HHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
« Bonjour, docteur Cuddy ! », cria House alors qu'il venait à sa rencontre sur le parking, accompagné de Wilson.
Elle sursauta et grimaça alors que les mots résonnaient dans son crâne.
« Bonjour, docteur House », répondit-elle avec agacement. « Wilson », ajouta-t-elle avec un signe de tête vers l'oncologue qui lui souriait gentiment.
Ils arrivèrent aux portes de l'hôpital et House s'arrêta, lui faisant signe d'ouvrir. Elle plissa les yeux, soupira et lui ouvrit la porte.
« Non, Lisa, je vais… », tenta poliment Wilson en ouvrant la porte à sa place.
Elle lui sourit et envoya un regard noir en direction du diagnosticien derrière elle.
« Merci ».
Une fois dans le hall, elle accéléra le pas pour essayer de les semer, mais pour un estropié, House était remarquablement agile et pouvait être assez rapide. Il était sur ses talons quand elle entra dans la clinique, Wilson le suivant, comme toujours.
Elle s'arrêta devant les portes de son bureau et il lui fonça dedans, volontairement, supposa-t-elle. Ses mains se posèrent sur ses hanches et il donna un léger coup de hanche vers son postérieur. Elle ferma les yeux une seconde avant de se tourner vers lui et de lui attraper fermement le bras, plantant intentionnellement ses ongles dans sa peau.
« Pourquoi est ce que vous me suivez ? »
« En partant ce matin, vous m'avez dit que je devais passer la journée à la clinique ».
Il crie volontairement le « en partant ce matin » et elle plongea plus profondément ses ongles en accord avec son regard meurtrier. Elle fut satisfaite de le voir grimacer sous la douleur et ouvrit la porte, la lui lançant pratiquement dessus. Elle vit Wilson sourire de ce qu'il pensait n'être qu'une divagation de plus de son ami. Elle entra dans son bureau et claqua la porte derrière elle. Quand elle s'assit à son bureau, les deux hommes étaient pourtant plantés au milieu de la pièce.
« Qu'est ce que j'ai fait au bon dieu pour mériter ça », marmonna-t-elle en s'asseyant. « Qu'est ce que vous voulez ? »
« Vous m'avez dit que je ne ferais que des consultations aujourd'hui. Vous vous souvenez, vous portiez… »
« La ferme, House ».
Elle soupira et se tassa un peu plus dans sa chaise. Il s'avança jusqu'au bureau, se penchant en avant pour mieux voir son décolleté.
« Qu'est ce que vous attendez ? Faites le. Clinique. Tout de suite. »
En réponse, House s'assit sur la chaise en face du bureau, posant son menton sur sa canne.
« Oh allez. Depuis combien de temps n'avons nous pas simplement parlé gaiement ensemble. On est amis, non ? »
Elle leva les yeux au ciel alors que Wilson haussait un sourcil.
« On devrait déjeuner ensemble aujourd'hui. Tous les trois. La journée est si belle, le soleil brille, les oiseaux chantent. Et si on allait au restaurant ? », rajouta House.
« Qu'est ce que t'as pris au petit déjeuner, House ? », soupira Wilson, convaincu que son ami avec de nouveau abusé de substances.
« Juste mes drogues habituelles ».
House sourit innocemment et Wilson secoua la tête d'un air désespéré avant de se laisser tomber dans la seconde chaise. Génial, ils avaient décidé de squatter son bureau…
« House, allez faire vos fichues heures de consultation AVEC des patients. Wilson, allez… »
« Tenir la main de mourants ? », proposa House.
« Je suis sûre que vous avez plein de patients à voir ce matin », répliqua-t-elle en ignorant House.
« Oh allez, vous ne croyez pas sérieusement que le « docteur » Wilson est surchargé de travail ? Vous savez combien de temps il passe à buller avec moi chaque jour ? »
House ignora le regard meurtrier de Wilson. Elle se pencha au dessus du bureau, évitant les regards déviants vers le bas.
« House », monta-t-elle d'un ton. « Au travail. Maintenant ! »
Il releva les yeux vers son visage et la scruta un moment. Ses yeux s'étaient légèrement assombris et elle sentit son ventre la chatouiller. Elle gigota dans sa chaise, soudain inconfortable avant de lui faire un geste du menton vers la sortie. Les deux hommes se levèrent d'un même geste et elle fit mine de recommencer à travailler.
