Severus ralentit.

«...il va bien, c'est ce que ma dit l'infirmière. Il sera sur pieds demain, si ce n'est pas aujourd'hui.

-Tu crois que ce... Rogue a délibérément fait exploser la potion ?

-J'en suis sur... Après tout, on m'a dit qu'il pratiquait la magie noire. C'est un serpentard et il est tellement sinistre !

-Tu crois qu'il est en rapport avec... enfin, tu-sais-qui ? Celui qui a commis ce meurtre, après avoir laissé plané ce signe dans le noir ?

-Cette option n'est pas à prendre à la légère... après ce qu'il a fait à ce pauvre August, nous devons nous tenir sur nos gardes. James et Sirius ne l'apprécient pas non plus, et ils l'ont à l'œil. Ces deux-là, ils s'y connaissent en ces choses- là.

-Je suis d'accord ! Ils sont terribles...

-Oui, ils sont si...»

Severus accéléra le pas et doubla les deux sorciers de première année qui frémirent en l'apercevant. Ils devaient d'ores et déjà s'imaginer les sévices que leur ferait endurer Severus après avoir entendu leur conversation. Toutefois, le serpentard y était indifférent. Il avait entendu ce qui l'intéressait, et n'avait rien à faire du reste. Bien que cela était la dernière chose qu'il voulait ressentir, bien qu'il ait effacé la compassion et la générosité de sa palette d'émotions, il était soulagé, presque heureux que Flukeson s'en remette bientôt.


«Je crois qu'il serait bon pour toi de t'ouvrir un peu plus sur tes sentiments, Severus.»

Severus leva un sourcil en sa direction.

«Je sais que cela te démange de simplement me demander si je me suis bien remis de l'explosion que tu as causé et qui m'a fait passé toutes ces nuits à l'infirmerie. Je sais que cette idée est là, dans ta tête...»

Flukeson leva un doigt dans l'intention de l'appuyer contre la tête de son interlocuteur, mais celui-ci recula d'un mouvement vif.

«...mais je sais aussi que jamais tu ne vas me le demander. Je crois aussi savoir que tu préférerais avoir la langue coupée plutôt qu'avoir à le faire. C'est pourquoi je vais te le dire: oui, ça va, Severus. Je ne t'en veux pas. Je vais très bien, bien que mes cheveux ne reprendront jamais leur couleur originelle... mais j'apprécie toutefois cette teinte blanchâtre. Elle me fait songer à. . . une partie de moi.» annonça Flukeson, soudain rêveur.

- «Si j'aurais voulu connaître tes états d'âmes, je te les aurais demandés.

- Ça, je ne le crois pas. En fait, j'ai la certitude que tu ne l'aurais pas fait.» répliqua Flukeson, mais sa voix n'était plus qu'un murmure que Severus n'entendit pas.

Il était déjà parti.


Les clochettes suspendues en haut de la porte tintèrent lorsque Severus l'ouvrit. Il fut aussitôt envahi d'une horrible odeur suffocante. Il venait d'entrer dans une boutique d'animaux magiques, située à Pré-au-lard. S'il était entré dans cet endroit, c'était pour éviter de rencontrer James Potter et Sirius Black, qui erraient non loin de là. Depuis l'incident en potions, ils ne cessaient de l'observer et de le scruter. Severus n'avait pas la moindre envie de se faire toiser par ces deux idiots pendant cet après-midi libre à Pré-au-lard, ni d'attirer l'attention, car il avait plus important à accomplir. C'est pourquoi il s'était caché dans cet endroit un instant, mais c'était avant de le rencontrer.

Le griffondor aux cheveux blancs comme la neige se trouvait entre plusieurs cages dorées où grouillaient une multitudes de petites choses. Severus s'approcha. Les cages étaient remplies de papillons. Tous blancs, pour la plupart. Puis, Flukeson se retourna et l'aperçut, mais Severus n'envisagea même pas de partir. Pour aller où, d'ailleurs ? Rejoindre les Maraudeurs ? Mauvaise idée. Il resta immobile, fixant idiotement le sorcier aux cheveux blancs. Flukeson avait de nouveau tourné toute son attention envers les insectes.

Severus s'approcha de son ancien collègue. Il voyait à présent parfaitement les détails qui composaient les étranges papillons blancs. Il fut soudain pris de stupeur lorsqu'il remarqua l'inexplicable ressemblance entre les bêtes et Flukeson. Curieusement, les sourcils du griffondor étaient plus arqués que jamais, comme de petites antennes. Ses pupilles étaient grosses, sans iris, et un léger duvet semblait recouvrir sa peau.

Soudain, August Flukeson regarda Severus. Il sourit et saisit la main du serpentard, dans laquelle il inséra un petit papillon qui se débattait nerveusement. Le regard grave de Severus se posa sur l'animal, puis sur le griffondor. Ensuite, il fonça les sourcils et écrasa le papillon blanc à l'intérieur de son poing. Alors qu'il sortait de la boutique, sans même jeter un coup d' œil en arrière, Severus ouvrit sa main. La carcasse du petit être roula sur la sol, et il ne resta plus qu'une poudre douce et blanche comme la lune sur sa paume.


Severus était préfet. Il avait reçu cette lettre vers la fin des vacances, il y a quelques années, celle où on lui indiquait tout ce qu'il devait savoir sur son nouveau titre. Dès que le regard de sa mère c'était posé sur le parchemin doré, par dessus son épaule, elle avait ricané comme une hyène. Cette confiance aveugle en Severus de la part de Dumbledore ne cessait de l'amuser, mais l'ennuyait, d'un autre côté. Parce qu'aucun Mage noir ne désire voir son fils rejoindre les rangs d'Albus Dumbledore. Ce serait une honte extrêmement contraignante.

« Severus!»

