Je peux enfin poster… L'était temps, ne ? Bien, dans les chap précédents j'ai placé ma dynamite… Que diriez-vous d'allumer quelques mèches ?
RaR :
Gigolote : merci à toi, ça fait toujours plaisir de voir de nouveaux pseudos. Et merci aussi pour avoir lu jusqu'ici : quand je relis ma fic, je me dis que le début n'est pas franchement génial... Je réécrirai sans doute les premiers chapitres un de ces jours. Bises, miss.
Zofia : à ton service ! Héhé, je dois dire que tout se met parfaitemlent en place... réglé comme une horloge. Et ce n'est pas fini, les quelques retournements de situationbien sentis approchent à grands pas. Bises zofia !
Fihrio : bienvenu et merci pour l'appréciation. J'espère que ça te plaira toujours autant, bise !
9. Descente aux Enfers
Peu de choses sont plus effrayantes qu'un sorcier noir au sommet de son art. Un sombral en colère est trop prévisible, un hyppogriffe affamé n'a aucune subtilité, une mère protégeant ses enfants reste limitée mais une imbre incarnée... Hors, ce dernier cas de figure était bel et bien réel et, comble de la malchance, cette imbre ci comptait parmi les plus imprévisibles de son espèce. Mais cela, le lord noir ne le savait pas. Slalomant entre les rochers qui jalonnaient les rives de la Mer Morte, Voldemort se fichait éperdument de Solestre et de son état instable. Il savait que tôt ou tard, il la tuerait probablement alors pourquoi s'en faire ? En outre, ils cherchaient la troisième porte. Les dernières informations que ses sbires avaient récoltées les avaient conduits vers cette étendue d'eau salée en passe de disparaître. Une fois la porte à nue, l'imbre était sensée les rejoindre pour l'ouvrir mais fera-t-elle ce qu'il lui avait ordonné ?
- Maître, nous ne sommes plus très loin, le prévint Lucius derrière lui.
Voldemort lui fit un signe de la main pour montrer qu'il avait compris avant de concentrer son attention sur un point situé à vingt mètres devant eux. Non loin de là, sur le sol desséché aux traces blanchâtres, se dessinaient des symboles étranges formant un serpentin sinueux sur environ huit mètres de diamètre. L'ensemble faisait penser à un sceau de protection. Comme si les habitants de la région avaient voulu sceller un mal ancien. Craint.
- Il serait peut-être temps de…
Lucius fut coupé par l'apparition subite de Solestre dans les airs à leur droite, suspendue dans le vide. L'hybride était d'un calme olympien malgré le sol qui se trouvait 30 mètres sous ses pieds. Elle flotta négligemment jusqu'au bord de la berge asséchée avant de prendre la tête de la petite colonne, ne se donnant même pas la peine de saluer son « maître ». Celui-ci sentit sa colère monter en flèche une aura légèrement rougeoyante l'entourant progressivement. Les autres mangemorts s'écartèrent prudemment, ne souhaitant pas reproduire une mort subite pour une mission jugée sûre. Après tout, on ne vit qu'une fois. C'est en tout cas sur cette sage pensée que Lucius Malfoy, bras droit du seigneur des ténèbres, aperçut le but de leurs recherches : le symbole central du sceau représentait une arche de pierre aux arrêtes anguleuses qui se dressait telle la clé d'un temple ancien. A partir de cette arche serpentait un petit chemin étroit, coupant le sceau et s'insinuant sinueusement vers les profondeurs de la mer morte. Ils marchèrent donc jusqu'au cœur du sceau et se retrouvèrent bientôt face à un espace relativement grand, circulaire et surtout, très dégagé. La mer y avait reflué et le terrain y était si lisse qu'on ne pouvait que douter sur sa véritable nature.
- Qu'est-ce que tu attends ? Cracha Voldemort à l'imbre immobile.
- Votre aimable commande, mon bon seigneur, vint la réplique caustique de Solestre.
Elle était déjà au milieu de sa préparation avant même d'avoir fini sa phrase. L'imbre n'était pas devenue experte en magie tout au long de son existence, non. Pour les siens, on naît mage au même titre que l'on naît grand ou petit. La majorité des siens ne possédaient pas l'art de la magie. Et même si cela ne les rendait pas pour autant inoffensifs, il n'en restait pas moins qu'une Imbre sans magie était bien moins dangereuse. « Ce qu'il y a de bien avec ma race, c'est que la plupart ignorent ce que nous sommes réellement… Quel dommage. » Solestre afficha un petit sourire suffisant à sa réflexion silencieuse avant de réciter une courte incantation. A la fin de son récital, elle fit trois signes vifs et précis avec ses mains, ces dernières émettant une fumée légèrement irisée de bleu. Suite à cela, elle se recula prudemment. Car il était une chose que son « maitre » ignorait : les deux premières portes étaient les plus aisées, relativement peu gardées pour cause de faible influence. En revanche, l'ouverture de la troisième ici présente ne passerait certainement pas inaperçu au sein de son monde : les Enfers.
- Plus on est de fous… Chuchota Solestre avant de reculer pour admirer la suite.
La porte Des Eaux de Pierre apparut devant eux tel un colosse de calcaire. Imposante mais friable, humide et légèrement brillante tant sa blancheur était pure. Le grondement du calcaire contre la pierre était crispant mais n'était rien en comparaison du déferlement liquide qui s'ensuivit : la porte fut bientôt entourée de deux colonne d'eau qui s'enroulaient autour de ses montants tandis que son gardien apparaissait entre les deux piliers. Jamais Solestre n'avait vu un démon supérieur à l'allure aussi miteuse. Sa peau parcourue de quelques écailles était à moitié dénudée, d'une couleur vaguement marron, comme délavée. Ses jambes étaient courtes, tordues, comme si l'âge et le passage du temps avait tant pesé sur lui que ses jambes avaient flanché : elles étaient arquées. Son dos était voûté, tel ceux des vieillards que l'on ne croise que dans les contes pour enfants. Une cane le soutenait et un habit qui avait dû ressembler à une robe par le passé le recouvrait là ou il n'était pas déchiré. Un démon de piètre allure.
- Qui ose me déranger ?
La voix était à l'image de la personne, vieille, craquante et irritée. Elle évoquait le bruit du parchemin froissé et tout en lui inspirait la méfiance.
- Le seigneur des ténèbres, siffla Voldemort avec une note d'avertissement.
- Un titre pompeux pour un sorcier, répliqua le vieillard pas le moins du monde impressionné. A en juger par ce que je vois, vous n'êtes que le seigneur des illusions…
L'attaque était subtile et d'une certaine manière prudente, ce qui conforta Solestre dans son idée de l'identité de ce démon. Satisfaite, elle se détourna et partit sans un mot, disparaissant dans un panache de fumée à la façon de son hôte. Suite au départ de leur protection, la confiance des sorciers vacilla. Voldemort ne quitta pas son interlocuteur des yeux, affirmant par là même qu'il était le maître et le seigneur de ce lieu, ne craignant rien ni personne. Son attitude plut au vieux démon qui s'avança un peu plus, plissant les yeux pour mieux le distinguer.
