Et donc, une suite millimétrée… RaR :
Gigolote : Ah je sais, mon défaut principal quand j'écris ben... c'est de connaitre l'histoire. Donc parfois j'oublie d'expliquer certains trucs. Mais bon, pas de panique, les explications débutent avec ce chapitre et se poursuivront régulièrement maintenant. Fini de jouer. Bises à toi et merci !
Fihrio : Thanx. J'espère que ce chapitre vous fera également plaisir. Suis là pour ça après tout, ne ? Bisous !
Et bien entendu bonne lecture à tous ! Ne vous en faites pas, ce chapitre n'est que la partie visible de l'iceberg... Ca va chauffer ! Enjoy !
10. Mauvais présage
Elle ne savait pas vraiment combien de temps elle était restée aux alentours du château à observer les allées et venues des différents occupants de l'édifice. Pas plus qu'elle ne savait ce qu'elle cherchait en venant ici. Toutefois son intuition ne lui avait jamais fait défaut durant les premiers siècles de son existence et, priant n'importe qui pour que cela se révèle vrai une nouvelle fois, elle se persuada d'entrer en action ce soir même. La nuit lui apportera le calme dont elle avait besoin pour pénétrer à l'intérieur du bâtiment. De plus, la nuit avait toujours était leur univers… « Sang… »
Magenta ne comprenait toujours pas se qu'il s'était passé au QG des Mains Sanglantes. Le comportement de Sang l'avait prise au dépourvu : sa confiance en elle était si exclusive qu'elle n'aurait jamais pensé un jour pouvoir être trahie par elle. Hors, cet étau sur son cœur ressemblait fort à une trahison pour elle. Chassant ses idées noires avec un mouvement de tête résolu, la jeune démone décida de se consacrer uniquement à son objectif : atteindre l'héritière des anges sans se faire repérer. Ou pire. Le problème était en réalité son apparence. Inclinant la tête sur le côté, une expression pensive se répandit sur ses traits. La plupart des démons n'étaient pas versés dans l'art de la dissimulation, en règle générale c'était la destruction qui avait la priorité chez eux. Mais c'est justement parce qu'elle différait un peu des autres démons qu'on lui avait permis de rejoindre les Mains Sanglantes. Et plus important, le Trio. « Changement de pensée requis, » se dit sombrement la démone.
Une rapide estimation de ses chances lui donna toutes les informations dont elle avait besoin : sa rapidité combinée au subterfuge lui permettrait d'atteindre son objectif. Toutefois, les lacunes de son plan étaient nombreuses. Elle aurait pu, comme elle l'avait déjà faire une fois, se transporter directement à l'intérieur du château mais, sachant que la jeune femme ne serait sans doute pas seule, cela serait prendre un risque non négligeable. « J'ai déjà une épée de Damoclès sur la tête, je ne vais pas en plus en rajouter une au travers de mon abdomen, » pensa Magenta, résignée et un tantinet exaspérée.
Le soleil se couchait, voilant le château aux tours acérées d'un châle rougeâtre. Si son esprit n'avait pas été si préoccupé, Magenta aurait pu apprécier la beauté étrange de ce spectacle. Mais elle n'en fit rien et, laissant filer le temps avec impatience, elle attendit que la lune soit à son zénith dans le ciel pour envisager l'exécution de son plan. Une fois prête à se lancer, elle entama une incantation dans la langue gutturale de son peuple, le Langage Sacré. Un art qui, pour une raison de mode, se perdait dans l'oubli. Presque aussitôt une écharpe de lumière jaune sortit du sol pour venir l'enrouler, tournant de plus en plus vite autour de sa forme. Lorsque le mouvement devint invisible tant il était rapide, la lumière se condensa et il disparut subitement, se désagrégeant dans l'air nocturne. Magenta eut un sourire satisfait puis sortit de sa cachette sous les arbres.
L'humidité contenue dans l'air et le vent, associés à sa tenue vestimentaire légère composée d'une robe longue et d'un fin manteau, avait pour effet de la faire grelotter bien plus qu'elle ne l'avait jamais fait auparavant. Magenta était connue pour son caractère conciliant. Certains allaient même jusqu'à l'affubler du qualificatif « douce ». Cependant le froid ajouté au chaos émotionnel qui régnait en elle avait fini par assombrir son humeur de façon dramatique. C'est pourquoi lorsqu'un vieil homme à la mine acariâtre et une chatte à l'allure miteuse l'accueillirent aux portes du château, elle ne prit même pas la peine de s'arrêter. Rusard, excédé d'être ainsi ignoré par une élève à une heure aussi tardive, se mit à brailler, menaçant de l'amener au bureau du directeur sur le champ. Magenta considéra cette possibilité, se disant que cela pouvait être utile avant de se souvenir de la réaction du dit directeur à la découverte de leur existence. « Sans elle, nous serions sans doute en mauvais état à l'heure qu'il est, » admit pensivement la démone en ignorant superbement les gesticulations légèrement pathétiques du concierge. Elle partie en direction du seul couloir qui lui semblait envisageable : il était à l'opposé du concierge excédé. Elle allait s'engouffrer à l'angle du dit couloir lorsqu'un rire idiot retentit dans le hall d'entrée derrière elle, la faisant se retourner pour voir de quoi il s'agissait.
Un fantôme possédant une tête énorme apparut en haut des escaliers, cachant bêtement quelque chose dans son dos translucide. Bien que Magenta puisse voir ce qu'il voulait dissimuler, elle n'avait pas la moindre idée de ce que c'était. L'humain avait totalement oublié l'élève qui venait de lui passer sous le nez à l'approche de l'esprit, son expression passant de l'indignation sadique à l'appréhension en un quart de seconde. Le fantôme lui fonça soudain dessus en criant quelques insanités et le concierge pâlit, ouvrant la bouche dans l'intention de le rabrouer vertement lorsque quelque chose atterrit dans sa gorge. S'étouffant à moitié, il n'eut d'autre choix que d'avaler pendant que l'esprit reculait sous les yeux médusés de Magenta. « Mais où est-ce que je suis ? »
L'humain laissa échapper un léger couinement, ce qui ramena ses pensées sur lui. Elle le contempla et, portant une main à sa bouche pour se forcer au silence, elle eut toutes les peines du monde à ne pas éclater de rire. Le concierge acariâtre était à présent affublé d'un duvet jaune canari du plus bel effet. Disparaissant dans le couloir, Magenta mit du temps à calmer son fou rire, entendant toujours les hurlements des deux hurluberlus. Plusieurs couloirs suivirent le premier, tous aussi semblables aux uns qu'aux autres si ce n'était la présence de portraits ou d'armures par ci par là. Elle hésita à demander son chemin en déboulant sur un énième couloir, se disant que les portraits pourraient sans doute l'aider. Mais la plupart dormaient et les réveiller maintenant serait sans doute une source d'ennui. Poursuivant son errance, elle arriva dans un couloir un peu plus large.
