La voix du professeur de potions résonnait contre les murs grisâtres des donjons de Poudlard. Ses lèvres s'ouvraient, se fermaient, s'étiraient alors que celui-ci tentait d'expliquer à ses élèves somnolents les directives de la potion qu'ils auraient à réaliser.

Peu attentif, Severus tournait lentement les pages griffonnées de son manuel. Bien avant aujourd'hui, il avait eu l'occasion de faire et d'améliorer le mélange expliqué. Rien de bien compliqué lorsque l'on savait comment s'y prendre. Cette potion n'avait été qu'une simple potion parmi toutes celles qu'il avait revues. Severus eut un bref sourire en coin. Tous les professeurs de Poudlard avaient bien dû l'admettre : Severus Rogue excellait en potions. En obtenir la note maximale à ses buses avait été un jeu d'enfant et il avait la conviction qu'il en serait de même cette année pour ses aspics. Ce talent lui venait sans aucun doute de sa mère, une sorcière qu'on disait aussi habile que lui. Il était plus qu'impensable qu'une habileté comme celle-ci lui vienne du sang qui coulait dans les veines de son géniteur. Les moldus sont tous les mêmes; et jamais leur sang ne sera digne d'héberger la magie. Jamais.

Soudain, un coup de baguette sur son chaudron ramena Severus à la réalité. Le professeur de potions le regardait d'un air grave, alors qu'il annonçait, à l'intention de toute la classe :

«...et ce travail, qui aura une influence importante sur votre résultat aux aspics, se réalisera avec l'aide d'un partenaire.»

À l'instant où il eut prononcé ses mots, une agitation s'empara du donjon. Les serpentards et les griffondors présents dans la pièce se jetait des regards entendus, mettaient en ordre les équipes en quelques bas chuchotements.

«Les équipes seront formées selon mon jugement, ajouta alors le professeur d'une voix assez forte pour que chaque visage se tourne en sa direction, et je ne veux entendre la moindre plainte. Dans le cas contraire, le plaignant en question verra évidemment les points accordés à sa maison diminuer et, si son mécontentement persiste, sa note s'amoindrir. Des questions ?»

Le professeur jeta un regard circulaire tout autour de la pièce. Comme aucun n'élève n'osait protester, il prit un air satisfait et débuta la formation des équipes, sous les regards ahuris mais silencieux des jeunes sorciers. En effet, il semblait que le maître des potions prenait un malin plaisir à mélanger les élèves des deux maisons afin d'en faire des unions explosifs.

De son côté, Severus n'avait pas la moindre intention de faire équipe. Déjà, il avait commencé à mélanger les ingrédients nécessaires, et il notait consciencieusement chaque réaction et chaque geste à faire pour contrecarrer une erreur. Personne ne le forcerait à collaborer avec un autre élève. Personne.

Toutefois, le professeur ne semblait pas de cet avis. Le regard plus grave que jamais, il s'avança vers Severus et tapa sa baguette sur le chaudron fumant du serpentard jusqu'à ce que celui-ci daigne lui accorder un peu d'attention.

« Severus Rogue, vous ferez équipe avec...August Flukeson. Venez, Flukeson.»


Severus observait ce griffondor qui mangeait, aussi seul que lui, à sa table respective dans la grande salle de Poudlard. Flukeson. De son regard perçant, Severus le détailla de haut et avec mépris. L'autre avait les cheveux encore plus sauvages et négligés que James Potter. Ses mèches brunes vagabondaient de chaque côté de son visage anguleux, et ses sourcils fins et arqués lui donnait l'allure d'un insecte. Par ailleurs, le griffondor avait un corps frêle, la peau blême et de grands yeux noirs, ce qui n'avait pour résultat que de renforcer ardemment cette idée.

Alors que le regard de Severus se faisait aussi brûlant que la braise en direction de Flukeson, ce dernier tourna rapidement la tête. Ses yeux et ceux de Severus se croisèrent, l'espace d'une seconde, mais le serpentard se renfrogna et baissa les yeux sur son assiette avec un air hostile. De son côté, Flukeson sourit maladroitement et retourna aussi à son repas, un voile triste et incompris désormais devant les yeux.


«Qu'est-ce que c'est ?» demanda un élève assis à l'avant, sur le sol humide.

La professeur de Soins aux créatures magiques s'approcha de l'animal qui était étudié ce jour-ci. Elle tendit la main, et la petite créature bleue en cage s'agita et tenta de s'envoler, mais se heurta aux parois de son enclos.

«Ceci est un lutin. Un lutin de Cornouailles. Nous l'étudierons.»

Tout à coup, le lutin bleu électrique se mit à gesticuler et à crier, devenant bientôt incontrôlable. La professeur ne savait plus où donner la tête. L'être était épris d'une panique terrible, et il se secouait violemment contre les barreaux de sa cage.