- Un sorcier vaniteux, gonflé du pouvoir d'un autre et totalement hors de contrôle, murmura pensivement le vieillard aux pupilles fendues.
Ses yeux couleur d'écorce séchée se rétrécirent un peu lorsqu'une aura rouge enveloppa brièvement le lord noir.
- Et que voulez-vous, sorcier ? Demanda finalement le démon ancien.
- Une porte, répondit aussitôt Voldemort.
Le vieillard se raidit aussitôt dans une attitude suspicieuse et nerveuse.
- L'ouverture des Eaux de Pierre, précisa le seigneur noir en fixant le démon droit dans les yeux.
Ce dernier recula. Il fit deux ou trois pas pour revenir juste devant la porte avant d'afficher un sourire incroyablement sournois. Il était l'image même de la trahison ou plus précisément, du piège. Cette vision mit tout le monde mal à l'aise et agaça Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom.
- Quelles sont vos intentions, sorciers ? De votre réponse dépendra ma décision, prévint le démon d'un ton méditatif.
- La victoire sur mes ennemis, la disparition des faibles et la fin des règles établies, annonça sombrement Voldemort.
« Chaos, » déduit son interlocuteur. Un hochement de tête salua alors la réponse, suivi peu après par un simulacre de sourire.
Que ce démon semblait fourbe ! Ignorant le malaise de ses visiteurs, le vieux démon avança vers eux et juste avant de les approcher de trop près, il se retourna lentement vers la porte en s'aidant de sa cane. Voldemort le soupçonnait d'exagérer son handicap pour paraître plus vulnérable. Un stratagème qui n'était pas dénué d'ingéniosité. Le démon lâcha sa cane et cette dernière tomba sans qu'il en soit le moins du monde perturbé. Préparant ces mains pour le rituel, il leur fit subir quelques mouvements d'échauffement avant de reprendre la parole d'une voix beaucoup plus grave et basse.
- La porte qui se tient devant vous, sorcier, est loin d'être un jouet, prévint le démon en plaçant ses mains devant lui. Savez-vous réellement ce que vous faites ?
- Me prendriez-vous pour un demeuré ? S'énerva l'interpellé en se gardant bien, toutefois, de manquer de politesse : ce démon était ancien donc puissant.
- Loin de moi cette idée, humain, s'amusa le vieillard en faisant le premier signe. Ou du moins, pas en ces termes…
Voldemort se retint de répliquer et, au lieu de ça, il ne put s'empêcher d'observer avec quelle maestria ce démon maniait l'art de la magie. Aigre ou non, il savait ce qu'il faisait. « Je vais lui accorder le bénéfice du doute. Si quelque chose tourne mal avec elle, il pourrait m'être utile. Autant essayer de le gagner à ma cause, s'il refuse, je le tuerai… Ce vieillard ne changera rien. » Satisfait de sa décision, le lord poursuivit son observation du rituel avec un sourire glacial : des temps prometteurs s'annonçaient.
En cette période de l'année, Londres était d'un calme encore hivernal. Les beaux jours viendraient bientôt et, bien sûr, la gaieté avait une part non négligeable dans les esprits de chacun. Des cadeaux de Noël au souvenir vivace, des amis que l'on retrouve, des couples qui pensent déjà à la saint Valentin et, pour couronner le tout, les évènements étranges qui ne cessaient d'inquiéter la population avaient cessé d'exister après l'arrestation de nombreux suspects. La vie des londoniens était à nouveau un havre de paix. La capitale britannique ne faisait pas dans l'originalité et la plupart des passants trouvaient dans les vitrines de leurs boutiques préférées des articles croulants sous les cœurs. Ces derniers étaient déclinés dans toutes les nuances de rose imaginables, certaines étant selon quelques sarcastiques d'un inédit renversant.
Mais cela ne dérangeait pas Lynn Johns qui, comme tous les après midi, allait chercher ses courses à l'épicerie du coin. La jolie boutique familiale était depuis toujours son temple de la cuisine et ses enfants, deux charmants garçon de cinq et huit ans, étaient persuadés que des fées y vivaient tant la cuisine de leur mère était bonne. Ce qui, suivant l'interprétation, n'était pas forcément un compliment… Souriant en repensant à ses enfants, Lynn entra dans la boutique et salua le propriétaire. Après deux ou trois banalités courantes, elle se dirigea vers le rayon des épices puis des légumes. Le magasin était bien fréquenté, surtout le week-end, puisque sa réputation au sein de la ville était excellente. De plus, il fallait bien avouer qu'en plein cœur de Londres, les magasins de cette qualité ce faisait rares. Faisant ses emplettes sans se presser, Lynn fut surprise quand elle rejoignit la caisse et jeta un coup d'œil dehors : il faisait déjà nuit. « Les petits ne goûteront pas aujourd'hui… » Posant ses achats sur le tapis, elle s'arrêta un instant lorsqu'elle vit une grande femme entrer dans la boutique. Mince et vêtue d'un long manteau rouge, le visage de l'inconnue était dissimulé par l'ombre d'un chapeau noir. Fronçant les sourcils, la mère de famille était sûre d'une chose, c'était la première fois que cette personne venait ici. Haussant mentalement les épaules, elle finit de déposer ses articles sur le tapis et entama une conversation avec la caissière, Johanne.
- Vous avez vu les dernières nouvelles ? Toutes ces arrestations…
- Ne m'en parlez pas, acquiesça la jeune femme tout en scannant les articles. On ne parle que de ça ! Il paraîtrait que les enquêteurs sont remontés jusqu'au gouvernement dans cette histoire.
- Non ! A ce point ? Ne put s'empêcher de réagir Lynn, éberluée.
- Oui…
- Mon voisin du dessus m'a raconté hier que la plupart des suspects font parti des hautes sphères, si vous voyez ce que je veux dire, intervint le grincheux du quartier en grattant sa barbe mal rasée.
- Bien fait pour eux ! Couina Mme Erkson, une veuve dont l'activité principale était de commérer.
- Pourtant cela m'étonne vous savez ? Ces choses que l'on raconte sur les drames des semaines passées… Réfléchit tout haut Johanne.
- Parfois j'ai du mal à y croire moi aussi, admit Lynn en secouant la tête.
Ces compagnons de discussion continuèrent sur la même lancée mais la mère de famille attentive qu'était Lynn se laissa distraire. Un peu plus loin, l'inconnue les observait. Un malaise s'installa en elle avant qu'elle ne détourne les yeux, troublée.
