans les airs. Les cheveux de la serpentard dansaient autour de sa tête, lui faisant un halo bleuté, mettant en valeur ses traits fins. « J'espère que ça ne va pas aggraver ses blessures. » Malgré son appréhension, il n'avait de toute façon pas le choix. Il rangea rapidement sa baguette après avoir récupéré la jeune femme et il la cala maladroitement contre lui, la retenant d'un bras passé dans son dos. Dans sa hâte, il effleura malencontreusement sa poitrine et se mit à rougir d'embarras. « Heureusement que les autres ne sont pas là pour voir ça… Idiot ! Concentre-toi : danger ! » Mettant l'incident au second plan, il se pencha sur le balais, le faisant automatiquement accélérer.
- Stupéfix !
- Avada Kevadra !
Plusieurs traits de lumière filèrent autour de lui, achevant de lui faire oublier la française collée contre lui et il se coucha littéralement sur le balais (et accessoirement sur Raziel). Concentré sur sa course folle entre les arbres, il ne remarqua pas tout de suite à quel point cette dernière était glacée. Le vent giflait son visage, le faisant pleurer malgré ses lunettes, et il craignit de ne plus retrouver la centaure et ses deux amis. Une lumière d'un blanc jaunâtre s'alluma alors plus loin devant lui et un sourire reconnaissant s'épanouit sur ses lèvres. Prenant toujours plus de vitesse, il sentit son bras le brûler tout à coup. Un sortilège l'avait effleuré, cramant la manche de sa robe au passage. « Je l'ais échappé bel… » Slalomant entre les géants de sève de la forêt Interdite, il entendit faiblement le rythme entêtant du galop de Sonata. Un poids sembla quitter ses épaules comme le son gagnait peu à peu en netteté et en force.
Lorsqu'il distingua le groupe devant lui, il afficha un sourire triomphant.
- Harry attention ! Cria Fleur.
Le temps que le survivant prenne conscience du mangemort qui se préparait à lui lancer un sort tout en le poursuivant, Raphaël s'était retourné sur le dos de Sonata et avait lancé un stupéfix étonnant de précision. Le mangemort visé n'eut d'autre choix que de se jeter sur le côté pour éviter l'attaque inattendue. Le français émit un bruit de gorge satisfait qui amusa tout le monde malgré la situation critique puis il se détourna pour guider la centaure au besoin. Harry était assez impressionné à vrai dire. Et percevant l'expression de Fleur, le plus récent professeur de Poudlard devait à peu près ressentir la même chose que lui. « Est-ce moi ou sa sœur qu'il a voulu protéger ? » Ne sachant pas vraiment, il fini par sourire. « En tout cas, il est diablement efficace quant il le veut… »
Un mangemort cria quelque chose derrière le groupe et un sortilège fila droit sur l'un des arbres qui se dressait plus loin devant eux. Harry allait sourire de l'apparente inefficacité de leurs ennemis quand l'arbre en question se mit à bouger. Ses branches tremblèrent et sa cime se courba sous l'effort qu'il soutenait pour sortir ses racines de terre, ses dernières ressemblant à d'innombrables pattes d'araignées. Raphaël eut un hoquet surpris comme la centaure faisait un brusque écart pour éviter une racine dangereuse, resserrant son bras autour de la taille de leur alliée. Fleur, elle, se sentit glisser inexorablement vers le sol mais elle maintint malgré tout le sortilège en place avec une expression déterminée, passant son bras gauche derrière pour agripper la robe de sorcier de Raphaël. Ce dernier n'eut pas besoin d'un dessin pour comprendre le problème et mettant en hâte sa baguette entre ses dents, il passa son bras gauche dans son dos et le passer sur le ventre de Fleur pour l'étreindre à son tour, si bien que les deux humains étaient à présent plus ou moins cramponnés à la centaure. Celle-ci perçut le subtil changement et en profita pour déployer tous ses talents équins : esquivant, ruant, bondissant, galopant avec l'agilité d'un sombral.
Les branches de l'arbre tournoyaient, tentant de les percuter et sifflant tant leurs mouvements rapides giflaient l'air lui-même.
Harry fit son possible pour suivre le mouvement tout en restant à distance respectueuse de l'arbre enchanté. Sonata parvint à échapper aux branches acérées et, dans un dernier saut à la fois souple et puissant, elle réussit à les mettre hors de danger pour le moment, galopant loin de la menace. Harry, tout à sa joie, mit un moment à comprendre que Fleur, elle, avait bien du mal à manœuvrer le brancard sur lequel reposait Hermione. Une branche passa à un cheveu de la gryffondor et Harry pointa précipitamment sa baguette dans sa direction.
- Accio brancard !