Quand ils furent sortis, elle lâcha un soupir de soulagement. Elle avait besoin d'un café. Tout de suite. Elle appuya sur l'interphone pour appeler son assistant et lui ordonner de lui en ramener un. Elle posa sa tête entre ses mains, songeant que le fait qu'elle ait envie d'une bonne dose de whisky dans sa caféine n'était pas bon signe.
HHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
Si elle avait été dans son état normal, elle aurait du lutter pour ne pas boiter sous la douleur provoquée par ces maudites ampoules que causaient ses chaussures à quatre-cent dollars, mais elle n'était définitivement pas dans son état normal. Une boule de rage grossissait dans sa gorge au fur et à mesure qu'elle avançait dans le couloir. Passant les rubans jaunes délimitant toute scène de crime, elle songea qu'elle ferait économiser du ruban à la police en tuant House ici même. Elle sentit ses yeux la brûler quand elle pénétra dans la pièce enfumée et se mit à tousser, mais s'obstina à avancer dans le brouillard. Elle salua poliment les pompiers d'un signe de tête, essayant de paraître calme, mais aussitôt le diagnosticien en vue, elle ne parvient plus à simuler. Elle s'avança d'un pas déterminé vers lui, ignorant les justifications et excuses de Wilson. Elle attrapa House par le col de sa veste d'une main et fit demi-tour, le tirant derrière elle. Elle ne dit rien, ignorant les regards hallucinés et les allusions de House quant à où elle l'emmenait alors qu'elle tirait l'estropié à sa suite,. Elle aperçut Chase qui essayait vainement de réconforter la femme du patient. Le chef des pompiers fit un pas vers elle, lui tendant un papier à signer, pressé de pouvoir quitter les lieux. Quand il croisa le regard de Cuddy, il parut soudainement gagner en patience et fit un pas en arrière, faisant mine qu'il était prêt à attendre tout le temps qu'il faudrait.
Elle sentit House trébucher plusieurs fois derrière elle, mais s'obstina à avancer. Elle réalisa cependant que son bureau était bien trop loin et le poussa dans la première pièce vide sur le chemin. Il faillit chuter, mais elle s'en moquait, occupée à fermer les rideaux. Quand elle se retourna, il était planté au milieu de la chambre et avait l'air de chercher une issue de secours. Elle fit un pas vers lui, il recula d'un pas.
Elle sourit et il parut aussi surpris que terrifié. Elle devait sourire, parce que si elle ne prenait pas ça avec humour, elle sentait qu'elle serait capable de le tuer.
« Alors… », tenta-t-il nerveusement.
Il retrouva son air sarcastique, visiblement il avait mis en place sa stratégie d'évasion…
« Tu veux le faire là tout de suite ? J'ai toujours su que faire ça au travail était ton fantasme, espèce de petite perverse. Par contre, je sais pas si j'arriverais à m'adapter, j'ai pas l'habitude de faire ça quand t'es sobre ».
…Ou il était juste suicidaire. Elle inspira profondément avant de lever les yeux vers lui, se forçant à garder son sourire.
« Vous n'avez pas recherché d'antécédents. Ou fait de radios. Vous n'avez pas suivi le protocole. Evidemment, il ne s'applique pas à vous ! », ironisa-t-elle. « Résultat il y a un type dont le prothèse a été arrachée de sa hanche et un IRM qui a explosé. Tout ça parce que vous n'êtes qu'un imbécile ! »
Son sourire était toujours là et elle avait dit ça en riant à moitié. Elle devait avoir l'air d'une folle…Peut-être bien qu'elle l'était. Peut-être bien était elle en plein délire parce que House n'était pas un imbécile…d'habitude.
« Sa femme et lui nous ont menti… », se justifia-t-il.
« Tout le monde ment. Vous auriez du supposer qu'il mentait et prendre plus de précautions ! »
Cette fois son sourire avait disparu, remplacé par un tsunami de colère prêt à tout dévaster.
« Je n'avais pas le temps, il fallait que je confirme qu'il avait… »
« Il va mourir de toute façon ! Tout ça parce que vous croyez tout savoir et que c'est faux ! Les règles existent pour une raison, House. Le règlement… »
Elle émit un nouveau rire, exaspérée alors qu'elle lançait ses bras en l'air.