L'inconnue elle souriait. S'était amusant de voir des gens de cette espèce paniquer. Surtout s'ils étaient moldus de surcroît. « Un vrai régal… » Sans un mot, elle s'avança vers la caisse et, lançant un coup d'œil à la femme potelée qui la dévisageait un peu plus tôt, elle passa à côté d'elle l'air de rien. Autant tout ça l'amusait follement autant là, elle commençait à s'ennuyer c'est pourquoi elle se dirigea discrètement vers la porte de sortie. Elle venait de faire le tour du magasin pour voir s'il y avait une issue de secours et, en trouvant effectivement une, elle l'avait condamnée sans alerter personne. A présent contre la porte principale, elle ne perdit pas de temps et tourna le verrou, alertant immanquablement la caissière et la plupart des clients qui faisaient la queue. Pas le moins du monde décontenancée par les nombreux regards qui pesaient sur elle, elle se retourna et les fixa calmement en silence.
- Qu… Que faites-vous, madame ? Questionna avec hésitation Johanne.
Elle ne répondit pas, se contentant de les fixer. Lynn se lança en ressentant les prémices d'une angoisse.
- V-Vous avez… fermé… la porte ?
Toujours aucune réponse. Un client qui venait juste d'arriver à la caisse la contempla puis il s'avança vers elle avec un air menaçant.
- Ecoute, gamine. Je ne sais pas à quoi tu joues mais…
Avant même de pouvoir finir sa phrase il ressentit une douleur affreuse à l'abdomen. Tombant à genou devant l'inconnue amusée, il baissa les yeux vers son ventre et découvrit une tache de sang en rapide expansion. Un vertige le saisit et il s'écroula, agonisant sur le carrelage de l'échoppe. Un silence de plomb se répandit sur la file d'attente et dans tout le magasin. L'homme était tombé mais son manque de réaction laissait penser qu'il était simplement assommé. Pourtant, quant une mare de sang apparut lentement sous lui, le cri de Mme Erkson résonna dans toutes les allées, pétrifiants l'ensemble des protagonistes.
- Vous êtes folle ! S'exclama le vieux grincheux en faisant un pas malhabile en arrière.
- Non, pas vraiment, répondit la femme d'une voix basse, lente, et assurément censée.
- P-Pourquoi… Q-Que voul…, se mit à bégayer la caissière.
- On s'ennuie tellement sur Terre, soupira l'inconnue de sa voix sombre.
Sa réponse laissa tous le monde dans l'expectative. Une chose était certaine pour eux, cette femme avait perdu la tête.
- Nous allons jouer vous et moi, humains, commença l'inconnue en marchant lentement le long de la vitre du magasin tout en faisant grincer ses ongles sur le verre poli. Je vais vous poser une question. Si votre réponse est juste, vous aurez la vie sauve. Si vous avez faux…
La femme en noir accentua le grincement lugubre, faisant crier de peur les femmes de l'assistance. Même les hommes serraient les dents. La psychopathe leva brusquement une main à son chapeau et le retira aussitôt, dévoilant des cheveux d'un noir de jais, hirsutes et plutôt longs. Lorsque les clients virent son visage cependant, la vieille commère s'effondra sous le choc tandis que plusieurs hoquets médusés retentissaient le long des caisses. Quelques humains se ruèrent vers l'arrière du magasin pour s'enfuir par l'issue de secours mais trouvèrent cette dernière obstruée.
- Nous sommes pris au piège !!
Un sourire barra le visage de la démone et elle reprit calmement son petit jeu. Elle s'amusait follement.
- Voici ma question : je suis chaos ultime, fin de toutes choses prenant racine dans la destruction et la souffrance… que suis-je ?
Un silence lourd tomba dans la petite épicerie. Au dehors, les quelques passants n'accordaient pas la moindre attention à la silhouette sombre qui leur tournait le dos. Ou même aux expressions horrifiées de leurs semblables. Lynn observa encore les magasins d'en face. Le rythme de son cœur affolé faisait un bond à chaque fois qu'un badaud tournait le regard dans leur direction… Sans conséquence. Le cauchemar qui se tenait devant elle, cette… femme… à l'allure de serpent lui donnait la chair de poule. Dans un instant de désespoir fulgurant, la jeune mère de famille lança une prière au premier dieu qui voudra bien l'entendre.
Un peu plus loin, un sourire carnassier gagna les lèvres de la démone et sa voix s'éleva à nouveau, prédatrice :
- Tic, tac. Tic, tac. Tic, tac. Tic, tac. Tic, tac, tic, tac, tic, tac… Tic… Tac… Tic… Tac… Tic…
Une sueur froide envahie soudain Lynn : le temps semblait se condenser en cette minute seulement. Comme si le décompte cruel de cette abomination qui leur faisait face avait le pouvoir de focaliser toutes les minutes de leur vie en celle-ci. Une ombre noire sembla envelopper la créature, ses yeux se mettant à briller : elle avait soif de tourments.
- Tac.
A la seconde ou ce dernier mot retentit, un frisson d'horreur parcourut l'épine dorsale de Lynn Johns comme la vérité faisait jour dans son esprit. La démone se rua sur eux et son feu noir explosa partout. Des hurlements torturés raisonnèrent alors tout autour d'elle et, alors que la morsure glacée de la mort se refermait sur elle, la jeune mère de famille laissa échapper un murmure de ses lèvres à demi figées :
- … Apocalypse…
Voilà trois jour que les deux élèves manquantes avaient été retrouvées. Trois jours depuis sa rencontre mémorable avec la centaure. Malgré toutes ses années passées dans la forêt, Hagrid n'avait jamais eu affaire à un centaure aussi excentrique que Sonata. Avec quelques réticences compréhensibles étant donné l'état de sa patte antérieure droite, la femme jument avait promis de revenir plus tard pour s'enquérir de l'état de santé des deux inconscientes.
Il était très tard à présent. Si tard en fait que même les chouettes hésitaient à hululer. Les abords de la forêt Interdite n'avaient pas été aussi calmes depuis… bien des années. Crokdur au dehors n'avait pas aboyé une seule fois de toute la soirée. Hagrid n'y avait pas prêté grande attention étant donné la trouille caractéristique de son fidèle chien. Qui plus est, sa sortie du jour dans la forêt lui avait permis une bien étrange découverte, cette dernière trônant fièrement sur sa table massive et accaparant toute son attention. Non, ce n'était pas un nouvel animal mignon qui aurait pu arracher la tête d'un homme adulte. Ce n'était pas non plus une plante carnivore aux cris proches des pleurs d'un enfant. Non, rien de tout cela. Juste une branche. Une simple branche.
Elle faisait pratiquement un mètre de long et sept centimètre de diamètre. Ses deux extrémités n'étaient pas, comme on aurait pu s'y attendre, arrachées mais coupées net. Hors, même la plus performante des tronçonneuses n'aurait pu obtenir une découpe aussi parfaite, aussi lisse. Hagrid en était donc venu à la conclusion que cette découpe était magique. Mais là encore, ce n'était pas cela qui troublait le gardien de Poudlard. Le plus étrange était sans nul doute que la branche en question se tortillait dans tous les sens depuis quelques heures, à tel point qu'il avait du l'attacher pour ne pas la perdre de vue.
