En jetant un coup d'œil dans le jardin des Weasley ce 15 juillet 2018, on peut aisément deviner le malaise qui entourait les deux familles alors réunies pour l'anniversaire d'Hugo Weasley.

Sous le plus grand arbre du jardin trois adolescents d'environ quatorze ans s'ennuyaient ferme. James avait invité ses amis, histoire de s'ennuyer à plusieurs, et trois des célèbres maraudeurs de Poudlard se tenaient nonchalamment sous un grand chêne. Clea Nott et Tristan Isherwood étaient plutôt heureux d'être en compagnie des familles Potter et Weasley, les parents étaient agréables et pas vraiment stricts même si c'était loin d'être l'avis de James. Un peu plus loin Al, Rose et Hugo profitaient du soleil de cette fin d'après midi. En deux ans de cohabitation à Poudlard les deux jeunes adolescents c'étaient forgé une amitié solide qui visiblement été aussi forte que celle qui liait leurs parents puisqu'il arrivait très souvent à Hagrid où même à Luna Londubat de les appeler Harry et Hermione. Hugo, lui, ne savait plus vraiment vers qui aller et c'était finalement résolu à rester avec sa sœur et son cousin qui, jusqu'à présent, ne l'avaient pas chassé de leur vue.

Lily, comme à son habitude, était seule dans un coin du jardin, celui qui était le plus éloigné de tous les autres. Elle observait avec une attention feinte les formes qu'elle donnait aux nuages, tantôt un lapin géant tantôt un dragon crachant. Elle jouait à ravir son rôle de petite fille mais étrangement ses parents n'avaient jamais pu oublier ce qui c'était produit il y a déjà deux ans au manoir Malfoy, eux aussi faisaient semblant. Vu de l'extérieur tout allait bien chez les Potter, ils étaient riches, beaux et célèbres. Mais Lily avait vite compris que ce jour-là, dans le manoir de la prestigieuse famille de sang pur, elle avait perdu ses parents où du moins ceux qu'elle avait toujours connus. Quelque chose avait été brisé entre elle et son père. Elle s'y été faite, avec le temps. Maintenant elle avait de vraies raisons d'attendre avec impatience son entrée à Poudlard. Plus que jamais elle avait besoin de quitter la famille Potter. Son admiration pour les Serpentard en général, et les Malfoy en particulier, n'avait jamais décru, c'était même tellement ancré en elle désormais qu'il lui était impossible de se souvenir du moment où elle était arrivée. Elle été sûre d'une chose, Gryffondor ne serait pas sa maison. A cette pensée Lily tourna la tête vers son père, cela faisait un peu plus d'un an qu'il essayait d'influer sur le fonctionnement de Poudlard. Il essayait de toutes ses forces de réduire les tensions entre les maisons car lui aussi était conscient que sa fille n'irait jamais rejoindre ses frères à Poudlard et que c'était déjà une raison suffisante pour que l'esprit fraternel des trois jeunes Potter disparaisse. Lily savait pertinemment que c'était peine perdue, car même si elle n'était par encore admise dans la maison de ses rêves, la haine était déjà bien présente entre elle et ses frères. Elle n'était d'ailleurs pas vraiment sûre que le mot haine convienne à la situation. Pour se haïr il faut aussi se respecter et avec ses frères et même ses cousins le respect était parti bien loin.

Un silence assourdissant flottait au-dessus de la table. Hermione et Ginny avaient fait la conversation durant tout le repas et elle ne trouvait plus rien à dire maintenant. Tous les sujets abordables en présence de leurs maris avaient été abordés.