« N'est pas là que pour compliquer VOTRE vie. »
Elle était juste en face de lui à présent. Elle s'entendait parler, mais avait l'impression d'être ailleurs. Elle ne pouvait pas être vraiment là en cet instant. Elle ne pouvait pas être là et ignorer les signes d'une crise de nerf tels que cette acidité dans sa gorge, les battements erratiques de son cœur et cette boule de rage qui gonflait dans sa gorge.
« Je suis désolé ».
Ses mots la surprirent tant qu'elle sentit ses jambes lâcher sous elle. Il la rattrapa et elle posa une main sur son épaule, l'observant en silence. Il paraissait sérieux, elle ne trouva sur son visage aucun signe d'ironie ou de sarcasme.
« Quoi ? », s'étonna-t-elle.
Sa propre voix fit écho dans son crâne. Elle se retrouva incapable de bouger et se contenta de rester là, en face de lui. Il avait toujours une main sur sa hanche et l'autre sous son coude. En six mots, il avait réussi à reprendre le contrôle, à la déstabiliser. Elle jeta un coup d'œil alentours, se demandant comment elle avait pu passer d'une colère si intense à cet état léthargique. A quel moment tout ça avait dérapé ?
« Je suis désolé. J'irais m'excuser au près de sa femme ».
« Non ! »
Elle semblait horrifiée et il haussa les sourcils, surpris.
« Vous dites toujours que vous voulez que je m'excuse. »
« Oui, quand je sais que vous ne le ferez pas ! Vous envoyez vous excuser auprès de quelqu'un qui pourrait nous poursuivre, c'est comme envoyer Cameron dans un orphelinat : c'est trop risqué. »
Sa main était toujours sur sa hanche, brûlant sa peau, molécule par molécule. Son poids sur elle était à la fois troublant et confortable d'une manière inadéquate.
Elle posa une main sur son torse et s'y appuya, s'éloignant d'un pas. Puis d'un autre, histoire d'être sûre. L'air frais gela ses poumons et elle sentit la pièce tourner doucement autour d'elle.
« Rien n'est jamais aussi simple avec vous. Où est l'arnaque ? », précisa-t-elle une fois que leurs corps étaient assez éloignés pour qu'elle puisse reprendre ses esprits.
« J'admets juste que j'ai tort. «
« Non. Vous ne le faites jamais. Pas une seule fois en vingt ans vous n'avez admis que vous aviez tort. »
« Faut croire que j'évolue ».
Il écarta les mains pour appuyer ses mots avant de s'avancer jusqu'au lit et de s'y asseoir, étalant sa jambe droite sur le matelas. Il lui sourit et elle secoua la tête. L'image du loup attendant patiemment que la petite fille soit convaincue qu'il était sa grand-mère pour pouvoir la dévorer s'imposa à son esprit.
« Vous ne changez pas. Vous n'avez pas changé après la fac, Vous n'avez pas changé après avoir failli mourir…deux fois, et vous voulez me faire croire que vous avez finalement eu une illumination ? Pourquoi ? Parce qu'on est jeudi ? »
Elle s'approcha du lit alors qu'elle parlait. Stupide chaperon rouge.
« Yep ».
Il acquiesça avec un léger sourire et elle secoua de nouveau la tête, riant. Ou était-elle en train de s'étouffer ? Elle ne pouvait le dire, mais elle émettait d'étranges sons. Il avait l'air trop sûr de lui. Elle était supposé être en position de force, le punir.
« Je vous rajoute quatre cent heures de consultation pour cette année », annonça-t-elle en croisant les bras.
Quatre cent heures, c'était totalement absurde. La dernière fois qu'il avait cassé l'IRM, elle ne lui avait même pas donné la moitié de ça. Pourtant il acquiesça sans contester.
« Ok. A quoi est ce que vous jouez ? », s'inquiéta-t-elle.
Elle s'assit sur le bord du lit. S'il ne chicanait pas, c'est qu'il cachait forcément quelque chose.
« Rien. »
Il lui fit sa mine la plus innocente et planta ses yeux dans les siens pour affirmer ses propos. Le silence s'installa alors qu'ils s'observaient. Elle ne le laisserait pas faire, même si elle ne savait pas vraiment ce qu'il comptait faire. Rien n'était jamais ce qu'il paraissait avec lui, elle avait assez d'expérience pour le savoir.
« Je le découvrirais », affirma-t-elle, confiante.