De mémoire de demi géant, on n'avait jamais vu chose semblable.
Non loin de là, l'une des patientes de l'infirmerie s'agitait dans son sommeil.
Ils étaient dans une salle. Le sol était aussi noir que du charbon et plus brillant que du cristal. Les murs étaient tout aussi noirs et des torches y étaient accrochées, diffusant dans l'immense salle une lumière plus que succincte. L'air embaumait l'huile à bruler et le renfermé. Aussi loin que ses yeux pouvaient voir, elle ne distinguait aucune fenêtre sur les murs. Levant les yeux, elle s'aperçut qu'elle ne pouvait pas plus voir le plafond de la salle. L'atmosphère de ce lieu était pesante. Elle avait l'impression que ses vêtements la collaient, qu'un poids énorme pesait sur elle. C'était comme être submergée d'eau. Sauf que cette eau au lieu d'alléger le poids l'alourdissait considérablement.
Plus loin en face d'elle, elle apercevait un mur au milieu duquel se tenait une porte. Les battants en bois travaillé semblaient chacun aussi lourds que deux hippogriffes adultes. Elle crut entendre un murmure contre son oreille et se retourna, effrayée. Rien. Seule l'absence lui tenait compagnie.
« Cette chambre me déplait… »
Elle fronça les sourcils. Comment savait-elle que c'était une chambre ? Ou plutôt, une antichambre pour être plus exacte. Une voix sortie de nulle part la fit sursauter.
- Le maître vous attend…
Encore une fois elle se retourna mais il n'y avait personne. Un crissement aigue lui vrilla les tympans et elle poussa un léger cri, fermant les yeux et levant les mains à ses oreilles pour essayer d'étouffer le bruit. Quand ce dernier s'arrêta, elle rouvrit les yeux avec appréhension. Depuis quand avait-elle aussi peur de ses propres angoisses ? Faisant abstraction, du moins en partit, elle eut assez de cran pour s'avancer vers la porte de bois massif précédemment fermée. Les ténèbres qu'elle révélait semblaient encore plus sombres que les murs de l'édifice. « Où suis-je ? » Elle s'engagea dans le long couloir qui lui faisait face. Elle sentait… Non, elle savait qu'aller plus loin était de la folie mais elle était incapable de faire demi tour. Bizarrement, elle se disait que si les choses tournaient mal, elle pourrait toujours s'en remettre à elle pour être guidée. Se disant cela, elle s'arrêta soudain : serait-elle seulement encore là suite à ça ? Et elle ? Est-ce qu'ils l'aideront ?
Le couloir se rétrécissait de plus en plus, l'étouffant peu à peu davantage. Une angoisse subite la fit courir vers la fin de ce couloir qui n'en finissait plus mais plus elle courait, plus la faible lumière au loin disparaissait. Elle était impuissante. Tout allait s'effondrer à cause de son incapacité à avancer et elle ne pouvait rien y faire. Son sentiment d'impuissance n'avait jamais atteint de tels sommets.
Subitement le couloir se referma sur elle, la broyant dans son étreinte mortelle.
C'est son propre cri qui la réveilla. Totalement paniquée, en sueur et les yeux grands ouverts, Raziel fixait le plafond de l'infirmerie sans le voir. Ce cauchemar était si réel, si… Il lui faisait l'impression d'être important mais son souvenir pâlissait déjà et lorsque Mrs Pomfresh entra dans la grande salle silencieuse munie de sa baguette et d'une robe de chambre mal mise, la française ne savait plus vraiment pourquoi elle avait crié. La voix de l'infirmière effleurait sa conscience sans l'atteindre. Elle savait qu'on lui parlait mais elle était incapable de discerner le moindre mot.
Avec un grognement frustré, Raziel porta une main à sa tête douloureuse et se massa lentement la tempe. Pourquoi tremblait-elle ainsi ? Il y a à peine une minute elle dormait, n'est-ce pas ? « Mon dos… » Une grimace lui barra le visage en sentant la pulsation de plus en plus forte qui émanait de son dos. Finalement, la voix de l'infirmière finit par traverser le brouillard de son esprit.
- Allons, miss Riel, dites-moi quelque chose !
Le ton exaspéré de son aînée amena presque un sourire sur les lèvres de la serpentard. Presque. Voyant qu'elle réagissait enfin à sa voix, Mrs Pomfresh partit en catastrophe de l'infirmerie, laissant derrière elle une élève désorientée. Les secondes passèrent et, ne voyant toujours pas âme qui vive dans son champ de vision, Raziel finit par se redresser dans son lit, lançant quelques coups d'œil mal assurés à la salle. Elle était sombre, les rares lumières présentent ne parvenant pas à l'éclairer réellement. « Il fait nuit. Que s'est-il passé cette… fois… » Une image de sa mère lui revint et sa vue se brouilla. La tête lui tournait. « La cellule. La folle… » Raziel ferma les yeux si fort que sa vision noire vira au rouge. Ses doigts s'agrippèrent au drap du lit de leur propre chef tandis qu'un haut le corps la faisait tressaillir. Elle avait mal en des endroits quelle pensait inatteignables.
« … H-Hermione ! »
Tel un coup de tonnerre, cette pensée lui fit rouvrir les yeux en un dixième de seconde. Elle se tourna d'un seul mouvement et le corps de la jeune femme s'imprima sur sa rétine avec une acuité à faire pâlir d'envie le plus moderne des microscopes. Un instant elle crut qu'elle allait s'évanouir tant cette vision nette de toutes les blessures de la gryffondor la rendait malade. Et c'est là qu'elle réapparut. Cette rage sans concession qui l'enflammait dans le cachot crasseux. C'était le même feu qui reprenait ses droits sur elle avec une ampleur renouvelée. Ses blessures vrillaient ses nerfs, ses souvenirs la hantaient et par-dessus tout, son inquiétude pour la gryffondor menaçait de la faire craquer. En cette heure tardive, la française voyait rouge. Ce qui s'ensuivit alors fut hors de contrôle.
La même sensation glaciale qui l'avait saisit dans sa cellule et qui avait fait voler en éclats ses chaînes revint au sein de ses entrailles, la paralysant quelques secondes sous le coup de la surprise. Avec un hoquet incrédule, elle constata que sa peau était parcourue de multiples vagues bleutée semblables à d'innombrables lames de fond. La porte se rouvrit à la volée, laissant passer une infirmière survoltée suivie de près par Dumbledore, McGonagal et Rogue, ce dernier tenant son bras droit d'une main crispée. Lorsqu'ils constatèrent l'état de la serpentard, tout mouvement cessa dans la pièce et le phénomène s'amplifia sans même l'accord de Raziel. Cette dernière cependant n'en n'avait cure : son esprit était plus focalisé sur sa rage que sur toute autre chose.