Toutefois quand des pas se firent entendre devant elle, elle en oublia sa prudence et s'engouffra dans la première salle venue avec une pointe d'angoisse. Fermant les yeux, elle se concentra sur les bruits venant du couloir. « Je ne suis pas là pour jouer… J'espère que je sais ce que je fais. » L'inconnu passa derrière la porte sur laquelle elle s'appuyait sans s'arrêter et elle souffla profondément pour retrouver son sang-froid.
- Je peux savoir ce que tu fais ici ? Demanda une voix fatiguée.
Un léger cri stupéfait échappa à Magenta en ouvrant les yeux, ayant du mal à ne pas bondir. La salle était grande, plutôt bien éclairée malgré l'heure indue et des lits s'alignaient contre les murs, chacun possédant son rideau individuel pour l'isoler du reste de la pièce. Reprenant le contrôle de son esprit en constatant qu'il n'y avait qu'une seule personne en sa compagnie, elle s'éloigna lentement de la porte et s'approcha de la jeune femme qui lui avait parlé. Elle était allongée sur un lit de l'autre côté de la porte. Magenta se souvenait d'elle. Elle faisait partie du groupe qui était venu chercher l'héritière des anges. Fronçant les sourcils, la démone essayait de retrouver son nom.
- Ca va ? S'enquit la jeune femme en la suivant des yeux.
- O-oui…
Approchant un peu plus, Magenta garda les yeux sur elle.
- Qui es-tu ? Fit soudain l'humaine tandis que la confusion se répandait sur ses traits : la nouvelle venue ne portait pas une robe des maisons, simplement une robe moldue.
La situation était dangereuse pour Magenta. Si jamais cette humaine prenait peur, elle pouvait dire adieu à son plan. « Hors de question ! Où peut-elle bien être ?! » Réfléchissant rapidement, elle se pencha sur la jeune femme avec l'intention de l'endormir. L'humaine ouvrit la bouche pour crier, la panique s'emparant d'elle mais Magenta la força à se rallonger sur le lit, plaquant une main sur sa bouche pour la faire taire.
- Tais-toi ! Je ne te veux pas de mal. Je vais te lâcher mais évites de crier ou je devrai… t'endormir.
Les yeux noisette de la jeune femme s'agrandirent avant de lui accorder un examen suspicieux. La démone n'était vraiment pas à l'aise, le regard de cette humaine était perçant. Finalement la jeune femme hocha imperceptiblement la tête et Magenta relâcha sa prise sur elle, tendue, se préparant à la faire taire au moindre cri. Ce qui n'arriva pas, à son grand soulagement. Fixant l'humaine, elle la détailla rapidement et prit une décision délicate étant donné les circonstances.
- Je peux te faire confiance ? Tu es l'amie de Raziel, non ? Demanda Magenta en lançant un coup d'œil rapide dans la salle.
- R-Raziel ? Qu'est-ce que vous lui voulez ?
- Chut ! Reste tranquille. Et par les ailes du diable, cesse de faire autant de bruit !
Magenta relâcha soudain le charme qui maintenait l'illusion sur elle, si bien qu'en l'espace d'une seconde son apparence d'humaine changea pour devenir celle de la démone qu'elle était. Ses yeux retinrent ceux de la jeune femme dans leur intensité et elle lui fit signe de ne rien dire. La jeune femme avait pratiquement sursauté en découvrant sa véritable nature. La démone ne savait pas exactement pourquoi mais elle n'avait plus le temps de chercher. Ses sens lui murmuraient que quelque chose approchait, et ce quelque chose devait être un sacré phénomène pour qu'ils réagissent comme ça.
- Où est-elle ? Elle n'est pas en sécurité ici.
- Qu'est-ce que…
- Où !?
L'humaine perdit le peu de calme qu'elle semblait posséder.
- Vous croyez vraiment que je vais vous faire confiance ? A vous… ?! Vous…
- C'est pas vrai, souffla Magenta en serrant les dents.
Vive comme l'éclair, la démone posa un doigt contre la tempe de la jeune femme et une lumière bleutée apparut le temps d'un battement de cœur. Inconsciente, l'humaine retomba dans le lit sans aucune réaction suite à la décharge électrique. « Trop proche. Je n'ai plus le temps ! » Elle allait partir en abandonnant l'idée d'intervenir lorsqu'elle remarqua le lit derrière celui de la jeune femme qu'elle venait de neutraliser. Des cheveux bleu clair reposaient sous la tête de lit et le visage de celle qu'elle cherchait fit son entrée dans sa vision. « Par les ténèbres, enfin… » Magenta se rendit contre le lit de l'héritière et un instant, elle cessa tout mouvement. « Mais que lui est-il arrivé ? » Surmontant son dégoût, elle souleva la française et la posa sur le lit de l'autre humaine. « Plus le temps d'être subtile. » D'une poche elle sortie une poudre argentée et, traçant quelques symboles dans l'air au dessus des deux inconscientes, elle lança une courte formule tout comme les portes de la salle s'ouvraient avec grand bruit.
Elle eut juste le temps de voir un démon de son espèce à la peau bleue avant que la magie démoniaque ne fasse effet, les faisant toutes trois briller d'une lueur argentée au cœur de la pièce sombre. La dernière chose qu'elle entendit avant de disparaître du château fut le cri de rage de cette… chose.
- Où avez-vous trouvé ce livre ? Demanda le vieux démon, agréablement surpris.
- Cela ne vous regarde pas, répliqua la voix froide de Lucius. Aidez-nous plutôt à la déchiffrer.
- Allons, humain, n'oubliez pas que je suis votre allié, il serait idiot de nous fâcher si tôt, n'est-il pas ?
Lucius ravala une pique cinglante et accorda un regard indécis au démon. Ce dernier n'avait vraiment pas fière allure mais quelque chose en lui inspirait si ce n'est la crainte, la méfiance. Le sous-estimer pourrait se révéler être une grave erreur. De plus, son maître lui avait bien fait comprendre que ce démon là devait rester de leur côté… Si jamais il le faisait partir par son animosité, son maître risquait de le lui faire payer au centuple. Se retenant tout juste de lâcher un juron bien senti, le bras droit de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ramena son attention sur le lourd volume.
- Grâce à ce livre et d'autres références disséminées dans nombre de recueils, nous avons pu déterminer l'emplacement des trois premières portes que nous avons consignées dans un parchemin enchanté. Mais, la voix de Lucius prit une note agacée, la quatrième porte échappe à nos efforts…
Le mangemort blond balaya la salle du regard, s'attardant parfois sur l'un ou l'autre groupe de travail avant de revenir au livre noir et or.
- N'est-il pas plus simple de demander de l'aide plutôt que de tourner autour du pot indéfiniment ? S'interrogea innocemment Tdork.
Des yeux gris possédant une lueur meurtrière s'encrèrent dans ceux du vieux démon.