Son cri résonna sous la frondaison des arbres et Fleur crut qu'elle allait l'assommer pour interférer ainsi avec ses efforts mais juste avant qu'elle ne l'incendie, une branche sortie de nulle part s'abattit à l'endroit où était Hermione un peu plus tôt. « Oups… Bon, je l'assommerai plus tard alors », se dit le professeur en lui adressant un signe de tête mi soulagé mi irrité. Il lui rendit silencieusement le mouvement de tête puis lui redonna les pleins pouvoirs sur le brancard en catastrophe : Raziel était en train de glisser. Rangeant le bout de bois magique, il lâcha un instant son balais et la redressa au mépris de son propre équilibre. Un balais plus une personne, lui, ça il maîtrisait. Mais dès qu'un invité s'invitait sur le bout de bois volant les choses devenaient tout de suite plus compliquées. « Il faut qu'on sorte de cette maudite forêt », pensa désespérément le survivant tout en suivant toujours la centaure à deux mètres derrière elle. Le brancard d'Hermione était juste à côté de lui, au cas où…
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Quand Magenta arriva chez Sang, elle sut tout de suite que leur supérieure était arrivée chez la cheftaine car, à moins d'être sourd, on aurait difficilement pu faire abstraction des cris de la démone.
- QUOI !? ET VOUS N'AVEZ PAS PENSE A M'EN INFORMER PLUS TOT !?!
La voix de Sang lui parvint ensuite sur le pas de la porte, plus énervée que d'habitude.
- Qu'est-ce que tu crois !? On a pas eut beaucoup de temps à nous je te signale !
C'était la première fois qu'elle entendait Sang parler ainsi à Kadria. D'ordinaire, elle la vouvoyait toujours et avait un certain respect pour la démone dorée, ce qui chez elle était rare pour être remarqué par tout le monde. Hors là, le ton était loin de toute forme de respect. Magenta crut bon de faire son entrée avant que la situation ne tourne au vinaigre. Se mettre à dos leur patronne dans un moment pareil serait un très mauvais calcul de leur part. Poussant la porte d'entrée et la claquant assez fort pour être entendue, elle monta les marches au pas de course et pénétra dans le salon du premier étage avec un sourire imprimé sur les lèvres.
- J'ai loupé quelque chose ?
En attendant la voix de Magenta, Sang quitta aussitôt sa patronne des yeux et s'avança vers elle sans plus penser à la présence des deux autres démons dans la pièce. Elle s'était inquiétée. S'avançant vers elle, elle l'enlaça doucement et lui murmura à l'oreille, effleurant son lobe de ses lèvres :
- Ca va, amour ?
Magenta haussa un sourcil surprit, soufflée par le ton tendre et l'inquiétude contenue dans cette voix d'ordinaire si coupante. Un instant, elle pensa pouvoir lui parler mais elle se retint au dernier moment, se disant que ça n'arrangerait pas les choses. « Et puis seule. Je dois me débrouiller seule, sinon… » Frissonnant en sentant le corps de Sang contre le sien, elle lui rendit brièvement son étreinte pour lui montrer que tout allait bien. Observant leur manège, Kadria resta la bouche ouverte, stupéfaite, tandis que Carmin l'observait du coin de l'œil très amusé de la voir réduite au silence par le câlin improvisé de ses coéquipières. La cheftaine s'écarta de la démone claire avec un regard concerné et leva la main sur son visage pour lui remettre une mèche de cheveux derrière l'oreille, un sourire en coin flottant sur ses lèvres devant l'étonnement de sa compagne.
Kadria secoua la tête comme pour chasser sa surprise et elle eut l'espace d'une seconde quelque chose qui ressemblait à de l'attendrissement. Mais cela disparut si vite que Carmin douta de l'avoir vu sur ses traits, se disant qu'il avait sans doute rêvé. La voix de la démone dorée s'éleva une fois encore dans le salon, beaucoup plus calme cette fois-ci :
- Il faut qu'on parle…
Sang se retourna aussitôt vers elle sous le ton mortellement sérieux et elle revint au centre du salon en entraînant Magenta derrière elle. Faisant asseoir son amour à côté d'elle, elle croisa les jambes avec un calme olympien pour donner le change et fit signe aux autres de s'asseoir. Kadria allait lui lancer une réplique acide quant elle se rendit compte qu'elle était toujours chez Sang, et non au QG. De mauvaise grâce, elle s'assit donc là ou son hôte le lui avait indiqué et elle attendit que Carmin fasse de même avant de poser un regard à la fois autoritaire et alarmé sur la cheftaine du Trio.
- Raconte-moi, ordonna leur supérieure en encrant son regard dans celui de Sang, déstabilisant cette dernière. Tout, termina-t-elle.
Sang remua nerveusement sur le canapé, mal à l'aise. Elle aurait donné cher pour ne pas avoir ce genre de conversation dans ces circonstances. Surtout avec elle.
- C'est assez compliqué et donc, plutôt long, commença Sang en fuyant le regard de sa supérieure. Tu ne veux pas quelque chose à boire ? Proposa-t-elle en se levant déjà, faisant hausser un sourcil à Carmin et Magenta.
Son comportement était à l'opposé de la normale.
- Sang, chuchota Kadria en joignant ses mains sur ses genoux, visiblement troublée. Je dois savoir…
La cheftaine resta debout au milieu du salon et elle ferma les yeux en entendant le murmure de sa patronne. Il y avait tant de frustration en elle. De colère aussi. Et de regrets… Si les choses avaient été différentes… Serrant les poings, Sang chassa ses hypothèses inutiles. Les pièces étaient en place et le stratège était implacable : certains pions allaient tomber avant la chute du roi… ou de la reine. Avec une amertume qu'elle n'avait pas ressentit depuis longtemps, elle parla alors d'un ton impersonnel, prenant soin de ne faire transparaître aucune de ses émotions devant ses deux coéquipiers.