Le professeur Delacour, le nez plongé dans un parchemin jaunit et la mine fatiguée, apparut aux portes de l'infirmerie avec une expression pensive.
- Monsieur le directeur, la dernière des entrées remonte à plus de mille cinq cent ans et fait mention d'une sorte de porte qui…
Les fenêtres de l'infirmerie explosèrent toutes avec une synchronisation parfaite, envoyant des centaines d'éclats chatoyant dans toutes les directions, y compris sur les professeurs présents.
- Mais que… ?
L'exclamation effarée de McGonagal fut coupée par la lumière immaculée qui envahit soudain la salle, les forçant à plisser les paupières pour ne pas pleurer. Raziel se leva et vint se placer à côté du lit d'Hermione sans se préoccuper des yeux qui la suivaient avec incrédulité. Elle était bien trop occupée à tenter de maîtriser la magie et surtout l'énergie qui couraient sur tous les nerfs de son corps, même le plus infime. Quelque part au fond d'elle-même, elle savait que faire un seul faux-pas à cet instant pourrait se révéler fatal, pour elle comme pour d'autres. Elle ne comprenait toujours pas comment ses pouvoirs fonctionnaient hormis le fait qu'ils soient liés à ses émotions. La seule chose qu'elle commençait à discerner c'était que bon ou mauvais, le don de Métatron pouvait aussi bien tuer que soigner : si un homme l'avait retenu à la place des chaînes dans le cachot, il n'aurait pas eu plus de chance que ces dernières. Faisant un effort sur elle-même pour rediriger ses pensées sur la préfète des lions, Raziel tenta de ramener au premier plan les quelques pensées positives qui lui restaient.
Le flux d'énergie s'intensifia et, serrant les dents dans sa concentration pour le diriger correctement, elle le transmit avec difficulté à l'inconsciente. Son dos la tourmentait autant que les multiples blessures parcourant son corps. Pourtant, à l'instant même ou la lumière quitta sa forme élancée, toute la souffrance disparut pour laisser place à un bien-être quasi irréel. Confuse, Raziel laissa s'échapper un juron dans sa langue natale avant de s'écrouler au sol, vaincue par l'épuisement.
Une fraction de seconde plus tard, l'infirmière de Poudlard avait rebasculé dans l'hyperactivité, donnant des ordres à tous le monde d'une voix anxieuse. Rogue répara les fenêtres cassées d'un coup de baguette tandis que McGonagal allait chercher Raphaël suite à la demande d'Albus. Ce dernier se tenait près du lit de Raziel, contemplant l'inconsciente avec ce qu'ils n'avaient pas vu chez lui depuis des jours : un sourire. Un vrai. Fleur, les sourcils levés suite au juron de son amie, s'approcha un peu et la contempla à son tour. Le jeune professeur était plus perplexe que ravi contrairement au directeur. Comment s'étaient-elles échappées ? Depuis qu'ils les avaient trouvées, elle n'avait cessé de se poser la question. Cette fois-ci toutefois, elle avait l'impression qu'une partie de la réponse venait juste de lui sauter au visage. Le problème c'est qu'elle ne voyait toujours pas comment.
La brusque inspiration de Mrs Pomfresh amena l'attention de tout le monde sur elle et, avec un bel ensemble, le directeur et ses deux professeurs restants posèrent leurs yeux sur Hermione. Celle-ci, toujours allongée et pâle, n'avait plus aucune trace de torture sur la peau. Toutes les preuves de son traitement avaient disparues, comme gommées, malgré la gravité de certaines. Avec un froncement de sourcils, Dumbledore ramena son regard sur Raziel et confirmant de ses propres yeux les nombreuses blessures de la jeune femme, ses sourcils se joignirent presque dans son appréhension. « La guérison ne marche vraiment pas sur elle. Pourquoi ? Espérons que PomPom pourra la soigner… » La voix de l'infirmière en question coupa court aux pensées du directeur.
- Dehors, demanda poliment mais fermement Pomfresh en retroussant ses manches, la mine angoissée.
- Madame ? Questionna miss Delacour, prise de court.
- Son teint est encore plus pâle, si cela est possible, s'expliqua d'un ton irritée Pomfresh en indiquant Raziel. Maintenant dehors ! Je dois limiter les dégats…
Une lueur incertaine flottait dans les yeux de l'infirmière. Prenant le chemin de la sortie, Rogue laissa son regard sur la jeune française quelques minutes plus longtemps. Le maître de potions se sentait acculé et dans le même temps, prêt à tout pour protéger cette élève. Son élève. En un sens, la jeune Riel lui rappelait le jeune Malefoy.
Le vent soufflait sur la capitale anglaise. Froid, vif, glacial. Il amenait avec lui les pluies grises si caractéristiques de ce pays. Il sentait la glace et l'océan. Il dispensait ses gifles rugueuses à tous ceux qui osaient le défier, à tous ceux qui osaient s'aventurer dehors lors de son courroux. De nombreuses silhouettes couraient dans les rues, comme prises de panique, sous l'assaut du vent et des torrents d'eau glacée qu'il charriait à sa suite. Les hommes d'affaires se protégeaient sous leur attaché-case, les femmes s'agrippaient à leur parapluie tout en essayant de ne pas glisser sur les pavés trempés et les enfants sautaient à pieds joints dans les flaques sous leurs capuches trop grandes. Le paysage n'était plus qu'un patchwork de tons gris plus ou moins foncés, à la manière des premières photographies.
Une seule silhouette restait imperturbable, observant les méfaits de l'intempérie sans se soucier de son propre état. Perchée sur l'un des toits les plus haut de la capitale en pleurs, elle était une ombre à laquelle on ne faisait pas attention mais qui demeurait dangereuse, omniprésente. Une main dédaigneuse apparut pour enlever le surplus d'eau s'accumulant dans son col, renvoyant le liquide gelé au sol comme si de rien était. Son comportement était en fait au-delà du mépris : il respirait l'indifférence la plus totale.
Ses pensées étaient ailleurs. Quelque part en ce monde, une lumière du ciel était apparut. Et à en juger par le sourire indécis qui jouaient encore sur ses lèvres, elle ne savait toujours pas si c'était une bonne ou une mauvaise nouvelle. Ce qui était sûr en revanche, c'était la présence des ténèbres infernales, ses ténèbres à elle, sur la Terre. Et ça… C'était une violation du pacte.