- Parce que vous allez me dire que vous connaissez son emplacement ?
- Prenez un autre ton, je vous prie.
Serrant les dents, Lucius alla à une autre table chercher un rouleau avant de revenir vers sa table de travail. Il déroula ce qu'il venait de ramener et déposa la grande feuille sur le bois verni. Lucius fit un signe de la main en direction de la carte, indiquant à Tdork de s'en approcher. Le vieux démon s'exécuta et il contempla avec intérêt la carte de la terre qui s'étalait sous ses yeux. De petites croix rouges marquaient des montagnes argentines, une forêt française et, bien entendu, les rives de la mer morte. Un sourire torve courba les lèvres du démon et il se pencha un peu plus. D'une main légèrement tremblante sous l'effet de l'excitation, il pointa la plus haute de toutes les montagnes du globe.
- L'Everest ? Fit Lucius, dubitatif.
- Tout juste. Toutefois, c'est la seule chose que je peux vous dire.
- Comment cela ?
- Et bien, voyez-vous humain, parmi les miens, les portes sont un sujet délicat. Elles sont à la fois sacrées et craintes. Nous autres démons supérieurs en sont les gardiens de tout temps mais même si je suis moi-même l'un des gardiens… ou était l'un des gardiens… je ne sais rien des portes supérieures à la mienne…
Le démon fit une pause, se grattant d'un air absent le menton.
- Appelez ça une mesure de prudence, finit-il par dire en reposant les yeux sur la carte.
Lucius ne dit rien, se contentant de froncer imperceptiblement les sourcils. Il ne faisait pas confiance à ce démon, tout comme il ne faisait pas confiance à l'imbre. Mais un détail le perturbait dans tout ceci.
- Pourquoi nous aider dans ce cas ? Finit par demander le plus influent des mangemorts.
- J'ai toujours eu un certain goût pour le… désordre, répondit le démon.
- Vous…
- Malgré la certaine animosité que vous semblez me porter, je dois vous prévenir d'une chose, sorcier, poursuivit Tdork sans lui laisser le temps de polémiquer sur le sujet.
- De quoi s'agit-il ? Questionna prudemment Lucius, méfiant.
- Les portes sont au nombre de sept, comme vous le savez sans doute, commença le démon tout comme Lucius hochait la tête en signe d'assentiment. Mais ce que vous ne savez pas c'est qu'elles ne sont pas classées dans cet ordre d'ouverture juste parce que cela nous faisait plaisir…
Le démon se rapprocha de la carte et indiqua la première porte d'un doigt.
- La Porte Des Terres de Cendre n'avait aucune puissance véritable, elle n'existait que dans un seul but : mettre en place toutes les autres. Communément, nous appelons cette porte la Clé. La suivante,…
Tdork pointa la forêt de Brocéliande.
- …, la Porte Des Flammes Gelées, ne possède qu'une puissance très restreinte. Son but est de savoir si le Passeur, celui qui ouvre les portes, est digne de leur puissance. Mais ne vous y trompez pas, elles ont toutes deux un pouvoir intéressant qui est également à effet permanent. La première permettra aux peuples des Enfers de fouler la Terre sans en éprouver aucune… gêne, ce qui était le cas avant.
- Pourquoi cela ? S'étonna Lucius.
- Une mesure de défense… contre nous, l'informa Tdork, narquois.
Indépendamment de sa volonté, un rictus ô combien ironique s'étala sur les traits du mangemort blond. Parfois, le serviteur du lord noir se demandait s'ils n'étaient pas allés un peu trop loin dans cette affaire. Mais seulement parfois. Le reste du temps il s'empressait de combler la moindre exigence de son maître, se délectant de la déconfiture de Bellatrix.
- La seconde, reprit le démon, annule les effets néfastes de la lumière du soleil sur certains d'entre nous, comme les vampires, par exemple.
- Vampire ? Vous voulez dire que si des vampires marchent en plein jour, ils ne seront pas réduits en cendres ?
- Aucune brûlure d'aucune sorte. Et en parallèle, la lune renforcera leurs aptitudes physiques, précisa Tdork d'un ton satisfait.
- … Quoi d'autre ?
Le vieux démon retrouva son sourire torve suite à la demande du sorcier : ce dernier était de toute évidence déstabilisé par ses informations. « Comme vous seriez fier de moi mon maître, » se dit le traitre-démon. « Parmi tous vos disciples, je serai celui qui aura accompli l'impensable… » Mettant de côté sa fierté naissante, il pointa sa propre porte sur la carte et reprit ses explications.
- La Porte Des Eaux de Pierre possède un pouvoir plus… subtile. En apparence, son ouverture n'occasionne aucun changement, aucune menace. Toutefois ce n'est qu'un leurre. Dès que la septième porte sera ouverte, celle-ci exercera un contrôle sur le plus insignifiant des animaux de la Terre, les rendant comme fous. L'effet peut paraître dérisoire mais le résultat peut occasionner d'agréables surprises…
Lucius assimila ce nouvel élément en fixant pensivement la carte. Lorsque leur plan sera achevé, la Terre sera devenu un véritable champ de mine pour les moldus. Intéressant.
- Et les autres ? Demanda Lucius à présent curieux.
- Je vous l'ai dit, mes connaissances s'arrêtent à la porte dont je suis le gardien. Par conséquent, je ne sais rien des dernières portes : que ce soit leurs effets, leur puissance, ou même l'identité de leurs gardiens. Ces derniers arborent un statut spécial aux Enfers et sont semblables à des ombres : personne ne sait qui nous sommes.
- Je vois...
Le mangemort marqua une courte pause durant laquelle il récapitula les informations récoltées grâce à Tdork. Il se tourna finalement vers le démon en question et lui accorda un fin sourire, sourire qui lui fut rendu presque aussitôt.
- Merci, Tdork, ces informations vont se révéler très utiles, concéda Lucius avec ce qui ressemblait à de la satisfaction.
- Je suis là pour ça, répondit le démon.
Lucius hocha une fois encore la tête puis entreprit de rouler la carte. Il devait faire son rapport au seigneur noir avant que celui-ci ne perde sa patience légendaire. Les autres mangemorts présents dans le cachot spacieux poursuivaient leur besogne, sachant pertinemment que si l'un d'eux faisait mine de fainéanter, le bras droit du lord leur tomberait dessus comme la foudre s'abat sur les paratonnerres. Tdork suivit des yeux le sorcier, se demandant s'il devait lui parler du point le plus délicat concernant les portes tout en le regardant ranger son bureau puis prendre plusieurs parchemins sur le coin de ce dernier. Il les lia ensemble avant de les prendre tous et se dirigea vers la porte de sortie. Le vieux démon le suivit, sortant à sa suite du cachot sans se soucier de l'étonnement de Lucius.
- Permettez que je vous accompagne ? Il est une dernière chose dont je dois vous faire part, admit le traitre-démon.