- C'est simple, fit la démone arrogante en restant immobile. Un sorcier noir est parvenu à faire appel à Satan lui-même pour qu'il lui lègue ses pouvoirs…
- Ne me dit pas que… Ne put s'empêcher de l'interrompre Kadria, son visage se décomposant.
- Si justement, laissa tomber froidement Sang.
Ouvrant de grands yeux, Kadria demeura silencieuse et tétanisée par les suppositions qui assaillaient son esprit. Jamais elle n'aurait cru faire face à une trahison semblable. Aussi mesquine, aussi mortelle…
- Mais… Mais…
La patronne des Mains Sanglantes ne pouvait même plus faire des phrases cohérentes tant le chaos qui régnait dans son esprit était colossal. Les implications liées à cette nouvelle étaient tellement énormes qu'elle n'arriverait pas à les prédire malgré sa grande expérience des situations désespérées. « Impossible. Les enfers vont encore se déchirer et cette fois, ce sera un véritable carnage… Non seulement le conseil va se diviser mais en plus, connaissant Satan, il ne se rendra pas à la raison. Que suis-je sensée faire… ? » Kadria était tellement absorbée par ses réflexions qu'elle n'entendit pas l'intervention de Carmin qui, d'agacement, émit un claquement de langue. La patronne se tourna vers lui avec un regard interrogateur.
- Je disais, répéta Carmin en croisant les bras avec une moue boudeuse, que si nous ne faisons rien alors les Jours des Loups reviendront avec une ampleur inédite.
- Les factions…
Le murmure de Magenta attira l'attention de tout le monde et Sang rouvrit les yeux pour la contempler. La démone à la peau claire avait les yeux baissés, ne se rendant pas compte qu'elle était au centre de l'attention. Inconsciemment, l'entrevue avec Lucifer lui revint en mémoire et elle fit une grimace blessée en repensant subitement à sa mère, totalement abattue. Sang fronça les sourcils et passant derrière le canapé, elle l'entoura de ses bras pour venir lui murmurer à l'oreille d'une voix rassurante :
- Je suis là…
Magenta sursauta, les yeux un peu perdus, absorbée par ses mauvais pressentiments elle n'avait pas entendu Sang jusqu'à ce qu'elle lui parle. Le fait de la sentir contre elle amena automatiquement un sourire sur ses lèvres, même si elle n'avait pas le cœur à rire. « Est-ce qu'elle a remarqué quelque chose ? » Sa propre question lui sembla ridicule : Sang la connaissait depuis si longtemps qu'elle avait peu de secrets pour elle. Kadria observait le tout mais en vérité ses pensées étaient ailleurs à présent. Ce que venaient de lui apprendre ses agents était loin derrière la plus noire de ses craintes. Tout cela partait trop loin pour qu'elle puisse s'en occuper à elle seule, ce qui n'était pourtant pas peu dire. Mais les Mains Sanglantes étaient liées là, et le seul moyen pour elle de décoincer la situation aurait été d'en référer aux Premiums. Mais ces derniers n'étaient pas assez fiables pour cela : trop divisés, trop puissants et surtout trop engagés dans des alliances qui à présents, étaient mortelles. Passant rapidement en revue ses quelques options, Kadria se leva brusquement et se dirigea vers la porte sans se donner la peine de se tourner lorsqu'elle reprit la parole :
- Je dois agir vite, fit leur patronne en atteignant la porte et s'y arrêtant. Si tout cela est vrai… Non, je sais que c'est vrai. Je n'ai pas beaucoup de temps et vous, vous êtes en danger, fit-elle en soupirant nerveusement.
- De toute évidence, confirma Sang sans paraître le moins du monde alarmée.
- Donc, vous ne faites rien son mon ordre, compris ? Vous ne bougez pas sans que je ne vous en donne l'ordre, c'est bien clair ? Insista Kadria, se tournant pour encrer son regard dans celui de Sang.
Celle-ci haussa les épaules pour manifester son agacement mais hocha quand même la tête pour apaiser la démone dorée.
- Bien, soupira Kadria en ouvrant la porte. Je vous tiens au courant.
Et avec ça, la très respectée Kadria Bel' Sarom disparut de la demeure de Sang, laissant ses trois agents préférés dans un silence crispé. Carmin lança des regards hésitants à ses deux camarades et, discernant les subtiles mouvements de la cheftaine en direction de la porte, hocha la tête et sortit du salon sans un mot. Il savait que Sang ne lui en voudrait pas de s'installer en bas avec quelque chose à boire donc, il se dirigea vers le garde manger. Après son départ, Sang ne relâcha pas sa prise sur Magenta. C'était même le contraire. Laissant ses lèvres dériver sur la peau de son cou, la démone sang reprit la conversation sans jamais rompre le contact entre ses lèvres et la peau veloutée.
- Dis-moi, plaida Sang.
- Je vais bien, je t'assure, répliqua aussitôt Magenta en se demandant si elle tiendrait longtemps à ce rythme là.
