Chris : Oh mon dieux.

Je le vois que cherche fébrilement une chaise pour s'assoire. Il semble anéanti. Je peux le comprendre. Il a beau avoir fait souffrir mon père, j'ai l'impression qu'il tenait énormément à ma mère.

Chris : Elle est morte combien de temps après ?

Nathan : 6 mois.

Oui, 6 mois. Les 6 mois les plus dures de toutes ma vie. C'est insupportable de voir sa mère souffrir et de ne pouvoir rien faire. De venir la voir allongée dans son lit tentant de lutter contre a maladie avec le peu de force qui lui reste. Et puis un soir, alors que vous vous êtes endormi à ses côtés, vous la voyer au réveil, les yeux fermés et l'air serein et c'est à ce moment là que vous comprenez que tout est fini. Alors vous pleurez, vous lui faites vos au revoir puis vous voyez le médecin relever le drap sur sa tête. Tout est fini maintenant. Elle nous a quitté. Elle est morte, et d'une certaine manière, moi aussi. Le lendemain de l'annonce de sa maladie j'ai dû moi aussi passer des examen pour savoir si son cancer était héréditaire. Nous avons fait d'une pierre de coup pour voir si j'étais atteinte du HCM. Finalement, je retrouverai ma mère plus tôt que prévu. Avec mes antécédents familiaux, je meurs d'une crise cardiaque ou bien d'un cancer et enfin, d'un accident de voiture. C'est réjouissant tout ça vous ne trouvez pas ? C'est dingue, comme la mort peut faire partie intégrante de votre vie. Un jour vous vivez tranquillement et puis d'un seul coup la mort rentre de votre vie pour ne plus jamais en sortir.

Après avoir appris la nouvelle du décès de ma mère Chris est parti rentré chez lui pour se remettre les idées en places. Me voilà en face à face avec mon père. Pour la énième fois nous voilà à nous fixer sans prononcer un seul mot. On se guette en attendant de voir qui sera le premier à baisser sa garde.

Nathan : Merci.

Il a fait le premier pas, il ne me reste plus qu'à faire le deuxième n'est-ce pas ? Je ne sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que quelque chose va changer.

Sam : Je n'ai pas fait grand chose.

Nathan : Je sais que tu as fait ça dans l'intention de me réconcilier avec les fantômes de mon passé mais ce n'est pas aussi simple.

A moins que finalement on retourne au point de départ.

Sam : J'aurai essayé.

Je lui tourne le dos pour aller vers ma chambre.

Nathan : Sam ?

Sam : Oui ?

Nathan : Je suis désolé de t'interdire de voir CJ mais j'ai besoin de savoir qu'il n'est pas comme son père.

Sam : Ca m'étonne venant de toi.

Nathan : Pourquoi ?

Sam : Je pensais que tu le comprendrais. Vous avez tous les deux un père qui est loin d'être un exemple mais vous vous battez pou ne pas leur ressemblez.

Nathan : Tu ne peux pas nous comparer.

Sam : Pourquoi ?

Nathan : Parce qu'on ne compare pas ce qui n'est pas comparable.

Sam : Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

Nathan : CJ et moi sommes deux personnes complètement différentes.

Sam : Très bien si tu le dis. Mais si tu attends de moi de respecter tes décisions et bien tu peux être patient parce que je n'ai aucunement l'intention de m'éloigner de lui peu importe ce que lui et toi me direz.

Nathan : Tu l'aime ?

Sam : Non ! Mais je pense que je pourrais lui laisser une chance de prouver qu'il n'est pas comme son père. J'ai cette impression étrange que lui et moi sommes… Connectés. Je sais que je le connais à peine. Mais j'ai confiance en lui.

Nathan : Si je te demande ça c'est parce que tu es ma petite fille, et tu le seras toujours. Peu importe que tu es 5 ou 50 ans, tu seras toujours mon bébé. Je sais que c'est dernier temps je n'ai pas été un père parfait et que je t'ai laissé tenir notre famille à bout de bras sans t'aider. Je sais que je n'ai aucunes excuses mais avec la mort de ta mère, j'ai perdu goût à la vie.

Sam : Je comprends. Ne t'en fais pas. Je m'en sors très bien toute seule.

Nathan : Non. Je sais que ce n'est pas le cas. Quand t'es-tu reposée pour la dernière fois. Quand est-ce que tu n'étais plus préoccupé par le maintien de ta famille. La dernière fois que tu as agit comme une adolescente normale c'était quand ?

Cherche. Cherche. Tu vas bien finir par trouver. Ca ne doit pas faire si longtemps.

Sam : Euh… Là ça ne me revient pas tout de suite mais je suis sûre que ça ne fait pas si longtemps.