Les deux hommes n'avaient même pas eu l'occasion de taquiner Hugo puisqu'il avait rejoint sa sœur, résigné. Ron et Hermione n'échangeait pas un regard, il était difficile de croire qu'ils étaient un couple marié. Deux inconnus se seraient certainement montrés plus d'égard. Le couple des Potter avait fini par s'y habituer, ils faisaient en sorte de ne pas avoir l'air trop heureux ensemble et chacun de leur côté essayaient d'arranger les choses. Hermione était devenue secrète avec Ginny, elle n'en disait pas plus à Harry et Ron était devenu maussade. Au moins leurs enfants sont adorables, se dit Harry avec amertume. Hugo et Rose était proches comme deux doigts d'une même main, les jeunes Potter semblaient n'avoir jamais grandit ensemble. Ça dépassait complètement Harry. Il n'avait jamais eu de famille, sauf peut-être celle de Ron qui l'était réellement devenue lorsqu'il avait épousé Ginny. Quoi qu'il en soit il n'avait ni frère ni sœur, qu'importe ce qu'il était dit sur l'esprit fraternel qui régnait entre lui et Ron, et si il avait eu cette chance, d'avoir deux parents bien vivants et des frères et sœurs, il ne se serait jamais éloigné d'eux de cette sorte. Jamais. Ron avait beau lui dire que c'était assez fréquent, il pensait à Percy qui pendant plusieurs années avait tourné le dos à sa famille. Harry en était conscient, Aberforth et Albus Dumbledore avaient connu la même tragédie. De même pour Sirius et Regulus Black, ou encore pour les trois sœurs Black, Andromeda ayant définitivement perdu tout contact avec Narcissa Malfoy et Bellatrix Lestrange après s'être marié avec Ted Thonks. Mais ça n'avait rien à voir avec ses enfants à lui. Rien du tout. Harry leva les yeux et croisa le regard vert de sa fille.

Lily baissa les yeux et se redressa. Elle ne supportait pas ce qu'elle voyait dans les yeux de son père. C'était simplement pitoyable et révoltant de voir ça dans les yeux de l'homme qui avait mis fin au règne de Voldemort. Elle chercha quelque chose d'autre à faire, regarder la télévision sorcière peut-être.

Lorsqu'elle atteignit la porte donnant sur la cuisine les trois maraudeurs apparurent devant elle, elle croisa les bras, ennuyée.

« -Alors Lily? Quoi de neuf?

-Actuellement? Rien de plus qu'il y a vingt minutes.

James ricana, cynique. Il enleva une mèche de cheveux noire de ses yeux, et lui sourit moqueur.

-Je pensais que cette fois tu aurais un peu plus de répondant, murmura-t-il faussement boudeur.

-Et dire que tout le monde dit que les Serpentards ont du répondant!

Nott s'en était mêlée, Lily lança un regard glacial à la fille aux allures masculines.

-Et moi je croyais que les Gryffondors ne tabassaient pas les premières années. Chacun ses illusions n'est-ce pas ? »

Un sourire sournois passa sur les lèvres de la rousse. Ses yeux brillèrent un instant d'une lueur terrible et à l'aide d'un gracieux mouvement de ses deux petites menottes les trois gros bras furent projeté au sol comme foudroyé. Qu'importe ce qu'ils allaient rapporter aux parents, elle été déjà impardonnable qu'importe ce que ses parents lui disait sur l'utilisation de la magie non canalisée Elle ricana silencieusement en entendant leurs jurons, décidément ils n'en mèneraient pas large avec elle à Poudlard, non pas qu'elle ait l'âme d'une bonne samaritaine…

Manoir Malfoy, même jour, même heure.

Les deux frères Scorpius et Létò étaient confortablement installés dans leur chambre, ils avaient réussi à échapper à l'emprise d'Astrée leur petite sœur d'un peu moins d'un an et demi qui était pleine de vie et intenable. Cela faisait près de deux heures qu'ils parlaient avec agitation de Poudlard, de Quidditch, d'Isabelle, du clan D'Andromeda… Aucun des deux n'était capable de dire qui était le plus heureux d'aller à Poudlard cette année.

Pendant que les plans rocambolesque fusaient dans la chambre des jeunes Malfoys les parents avait remonté leurs manches de sorcier et essayaient (vainement) de contenir leur fille. L'heureux papa (cette expression stupide n'avait décidément aucun sens pour lui) commençait vaguement à comprendre pourquoi aucune fille n'était née en portant le nom Malfoy. Il avait d'abord pensé que c'était simplement parce que les mâles de sa famille étaient légèrement misogynes (voir même plus). Mais maintenant qu'il avait l'occasion d'admirer les boucles blondes éternellement agitatrices de son bébé (oui, forcément le sien, sinon d'où viendrait ce charme et ce mystère indescriptible dans ses yeux gris eaux sous ciel d'orage?) il avait finit par conclure que c'était parce que magiquement parlant les filles Malfoy était indomptables. Voila pourquoi son arrière grand-mère avait lancé un sort à toutes celles qui se marieraient avec un Malfoy pour leurs éviter de subir le caractère emporté des petites Malfoys. Pour la première fois de sa vie Draco se dit qu'il y avait quelqu'un de vraiment bon dans sa majestueuse famille.

