« -Luna, je ne suis pas sûr que… »

NDLA : Tout d'abord, merci à Melhope pour sa sympathique Review, je dois confesser que c'est elle qui m'a donné le peps pour écrire une suite, n'étant pas motiv motiv à la base… :D

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« -Luna, je ne suis pas sûr que… »

D'un geste vif et précis de sa nouvelle patronne, Neville se retrouva, en moins de temps qu'il n'en faut pour dire « Ronflack », à manger les fougères sur lesquelles il était allongé.

Cela faisait environ quatre heures, peut-être plus, que Neville et Luna étaient « en planque » dans la forêt de Stratham afin de débusquer une espèce tout à fait lunesque et dont Neville doutait de l'existence : les Rilmies des Galles du Sud.

Marmonnant et recrachant les nobles végétaux qui ne méritaient pas qu'on les mâchonne, Neville jeta un bref coup d'œil à Luna, qui l'avait réduit au silence comme elle aurait remit une mèche de cheveux derrière son oreille.

Allongée sur le ventre, des jumelles à la main et des peintures de camouflage tribal sur le visage, la jeune femme arborait l'œil aigu du chasseur à l'affût.

Neville l'avait douloureusement compris, ils n'étaient pas sortis de l'auberge.

Ils étaient partis il y avait de cela trois jours, emportant tante et matériel de capture.

Certes, cette forêt galloise regorgeait de végétaux dont Neville se régalait, approvisionnant généreusement son herbier au cours des « traques », mais il commençait sérieusement à se demander si Luna avait prévu une date butoir de retour au cas où, par exemple, la saison des amours des Rilmies n'ai pas été exactement située dans le créneau prévu…

« -Je ne comprends pas, Arsène était pourtant certain de ses sources… »

Luna avait murmuré d'un air triste à fendre le cœur et cela suffit pour tirer Neville de ses pensées ronchonnes.

Doucement, afin d'éviter toute réaction imprévue, il bascula sur le flan pour chercher son regard.

« -Ce n'est pas de ta faute… »

« -J'ai manqué de jugement. Je m'étais promis de ne plus me faire avoir.»

« -Ecoute Lun', si tu veux mon avis, Arsène est dans le vrai… Mais, tu sais, avec le réchauffement dont parlent les Moldus, tout ça, peut-être que les Rilmies sont un peu… »

Et il se pencha vers elle avec une expression à deux doigts de la démence : « Perturbés… »

Son entreprise fut couronnée de succès, car son amie émit un rire aérien, tout à fait caractéristique, et laissa son regard, à présent plus clair, errer sur la clairière qui se trouvait à quelques mètres d'eux.

« -Et si on rentrait ? Je suis fourbu ! »

Lentement, Luna hocha la tête et l'autorisa à l'aider à se relever.

« -Il y a une date précise où tu dois rentrer ? » demanda pour la première fois Luna depuis l'endroit où elle était assise, une couverture autour des épaules, de l'autre côté du feu de camp.

Pensivement, Neville leva le nez au ciel et observa les étoiles.

« -C'est que… »

Il déglutit difficilement ; il venait de repérer la constellation repère de Seamus lorsqu'ils devaient transplaner de nuit en zones inconnues. Majestueuse et silencieuse, elle les avait bien souvent tiré d'affaire, et tout cela pour quoi…

« -J'ai promis à Alex de passer les weekends, tu sais… Maintenant que j'ai « tout ce temps libre ».»

Son regard s'obscurcit tandis que la voix fluette de Luna reprenait, comme ailleurs.

« -Cela fait si longtemps que je ne l'ai pas vu… Comment va-t-il ? »

« - Je ne pourrais vraiment te le dire, pour le peu que je le vois… » la voix de Neville était à présent triste et lointaine, alors qu'il remuait quelque chose dans le feu.

« -Il grandit vite, je crois. »

Il fallait dire que depuis son divorce avec Hannah, Neville n'avait même plus l'occasion de voir dormir son fils lorsqu'il revenait de mission en pleine nuit et tenant à peine sur ses jambes.

Cela allait bientôt faire un an. Un an qu'Hannah, en larmes, lui avait expressément demandé de choisir entre sa famille et son travail. Elle n'en pouvait plus de se demander jours et nuit s'il allait rentrer, de ne jamais être au courant de ses horaires, d'apprendre qu'il était encore en vie par ses collègues qui allaient se soûler au Chaudron Baveur…

Et Neville avait fait son choix.

Cela avait tué une partie de lui, mais, même si la Guerre était officiellement finie, il restait encore beaucoup à faire, à nettoyer et à vérifier, et son devoir était de participer à l'entreprise ; comme il avait participé à la résistance lorsqu'il était encore à Poudlard.

Un choix qu'Hannah, bien que profondément blessée, avait accepté.

Leurs rapports restaient courtois, même si Neville l'aimait toujours, et Hannah ne l'empêchait pas d'aller voir leur fils, Alexander durant les quelques jours où il n'était pas par monts et par vaux.

« -Je m'excuse Neville. »

Le jeune homme releva les yeux sur celle qui avait toujours, et malgré la séparation de la vie, été sa meilleure amie.

A la lumière dansante des flammes, ses yeux étaient d'un vert d'eau troublé, et ses cheveux d'un blond doré.

Depuis combien de temps ne s'étaient-t-ils pas retrouvés comme cela, juste tous les deux, à cœurs ouverts ? Neville n'arrivait pas à se le représenter, mais cela devait au moins faire six ou sept ans. Le mariage de Neville.

Celui-ci avait en effet mis fin à leurs longues soirées autour de bierraubeur et de boissons farfelues où elle lui racontait comment allait sa remise en route du Chicaneur et ses quêtes diverses, tandis qu'il lui évoquait ses peines de cœur et le fait qu'être professeur d'herbologie à Poudlard ne lui convenait plus.

Cela n'avait pas été si difficile, la vie les avait simplement séparés petit à petit, alors que chacun construisait sa vie de son côté.

La théière se mit à siffler et Neville leur servit prudemment deux mugs de thé brûlant.

« -J'ai appris pour Zacharias, tu sais. Je suis désolé aussi. »

Luna haussa imperceptiblement les épaules tandis qu'elle remuait l'eau de son mug à l'aide de sa baguette.

« -Il m'a hurlé à la figure que le Chicaneur n'était qu'une grande farce qui n'avait plus de raison d'exister. Que je devais faire un trait sur mon passé et me… « rephaser avec le monde. » »

Neville faillit s'étouffer. Tant pour le fait que l'on ait pu lancer cela au visage de sa sympathiquement déphasée meilleure amie, que pour le fait qu'il n'eut jamais cru ce blondinet de Poufsouffle capable d'un tel pétage de plombs.

« -Je l'ai prié de prendre ses affaires et de ne plus jamais revenir chez moi… » ajouta-t-elle sur le ton de la conversation.

« -Et tu as eu bien raison ! »

« -Mmmmmh… »

La jeune femme touillait toujours, le regard dans le vague.

Neville se leva prudemment, afin de ne pas renverser son thé, et alla s'asseoir sur le sol à côté de Luna. Alors qu'elle semblait ne pas l'avoir remarqué, il passa son bras libre autour de ses épaules et la fit doucement basculer.

D'un regard triste, il leva les yeux vers Cassiopée, tandis que Luna pleurait doucement sur sa poitrine.

Deux petites chouettes perdues dans l'immensité de la nuit ; Neville eut la furtive impression de vivre un instant infini.