Gardant son sourire en place, elle leva la tête vers les cieux et défia les nuages du regard, se demandant bien s'ils oseront faire un mouvement dans le conflit qui s'annonce. Oh bien sûr, sa maîtresse lui aurait rétorqué que ce n'était pas son problème mais, après tout, ne faisait-elle pas parti de ce conflit qu'elle le veuille ou non ? Ses pensées revinrent sur l'épicerie qu'elle avait visitée il y a quelques jours. Son petit stratagème avait bien marché et le résultat était au-delà de ses espérances. De plus son sortilège de métamorphose avait joué un rôle intéressant dans l'affaire. Sa maîtresse aurait désapprouvé de A à Z. Mais puisque rien ne pouvait l'accuser de ce drame, autant l'oublier et passer à autre chose en espérant que tout fonctionne comme prévu. Parfois, elle se demandait bien ce que sa maîtresse ferait sans elle…
Le klaxon d'une automobile dans une rue voisine la ramena au présent et, ramenant son regard sur la rue en contrebas, elle se rendit compte que la faim la tenaillait. Une bourrasque de vent plus vindicative que les précédentes la déstabilisa et son long manteau de cuir claqua. Au loin, un grondement sourd roulait sous la voûte céleste. Une mèche de cheveux blanche s'échappa de son chapeau avant qu'elle ne l'arrête, voletant mollement devant son visage couvert d'ombres. Il était tard, rester ici plus longtemps serait risquer la colère de sa maîtresse mais ainsi dressée au milieu des éléments déchaînés, elle avait peine à partir. Pas que les humains soient chers à son cœur, façon de parler, mais se tenir sur ce toit et contempler la ville soumise au délire du vent était un spectacle… attachant.
Finalement, elle se détourna et revint au centre du toit. Avec un peu de chance, sa maîtresse sera peut-être d'assez bonne humeur pour lui permettre de rester avec elle plus longtemps.
- … Je ne veux pas d'excuses, Dwel ! Faites en sorte de les surveiller étroitement !
- O-Oui, dame…
Le serviteur sortit de la salle de réunion privée des Mains Sanglantes avec forces courbettes. De toute évidence, sa maîtresse était d'une humeur massacrante et le vieux vampire souhaitait plus que tout au monde être à des années lumière d'ici. Lorsque le loquet de la porte retentit dans le couloir, il se releva avec un soupir soulagé et prit un chiffon dans l'une de ses poches. S'épongeant soigneusement le front, il allait se mettre en route lorsqu'une ombre dissimilée derrière un pilier tout proche le fit sursauter. Une silhouette en sortit et, reconnaissant son accoutrement, il lâcha un grognement mécontent. Une toux subtile le fit se raidir et, jetant un coup d'œil prudent à la nouvelle venue, il la gratifia d'un sourire forcé. Une fois cette formalité réglée, il s'éloigna précipitamment d'elle et de la salle de réunion, maudissant tout ce qui entrait dans son champ de vision.
Sang le regarda partir en dissimulant son sourire puis tourna un regard circonspect sur la porte de la salle qu'il venait de quitter. D'après ce qu'elle avait cru comprendre, sa patronne avait l'intention de se mêler de toute cette histoire… Bien que cela la réjouisse, Sang était également inquiète. La réaction de Kadria à la nouvelle ne l'avait pas étonné et le fait qu'elle prenne dors et déjà des mesures était révélateur : ce qui était à venir n'était pas le meilleur.
- On entre ? demanda Carmin en s'approchant d'elle.
- Non, vous vous restez là, ordonna Sang en se tournant vers lui.
- Mais…
- Pourquoi ? Le coupa Magenta en apparaissant à son tour.
Sang eut un sourire en coin et croisa les bras contre sa poitrine. Si elle n'avait pas senti leur présence 'incognito' depuis son départ, elle leur aurait sans doute crié dessus de sa voix la plus doucereuse… Ironie… Son sourire s'élargit en voyant l'air de chien battu qu'avaient prit ses coéquipiers. Elle savait parfaitement que sans une excuse valable, ses deux gardes du corps resteraient avec elle contre vent et marées. Secrètement, elle trouvait cela apaisant (chose qu'elle n'avouerait jamais, même sous la torture), mais dans certains cas comme celui-ci, cette habitude était une vraie plaie. Reprenant un air plus sévère, Sang secoua un peu la tête puis les fixa tour à tour.
- Je ne vous veux pas dans cette salle, un point c'est tout, fit la cheftaine d'un ton d'avertissement.
Voyant l'amorce d'une réplique chez sa compagne, Sang se détourna et marcha vers la porte.
- Je ne changerai pas d'avis. Le premier démon qui rentre dans cette salle après moi est un démon mort, compris ?
Son ton n'était plus un avertissement mais clairement une menace à présent. Un frisson craintif fit trembler Carmin. Les menaces de Sang n'étaient jamais à prendre à la légère, même pour ce qui semble être une simple broutille. Magenta, elle, avait perdu son léger sourire pour le remplacer par une expression blessée. Depuis quand la confiance de Sang à son égard avait-elle faibli ?
Juste avant de disparaître derrière la porte, Sang leur lança un regard en coin. Se sentant l'âme charitable, elle leur conseilla d'empêcher quiconque de rentrer, y compris eux-mêmes. L'effet résultant de son ordre ne se fit pas entendre : à peine la porte était-elle refermée derrière elle qu'elle entendit un impacte contre le bois. Supprimant un sourire, la cheftaine s'intéressa à la salle et son sourire tomba aussitôt. La pièce, grande, n'était meublée que par une énorme table et une légion de chaises alignées autour d'elle. En face de la porte d'entrée trônait la chaise de sa patronne, Kadria, cette dernière étant courbée sur sa chaise, la tête dans les mains et les yeux fermés. Quelle que soit la façon dont Sang avait envisagé son approche, le spectacle qui s'offrait à elle mit un terme tout de suite à sa bravoure. Non, à cet instant, elle ne désirait rien de plus qu'un endroit où se cacher, sa légendaire témérité aille aux orties : l'entrevue promettait d'être éprouvante.
Kadria redressa soudain la tête et ses yeux s'encrèrent dans ceux de Sang. En silence, elles se fixèrent ainsi durant cinq bonnes minutes avant de rompre le contact visuel.
- Je t'avais dit de ne pas bouger, murmura Kadria sans réel reproche.
- Je t'avais dit que je ne savais pas obéir, répliqua Sang tout aussi bas.
Cela eut le mérite d'amener un léger sourire sur les lèvres dorées de sa patronne. Cette dernière poussa un soupir et retourna à son mutisme, scrutant les veines du bois sans les voir. Mal à l'aise, la démone rouge envisagea l'idée de se rapprocher de sa patronne avant de reconsidérer cette possibilité : en général leur proximité ne faisait que les entraîner dans la violence. Elles avaient toujours fonctionné ainsi : criant, jurant, se cherchant, explosant… Leurs étincelles avaient en partie fait leur renommée, à l'une comme à l'autre. Peu de personnes comprenaient la relation qu'elles partageaient. A vrai dire, elles-mêmes avaient du mal à la saisir parfois. Kadria fit un effort pour sortir de sa torpeur et aborda un sujet sensible entre elles :
- Alors Magenta et toi…
- Oui, confirma Sang, de plus en plus mal à l'aise.