- Quelle est-elle ? S'enquit Lucius tout comme ils traversaient le couloir désert, la canne du démon rythmant leur progression.
- La Résonance.
Elle était si proche du but. Mais cela n'avait pas d'importance. Solestre avait toujours adoré la chasse et ses proies du moment jouaient à un jeu qu'elle chérissait tout particulièrement : cache-cache. Elle avait eu le temps de voir que les deux humaines avaient été sauvées par une démone de classe un, les démons supérieurs. L'un de ceux dont elle se servait en se moment même pour se déplacer. C'était plutôt inattendu. Les protections entre la Terre et les Enfers n'étaient pas encore assez entamées pour permettre à des démons de venir sur Terre de leur propre chef. Ce qui ne pouvait signifier qu'une seule chose : ils avaient été invoqués.
Marchant jusqu'au lit de sa proie, l'imbre se promit d'avoir une petite conversation avec le lord noir à son retour. « Pour l'heure, voyons si la souris peut échapper au chat… » Se penchant sur le lit, elle respira délicatement l'odeur de la jeune femme. Un demi sourire courba les lèvres du démon : la torture que cette humaine avait subi devait être quelque chose que l'on pouvait considérer comme étant artistique. Evidemment, cela dépendait de quel côté de la lame on se situait. Balayant la salle de ses yeux si particuliers, les pupilles des démons supérieurs étant fendues, elle resta un instant à contempler le vide. Quelque chose la perturbait. Les quelques règles qu'elle avait respecté au sein des Enfers avant de venir sur Terre lui paraissaient lointaines mais elles restaient tout de même fermement encrées dans son esprit. Hors, cela lui posait un gros problème. Les démons supérieurs sont depuis des temps immémoriaux les maîtres des Enfers. Les autres races leur doivent obéissance et soumission. Et dans tous les cas, le respect. « Ce qui dans la situation présente est soit complètement suicidaire, soit follement amusant… Hum, les deux en fait : l'un entraîne l'autre. »
Elle devait quoi qu'il en soit prendre une décision qui lui pesait. Pas qu'elle porte les démons supérieurs dans son cœur mais une habitude restait une habitude. Le chien qui mord son maître après 10 années de bon et loyaux service ne peut être que fou. Ce qui, à bien y réfléchir, était sans doute le cas de Solestre. Souriant à nouveau, l'imbre-démon fit demi tour en ayant la ferme intention d'entrée totalement dans la partie. « Que les risques aillent aux diables !… Tiens, amusant ça. »
Faisant demi tour, elle repartit vers la porte à l'instant précis ou deux choses simultanées qu'elle n'avait pas prévu firent leur apparition : une ombrane pour le moins étrange et une sorcière qu'elle supposait être l'infirmière des lieux. Cette dernière poussa un cri effrayé tandis que l'ombrane s'avançait vers Solestre. L'imbre eut d'abord l'impression qu'elle allait l'attaquer puis, détaillant la bête, elle dû reconnaître que cela était peu probable. Les ombranes étaient certes des bestioles assoiffées de sang mais elles avaient également un cerveau. Cerveau qui, malgré sa petite taille, fonctionnait de temps à autre. Du coin de l'œil, Solestre remarqua le mouvement de la sorcière et en un clin d'œil elle fut sur elle. Enfermant son poignet dans une poigne de fer, elle lui fit lâcher sa baguette à l'aide d'une torsion vicieuse du bras. L'humaine poussa un second cri, de douleur cette fois, et Solestre raffermit sa prise sur elle, la forçant à s'agenouiller pour éviter que ses os ne se brisent sous l'angle douteux dans lequel son bras était maintenu.
- Que veux-tu, ombrane ? Demanda Solestre de sa voix surnaturellement aigue, grinçante.
- Un message, articula laborieusement la créature d'une voix gutturale.
Entendre une ombrane parler était une première pour l'imbre. « Encore une expérimentation du sorcier noir… » Et cette conclusion ne pouvait être que la seule explication car non seulement l'ombrane pouvait parler, mais elle se tenait également debout et non plus à quatre pattes. Ses membres, à présent allongés, étaient toujours aussi musculeux que ceux de son espèce mais ils avaient semble-t-il gagné en souplesse et précision. Les ailes de chair et d'os pendant dans son dos paraissaient elles aussi plus grandes. Le fait de voir une ombrane se tenir debout était un spectacle… perturbant, même pour elle.
- Je t'écoute, l'encouragea Solestre d'un ton méfiant tout en gardant la sorcière sous son emprise.
- Le maître vous demande… sans délais : la quatrième porte est… révélée.
- Je me fiche de cette porte ! J'ai reçu l'ordre de tuer cette… !
- Le maître vous donne deux jours pour… accomplir la précédente requête au terme… desquels, vous… devrez abandonner, la coupa l'ombrane sans se soucier du rictus haineux qui s'étalait sur les traits du démon possédé.
Les sanglots de la sorcière furent le déclencheur de la rage qui montait en elle : manquant lui arracher le bras dans le processus, Solestre envoya la sorcière s'écraser contre le mur à sa droite, loupant la porte de l'infirmerie de quelques mètres seulement. L'humaine n'eut pas le temps de crier sa douleur ou sa panique avant de percuter le mur dans un sinistre craquement d'os. La démonstration de violence eut pour effet de faire reculer l'ombrane à présent craintive, tout en aiguisant sa soif de sang. Ses yeux fixèrent un instant l'imbre puis allèrent sur la forme inanimée de l'humaine, avant de revenir sur l'imbre avec une lueur féroce. Sa soif était si intense que Solestre pouvait la sentir.
- Quelle est… votre réponse… ? Articula difficilement l'ombrane en proie à une monté de sauvagerie virulente, se maîtrisant tant bien que mal.
- Très bien, je vais retourner au manoir puis je repartirai en chasse, accepta finalement Solestre en émettant un léger grognement.
Ce son fit l'effet d'un catalyseur sur l'ombrane qui se précipita sur l'humaine, saisissant l'une de ses jambes entre ses puissantes mâchoires. Juste au moment ou elle allait briser le tibia de l'humaine, Solestre la saisit par le cou à la manière que les chattes on d'attraper leurs petits avant de l'envoyer quelques mètres plus loin. Un grondement furieux fit trembler le thorax de la bête tandis qu'elle se relevait, se préparant à se battre. Solestre leva une main et reprit la parole.
- J'ai une idée qui pourrait t'intéresser, ombrane, fit Solestre en se rapprochant d'elle pour bien lui faire comprendre qu'elle n'était pas un danger pour elle.
L'ombrane ignora ses mots et lui sauta à la gorge, toutes griffes dehors. Solestre évita de justesse l'attaque, surprise par la rapidité de cette créature. Elle réussit toutefois et parvint à la plaquer au sol, se servant de son propre élan pour la déstabiliser. Une fois au sol, elle s'assit sur ce qui était son ventre et maintint ses 'bras' contre la pierre glaciale du château, reprenant là où elle s'était arrêter.