- Je sais toujours quand tu me mens, Magenta.
- Je ne…
- Tu ne me fais pas confiance ? La coupa Sang avec l'ombre d'une déception dans la voix.
Magenta fronça les sourcils et, levant la main pour capturer la joue de sa compagne, elle lui fit tourner la tête pour rencontrer ses lèvres des siennes dans un rapide baiser.
- Bien sûr que je te fais confiance, protesta Magenta en gardant sa joue dans sa main.
Sang demeurait silencieuse mais même si elle n'appréciait pas ce silence, Magenta ne savait pas comment le rompre tout en paraissant convaincante. Finalement, elle sentit le souffle d'un soupir sur son coup et Sang défit son étreinte. Elle la vit repasser devant et elle s'installa dans le canapé à côté d'elle, l'attirant aussitôt contre elle, son bras passant derrière ses épaules. Magenta se laissa câliner : ce genre de comportement était plutôt rare chez Sang et elle aimait se tenir entre ses bras. Toutefois, cela dénotait une angoisse chez elle, la faisant culpabiliser.
- Tu me le dirais si il y avait un problème, n'est-ce pas ? Demanda d'une voix inhabituellement basse Sang.
Magenta comprit aussitôt que Sang ne lui faisait pas totalement confiance et cela était comme une écharde dans son âme. Mais actuellement… elle ne pouvait pas vraiment lui en vouloir puisqu'elle ne changerait pas d'avis : elle ne dirait rien. Se maudissant pour cette trahison, elle mentit donc à sa plus belle conquête.
- Tout va bien…
Sang se détendit un peu sous elle et Magenta se lova un peu plus contre elle, heureuse d'être dans ses bras. Ses inquiétudes s'apaisaient assez à présent pour qu'elle puisse penser à autre chose. Comme ses mains baladeuses qui se promenaient sans aucune gêne sur le buste et le flan de sa compagne. Un sourire amusé étira ses lèvres malgré son abattement en sentant Sang frissonner sous ses doigts. Sans un commentaire, la cheftaine redressa sa tête d'une main douce et l'entraîna dans un autre baiser, bien plus sulfureux que le précédent.
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- Par ici ! Lança Sonata sous la frondaison des arbres.
Le tonnerre de son galop donnait suffisamment de renseignements à leurs ennemis pour pouvoir les poursuivre sans mal, c'est pourquoi la centaure changeait souvent de direction au grand déplaisir des sorciers. Non seulement Fleur n'avait pas l'habitude d'une telle chevauchée, sans parler de son postérieur meurtri, mais en plus manœuvrer un brancard à l'aide d'un sortilège dans pareille situation était somme toute assez délicat. Retrouver les deux jeunes femmes avait été un véritable soulagement pour eux, mais dans la situation actuelle, c'était un désavantage flagrant. Le temps qu'ils atteignent la lisière de la forêt Interdite, les mangemorts les talonnaient de près, manquant de les faire chuter à plusieurs reprises. En sortant de la frondaison, ils pensaient trouver les professeurs ainsi que Ron, Ginny, Draco et pourquoi pas Neville et quelques autres. Même Pansy aurait était d'une aide inestimable à cet instant. Portant personne ne les attendait pour les aider et Harry comprit aussitôt pourquoi : des cris étouffés en provenance du château se répercutaient en écho sur le lac. « Que se passe-t-il encore ? »
- Harry, derrière-toi !
Le survivant eut à peine le temps de se retourner qu'une ombre se faufilait entre les arbres, se ruant sur lui. Les mangemorts, effrayés, pâlirent sous leurs capuchons et s'écartèrent en catastrophe face à l'apparition monstrueuse. Il n'en fallut pas plus à Harry pour déguerpir en trombe sur son balai, espérant que son sort sur le brancard de Raziel suivrait le mouvement. Ce qui fut à peu près le cas. Le radeau de fortune sur lequel était allongé la française accru sa vitesse, calquant celle du jeune Potter mais, à leur grand désarrois, lorsque le brancard passa à côté de Sonata et percuta l'une de ses longue jambes, le fiasco fut total. La centaure poussa un cri de douleur tout en perdant son équilibre, Raphaël tenta de maintenir sa position mais échoua misérablement et Fleur, incapable de garder son assise alla rouler sur l'herbe du parc sans aucune cérémonie. Le brancard de Raziel, lui, se renversa tandis que celui d'Hermione s'arrêtait non loin. Un sifflement strident vola vers eux et Nagini se précipita, prêt à frapper.
- Avada Kedavra !
La voix roque et l'éclair vert filèrent sur le serpent de Voldemort avec un précision millimétrée avant que le sortilège ne glisse sur le reptile. Nagini était toujours en vie mais terriblement sonné et blessé. Fou de douleur et de rage, il se détourna et retourna vers la forêt en sifflants et crachant, repoussant sans le vouloir les mangemorts à leurs trousses. Harry posa un regard incrédule sur Raphaël, médusé. Le jeune français semblait vidé, épuisé et toujours aussi inquiet. Fleur se releva avec un discret couinement accompagné d'une grimace.
- Nous ferions bien de partir d'ici avant que d'autres ne viennent, commenta le jeune professeur en se levant maladroitement.