«Que se passe-t-il, petit être ?» demanda-t-elle, soucieuse.

De son côté, Severus observait la scène, amusé. Les cours de soins au créatures magiques lui avaient toujours parus futiles. Il perdait inutilement son temps. Sans aucune doute, il préférerait occuper son temps à comprendre de nouveaux sortilèges et à perfectionner son art noir.

« Vous avez remarqué, madame ? » nota le même jeune sorcier qui avait questionné la professeur, quelques minutes auparavant.

«En effet... oh ! Regardez, élèves, dans le ciel, il y en a un nuage, une nuée !

-Ils approchent !» s'exclama une griffondor.

Tous les regards se levèrent. Dans le ciel, un nuage de papillons se démarquait parmi les nuages. Seconde après seconde, ce nuage composé de millions de papillons grossissait, grossissait. Comme les papillons ne voyagent habituellement pas en groupe, ou de moins pas en groupe de cette envergure, des murmures s'élevèrent partout dans le groupe d'élèves. Qui plus est, la professeur aussi partageait ses réflexions avec les jeunes sorciers, oubliant instantanément son cours et le lutin agité. De son côté, Severus observait les petits insectes, le regard grave.

Soudain, les papillons changèrent d'altitude. Ils approchaient. Ils descendirent et atteignirent bientôt le niveau des sorciers. Certains se mirent à hurler, effrayés par les millions d'insectes qui volaient tout autour d'eux. Puis, un jeune sorcier se leva. Severus reconnu Flukeson. Celui-ci écarta les bras du long de son corps et, à la surprise de tout le monde, tous les papillons vinrent se déposer sur lui.

«Que faites-vous ici ? Allez-vous en, chers amis...» réprimanda amicalement Flukeson, embarrassé.

Tous les yeux, ceux de Severus y compris, se tournèrent vers le jeune griffondor et sur les papillons qui, sur son ordre, s'envolèrent aussitôt.


Leurs mains se touchèrent alors qu'ils essayaient, au même instant, de saisir chacun de leur côté la bouteille remplie bave de crapaud qu'il restait à ajouter à la potion. Comme si le contact avec la main d'un griffondor lui assurait une mort certaine et immédiate, Severus retira la sienne avec dédain. Flukeson pencha la tête sur le côté et cligna ses paupières, déçu d'avoir engendré une telle réaction à celui avec qui il essayait en vain de fraterniser.

«Pourquoi réagis-tu toujours comme ça?»

Severus lui jeta un coup d'œil, ignora simplement son intervention et retourna à la lecture de la page gribouillée de son manuel. Flukeson en profita alors pour saisir le contenant posé entre eux. Il pencha la bouteille et le liquide visqueux s'écoula lentement dans leur chaudron commun.

«Laisse-moi seulement participé à tout ça! Je vais m'occuper de l'ingrédient final. . .»

-Flukeson, ton idiotie ne réussirait qu'à nous faire exploser cette potion à la figure. Laisse-moi t'apporter un résultat en potions que, sans moi, tu n'aurais jamais pu obtenir. Maintenant, tais-toi.» répliqua Severus sans même lever les yeux de son manuel.

«Tu te trompes. Fais-moi confiance.

-Jamais. Des dix gouttes, tu n'en mettrais probablement pas le nombre nécessaire.

-Tu te trompes. Jusqu'à maintenant, tout se passe merveilleusement bien.»

En réalisant la portée des paroles de son coéquipier, Severus leva la tête de son manuel et la tourna vers le griffondor. Avec rage, il saisit violemment la petite bouteille des mains de Flukeson.

«Est-ce si difficile pour toi de faire ce que je te dis de faire, et d'oublier ce que je te dis d'oublier ? Pourquoi les griffondors sont-ils tous aussi…»

arrogants.

Severus ne termina jamais sa phrase. Dans son irritation, alors qu'il hurlait en ramenant le contenant vers lui, il fit un geste involontaire et renversa la bouteille de bave de crapaud dans le chaudron. Aussitôt, d'immense clapotis se firent entendre et le tout explosa avec fracas. Tous les regards se tournèrent vers eux. Debout et abasourdi, Severus regardait les morceaux de bois visqueux qui étaient autrefois la table qu'il partageait avec Flukeson.

Il chercha le griffondor des yeux. Lorsqu'il le vit, étendu et trempée du liquide qui avait envahi le sol, il essaya de cacher l'émotion qui l'avait envahi. Au lieu de laisser ses yeux s'agrandirent de stupeur, il fonça les sourcils du mieux qu'il pu et masqua sa peur d'un rictus indifférent.