- Au lieu de travailler contre moi, je te propose de travailler avec moi.
- Pourquoi faire… une chose pareille ? Demanda la créature, clairement hostile.
- Oublies le lord, il te sacrifiera à la moindre occasion.
- Pas confiance, laissa tomber l'ombrane, ses yeux se réduisant à deux fentes.
- En lui c'est normal, répondit avec amusement l'imbre. En moi c'est du gâchis…
- Vous me détruirez…
- Non, assura Solestre avec un léger sourire.
L'ombrane ne répliqua pas mais elle cessa de résister à la pression que Solestre exerçait sur elle, la sondant en silence. Pour l'une des rares fois dans sa vie, Solestre était étonnement sincère. Si jamais l'ombrane acceptait de lui obéir au dépend du sorcier noir, cela lui offrirait quelques opportunités uniques. Avec cette créature pour garde du corps, elle était pratiquement assurée d'être invincible. Elle avait tout intérêt à être dans les petits papiers de la bestiole.
- Il est mon maître, contra finalement l'ombrane, perturbée.
- Le mien aussi techniquement, fit Solestre d'un ton dédaigneux. Mais il est tellement obnubilé par un petit groupe d'ennemi qu'il en oublie tout le reste. Il pourrait faire tellement plus… Ce sorcier n'a aucune classe. Il est loin d'égaler le grand maître.
- Grand maître ?
- Satan, l'éclaira Solestre, s'amusant de son intérêt.
- Travailler pour lui ? S'enquit suspicieusement l'ombrane.
- Non, pour moi, et je ne suis au service de personne, affirma fermement Solestre.
Un autre silence suivit. Ni l'une ni l'autre ne fit le moindre geste, sa préparant à une attaque à tout instant. Finalement, l'ombrane relâcha complètement ses muscles en signe d'accord.
- C'est un oui ?
Solestre ne voulait pas tenter sa chance mais elle avait besoin d'une réponse claire et définitive.
- Oui…
Bon, le définitif attendra. Pour l'instant, elle devait retourner auprès du lord avant qu'il ne perde patience, sans quoi toutes ses petites manigances n'auront servit à rien. De plus, sa position actuelle était plutôt inconfortable. Elle se releva donc prudemment, faisant attention à ne pas endommager les ailes de la créature tout en gardant un zest de méfiance, juste au cas ou. L'ombrane se redressa à son tour et jeta un coup d'œil à l'humaine inconsciente échouée contre le mur. Solestre suivit son regard et posa une main sur son 'épaule' avant qu'elle ne tente de la dévorer à nouveau. Elles n'avaient pas le temps.
- Plus tard tu pourras manger, pour l'instant notre 'maître' s'impatiente, lui fit remarquer Solestre.
L'ombrane tourna la tête vers elle, sa gueule frémissant de retenue.
- Compris.
Ravie, Solestre lui lâcha l'épaule et se dirigea vers la fenêtre au travers de laquelle l'ombrane était apparue. Prenant appui sur l'un des lits, elle se propulsa vers le rebord de l'ouverture envahi par les brisures de verre. Elle s'arrêta en constatant que le sol était tout de même bien loin en dessous. L'ombrane ouvrit ses grandes ailes et la rejoignit sans effort, s'accroupissant pour palier à son manque d'équilibre : les ailes pouvait facilement déstabiliser dans ce genre de situation. Solestre fit de même, profitant du moment pour évaluer la hauteur de la fenêtre par rapport au carré de terre le plus proche. Satisfaite par son examen, Solestre se désintéressa de l'herbe et posa ses yeux fendus sur l'ombrane en réalisant qu'elle avait omis un détail.
- Au fait, as-tu un nom ?
- Alpha.
- Oh… bien. Mon nom est Solestre, se présenta rapidement l'imbre.
Alpha baissa légèrement la tête en signe de compréhension et attendit la suite. Elle savait qu'elle aurait pu agir de son propre chef puisque sa conversation avec l'imbre rebelle avait passablement amoindri son sentiment de servitude envers le sorcier. Pourtant, elle préférait attendre que l'hybride lui fasse signe. Sans trop savoir comment, elle avait senti que celle qui se tenait à côté d'elle serait un élément déterminant dans la suite des évènements. Et comme toutes les ombranes, Alpha ne souhaitait qu'une chose : réaliser le rêve de son père et créateur, Stéor.
- Allons-y…
Elles disparurent en même temps du rebord de la fenêtre, plongeant dans les ténèbres.
- Tu es sûre qu'elle est ici ?
- Je ne vois pas où elle pourrait être sinon ici, répondit pour la dixième fois Sang, exaspérée par les questions incessantes de Carmin.
- On aurait peut-être dû chercher un peu mieux avant de revenir. Si…
- Plus un mot, murmura Sang.
Sous le poids de la menace contenue dans ces trois petits mots, Carmin retint sa langue mais cela ne l'empêcha pas de jeter un regard irrité à sa cheftaine. Elle était devenu invivable depuis que Magenta était partie en courant et, honnêtement, le démon d'ébène espérait plus que tout la retrouver rapidement : son espérance de vie chutait dramatiquement d'heure en heure depuis son départ. Il était aussi clair que si jamais Kadria avait vent de leur petite escapade, ils auraient toutes les peines du monde à se sortir de ce bourbier. Mais les ordres de sa cheftaine avaient force de loi et surclassaient son instinct de survie. Parfois, le démon trouvait leur société bien atypique : si un supérieur vous ordonnait d'exploser, vous lui demandiez quelle couleur lui ferait plaisir avant de vous exécuter. « Définitivement loufoque… »
La Cabane Hurlante, comme ceux d'ici appelaient la bâtisse, était en vue mais Carmin ne parvenait pas à déterminer si elle était occupée ou non. Par contre l'un des arbres qui l'entouraient, lui, bougeait frénétiquement.
- J'ai un mauvais pressentiment, marmonna Carmin.
- Tu ne l'as que maintenant ? Ironisa Sang en se tournant vers lui.
- Peu importe, répliqua-t-il en poursuivant vers la cabane.
Sang le suivit de près et resserra sa cape autour d'elle. Il y avait peu de noctambules dans le village sorcier voisin mais mieux valait être prudents. Faisant signe à Carmin, Sang parcourut furtivement les derniers mètres qui la séparait de la porte d'entrée et, posant la main sur la poignée, elle allait dire quelque chose quand une onde de choc les souffla tous les deux, les envoyant valdinguer à plusieurs mètres de la dite porte. Sonné, Carmin mit un moment à retrouver son sens de l'orientation. Quel que soit celui qui avait posé ce piège, il connaissait son affaire. Sang un peu plus loin se releva en grognant, se tenant l'épaule gauche d'une main prévenante. « Oh, parfait, son humeur va encore s'améliorer, » se dit le démon noir en se relevant à son tour, railleur. « Il faudra que je pense à remercier le responsable… »
- Rien vu venir, chapeau, souffla Sang d'un ton pensif.