Dès qu'il tourna la tête vers elle, sa mère lui frappa la joue avec force. Dans le silence, le claquement retentit, mais le bruit de son corps s'effondrant sur le sol en fit encore davantage. Comme un orchestre symphonique qui obéirait à un chef devenu fou. Un tapage qui résonnait encore et encore dans sa tête alors que sa mère hurlait, hurlait des mots horribles. Et les sons s'entrechoquaient dans cette musique atroce et rien n'avait plus de sens. Severus n'entrouvrit même pas les lèvres, ne cligna pas un fois des paupières et regardait le film de sa vie, plongé dans cette apathie noire dont il ne sortirait jamais.


Severus était préfet. Ce qui ne signifiait absolument rien pour lui, sinon qu'il avait un pouvoir considérable sur les autres élèves de Poudlard. Les plus jeunes, assurément. Les autres, ceux de son âge, n'avaient pas peur de lui. Au contraire, tous considéraient Severus comme un être plutôt misérable. Les stupidités de Black et Potter en étaient plus ou moins responsables. C'est pourquoi le serpentard prenait un malin plaisir à déverser sa haine sur les premières et deuxièmes années. Cela lui procurait un certain plaisir.

Sa chambre de préfet était grande. Luxueuse. D'aussi loin qu'il s'en souvienne, Severus s'était toujours senti mal à l'aise avec ce genre de chose. Il préférait les endroits lugubres et froids, là où il se sentait davantage à sa place. Sa vie n'avait rien de joyeux et d'insouciant, elle n'avait rien en commun avec cette pièce. Et il n'en avait pas l'envie non plus. Alors tout allait pour le mieux.

Ce soir-là, Severus avait remarqué la lettre sur la table, laissé la par une quelconque personne qui désirait que le serpentard la lise, apparemment. Il prit le parchemin dans sa main et l'ouvrit délicatement.

Dehors le firmament était noir et il pleuvait à en boire debout. Alors que Severus était en pleine lecture, la pluie traversait la fenêtre ouverte et rebondissait sur le sol. Une importante flaque d'eau s'était déjà formé, mais Severus ne s'en inquiétait pas. Un papillon était posé sur le rebord de la fenêtre. Severus ne l'avait même pas remarqué.


August Flukeson avait lune odeur de pluie. À quelques dizaines de centimètres de lui, de l'autre côté du chaudron, son odeur parvenait jusqu'aux narines de Severus qui arborait un rictus froid et figé depuis les quelques minutes qu'ils avait mis à préparé la potion. Cette odeur lui plaisait, bien plus que celles de ces jeunes sorcières qui se parfumaient futilement avec ces arômes de fleurs ou de sucreries. L'odeur de la pluie était bien plus réaliste et état le reflet parfait de la laideur de l'existence. Severus leva le regard en direction de Flukeson. Ses cheveux pâles étaient remplis d'une fine poudre blanche, comme toujours. Cela était toutefois bien moins apparent que lorsque ses cheveux étaient bruns. Le griffondor le regarda à son tour. Le serpentard baissa les yeux puis les releva agressivement.

- « Flukeson, cette odeur est irritante. Tu sens les vers, on dirait que tu as passé la nuit dehors. »

Le griffondor ne répliqua pas immédiatement. Il observa Severus sévèrement puis saisit une racine à la droite du sorcier aux cheveux sombres. Alors qu'il étirait son bras par-dessus le chaudron, au moment où sa bouche n'était plus qu'à quelques centimètres de l'oreille du serpentard, August Flukeson murmura doucement ces mots :

-« T'as le choix, Severus Rogue. T'as toujours eu le choix et t'as toujours fait le mauvais parce que c'est tout ce que tu as appris à faire. Tu peux encore décider de tout changer. On fait tous des erreurs; Dumbledore le sait bien. Mais il y a pas seulement du mauvais en toi, et Dumbledore le sait bien aussi.

« Qu'est-ce que tu veux dire? De quoi tu parles! Et éloigne-toi de moi à l'instant, Flukeson, sinon je te tue!

La lèvre de Severus tremblait de colère. Sans trop réfléchir, il sombra dans un état de panique à l'idée que ses plans soient découverts. Préoccupé lui-même par la lettre, il s'imagina que c'était ce à quoi August Flukeson faisait allusion. À la fois paniqué et irrité par cette compassion naïve, il arrivait difficilement à s'empêcher de jeter un sortilège à l'autre griffondor.

« Recule! Éloigne toi de moi!»

Severus était à présent debout, sa baguette levée. Une mèche noire lui tombait disgracieusement sur le nez. Ses narines palpitaient de colère.

« C'est lui qui t'envoie! Dis-lui que je ferai bien ce que je veux de ma vie et qu'il n'a qu'à mettre son nez loin de mes affaires! C'est bon pour toi aussi…»

De l'autre côté du chaudron, August Flukeson recula de quelques pas sous les regards abasourdis des autres élèves. Son visage était resté de marbre. Il ouvrit la bouche pour parler, mais Severus le coupa aussitôt.

« Ose parler et je te jure que je…»

«Rogue! ROGUE! Sale crétin de serpentard!»

James Potter et Sirius Black avaient sans hésitation déserté leur chaudron fumant pour s'interposer entre les deux sorciers. Alors que Severus avait détourné sa haine vers eux, bouillonnant de rage... alors que le professeur de potions accourait en hurlant à son tour... alors que des sortilèges de toutes sortes fusaient de partout... Alors que tout ça se passait, personne ne prêta attention à August Flukeson. Personne ne remarqua avec quelle détermination et gravité ses sourcils se froncèrent alors que ces idées défilaient à toute vitesse dans son esprit. Personne ne remarqua à quel point il avait compris ce qui se passait dans la tête de Rogue.