Chapitre 2 : Des amis lourds…

Finalement, la première journée de cours s'est très bien passée, mis à part l'altercation, si on peut appeler ça comme ça, avec Karl-Heinz. Il est seize heure pile et là, j'entame le chemin qui mène à mon club pour me réinscrire cette année.

J'arrive devant le club-house que je connais depuis des années, enfin depuis dix ans pour être précise. Mon père a pour passion le tennis, et il me l'a transmise très tôt, ainsi qu'à mon frère. Il faut dire que dès que j'ai une raquette dans les mains, j'ai l'agréable sensation d'avoir des ailes. Je sais, ça paraît loufoque. Bon. Je ne vais pas m'attarder là-dessus.

Donc, je suis arrivée au club-house. J'entre sans même frapper. Tout le personnel me connaît et m'apprécie… tout du moins, c'est ce qu'ils en laissent paraître. Devant moi se tient Mr Hoffman, le directeur et par la même occasion, celui qui s'occupe des inscriptions. Derrière son bureau, il me salue et m'invite à prendre place d'un signe de la tête.

« Kassandra ! Je désespérais de ne plus te revoir au club !

- Heu… eh bien… j'étais un peu occupée pendant les vacances alors je n'ai pas pu passer. Désolée.

- Ce n'est pas grave. Rassure-moi, tu viens quand même te réinscrire, hein ?

- Bien sûr. »

Il fouille quelques secondes dans un tiroir, et en extirpe une feuille, apparemment à remplir.

« Nom ?

- Aufen.

- Prénom ?

- Kassandra.

- Date de naissance ?

- Vingt-huit juillet dix neuf cent quatre-vingt onze.

- Désolé, ce sont les formalités. Age ?

- Oui, je comprends. Quinze ans.

- Ville ?

- Hambourg.

- Et enfin, classement ?

-Quinze un.

- Voili voilou. C'est fini. A en juger par ton niveau et ton âge, tu seras dans le groupe 1. Les horaires sont les même que l'année dernière… mis à part quelques modifications. Tiens voilà le papier où y figurent toutes les informations.

- Merci. »

Je prends le papier et le fourre dans ma poche. Je le lirai une fois chez moi.

« Au fait, nous travaillerons avec l'équipe de foot locale.

- … Quoi ?!

- Nous manquons sérieusement de fond pour continuer ce club de tennis, alors le coach de l'équipe a passé un accord : je lui prête le terrain de foot qui est inutilisé depuis 6 ans pour qu'il y entraîne ses joueurs et lui, en échange, il m'aide financièrement.

- Mouais… et ils occuperont le terrain 7 jours sur 7 ?

- Evidemment ! Ils ont besoin d'entraînement. Ils représentent la ville d'Hambourg au championnat, après tout. Comme toi, tu nous représentes dans certains tournois, remarqua l'homme, en insistant bien sur le " certains ". »

C'est vrai que j'ai refusé de participer à pas mal de compétitions mais franchement, cela ne m'intéresse aucunement. Je préfère largement taquiner la balle avec mon père ou bien mon frère. D'ailleurs, les deux seuls tournois que j'ai disputés, ça a été pour passer de balle rouge à raquette de bronze, et de raquette de bronze à raquette d'argent. Bon… il reste encore la raquette d'or.

« Excusez, Mr. Hoffman, mais je dois partir.

- Bien, au plaisir de te voir à l'entraînement.

- Oui.

- Et dis à ton père qu'il vient quand il veut pour que je lui mette la taule du siècle.

- Je n'y manquerai pas. Au revoir. »

Et je sors. Une fois dehors, je regarde le terrain de foot. Le club d'Hambourg n'a pas perdu de temps, à ce que je vois. Ils sont déjà tous sur le terrain à s'entraîner comme des damnés, mis à part trois joueurs qui portent encore leurs survêtements. Parmi ces trois derniers, il y a le phoque, le japonais et un garçon, l'air idiot, avec un cure-dent dans la bouche.

Mais c'est qu'ils sont tous chelous, dans l'équipe de foot. A part Klaus, c'est le seul qui a l'air " normal ". Je dois passer devant eux pour sortir et c'est là qu'une voix m'interpelle :

« Hey ma jolie ! »

Alors là, je ne supporte mais alors pas du tout, qu'on m'appelle comme ça. Piquée au vif, je réponds au quart de tour :

« La ferme ou je te fais avaler ton saleté de cure-dent.

- Ho ho ho ! Du calme. Tu t'appelles comment ?

- Va savoir.

- Kartz, elle est dans ma classe et elle s'appelle Kassandra, informa le garçon venu d'Asie. »

Je lui lance un regard plus que noir mais apparemment, il s'en contrefout… ou il en a l'habitude.

« Alors comme ça, tu viens toi aussi pour poster ta candidature… continue le mec au cure-dent.

- Hein ?

- Tu n'es pas allée dans le club-house pour devenir notre manager ?

-Manager ? je répète, comprenant de moins en moins la mentalité de mon interlocuteur.

- Tu n'as pas vu notre affiche sur le panneau ?

- Je n'ai pas que ça à faire.

- Toute façon, avec le caractère que t'as, on t'aurait pas pris.

- Là, je dois avouer qu'il n'a pas tout à fait tort, admet Schneider, la première fois qu'il prend part à cette conversation. »

Puis le dénommé Kartz rigole. Tout seul.

« Pff, ton humour est comme toi : débile, à défaut d'autre mot. Et tes potes ne valent pas mieux que toi. »

Je regarde Schneider, pour je ne sais quelle raison. Il ne tique pas, son visage impassible ne trahit aucune émotion. Il se contente juste de me fixer d'un air absent. J'en ai marre. Je tourne les talons et cours vers la sortie, qui fait office d'entrée, également.

Cet imbécile de Kartz ne le sait pas mais il a touché un point sensible en moi. Je ne veux pas ressembler à des mijaurées. Je veux avoir l'air forte, être admirée de tous mais je crois bien que c'est cela qui me rend si antipathique.

Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais j'aime être adulée. Et c'est pour cela que je m'entraîne seule après l'entraînement, au tennis, à me paralyser les muscles. C'est également pour cette cause que j'étudie avec hargne jusqu'à très tard dans la nuit. Pour être première partout et attirer la jalousie des autres. Mais le résultat en vaut la peine. Tous ces murmures d'admiration me font énormément plaisir. Mais aujourd'hui, un imbécile vient de me faire comprendre que personne ne m'aimerait si je continue dans cette voie.

Finalement, les mots qui me décriraient le mieux ne seraient pas sportive, intelligente et sympa comme je l'avais si souvent cru mais plutôt manipulatrice, mesquine et prétentieuse.

Mais…

Ce n'est pas si facile de changer du jour au lendemain.

Fin du chapitre 2