Ils revinrent devant la porte avec une méfiance renouvelée et Sang reposa la main sur la poignée. Cette fois-ci rien ne se passa et la porte s'ouvrit sans aucune autre difficulté. L'intérieur était bien plus sombre que la nuit, la pleine lune offrant au moins un peu de clarté. Ici dans les ombres, le noir restait totalement noir. Sang savait que Carmin était juste derrière, il gardait ses arrières comme il l'avait toujours fait son intégration au groupe. La cheftaine n'avait aucune crainte de ce côté-là. C'est ce qui les attendait dans cette sordide bicoque qui l'inquiétait. Pas quelle redoute une quelconque attaque, après tout, elle savait qui était dissimulé dans ces ténèbres. Mais même en sachant ce qui l'attendait, le choc qu'elle ressentit en sentant un corps se propulser contre le sien fut conséquent. L'air de ses paumons se volatilisa si vite qu'elle se demanda si elle n'avait pas un trou au poitrail. Et immanquablement, elle bascula, entraînant avec elle son agresseur et Carmin, incapable d'éviter la chute pour eux deux. La réception fut lourde mais l'attaquant n'en resta pas là, une faible voix dominée par la panique récita quelques ordres tandis qu'une main se levait dans le noir, brillant légèrement d'un rouge agressif. Manquant s'étouffer en comprenant qu'elle allait souffrir si elle ne réagissait pas, Sang leva le bras dans l'espoir de contrer l'attaque tout en prenant la parole d'une voix pressée.
- Magenta ! Par les flammes, arrête !!
Une certaine hésitation traversa l'agresseur, sa main se figeant à mi hauteur.
- Sang… ?
Le murmure atteint à peine les oreilles des deux nouveaux venus. Carmin, plaqué contre le sol on ne peut moins accueillant de la cabane, poussa un grognement mécontent : son épaule avait heurté quelque chose dans sa chute, le faisant souffrir suffisamment pour l'agacer. Mais il ne pouvait pas lui en vouloir. Pas à elle.
- Qu'est-ce que… que… Vous ne devriez pas être là, vous… que fais-tu de…
Sang avança un doigt vers la source du bafouillage. Elle rencontra les lèvres de Magenta et la fit taire, le temps des explications était venu.
- Magenta, pour commencer ce que tu penses est sans doute faux.
- Tu lis dans mes pensées maintenant ? Répliqua plus agressivement que d'habitude la démone pâle, se dégageant de sa cheftaine.
- Je…
- Je n'ai pas le temps, la coupa durement Magenta en retournant dans la pièce qu'elle venait de quitter.
Déstabilisée, Sang lâcha un juron dans sa barbe tandis qu'elle se relevait, ignorant les commentaires désobligeant de Carmin derrière elle. Sans prévenir, la lumière s'alluma dans la salle qu'ils savaient être le salon et ils durent se protéger les yeux en attendant de s'accommoder à la source lumineuse. Il y avait un léger murmure de l'autre côté, un murmure dont la voix n'était pas celle de Magenta. Fronçant les sourcils, Sang se tourna rapidement vers Carmin en quête d'une réponse qu'il ne possédait pas et, tout aussi perplexe qu'elle, il lui rendit son regard. Sang finit par pénétrer dans le salon avant de stopper net. Dire qu'elle était surprise aurait été un doux euphémisme… Là dans l'un des fauteuils reposait une humaine endormie, sa tête tombant sur sa poitrine tandis que ses bras reposaient mollement sur les bras de son lit de fortune. Ses longs cheveux chatains lui retombaient sur la figure mais les deux démons l'avaient déjà vue auparavant. C'est la forme allongée sur le canapé qui avait arrêté net la cheftaine du Trio. Là reposait une Raziel à l'aspect fort endommagé. Dans un premier temps elle crut même que la jeune femme était morte…
- Magenta ?
La question informulée venait de Carmin et Sang lui fut brièvement reconnaissante : elle ne savait pas vraiment comment réagir en cet instant précis ce qui, pour elle, était une première… en quelque sorte.
- Je ne sais pas ce qu'elle a, expliqua rapidement la démone clair en s'afférant près de la jeune française.
- Où…
- Poudlard, la coupa Magenta sans lui accorder le moindre regard. Il y avait…
Les mouvements de la démone clairs se firent plus hésitants. Ses mains se mirent à trembler légèrement tandis qu'elle étalait une couverture de fortune sur la jeune femme. Elle n'était pas sûre de ce qu'elle avait vu, ou même sentit, à l'approche de cette chose qui rôdait près du collège magique. Mais son apparence était bien celle d'un démon supérieur, n'est-ce pas ? Alors même que son esprit était autre chose, non ? C'est ce que ses sens lui avaient soufflé mais elle ne pouvait pas le concevoir. Ca n'avait pas le moindre sens ! C'était une transgression. Une abomination… Deux bras l'encerclèrent soudain avec douceur, la tirant de ses pensées affolées. Elle ne reconnaissait que trop bien cette étreinte. La voix de Sang murmurait tout contre son oreille.
- Shhh, tout va bien, Magenta.
- Ne dis pas n'importe quoi ! Explosa Magenta en essayant de se dégager, mais l'étreinte était ferme. D'abord cette folie, puis toi, et elle… et maintenant cette abomination.
- Magenta, avant que je ne te rencontre, j'ai grandi avec Kadria, déclara doucement Sang qui faisait un effort considérable pour ne pas crier, exaspérée.
- Quoi ?! S'exclamèrent en même temps les deux autres membres du Trio.
Sang soupira et délivra sa compagne de son étreinte, s'écartant de quelques pas avant de froncer les sourcils. L'attention des deux démons qui lui faisaient face était totalement rivée sur elle à présent. Croisant les bras pour dissimuler son malaise, des souvenirs longtemps ignorés se rappelèrent à la mémoire de Sang. La plupart étaient douloureux.
Carmin était légèrement choqué par cette révélation : d'ordinaire les démons voués à travailler ensemble ne partagent aucun passé. C'était l'une des lois les plus fondamentales de leur monde. Comment diable Sang avait-elle pu être affectée aux Mains Sanglantes, sous les ordres de Kadria, si ces deux là avaient eu un passé commun ? Magenta était à peu de choses près dans les mêmes questions que son homologue noir, si ce n'est qu'elle se posait plus des questions sur sa propre relation avec la démone. Même après ces quelques décennies passées à ses côtés, elle ne savait pratiquement rien de Sang. Tellement pathétique… et frustrant.
- Nous avons été élevées ensemble lorsque je n'avais que 20 ans et jusque à mes 40 ans environ… Elle en avait le double, évidemment. Je sais que c'est impossible mais… Elle a fait quelques entorses au règlement et je n'avais pas le cœur à la dénoncer pour si peu, déclara lentement Sang, plongée dans ses souvenirs.