Harry descendit de son balai et revint vers eux pour les aider tout en lançant quelques coups d'œil désemparés vers le château. La centaure s'ébroua et racla nerveusement le sol de l'un de ses sabots, l'une de ses pattes antérieures ne touchant plus le sol.
- Vous avez une double dette envers moi, sorciers, constata d'un ton agacé Sonata.
Elle posa prudemment son sabot récalcitrant au sol et prit une inspiration brusque sous la douleur provoquée. Sa patte était, si ce n'est cassée, au moins foulée. Fleur lui adressa un sourire d'excuse et s'approcha d'elle.
- Je ne suis pas sûre d'être d'une quelconque aide pour les blessures, fit la demi vélane, désolée.
- Nous…
Raphaël fut interrompu par le cri excité de Ginny qui accourait vers eux depuis le château. La jeune femme était suivie de Ron, Draco, Neville, Cho, quelques professeurs et une demi douzaine d'élèves toutes baguettes dehors. McGonagal se dirigea vers Harry en compagnie de Ron et Draco tandis que la jeune Weasley rejoignait Fleur, lui offrant son bras pour la soutenir. Dumbledore s'agenouilla au côté de Raziel, la retournant doucement avant de jeter un regard urgent à Pomfresh.
- A l'infirmerie, fit le directeur avant d'observer Sonata. Tout le monde.
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- Alors ?
- Le professeur Delacour assure qu'elles étaient dans cet état lorsqu'ils les ont trouvé, commença Pomfresh en s'afférant autour d'Hermione sous les yeux attentifs de Minerva. Ils ont rencontré la centaure juste avant de les découvrir. Potter à parler d'une licorne également et d'un arbre enchanté mais j'avoue que le récit était confus…
La directrice des gryffondors posa son regard sur le survivant, ce dernier ayant eu droit à un traitement flash de l'infirmière consciencieuse de Poudlard. Dans un coin reculé de la salle, la centaure en question piaffait en raclant nerveusement le sol de pierre, faisant claquer ses sabots : être entouré d'humains n'était pas naturel pour les siens. Le son régulier qu'elle faisait n'empêchait cependant pas l'activité houleuse dans laquelle l'infirmerie semblait être plongée perpétuellement. Mais de mémoire de directeur, on n'avait encore jamais vu une telle pagaille. Mrs Pomfresh ne cessait de virevolter autour du lit d'Hermione tandis que Raphaël restait au pied du lit de sa sœur sans la lâcher des yeux. Harry, malgré la potion que lui avait administré l'infirmière pour l'apaiser, faisait les cents pas non loin du professeur McGonagal, cette dernière couvant la préfète en chef des lions avec angoisse. Fleur Delacour tentait de son mieux de rassurer le jeune français du groupe, ce dernier étant tombé dans un mutisme impressionnant depuis leur arrivée à l'infirmerie. Dumbledore sortit de son tour d'horizon de la pièce en entendant des bruits de course dans le couloir. A l'instant même ou il se tourna vers la porte, celle-ci s'ouvrit en trombe, ses battants claquant si fort que le vacarme engendré fit sursauter tout le monde, y comprit la centaure qui rua à moitié.
- Mr le directeur !
La voix haut perchée du professeur Flitwick traversa la salle stupéfaite de part en part. Le minuscule professeur se courba en deux pour reprendre son souffle, donnant l'impression qu'il allait effectivement toucher le sol. Avant même de se redresser, le professeur d'enchantement reprit la parole avec quelques tics nerveux attestant de son agitation.
- Des mangemorts ont envahi le parc ! Heureusement, la plupart des élèves sont dans leurs dortoirs ou salles communes mais quelques uns étaient dans le parc lors de leur apparition, débita Flitwick d'un ton de plus en plus apeuré.
- PomPom, prenez soin de nos patientes. Minerva, suivez-moi, fit Dumbledore en sortant sa baguette.
Le directeur et sa directrice adjointe étaient déjà à la porte pour suivre le minuscule professeur lorsque Dumbledore se retourna vers les jeunes gens, et plus particulièrement vers Harry.
- Retournez dans vos dortoirs sur le champ, ordonna-t-il d'une voix sans équivoque. Professeur Delacour, je compte sur vous pour les amener à bon port…
Fleur hocha la tête en lançant un rapide coup d'œil à Raphaël, se demandant bien si le jeune homme accepterait de quitter le chevet de son aînée. Les trois professeurs sortirent de l'infirmerie et Pomfresh écarta rudement Harry qui, n'ayant pas eu le temps d'argumenter, pestait à mi voix non loin du lit de Raziel. Agacée d'être comme toujours entravée dans l'exercice de sa fonction, et étant de plus mortellement inquiète pour les deux jeunes femmes sous sa responsabilité, Mrs Pomfresh perdit son calme en cette nuit sombre.
- Dehors !
- Madame ? S'étonna Fleur d'une voix incertaine.
- J'ai dit DEHORS ! S'époumona l'infirmière en faisant de grands signes des bras, tourmentée par les trésors de patience qu'elle devrait déployer pour soigner les deux inconscientes.