- Depuis longtemps ?
Le ton de sa patronne avait une petite note déçue, ce qui amena une certaine confusion en elle. Ou est-ce que cette conversation allait les mener ? Elle n'était pas venue ici pour parler de ça. Mais là encore… Sang poussa un soupir. Elle lui devait la vérité.
- Quelques mois déjà.
- Oh…
Ce 'oh' ne lui plaisait pas vraiment mais Sang le laissa glisser. Engager une dispute à ce sujet maintenant serait inutile. Pire, une perte de temps. S'avançant prudemment vers Kadria, la cheftaine du Trio tenta de croiser son regard tout en reprenant la parole.
- J'aimerais savoir ce que tu comptes faire…
- A quel sujet ? Demanda d'une voix lasse Kadria en refusant toujours de croiser son regard.
- A propos des portes, fit doucement Sang en s'arrêtant à deux mètres devant elle.
Les yeux dorés de sa patronne se fixèrent dans les siens avec tant de force qu'elle se demandait bien comment elle n'avait pas basculé en arrière. Déstabilisée, Sang eut le seul réflexe qu'elle ne voulait pas avoir : elle se mit automatiquement en position défensive. Un éclair de colère traversa les iris de Kadria mais elle ne fit rien pour l'affronter, se contentant de l'observer avec un demi-sourire. Sarcastique.
Sang était, techniquement grâce à sa couleur de peau, incapable de rougir. Ce qui en cet instant était d'une grande aide. Reprenant une posture normale, elle marmonna une rapide excuse et s'apprêtait à repartir, retournant vers la porte lorsque le chuchotement de Kadria l'arrêta nette.
- Dis-moi, quand nous sommes-nous à ce point éloignées ?
Faisant volte-face, Sang découvrit les yeux de sa patronne sur elle et, bien qu'elle n'en soit pas exactement consciente, son expression passa de la résignation à une expression plus complexe, mêlant regret et chagrin entre autres. Inconsciemment, Sang serra les poings sous le regard triste de Kadria.
- Nos familles…, commença la démone dorée.
- Ca n'a rien à voir avec ça ! Tu m'as tourné le dos, Kadria ! Ce jour-là tu es partie sans un mot et je n'ai plus eu de nouvelles pendant des décennies !
La colère de Sang était à couper au couteau mais l'autre démone n'en fut pas le moins du monde déstabilisée. Elle se contenta de se lever de sa chaise et traversa lentement la salle sans lâcher des yeux sa subordonnée visiblement excédée.
- Je n'ai pas eu le choix, Sang, répéta pour la millième fois Kadria, une once de culpabilité perçant dans sa voix.
- Tu aurais pu… Tu aurais pu me prévenir ! Si tu avais voulu...
- Ils m'auraient puni pour ça, répliqua doucement Kadria. Je ne devais plus voir, entendre, parler… Tout ce que je devais faire c'était m'entraîner.
- Tu les as laissé faire, reprocha amèrement Sang les yeux clos.
- C'était mon héritage, contra calmement la patronne en s'approchant d'elle.
- Au diable ton… !
Le coup était parti de lui-même, Sang n'avait même pas voulu qu'il parte. Pourtant son poing était parti avec la rapidité d'un serpent se frayant un chemin vers sa proie. En l'occurrence, la tête de Kadria. Cette dernière s'attendait à ce genre de réaction et, maîtrisant ses pulsions pour ne pas répliquer, elle se contenta de bloquer le poing en l'enfermant dans sa propre main. Aussitôt, Sang rouvrit les yeux et les fixa sur elle, à la fois médusée et coupable. Ni l'une ni l'autre ne prêta attention aux bruits d'impactes provenant du couloir. Finalement, c'est la plus jeune qui rompit le silence.
- Pourquoi fallait-il que tu m'abandonnes… ?
La note blessée contenue dans cette question eut l'effet d'un coup de poing pour Kadria. A tel point qu'elle doutait d'avoir réellement arrêté l'attaque de son interlocutrice. Poussant un soupir, Kadria laissa s'envoler sa propre colère et attira Sang dans ses bras, ignorant la faible résistance de cette dernière. Le menton de la cheftaine vint naturellement se poser sur son épaule, la troublant quelque peu. L'esprit de Sang était également surprit par la facilité avec laquelle elle avait retrouvé cette vieille habitude. Sa nature fière et indépendante en prenait un coup.
- Je ne t'ais pas abandonnée, Sang. Jamais je ne le ferai, assura Kadria.
Sang maîtrisa tant bien que mal son amertume et, pour la première fois depuis des années, accorda à nouveau sa confiance à la démone qui l'avait une fois déjà trahie. Maladroitement, elle lui rendit son étreinte. A cet instant la porte s'ouvrit avec fracas, livrant passage à un Carmin grognon qui alla se réceptionner sur la table de la salle avec autant de grâce qu'un manchot. Magenta, battant en retraite, s'arrêta net en constatant la position dans laquelle étaient ses deux supérieures : au beau milieu d'une étreinte. Son cœur se serra tant qu'elle avait du mal à croire qu'elle vivrait plus longtemps. Avant qu'un seul mot n'ait pu être prononcé, leur assaillante entra à son tour dans la salle et ses yeux tombèrent eux aussi sur les démones enlacées. Tout mouvement cessa durant un bref instant durant lequel Carmin reprit ses esprits. Puis le démon noir se leva, Magenta lança un regard tendu à Sang, cette dernière se dégagea des bras de sa patronne tandis que l'inconnue s'effaçait du tableau, repartant sans un mot.
Une certaine confusion régnait dans la salle de réunion.
Kadria finit par lever une main à son front et commença à se masser les tempes avec ce qui pouvait s'apparenter à un soupir.
- Sang, reprit la patronne d'un ton bien moins intime que précédemment. En ce qui concerne les portes, vous ne faites rien, je me charge de ce problème.
Une angoisse sincère se manifesta aussitôt dans les traits de la cheftaine lorsque ses yeux revinrent sur sa patronne.
- Mais…
- Pas de mais, je m'en charge.
Kadria fit une pause et tourna son regard vers Magenta. L'expression de cette dernière était indéchiffrable mais son corps parlait pour elle : elle se sentait indubitablement trahie et bafouée. Fronçant légèrement les sourcils, la démone dorée fit mine de s'approcher d'elle mais Magenta fit aussitôt un pas en arrière, attirant l'attention de tout le monde. Sang s'avança à son tour mais sa compagne eut exactement la même réaction. Soudain, Magenta tourna les tallons et partie en courant, refusant d'affronter qui que ce soit tandis que son cerveau la tourmentait en repassant en boucle la scène devant ses yeux. Sang allait la prendre en chasse sans attendre quand Kadria l'en empêcha, la retenant fermement tout en affichant un air désolé.
- Nous devons parler, avant, s'expliqua Kadria suite au regard meurtrier que lui accorda Sang.