Klara était la première à avoir réussi à avoir une fille et cela simplement parce qu'ignorant de tout, Draco l'avait autorisé à prendre des potions capables de les faire engendrer une petite fille. Bien sûr elle était adorable, il l'aimait, elle l'aimait certainement, mais Draco aurait vendu son âme undecimo fois pour pouvoir lui administrer une potion calmante, au moins trois fois dans la journée. Klara était a bout de nerfs comme son mari mais impossible de l'avouer. Même si elle était réduite à marcher à quatre pattes elle n'avouerait jamais à Draco qu'elle était extenuée et que, décidément, Astrée était une enfant terrible. Elle avait trop de fierté en elle pour le lui dire, et le pire pour elle c'était certainement que Draco s'en sortait bien avec Astrée. Il avait beau être froid, cynique, distant voir déprimé, lorsqu'il était question de sa fille il devenait tout à fait différant. C'était certainement touchant, bien que Klara ait fortement envie de lui faire ravaler sa tendresse et ses minauderies dégoûtantes quand il lui faisait remarquer qu'il était plus doué qu'elle.

Quoi qu'il en soit Klara profitait des rares instants durant lesquels Draco prenait en charge Astrée pour préparer de quoi manger. Les elfes de maisons étaient maintenant très chers grâce à la fameuse association d'Hermione Granger (un comble quand on connaît la nièce de cette charmante femme). Klara fulminait, elle n'avait jamais appris de sort capable de créer quelque chose de convenable à manger, et Draco couvert de lait et ayant couru deux heures entière après leur fille ne se priverait pas de le lui faire entendre. Mais après tout c'est comme ça qu'elle avait appris à l'aimer…

Chez les Weasley le repas réalisé par Hermione était certes plus réussi mais les Malfoys, qui s'étaient rassemblés quelques instants plus tard autour du repas, se parlaient tous entre eux.

Hugo venait de proposer une partie de Quidditch, après tout c'était son anniversaire et il contait bien en profiter pour avoir quelque faveur. Deux équipes furent formées sous les ordres du garçon. Les Weasley, accompagnés de Tristan et Clea, contre les Potter. Bien avant que Rosie ne lance le coup de sifflet (étant encore moins habile que sa mère sur un balai on lui avait donné le rôle d'arbitre) les membres des équipes comprirent que quelque chose clochait. En effet il y avait plus de rivalité au sein des équipes qu'entre elles, et c'était légèrement problématique… Les deux familles mirent approximativement quarante cinq minutes pour décider qui serait à quel poste, au final James plein de rancœur (son père avait refusé qu'il tienne une batte) fut reléguer au poste de poursuiveur avec sa mère tandis que Harry tenait hors de porté de son fils l'objet dangereux. Lily et Hugo, les plus jeunes, prirent les postes d'attrapeurs tandis que Ron et Albus occupaient ceux de gardiens de leurs équipes respectives. Hermione inquiète elle aussi de voir un maraudeur avec un joujou nommé batte se querella longuement avec Cléa. Au final les équipes formaient un ensemble étrange, les faux cognards n'allaient certainement servir à rien puisqu'Hermione et Harry avaient pris le dessus et voletaient tranquillement avec leur batte à la main. Hugo était de très loin le plus enthousiaste et peut-être que c'est-ce qui permis à Lily d'entrer réellement en compétition avec lui. Il était tellement « gamin » parfois! Le match fut certainement l'un des plus étrange jamais joué, les attrapeurs se lançaient sans conviction un souaffle mou et seuls les attrapeurs semblaient avoir une véritable activité.