Nathan : Non, tu ne t'es plus comporté comme une adolescente depuis 2 ans.

Sam : Et alors ? C'est normal de devenir adulte après la mort d'un de ses parents. Je ne suis pas la première à qui ça arrive et je ne serai sans doute pas la dernière.

Nathan : Donc c'est ça ton excuse ? Si d'autre ont survécu à la mort de leur parent, toi aussi tu peux endurer ça sans broncher ?

Sam : Oui.

Nathan : Et bien si c'est ce que tu pense tu te trompe ! Tu ne peux pas rester là à tout encaisser !!

Sam : Si. De toute façon je fais ce que je veux. Ce que je fais de ma vie ne te regarde pas.

Nathan : Très bien. Si ça te chante de ne pas me laisser entre dans ton monde fais ce que tu veux.

Sam : Bien !

Nathan : Bien !

Je sais qu'il a raison mais je ne peux pas. J'en suis incapable parce que d'une certaine manière toute cette carapace que je me suis forgée m'empêche de penser à tout ça et m'évite de sombrer.

Je me retourne lorsque je l'entends m'interpeller.

Nathan : Non.

Sam : Comment ça non ?

Nathan : J'en ai plus que ras-le-bol de tout ça Sam !

Sam : De quoi tu parle ?

Nathan : Je parle de toute cette tension, toute cette douleur. J'en ai marre Sam. J'ai envie que tout ceci s'arrête.

Mais ça ne s'arrêtera jamais. La douleur sera toujours présent. Cette déchirure lancinante que je sens au fond de mon cœur, elle ne s'arrêtera jamais.

Sam : J'ai bien peur que cette douleur ne s'estompe jamais.

Nathan : Mais on peut l'atténuer.

Sam : Oui, mais je n'en ai pas envie.

Nathan : Comment ça ?

Sam : Lorsque je sens cette douleur, c'est comme si je la sentais encore présente en moi.

Nathan : Elle sera toujours présente en nous, nous n'avons pas besoin de sentir cette douleur. Il est temps pour nous de lâcher prise maintenant. Il faut se faire une raison.

Sam : Comment ça ?

Nathan : Elle est morte Sam. Haley est morte et on ne peut rien y faire.

Sam : Tu n'as pas le droit de dire ça !

Tout se trouble. La colère s'insinue en moi. Soudain la sombre réalité me rattrape. Je sens mes yeux me piquer.

Sam : Non !!

Nathan : Sam.

Sam : Tais-toi !!

Non !! Je sens ma vision se troubler. La douleur augmente, elle devient insupportable. Soudain toutes ces images m'envahissent, tous ces souvenirs. Je sens ma tête me tourner. Et sans m'en rendre compte, je sens une goutte s'évanouir sur ma joue puis une deuxième. Et d'un seul coup ma forteresse s'écroule, petit à petit, je sens que les remparts que j'avait dressé disparaisse petit à petit. Je sens mes jambes me lâcher, je sanglote, je gémis puis la réalité, la tragique réalité me frappe et je cris, un cris de désespoir, un cris lâcher dans cette maison si silencieuse, si vide sans elle maintenant. Un dernier cri, puis rien, juste deux âmes seules qui pour la première fois ouvrez les yeux sur le monde extérieur et vont commencer à vivre. Ce ne va pas dire qu'il n'y aura plus jamais de douleur, plus jamais de cris ou de pleurs, non. Mais tout devient supportable maintenant. Tout devient vivable. Je sais qu'elle est fière de nous. Même si ça prendra encore un peu de temps, nous nous relèverons et nous iront tous bien mieux.

Je suis assise par terre quand je sens une main sur mon épaule, je lève mes yeux vers lui. Il me tends la main que j'attrape légèrement hésitante. Il me soulève et me maintient pour ne pas que mes jambes me lâchent. Je sens tous mes membres trembler et mon cerveau est complètement bouleversé. Nous sortons, l'air rempli mes poumon et je retrouve petit à petit la raison. Mon esprit se réveille à nouveau. Nous marchons sans but réel mais nos pas finissent par nous conduire jusqu'à elle. Nous regardons cette pierre gravée sans un mouvement, sans une parole. Je le vois s'abaisser, il pose un genou au sol puis un deuxième, il glisses ses doigts lentement sur le marbre et une larme, une seule larme solitaire s'enfui et glisse le long de sa joue. Puis un soubresaut et des sanglots déchirants. La douleur qui s'enfuie. Et un dernier je t'aime enfoui sous les larmes. Deux âmes seules, réunis par la même douleurs. Un même sang pour une même tristesse. Deux corps qui s'accrochent l'une à l'autre comme à une bouée de sauvetage. Deux naufragée qui flottent lentement à la recherche du rivage. Nous tentons de nous porter mutuellement