Sonata sursauta et prit aussitôt la direction de la sortie d'un pas pressé, suivie de près par le professeur Delacour, Raphaël et Harry. Ces trois derniers rattrapèrent la centaure dans le hall. Celle-ci allait quitter le château sans un regard pour les sorciers qu'elle avait aidé quant une traînée sombre se matérialisa devant les portes pour prendre la forme d'un mangemort. Ce dernier lança aussitôt le sortilège de la mort sur Harry mais leur alliée étant devant le groupe de jeunes sorciers, c'est elle qui manqua se faire tuer. Heureusement les réflexes de sa moitié équine lui permirent d'esquiver promptement l'attaque tandis que Fleur projetait ses deux compagnons au sol.
- Protego !
La barrière se leva suite à l'ordre de la voix fluette de Luna Lovegood arrivant des étages supérieurs, pieds nus.
- Expelliarmus !
La voix de Ginny claqua dans le hall. Le mangemort reçu le sort de plein fouet, prit par surprise, avant d'aller valser dans les airs pour finalement percuter violemment les portes du château. Quelque chose craqua mais le serviteur de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcé-Le-Nom ne se laissa pas désorienter, disparaissant avant même d'atteindre le sol. Harry se releva suffisamment tôt pour remarquer l'air particulièrement mécontent de Sonata, cette dernière raclant bruyamment la pierre. Il aperçut du coin de l'œil Ginny qui dévalait les escaliers en compagnie de Draco et Luna mais sa joie de les revoir, surtout le serpentard, fut rapidement remplacée par l'horreur. Les portes du château s'étaient ouvertes et laissèrent passer un professeur Dumbledore on ne peut plus chagriné. Derrière lui suivait McGonagal qui ramenait avec elle un élève immobile à l'aide de sa baguette. Bien vite le survivant comprit que cet élève n'avait pas survécu à l'attaque. Alors qu'il pensait être en plein cauchemar, le professeur Flitwick entra à son tour, faisant lui aussi léviter un élève sans vie tandis qu'une demi douzaine d'élèves le suivaient, le cœur lourd.
- Retournez tous dans vos dortoirs, ordonna doucement Dumbledore sans se donner la peine de se tourner vers eux. Minerva, faites le nécessaire pour les familles de ces élèves. Si vous avez besoin de moi, je serai dans mon bureau…
Le directeur se dirigea vers les escaliers sans un mot de plus et disparut dans les couloirs du château, les tableaux le suivant tristement du regard.
- Harry !
Le cri de Ron les fit sursauter et l'interpellé se tourna brusquement vers le rouquin. McGonagal et Flitwick partirent à leur tour sans un mot. Le dernier mâle des enfants Weasley les rejoignit en soufflant comme un bœuf puis il entama un récit détaillé de son épopée pour se débarrasser de Rusard tout en essayant de prévenir les professeurs de la situation étrange. Prenant conscience quelque part entre ses propres inspirations laborieuses de la présence d'une centaure dans le hall, chose rarissime, il se figea soudain en la fixant bêtement, estomaqué. Ginny, elle, avait rejoint la demi vélane depuis deux minutes déjà et, même si elle gardait ses distances par mesure de sécurité, elle ne la quittait pas des yeux. Luna fixait également Sonata de son air rêveur indéfinissable, ne faisant pas attention au reste du grand hall. Suite à ce remue-ménage, la centaure blessée s'ébroua et sortit effectivement de la sale sans un mot. Harry la suivit des yeux puis, traversé par une inspiration subite, s'élança à sa poursuite pour s'arrêter à la porte.
- Vous devriez aller voir Hagrid, la cabane proche de la forêt, lui conseilla le survivant.
La centaure hocha la tête et prit prudemment la direction indiquée : aggraver l'état de sa patte par impatience ne serait pas malin. Voyant les élèves fraîchement sauvés se retirer vers les escaliers, Miss Delacour crut bon d'entraîner tout le monde vers un repos bien mérité, épaulée en cela par un Draco à la mine noire. Harry les rejoignit en silence, son esprit traînant encore du côté de l'infirmerie.
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Trois coups étouffés parvinrent aux occupants du bureau et son propriétaire sortit de son mutisme préoccupé.
- Entrez !
La porte s'ouvrit doucement puis la tête de l'infirmière de Poudlard passa par l'entrebaillement, prenant connaissance de la présence des professeur Rogue et McGonagal, ainsi que de Maugrey Fol-Œil. La garante de la santé des pensionnaires du château entra complètement en voyant Dumbledore lui faire signe et elle s'avança vers eux, la porte se refermant d'elle-même derrière elle.
- Vous vouliez me voir, professeur Dumbledore ?
- En effet, PomPom, confirma le directeur en indiquant aimablement un fauteuil.
- Je ferai comme convenu, donc, fit soudain Rogue en se levant.
Le maître des potions se pencha pour saluer ses comparses avant de quitter la salle sous les regards curieux des portraits présents. Dumbledore ne fit rien pour le retenir et tourna son attention sur l'infirmière du collège magique. L'expression du directeur en cet instant précis n'avait jamais parut plus grave aux deux dernières invitées du bureau privé. Même Fumseck, attentif depuis son perchoir aux allés et venues face à son maître, semblait avoir un plumage plus terne qu'à l'accoutumer.