- Alors…, Magenta hésita puis se tut : elle avait mal réagi.
- Nous n'avons aucun lien de parenté, poursuivit platement Sang, absente. Mais nous nous considérons comme sœurs…
- Sœurs ? Toi et le grand manitou, sœurs ? Lâcha Carmin, la mâchoire pendante.
- Carmin, grogna Sang en le fusillant des yeux.
- O-oui, oui, ok, désolé, s'excusa Carmin en levant les mains. Mais… Par les princes…
- Ca ne change rien, ok ? Pas la peine d'en faire toute une histoire, râla Sang avec une grimace mécontente.
Les deux autres se turent : l'humeur de leur cheftaine se dégradait à vue d'œil. Magenta finit par rejoindre la fière démone et l'embrassa rapidement, une expression coupable sur les traits. Elle s'excusa à mi voix, détendant suffisamment Sang pour que cette dernière cesse de fixer un regard meurtrier sur Carmin. Le démon noir soupira de soulagement avant de s'intéresser à nouveau aux deux humaines, mal-à-l'aise : il avait poussé leur cheftaine à s'expliquer sur son passé ce qui chez les démons était plutôt mal perçu. Il fit un petit bond sur le côté en constatant que l'une de leurs invitées était réveillée et les observait avec une méfiance plus que visible. Hermione, le teint pâle, les cheveux défaits, portant une tenue pour le moins légère, s'était à moitié redressée dans son fauteuil, toisant les trois démons d'un regard noir.
- Je pourrais peut-être avoir une explication maintenant, si ce n'est pas trop vous demander ? Demanda une Hermione excédée.
Si sa colère n'avait pas été aussi grande, elle aurait sans doute évité de parler ainsi à des démons qui malgré leurs manières civilisés avaient une patience plutôt limitée. C'est du moins ce qu'elle remarqua lorsque les yeux de la cheftaine se firent d'acier. « Oups… »
- Tu peux répéter, humaine ? Cracha Sang en faisant un pas vers elle, les poings fermés.
- Sang !
Magenta attrapa la démone couleur sang par le bras tandis qu'Hermione se tassait dans son fauteuil, apeurée. Personne ne savait comment tout ça aurait pu se terminer car un gémissement imperceptible se fit entendre dans le salon, figeant tout le monde. Raziel, allongée de tout son long sur le canapé, se tournait et se retournait sans cesse sans avoir conscience que le canapé n'était pas très large. Elle faillit tomber du canapé en question, sortant Hermione de son étonnement. La préfète en chef des lions se leva d'un bond et vint s'agenouiller au pied du canapé, posant sa main gauche sur le front de la française tandis que la droite venait saisir la main qui se crispait sur le cuir. L'état de sa compagne n'était vraiment pas rassurant. Des flashs de sa propre séance de torture apparurent dans sa mémoire, la faisant aussitôt pâlir. « Non, non, non… » Hermione ferma les yeux, une forte envie de vomir montant en elle.
- Ca va ? Demanda Carmin, un peu inquiet par l'immobilité soudaine de la jeune femme.
- Que lui est-il arrivé ? Questionna finalement Magenta comme le silence s'éternisait.
- Torture, répondit d'une voix absente Hermione. Ils nous ont… torturées.
La seule réaction de Sang fut un froncement de sourcils tandis que Carmin serrait un poing colérique. Pour avoir eut des périodes… difficiles dans sa vie, le jeune démon d'ébène avait à présent un dégoût profond pour la violence gratuite. Magenta pour sa part quitta le flan de sa cheftaine pour se rapprocher des deux humaines. Décidément, plusieurs choses allaient de travers récemment : d'abord cette étrange chose, puis cette nouvelle… sans oublier sa dette. « Comment oublier… Mais la torture ? Qui ? A moins que… »
- Voldemort ? Interrogea doucement la démone claire.
- Oui, fut la seule réponse de la jeune humaine.
Un autre long silence s'ensuivit. Sang finit par s'approcher de Magenta par derrière et l'encercla de ses bras, observant par-dessus son épaule la figure allongée de la française. La cheftaine n'était pas totalement stupide : elle commençait à mettre certains noms sur certains problèmes. Resserrant ses bras autour de Magenta en ignorant la surprise de celle-ci, Sang plaça ses lèvres près de son oreille pour lui permettre de lui parler discrètement.
- Certaines personnes prétendent que Lucifer aurait une fille… Tu le savais ? Fit Sang en prenant un ton volontairement amusé, lui faisant croire qu'elle n'en croyait pas un mot.
- A-Ah bon ? Répliqua Magenta, perturbée par ce changement de sujet.
- Oui… Il paraît même qu'elle est une Main Sanglante, souffla Sang en se retenant de sourire : sa compagne était tendue.
- O-Oh…
Carmin aurait bien aimé se rapprocher pour les entendre mais ils se ravisa au dernier moment : si jamais Sang le prenait en train de les espionner, il savait parfaitement ce qui l'attendait. Et franchement, le démon n'avait aucun intérêt pour le crochet du droit de sa cheftaine. Sa mâchoire s'en passera à merveille. Au lieu de ça, il contourna le canapé et se pencha sur la jeune française toujours inconsciente sous les yeux voilés de la sang-de-bourbe. Hermione avait du mal à se défaire de ses souvenirs de coupures, brûlures et autres joyeusetés sadiques. Elle se sentait également un peu coupable… Raziel l'avait soignée : elle était totalement guérie de ses blessures, du moins ses blessures physiques ; mais elle en contre partie ne pouvait rien pour la française. Fixant son regard sur le visage pâle de la serpentard, la gryffondor maîtrisa un petit sanglot et se pencha sur elle. Elle se fichait pas mal de la présence des démons. Même les yeux perçants du démon noir qu'elle sentait peser sur elle la laissaient indifférente. Elle souhaitait tellement que sa française se réveille… Inconsciemment, Hermione se mit à rougir tandis que ses lèvres frôlaient celles de la seule personne capable de la faire agir sans réfléchir.
Les deux démones avaient durant quelques minutes interrompu leur dialogue pour observer la jeune humaine mais Sang n'avait pas l'intention d'abandonner si tôt. Elle avait bien l'intention d'agir à présent. Ils n'avaient plus le temps de jouer : le comportement de Kadria lui avait bien fait comprendre cela.
- Alors ? Je me demande à quoi elle ressemble, murmura Sang.
- Tu…
- C'est fou, on croit connaître les gens et puis, fit Sang avant de laisser mourir sa phrase.
Magenta ferma les yeux un instant puis, au grand étonnement de Sang, donna un léger coup de coude à cette dernière au niveau des côtes. La cheftaine flancha, plus par surprise que par douleur avant qu'un sourire ne courbe ses lèvres.
- Si tu connais la réponse, pourquoi la question ? Commenta Magenta d'un ton amusé.