Le silence qui lui répondit la choqua de nouveau. Il posa une main sur la sienne. Délicatement. Comme si tout ça n'était pas assez étrange sans ça…Si son nez ne la brûlait pas toujours de la fumée inhalée, elle se serait pincée. Parce que ça ne pouvait être qu'un cauchemar. Elle ricana silencieusement. Il n'y avait qu'elle pour considérer un House aimable comme le fruit d'un cauchemar. Elle prit note mentalement de prendre un nouveau rendez-vous avec son psy. Elle l'évitait depuis qu'il lui avait annoncé qu'elle ferait mieux de quitter son travail et de prendre un nouveau départ. Là, elle songeait qu'elle avait vraiment besoin d'une consultation.
« J'essaie juste d'agir comme il faut, Cuddy. »
Il se penchait vers elle à présent et elle sentait son souffle chaud sur sa peau. Elle se recula, mais sa main dans la sienne la retenue.
« Arrête. »
« Arrêter quoi ? »
« Je ne sais pas quel est ton problème, House, mais j'ai été parfaitement clair il me semble. Ce qui a pu se passer en dehors du travail, reste en dehors du travail. Pour toujours. Et ça ne va pas…ça ne peut pas se reproduire alors arrête de faire...ce que tu fais, quoique ça soit. Tu me fais flipper ».
Elle réussit à dégager sa main de son emprise, tirant si fort qu'elle faillit basculer en arrière quand il la lâcha. Elle lui jeta un regard accusateur quand elle eut retrouvé l'équilibre.
« Quoi ? C'est ta faute. »
Il haussa les épaules et glissa ses jambes sur le côté du lit. Son bras frôla sa hanche alors qu'il attrapait sa canne derrière elle.
« Et ça n'a rien à voir avec toi, Cuddy. Qu'est ce qui te dit que je n'ai pas eu mon illumination pendant que je couchais avec quelqu'un d'autre ? Je n'éprouve rien pour toi, tu te souviens ? Toi ou n'importe qui d'autre, c'est pareil. »
Il avait envahi son espace personnel et guettait la réaction que ses mots provoqueraient chez elle. Elle déglutit difficilement, mais planta son regard dans le sien.
La vérité faisait mal, elle le savait mieux que personne. C'était l'arme préférée de House, parce que rien ne pouvait la contrer. Il savait qu'il lui avait fait mal, elle pouvait le voir à cette lueur dans son regard. Il était comme un petit garçon qui s'amusait à arracher les ailes d'une mouche, il était conscient de la faire souffrir, mais il s'en moquait, il était fasciné par l'effet qu'il pouvait avoir.
« Bien ».
Elle se força à sourire, feintant d'être satisfaite.
« Tu n'auras qu'à mettre ton illumination à profit en faisant tes heures de consultation ».
Elle lui envoya un sourire triomphant, parce que, même si elle avait perdu cette bataille, elle n'admettrait jamais sa défaite. S'il était une loi qu'ils s'efforçaient de respecter au fil des années, c'était de ne jamais capituler. Elle s'approcha de lui et il la regarda avec une expression entre compréhension et anticipation.
« Et tu auras même le droit de râler pendant que tu le fais. »
Elle le dépassa et alla ouvrir la porte. Elle se retourna et se tut une seconde.
« Quatre cent heures, House. Et pour l'amour de…quoique ça soit que tu puisses aimer », dit-elle en laissant entendre dans son ton qu'elle ne croyait pas réellement qu'il puisse aimer quoique ça soit. « Sauve la vie de ce type qu'on évite un procès. Une fois de plus. »
Elle partit avant qu'il puisse répondre. Alors qu'elle traversait le couloir où stagnait l'odeur de fumée, elle jugea les pour et les contre de cette nouvelle bataille. House venait de créer de toutes nouvelles règles dans leur lutte quotidienne. Il se servait de ce qu'il y avait entre eux, quoique ça puisse être, pour la manipuler, l'amadouait et la déstabiliser. L'effet de surprise avait été en sa faveur cette fois-ci, mais elle savait à quoi s'attendre désormais.
Elle repéra le chef des pompiers et soupira. Parfois, elle en avait vraiment marre de se battre. Elle avait l'impression de ne faire que ça avec House. Elle ne savait même pas ce qui était en jeu. Etait-ce seulement un combat ? Valait-il la peine d'être mené ? Elle se demanda à quoi ils pouvaient bien jouer et combien de temps ça allait encore durer….Jusqu'à ce qu'elle gagne, probablement. Parce qu'elle ne capitulerait jamais, elle ne pouvait pas se le permettre.
TBC….