- Vous allez bien, Albus ?
- Tout va bien, Minerva, tout va bien…
- Je suppose que ma présence ici à un rapport avec mes deux patientes… ?
Dumbledore hocha imperceptiblement la tête en fixant son regard perçant sur Mrs Pomfresh. Celle-ci paraissait à la fois mal à l'aise et en colère, chose qui depuis que Minerva la connaissait, était un mélange inédit.
- Ecoutez Albus, je comprends votre inquiétude et votre besoin de savoir mais pour l'instant, me faire mander à toute heure de la nuit n'arrangera pas leur état et au contraire, l'aggravera.
Disant ces quelques paroles, l'infirmière se releva.
- Tout ce que je peux vous dire c'est que leur état est instable, poursuivit Pomfresh en soupirant de découragement. Ce qu'elles ont subi…
- Quoi au juste ? Demanda d'un ton polaire McGonagal en se crispant par avance.
- Tortures, souffla Pomfresh sans affronter leurs regards outrés. Diverses et variées. Je ne suis pas en mesure de vous les citer toutes mais la plupart n'ont pas dû être… agréables.
Un frisson involontaire secoua l'infirmière et elle se tut aussitôt, de plus en plus mal à l'aise. Les narines de la directrice des gryffondors étaient pincées, révélant à elles seules l'état révolté dans lequel la sorcière se trouvait. Elle faisait sans doute un effort pour ne pas exploser. Dumbledore de son côté avait perdu un peu de ses couleurs. Toutefois il ne souffla mot et, lorsque l'infirmière se retira pudiquement du bureau à l'ambiance sinistre, il ne fit rien pour la retenir. Une chose était indubitable : l'infirmière devait être au côté de ses patientes, la retenir ici serait insensé. Une fois dans le couloir, Pomfresh relâcha la respiration qu'elle retenait depuis un petit moment déjà. Elle comprenait. Elle ne pouvait que comprendre. Voir les deux jeunes femmes dans cet état avait été un choc pour tout le monde, même pour leur groupe de sauvetage. Pomfresh était persuadée que lors de la mission de sauvetage, ils n'avaient pas réalisé à quel point elles étaient mal en point mais lorsqu'ils étaient arrivés dans l'infirmerie, sous la lumière magique qui y régnait… Durant un instant, elle avait eu l'impression que le jeune Raphaël allait s'évanouir. Et l'état de tumulte dans lequel avait sombré Potter était impressionnant de rapidité.
Pomfresh secoua la tête et continua sa marche entre les murs froids de l'école, saluant de temps en temps un portrait d'une main distraite. Pour la première fois depuis de nombreuses années, elle n'était pas sûre d'avoir les compétences requises pour ses patientes. Ce genre de traumatisme n'était pas sensé faire parti de la vie des élèves… Perdues dans ses considérations médicales, elle se retrouva bien vite devant la porte de son sanctuaire de toujours. L'infirmerie et ses environs étaient plongés dans un silence monacal. Et poussant la porte, elle se jura de protéger ce calme à tout prix : les deux pensionnaires actuelles de la salle en ayant plus que tout besoin pour se remettre le plus tôt possible. En admettant que cela soit réalisable… Secouant une fois encore la tête avec un petit claquement de langue agacé, l'infirmière de Poudlard se trouvait bien trop pessimiste.
- Rien est impossible dans le monde de la magie… n'est-ce pas ? Se rassura à voix basse Pomfresh.
Prenant la direction de son bureau privé, elle commença à récapituler tous les sortilèges de soin qu'elle devrait mettre en place pour parvenir à ses fins.
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- L'échec n'est pas envisageable ! Susurra Voldemort en le fixant d'un mauvais œil.
- Bien sûr, mon maître…
Le ricanement de Bellatrix derrière lui avait le don de lui mettre les nerfs à fleur de peau mais, sachant qu'elle était l'une des « préférés » de son maître, Lucius ne fit aucun commentaire et revint à la situation qui les préoccupait.
- Quelque soit l'endroit où elles sont, intervint Bellatrix tout en jouant avec sa baguette, elles ne survivront pas longtemps…
Le seigneur noir tourna vivement sa tête vers elle, tout ouie, à l'instant même ou un importun frappa à la porte. L'ordre de Voldemort fouetta l'air et le mangemort entra promptement : faire attendre Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcé-Le-Nom signifiait creuser sa tombe. Il se pencha respectueusement puis se lança dans un récit détaillé de la course poursuite. Au fur et à mesure qu'il parler, une aura de rage haineuse enveloppa le lord maléfique, à tel point que vers la fin du récit, même Bellatrix avait prit ses distance avec son maître. A peine avait-il finit son rapport que l'expression du mangemort passa de l'excuse à la frayeur la plus totale. Voldemort venait de mettre un terme à sa vie avec autant d'aisance que l'on écrase un moustique. Un certain malaise planait chez les serviteurs restant dans la pièce.
- Je veux une chose très simple. Je veux ce qui est arrivé des milliers de fois. Je veux …
Le lord s'avançait vers Lucius à chaque syllabe qu'il prononçait de sa voix basse et sifflante.
