Je me jette sur le lit

Je me jette sur le lit
Et repense les larmes aux yeux à la première fois ou je t'ai rencontré Bill.

Paris
Hotel Wesminter-Hyatt Opéra
Mars 2007

Ce Mercredi du mois de mars la maison de productions m'avait assignée comme tâche de participer conjointement avec Universal à l'interview de son groupe phare: Tokio Hotel .

Ils étaient installés au bar d'un palace de la rue de la Paix pour les interviews qui accompagnaient la sortie du second album Zimmer 483 (chez Polydor-Universal).
Calme, ponctualité, sourires, entourage courtois, rien de la tension que l'on sent souvent autour des gros noms du rock.
À l'extérieur, des jeunes filles attendaient sur le trottoir.
À cette heure-là, la plupart des classes des collèges parisiens sont en cours.
Dans l'après-midi, la foule s'était si dense à l'extérieur de l'hôtel qu'il faudra interrompre la circulation un moment dans la rue de la Paix.
Mais pas d'incident majeur, juste les cris d'amour et les poussées collectives d'adrénaline que l'on connaît en ces cas-là.
On les connaît bien, justement, ces scènes de passion collective de gamines enfiévrées : les films de la beatlesmania, les souvenirs du temps des boys band, le vacarme des apparitions de Britney Spears.
Dans le cas de Tokio Hotel, elles contrastaient curieusement avec la douceur des membres du groupe, et surtout de Bill, son chanteur-icône.
C'est là que mon coeur a fit un bond dans ma poitrine en te voyant.
Sur les photos et dans les clips, c'est un personnage androgyne aux cheveux hérissés, aux ongles vernis et aux yeux maquillés, composite de Nicola Sirkis d'Indochine, de Brian Molko de Placebo et de Robert Smith de The Cure.
Face à face, c'est un jeune homme qui porte dans le regard une délicatesse de nonne sous une crinière de scandale aux mœurs.
Bill Kaulitz franchement beau à tomber par terre même avec un sourire d'une candeur, d'une chaleur et d'une innocence désarmante.
J'ai fondu .
Piercé, maquillé et coiffé tu parle d'un ton assez enthousiaste pour compenser le caractère raisonnable de ses propos.
Tu allais avoir 18 ans le 1er septembre (j'avais bien retenu car du haut de mes 20 ans je risquais le détournement de mineurs moi)
Et quand Delphine t'a questionné sur les dangers de ton métier, qui a brisé tant de jeunes gens, tu as expliqué avec ton sourire d'ange : « Ce danger existe dans toutes les professions. On peut faire une dépression nerveuse ou s'effondrer d'épuisement quand on est médecin. Dans notre métier, il faut faire attention, vivre avec une vraie envie. Il y a beaucoup de stress, d'obligations, de contraintes qu'il faut gérer. Mais nous sommes assez disciplinés et faisons attention à nous. »

De quoi rassurer les parents dont les filles pleurent parce que toutes les places pour le concert de Tokio Hotel, le 17 avril 2007 au Zénith de Paris, s'étaient vendues en quelques ­heures, il y a des mois : si ces quatre Allemands ont une destinée singulière, ce sont des jeunes gens normaux qui ajoutent de l'Evian dans le très chic jus de pommes vertes servi dans ce bar d'hôtel.
Ils se délectaient avec mesure, d'ailleurs, de ce luxe.
Enfants des classes moyennes de Magdebourg, dans l'est de l'Allemagne, ils avaient tôt connu les projecteurs,.
J'appris ainsi que toi Bill tu avais été finaliste de la version allemande de « Nouvelle Star » à l'âge de onze ans.
Le choc fondateur ?
Pour toi Bill: un concert de la chanteuse Nena (celle de 99 Luftballon) à la télé quand tu avais six ans.
Pour ton frère jumeau Tom, c'est le guitariste Joe Perry d'Aerosmith.
Pour le bassiste Georg Listing: un contexte parental Beatles-Rolling Stones-AC/DC.
Pour le batteur Gustav Schäfer:" Eric Clapton, Joe Cocker et toutes ces stars de l'époque ».

Apprentissage de la musique par le rock, entre cinq et dix ans.
Les frères Kaulitz envoyaient leurs premières cassettes à des maisons de disques à l'âge de neuf ans. « On a eu beaucoup de ­chance, notamment d'avoir eu une éducation plutôt libre, d'avoir des parents qui nous ont toujours ­soutenus en sachant que la musique était une chose importante pour nous. Ils nous ont accompagnés aux concerts - on n'avait pas l'âge­­­ du permis. »

Le groupe né en 2001, quand ils avaient entre douze et quatorze ans. explose quatre ans plus tard avec un premier album sorti en Allemagne. Rock à la Green Day ou à la Foo Fighters, un peu d'imagerie metal et des mélodies pop à la Coldplay.