- Tu me connais. Je dois dire que sa fille est aussi belle que lui...
- Alors tu savais… Depuis combien de temps ? Demanda la fille de Lucifer en se tournant dans l'étreinte de sa compagne, lui faisant face.
- Depuis ta convocation expéditive chez le Prince, se contenta de répliquer Sang avant de poser la question qui la hantait depuis son entrée dans le salon. Par contre, pourquoi les as-tu amenées ici ?
- Oh ça, murmura Magenta en détournant le regard, préoccupée.
- … Magenta ?
- Quelque chose les traque, répondit d'une voix si basse la démone claire que Sang du se pencher pour l'entendre. Une chose… Sang, ça avait l'apparence d'un des nôtres mais ça ne l'était pas. C'était… C'était…
Voir paniquer Magenta avait toujours déstabilisé Sang. Hors là elle était carrément effrayée. « Qu'est-ce qui peut bien lui faire aussi peur ? » Pensa Sang en enlaçant la démone tremblante, soucieuse.
Le vent avait encore atteint des piques de vitesse depuis qu'ils étaient apparus non loin du sommet. La neige fondue qui tombait au sein des rafales furieuses donnait à l'air une température glaciale. La plupart des mangemorts grelottaient de froid, entraînant un sourire dédaigneux chez le traite-démon. Tdork ne pouvait pas louper ça : le spectacle risquait d'être de taille. Oh bien sûr, il n'avait pas l'intention de participer car tuer un membre de sa race… Le vieux démon trouvait cela trop radical mais, par contre, il trépignait d'impatiente : il allait savoir. Quoi de mieux pour lui ? « Mon maître, vous n'aurez jamais plus honte de moi… »
Voldemort se savait au sommet d'une pyramide de pouvoirs complexe et, bien qu'il ne soit pas forcément le leader de ces pouvoirs, il avait bien l'intention d'en devenir le maître. Il savait que ses pouvoirs étaient un don de Satan suite à son invocation mais cela ne voulait pas dire qu'il devait quelque chose au démon écarlate. Il était le maître en ce monde et rien ni personne ne viendrait remettre en cause ce fait. Il était parvenu à retenir à ses côtés l'imbre depuis son retour dans la nuit. A présent le soleil était à son zénith et l'imbre était toujours là, un peu plus loin derrière lui. Il se méfiait d'elle plus que de quiconque mais il devait bien avouer qu'elle était l'un de ses atouts majeurs et il rechignait à la tuer si le besoin s'en faisait sentir. Ses pensées dérivèrent sur Alpha tandis qu'il poursuivait son ascension du pic avec peine. L'ombrane était une machine à tuer. Un véritable bras armé pour ses ambitions mais malheureusement, il la trouvait un peu trop fière. Et surtout méfiante. Très méfiante. Un déplacement d'air non loin lui fit tourner la tête juste à temps pour voir atterrir l'objet de ses pensées. Alpha s'avança un peu vers lui, s'arrêtant à quelques mètres et s'inclina maladroitement : le vent jouait dans ses ailes ce qui perturbait son équilibre.
- La stèle est proche… mon maître, annonça la voix gutturale de l'ombrane.
- Bien, bien, tu peux disposer, répondit Voldemort d'un ton hautain.
Alpha retint un grognement et s'éloigna en direction de Solestre. Le lord n'y prêta pas attention.
L'imbre observa l'approche de l'ombrane avec un léger sourire, suivant les traces que les mangemorts laissaient dans la neige devant elles. Quand l'ombrane fut à côté d'elle, Solestre garda le silence mais la gratifia d'un discret hochement de tête. L'ascension poursuivit son cours encore quelques minutes lorsqu'ils atteignirent enfin la stèle mentionnée par l'ombrane. La pierre était presque entièrement recouverte de gèle, les inscriptions étant depuis longtemps effacées. Le lord manoeuvra sur le côté, laissant la place au reste de la colonne. Les mangemorts se rangèrent près de leur maître, cinq de chaque côté plus Lucius juste derrière le lord noir. Tdork se décala à son tour pour laisser passer l'imbre, cette dernière étant suivie par Alpha. L'imbre retint de justesse un sourire condescendant en rendant son regard au seigneur noir puis elle s'avança vers la stèle et la frôla des doigts. Une fois juste derrière la pierre gelée, elle se tourna vers un petit espace dégagé et entama l'ouverture de la porte avec une aisance rare. Tdork en fronça les sourcils : il savait qu'une imbre habitait le corps de ce démon. Ce qui était déjà une violation grave. Mais il n'aurait jamais pensé que l'imbre en question soit aussi versée dans l'art de la magie. S'il prenait en plus en compte le fait qu'elle soit impossible à maîtriser, il se retrouvait avec un cocktail explosif. Sobrement, le vieux démon s'éloigna de l'imbre avec ce qui pouvait ressembler à de la peur.
Un craquement résonna au sommet de l'Everest. Subitement le vent se figea et le sol trembla. Les mouvements chaotiques du sol faisaient glisser de grosses plaques de neige, déclenchant des avalanches à répétition. Le tremblement cessa à l'instant même où deux trous apparaissaient dans la neige à deux mètres de distance. Deux colonnes faites de vent, de feuilles et de poussière surgirent du sol, défiant l'imbre qui les avait invoquées. La fumée qui apparut entre les deux colonnes n'était pas noire comme d'habitude mais dorée. D'une intensité semblable aux rayons du soleil. A tel point que Solestre dut lever une main devant ses yeux pour les protéger, comme tous les autres d'ailleurs. Peu à peu la fumée se dissipa et la lumière fit de même, leur permettant de voir ce qui les attendait. Mais avant même qu'ils rouvrent les yeux, une voix mi amusée mi agacée se fit entendre, cinglante.
- Eh bien, eh bien, quel étrange rassemblement pour me saluer…
Aussitôt Tdork se raidit. Cette voix. Il ne pouvait pas y croire. Ce n'était pas possible, comment ce gardien pouvait-il être… La réaction du vieux démon n'échappa pas au lord noir et à son bras droit. Tout deux en furent déboussolés. Mais lorsqu'ils virent la réaction de l'imbre, se fut le bouquet. Solestre s'était également raidie. De toute évidence, elle connaissait elle aussi la démone qui se tenait devant eux et qui se présenta spontanément, se souciant très peu d'y être invitée ou non.
- Kadria Bel Thoram Ril, que puis-je pour vous ? Fit Kadria en contenant un rire, donnant son nom complet à la petite assemblée.
Un silence lui répondit. Solestre n'avait plus du tout envi de parader et Tdork, quand à lui, cherchait désespérément un coin ou se cacher. Non définitivement, cette porte ci n'avait rien à voir avec la sienne...
A suivre
Voilà, le prochain chapitre va être amusant à écrire, y'a tant de choses encore... (soupir) Je le livrerai dans une semaine ou quinze jours maximum.
Bises,
Lumenor.