Celle-ci se détendit mais ses yeux revinrent sur la porte, inquiets. De toute façon elle ne pouvait et ne voulait pas désobéir à cet ordre, elle devait respecter certaines règles. De plus elle se le devait à elle-même. Carmin dans son coin ne comprenait plus rien. Il fut tenté de poursuivre Magenta bien qu'il ne sache pas pourquoi elle était partie si précipitamment. Puis il changea d'avis en se disant qu'elle n'était sans doute pas loin. Ce qui l'amena à penser à leur assaillante d'un peu plus tôt. Apparemment, cette dernière avait mit les voiles avant qu'il ne revienne à lui, ce qui signifiait qu'elle devait être loin à présent. Frustré, il lança un juron puis sortit de la salle en s'excusant face aux sourcils levés. Il avait bien l'intention d'inspecter les environs. La prochaine fois qu'il croisera cette inconnue, il se promit de lui faire perdre son rire suffisant.
Sans qu'elle sache pourquoi, ses pas l'avaient conduit hors d'Armageddon. Sans vraiment savoir ce qu'elle faisait, elle avait alors chanté la première incantation qui lui passait par la tête, effectuant les signes correspondant automatiquement. Elle avait l'impression de se débattre dans un brouillard collant au cœur duquel dansait l'image de Sang, sa compagne, sa coéquipière, sa moitié enlaçant Kadria, leur patronne.
Ce n'est qu'après quelques minutes de flottement que Magenta se rendit compte de se qu'elle faisait mais il était trop tard. Le dernier signe fut effectué avant qu'elle ne pense à l'arrêter et le pentacle apparut sous elle. Alors son équilibre vacilla et le monde ne fut plus que taches de couleurs et fumée noire.
Après quelques secondes à flotter dans une fumée épaisse, ses entrailles tiraillées par la force de la magie, la démone se retrouva face contre terre, l'odeur de l'herbe venant chatouiller ses narines. « Herbe ? » Magenta se redressa et contempla bouche bée le spectacle qui s'offrait à ses yeux : loin devant elle se tenait un château de style anglais perché au dessus d'un lac. Une épaisse forêt faisait tomber ses ombres menaçantes justes derrière elle et… en fait, tout autour d'elle. La forêt, étant semblables à toute autre forêt qui se respecte, ne lui disait absolument rien. Le château en revanche lui était familier. « Poudlard… Pourquoi ici ? » Confuse, la démone se redressa en époussetant négligemment ses manches. Le fin manteau court qu'elle portait ne la protégeait pas vraiment du froid mais ce n'est pas la fraîcheur de cette fin d'après midi qui la fit frissonner.
Quelque chose. Quelque chose affolait ses sens d'une façon qu'elle n'avait encore jamais expérimentée.
Ses pensées dérivèrent sur l'étrange humaine qu'elle avait sauvé d'une ombrane il y a quelque temps. Elle se demandait bien si la jeune fille accepterait de lui renvoyer l'ascenseur... ou même si elle vivait toujours, pour ce qu'elle en savait. Peut-être qu'avec son aide elle parviendrait à faire la part des choses. Peut-être même qu'elle pourrait lui parler de sa dette… Non. Mauvaise idée. « A personne. Je dois m'en sortir seule… » Un autre frisson la fit trembler tout comme elle entamait sa marche en direction du château. « Mon sort est déjà scellé. Contrairement à ce que tu veux faire croire, tu es un fin stratège. » Sur cette pensée empreinte d'amertume, Magenta mit un terme à ses réflexions et se contenta de fouler l'humus en silence, prenant dans la senteur du sous-bois la sérénité qui lui avait fait défaut.
L'aube était un concept plutôt étrange pour les innombrables habitants des enfers, toutefois, la plupart continuaient à utiliser ce terme terrestre pour qualifier la concentration subite de lumière rouge éblouissante caractéristique de leur monde durant la journée. Comme tous les matins donc, sa maîtresse l'attendait. Traversant les couloirs les uns après les autres sans accorder la moindre attention à quiconque, elle se fraya un chemin jusqu'aux quartiers privés de sa maîtresse tout en faisant très attention à ne pas renverser le plateau qui lui était destiné. Le dit plateau était chargé de nourriture et boisson.
En entrant dans le salon privé, elle fut gratifiée par une vision rare : sa maîtresse, qui apparemment n'avait pas eu envie de s'habiller avant son arrivée, était assise dans son fauteuil avec pour simple habit un peignoir en lin. A noter que sa maîtresse ne se soucier jamais de fermer ce genre de vêtement : elle n'appréciait pas les ceintures. Bien sûr, elle fit son possible pour rester impassible, posant le plateau sur la petite table devant sa maîtresse. En se redressant, elle remarqua l'éclair de mélancolie qui traversa ses yeux avant de se reculer d'un pas, attendant ses ordres dans son habituel silence. Récemment, sa maîtresse avait agit étrangement. La seule question qu'elle se posait était si cela était dû à la crise en cours ou à la possibilité d'une mort imminente. Ou peut-être autre chose… ?
- Comment cela se passe-t-il en haut ? Demanda la voix veloutée de sa dame.
- Bien, Maîtresse, la plupart des généraux sont restés sourds.
- Parfait, le charme fonctionne... L'échéance approche, un sourire triste transparaissait dans le ton, faisant écho à celui de son visage.
- Et en ce qui concerne le Trio, Maîtresse ?
- Ils ne poseront aucun problème, répondit la dame, confiante.
- Vraiment, Maîtresse… ?
Elle avait du mal à croire que le fameux Trio ne viendrait pas gâcher tous ses efforts. Elle avait fait beaucoup pour contenter sa maîtresse, la possibilité que cela soit en vain lui était détestable. Sa maîtresse se leva subitement et vînt vers elle. Les efforts qu'elle faisait pour ne pas suivre le glissement du lin sur sa peau mériteraient à eux seuls une statue.
- Merci, Mirage, chuchota sa dame.
- A-A vos ordres, M-Maîtresse…
Fin du chapitre. Je dois dire que… ça ne devais pas se passer comme ça à la base. Normalement je devais allumer la mèche et ça devait faire boom… Mais entre l'allumage et l'explosion, je crois que j'ai allumé un pétard mouillé, damn. Tout ça pour dire que ça n'a pas vraiment explosé et que je rajoute de la dynamite. Dois être maso. Mais quand ça va faire boom ce sera un énooooorme boom, héhé.
Et le prochain chapitre règlera un peu ce problème, il est déjà presque fini. Pas de panique, vous aurez quelques réponses à vos questions d'ici mercredi ou jeudi. Et hmmm… le coup de la liaision entre la patronne et son employée, ça ne fait pas un peu cliché ça ? Même pour des démones, lol... Une review ? (si vous avez des questions sur la société démoniaque ou autre, n'hésitez pas).
Bises,
Lumenor.