Abordant les grands thèmes basiques de l'adolescence

Les méchantes langues parlaient de la réincarnation prépubère de Scorpions sans les bouclettes mais avec les slows. « On n'imaginait même pas dépasser le niveau régional », souligne Tom Kaulitz. En quelques mois d'hystérie très maîtrisée, Tokio Hotel via Internet se répand dans les cours de récréation et devient le groupe majeur d'une génération de collégiens - et surtout de collégiennes.
En deux années, quelques dates en France et deux albums, ces 4 jeunes Allemands ont fait pour le rayonnement de la langue de Wagner au pays de Molière que n'importe quelle autre action culturelle ou politique.
L'Institut Goethe à Paris subit la déferlante et voit son taux de demande d'inscription tripler, l'Anglais commence à ne plus être autant choisi en 1ère langue ne 6ème, les jeunes désirant comprendre les paroles de leurs idoles.

Les textes (maintenant traduits en français sur les livrets) recensent tous les grands thèmes basiques de l'adolescence certes, mais de la vie en général tout simplement, mâtiné d'une dose forte de spiritualité : l'amour à vie, la découverte de la sexualité, les difficultés d'expression, le suicide, le mal-être, le sentiment d'être seul face au monde entier...

Ainsi le nouvel album tire-t-il son titre d'un passage de la chanson Reden : « Allez, entre maintenant/Tout va bien se passer/Dans la chambre 483 (...) On voulait seulement/Parler/Et maintenant/Tu es couchée ici/Et je suis à tes côtés. » Et on entend un peu partout la vulgate rock de la libération de chacun : « Je me sens à l'étroit/Comme claustrophobe/Fais-moi de la place/Avant que je casse tout/Pour sortir d'ici/Ne me retiens pas/Je me tire » (dans Ich Brech Aus).
La façon d'aborder les textes et même les sujets était assez surprenante émanant d'un garçon de 17 ans

« Normalement, la question d'aller en France pour faire de la musique ne se pose pas pour un groupe allemand. C'est quand on a commencé à avoir des fans en France que l'on a réfléchi à notre venue ici. Mais ce n'est pas normal, on s'en rend bien compte : pas plus qu'on n'entend parler de musique française en Allemagne, la musique allemande n'est pas présente en France. »
Hormis des artistes d'exception comme la diva soprano punk NINA HAGEN dans les années 70 qui en a choqué plus d'un en se masturbant sur scène, le génial Klaus NOMI avant gardiste inspiré du mouvement électro. Tout le monde se souvient de NENA et des 99 luftballon, SCORPIONS , Sandra le phénomène Pop des 80's, PROPAGANDA DORO sa version Hard-rock qui a connu une belle carrière aux USA ou encore RAMMSTEIN.
Mais ce groupe avec son originalité et son univers bien à lui a une horde d'afficionados fidèles depuis des années malgré la barrière de la langue

Zimmer 483, sorti fin février, était une des rares bonnes nouvelles du marché du disque, avec des rythmes de ventes qui rappellent les fastes années du CD.
Et ma maison de productions décida de mettre les petits plats dans les grands en surfant à fond sur la vague .
Et Tokio Hotel ne cachait pas des ambitions plus larges, notamment en enregistrant désormais aussi en anglais, même si « on continuera à faire nos chansons en allemand en les traduisant ensuite en anglais ».
Mais pas de rodomontades conquérantes

- « on a tellement de chance, déjà. » C'est ce que tu répétais sans arrêt Bill en laissant seulement paraître une fierté un peu tautologique
: « Quand j'étais petit, j'ai dit que, plus tard, je serais musicien. On m'a dit que je n'y arriverais jamais et qu'en grandissant je trouverais une autre voie. Mais regardez-moi, avec mon look : vous ne pouvez pas imaginer que je sois avocat ou que je travaille dans une banque, ce serait ridicule. » Avoir un ange maquillé dans une banque, ce serait difficile, en effet...

C'était la première fois que je te voyais mon Amour.
Après ce succès.
Comme j'étais dans vos âges je fus désignée pour les suivre durant quatre mois sur les routes afin de réaliser interviews et documentaires.
Un gros challenge professionnel
Mais un vrai bonheur pour la pure groupie amoureuse que j'étais devenue.