Lily était exaspérée par l'enthousiasme débordant de son cousin, qui, après tout, était un petit garçon d'à peine onze ans. Son exaspération se faisait sentir dans sa manière de voler, elle était nerveuse mais toujours très habile et chercher la première occasion pour attraper le vif d'or et mettre fin à ses souffrances. Hugo la suivait, assez à l'aise lui aussi sur un balai mais certainement pas autant que l'ingénieux mélange de Harry et Ginny qui étaient concentrés et impassibles. Hugo voulait s'amuser rien de plus. Attraper le Vif d'Or ne lui semblait d'ailleurs pas une nécessité première puisque cela faisait cesser plus tôt le match. Mais Lily ne l'entendait pas de cette oreille et Hugo le compris très rapidement. Elle le taquinait quand les parents étaient trop loin pour l'entendre, elle lui faisait perdre son sourire et aussi elle faisait monter en lui ce qui s'appelait l'esprit de compétition et ce qu'il nommerait bientôt la « haine des Serpentard ».

Lily fit un demi tour rapide, lui lança un regard sournois… et fonça car elle avait vu le Vif d'Or. Hugo la suivit assez maladroitement, passa près de son oncle dont il aperçu l'inquiétude. Lily volait vite, elle était légère et savait manœuvrer adroitement son balai, heureusement pour elle car le virage qu'elle entreprit à quelques millimètres devant un arbre touffu avait eu besoin de toute son agilité. Or l'agilité n'était pas le fort du jeune Weasley qui lui collait au balai.

Les autres joueurs avaient cessé leurs « activités » (dans la mesure ou ils en avaient une). De là où ils étaient, la scène était terriblement bien visible. Hugo s'était projeté lui-même dans l'arbre.

C'était très peu élégant, très humiliant de se retrouver dans cette posture. Hugo se souviendrait certainement du jour de ses onze ans, celui durant lequel il développa une haine intense pour son admirable cousine aux cheveux roux et aux yeux en amandes.

Une heure après ce désolant incident les Potter s'apprêtaient à rentrer chez eux. Ils n'étaient aucunement surpris, tout le monde s'attendait à quelque chose du type. Bien sûr les regards des parents étaient vraiment désolés et compatissants « Navré que ma fille soit une peste » dans les yeux des uns et « navré que votre fille soit une peste abominable » pour les autres.

Cléa et Tristan avait déjà pris la poudre de cheminette prévoyant déjà des plans fruités pour venger Hugo une fois à Poudlard et surtout pour gagner un match de Quidditch avec cette fille dans l'équipe adverse.

La dernière chose que vit Harry du salon des Weasley fut ses deux meilleurs amis à une distance plus que respectable l'un de l'autre. C'était désolant mais peut-être pas autant que le caractère de Lily.

James et Al arrivèrent quelques instant plus tard. Lily étant arrivée avec les parents. Sans étonnement, Harry vit ses trois enfants se diriger sans un mot vers leur chambre respective.

Harry s'assit dans un fauteuil, son fauteuil, devant le téléviseur. Il se prit la tête entre les mains. Ginny savait bien ce qui se passait dans le cœur de son mari et elle ne pouvait rien faire car elle souffrait de la même manière de voir leurs enfants aussi peu unis. Sur les sept enfants qui formaient sa famille, six était resté soudés du début à la fin. Lorsque Fred mourut, ils récupérèrent Percy mais rien ne fut plus comme avant avec lui. Il les avait trahi et c'était impossible de l'oublier.

Plus tard dans la soirée, toujours chez les Potter.

Cela faisait plusieurs heures que les enfants étaient cloîtrés dans leur chambre et les parents déjà bien ancrés dans leurs habitudes s'était confortablement installés dans les canapés devant une émission sorcière terriblement ennuyeuse mais qui au moins ne parlait pas d'eux.

Proche de l'assoupissement les deux époux ne s'aperçurent pas qu'une autre émission était sur le point de commencer. Elle s'intitulait « les plus grands maîtres des Potions du XXème siècle ». Harry sursauta lorsqu'il entendit un nom bien connu: Severus Rogue.

Harry pensa soudainement à quelque chose qui n'avait plus traversé son esprit depuis bien longtemps, sa mère et cet homme, un Serpentard. Ils avaient été amis, peut-être même plus qu'amis. Il existait donc encore un espoir que ses Gryffondors de fils s'entendent avec sa fille, Serpentard d'esprit?