- … que la marque des ténèbres reprenne sa place dans les cieux !
Lucius ne put s'empêcher de reculer face à la fureur de son maître.
- Et plus que tout, je veux les voir mortes ! Tous morts !!!
Un léger déclic se fit entendre et une ombre passa non loin d'eux sans qu'ils n'y fassent attention, trop focalisés sur le lord noir pour se soucier de quoi que ce soit d'autre. Pourtant, alors que Voldemort s'apprêtait à reprendre la parole d'un ton incendiaire, une voix terriblement aiguë le coupa dans son élan.
- Cuits ?
Une lueur rouge embrasa la pièce toute entière suite à ce mot.
- A point ?
La lueur s'intensifia et s'épaissit légèrement.
- Ou saignants ?
La lueur parut exploser avant que tout ne disparaisse, les laissant pour la plupart aveuglés et désorientés. Solestre se matérialisa dans l'une des rares raies de lumière filtrant à travers la fenêtre, un sourire malsain étirant son visage de démon possédé. La folie qui flottait dans ses yeux n'avait rien à envier à celle de Bellatrix. Vorldemort se retint de la rabrouer vertement, sachant que se la mettre à dos serait une grosse erreur. De plus, sa question avait un humour cynique plutôt intéressant. Au lieu de cela, il se tourna vers Lestrange et lui fit signe de poursuivre.
- Les blessures que nous leur avons infligées sont bien trop graves, obéit instantanément la sorcière folle d'une voix doucereuse.
- Ils ont des moyens, cingla la voix de Voldemort.
- Pas autant, mon maître, se défendit Bellatrix avec une grimace déplaisante.
- Nous pouvons envoyer…
- Assez ! S'EN EST ASSEZ !
Lucius se tut aussitôt, pâlissant à vue d'œil. Bellatrix se recroquevilla dans un coin en couinant, oubliant son arrogance.
- Vous jouez encore dans la cours d'école, sorcier, susurra d'une voix moqueuse Solestre. Il serait tant de changer…
- Que dis-tu ? Demanda Voldemort, ses yeux se réduisant à deux fentes haineuses.
- Vous avez des pouvoirs, des outils puissants, des ambitions audacieuses, et tout ce que vous trouvez à faire c'est d'envoyer vos plus pathétiques créatures sur vos ennemis mortels ? Récapitula d'un ton serviable l'Imbre incarnée.
Le lord noir utilisa toute sa maîtrise pour ne pas la détruire à l'instant même.
- Soyez un peu digne des pouvoirs de Satan !
- Et que proposes-tu, ô imbre de grande sagesse ? Répliqua sarcastiquement le lord en replaçant sa cape pour se donner une contenance.
- Vous voulez des morts et je veux du sang, se contenta de répondre Solestre.
Le lord la fixa un instant, surprit par cette réponse nette et précise. L'imbre lui laissa quelques secondes et, voyant qu'il ne réagissait pas, poussa un soupir agacé en ajoutant d'une voix exagérément lente, articulant avec soin :
- Un plus un égal deux, sorcier ?
Serrant les points sous la pique, le lord trembla de rage et se détourna, faisant reculer Lucius.
- Très bien, Imbre. Vas et ne me déçois pas…
- Je ne suis pas l'un de vos larbins, sorciers. Ce qui signifie que je ne suis pas une attardée, ne put s'empêcher de répondre Solestre avec un sourire indulgent.
Cette fois ce sont Bellatrix et Lucius qui serrèrent les poings. L'ancienne résidente d'Askaban pointa sa baguette sur l'imbre incarnée tout en crachant quelques insultes bien senties. Solestre la laissa faire, très peu inquiétée par la menace qu'elle représentait. Elle bailla à s'en décrocher la mâchoire afin de bien leur faire comprendre ce détail d'importance, toutefois, malgré sa généreuse tentative pour aider les pauvres mortels qu'ils étaient, la sorcière psychopathe lança le sortilège de la mort sur elle. Levant simplement la main, Solestre dévia la trajectoire du sortilège qui alla s'écraser sur le mur derrière Lucius. Avant que quiconque ait pu réagir, l'imbre se retrouva à côté de Bellatrix et lui prit sa baguette si vite que sa main ne fut réellement visible à aucun moment. C'était, il faut bien l'avouer, terrifiant d'impuissance. D'un mouvement fluide et puissant, Solestre enfonça la baguette effilée dans l'abdomen de sa propriétaire puis l'attrapa par les cheveux, la forçant à la regarder malgré sa souffrance :
- Ne jamais jouer avec une Imbre en quête de sang.
Solestre la relâcha, la laissant se tordre au sol avec des cris rageurs.
- Surtout si l'imbre en question n'a pas de patience, est plus que millénaire et est en possession d'un corps de démon de classe un, termina Solestre en se dirigeant comme si de rien était vers la porte.
Elle avait déjà mit la main sur la poignée de la porte quand le lord noir reprit ses esprits, une once de respect brillant dans ses yeux sombres.
- Au plaisir ! Lança ironiquement l'Imbre en quittant la pièce mortifiée.
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Ah, Solestre… tout dans la finesse…
Bises,
Lumenor.
