Chapitre 3 : Une trop grande fierté ?

Driiiiiiing ! Saleté de réveil ! J'ai bien envie de te cogner contre le mur, toi ! Driiiing ! Je tends mon bras pour l'éteindre. Enfin le silence. J'ouvre un œil pour regarder l'heure qu'il est.

Mercredi, huit heure moins vingt. J'ai cours à neuf heure. Tranquille ! Je peux dormir encore vingt bonnes minutes. Mais… voilà que je n'ai plus sommeil. Je jette ma couverture et me lève en marmonnant. Direction la cuisine pour un bon petit-déjeuner.

Comme d'habitude, elle est vide. Mais parents partent au travail vers sept heure. Ce n'est pas facile d'être pharmaciens, et entretenir la boutique en plus. Tout en avalant un bol de céréales, je pense à ce week-end. Mon frère revient du Japon, là où il travaille depuis maintenant un an comme traducteur. J'ai une folle envie de taquiner la balle avec lui. Ca me manque beaucoup.

Prochaine destination : la salle de bain. Un quart d'heure plus tard, j'en ressors les cheveux impeccablement lisses, et prête pour aller au lycée. Je descends les escaliers en trombe, m'empare de mon sac au passage et ouvre grand la porte de l'entrée… et je la referme direct. J'ai cru que l'air extérieur me ferait du bien, mais elle m'a glacée le visage plus qu'autre chose. Je la rouvre, je sors et je la ferme à double tours.

Wouah. Plutôt froid pour une fin d'été. Un peu de courage. Je vais au lycée en petites foulées, croisant au passage, quelques commerçants qui ouvrent leurs magasins. Pas facile de courir avec un sac qui vous tambourine le dos à chaque pas.

Finalement, j'arrive devant le bâtiment. Il n'y a pas grand monde, dis donc. Huit heure trente-sept. Tiens ? Karola et Klaus débutent les cours à neuf heure aussi. Quand ils franchirent le portail ouvert, ils ne m'aperçoivent même pas, adossée contre le mur. Ils vont plutôt dans leur salle de cours.

Je suis un peu déçue par ce manque d'inattention. C'est vrai que Karola n'est pas totalement ma meilleure amie, car nous ne nous connaissons que depuis une année. Alors qu'elle connaît Klaus depuis la crèche. Pourtant, Karola et Klaus sont bien les seules personnes qui arrivent à me supporter avec mon sale caractère… je n'ai pas de meilleur ami. Je n'ai seulement que des amis. Enfin… deux, précisément.

Bon, à force de faire tourner mes méninges, j'ai les bouts de doigts congelés. Je rentre dans ma classe, en attendant les autres élèves.

Qu'est-ce qu'il fait bon, là-dedans. Je m'assois au fond et tire mon MP3 hors de mon sac. La musique bourdonnant dans mes oreilles me réconforte et m'apporte un semblant de chaleur.

« Das Fenster öffnet sicht nicht mehr… Hier drin ist's voll von dir und mehr… »

Une cacophonie me fait redescendre à la réalité. Zut, le cours va démarrer. J'arrache mes écouteurs et fourre le tout dans mon sac. Tout le monde prend place. L'appel est fait. Le professeur d'allemand nous annonce alors avec un sourire narquois :

« Bien… sortez une feuille, contrôle surprise »

J'exécute sans broncher. Il nous distribue les sujets et je me rends compte que ce n'est pas bien difficile, son truc.

Je consulte ma montre. Le cadran m'indique midi quarante-cinq. J'ai déjeuné en solitaire, fait quelques exercices de maths et là, housse de raquette sur mon dos, je m'apprête à aller au tennis. Enfin, devrai-je dire, à faire un petit foot avant le tennis.

Il est une heure pile quand j'arrive au club. Et les trois mousquetaires se trouvent bien sur le terrain, à croire qu'ils n'apprécient pas leurs coéquipiers.

« Tiens, tiens ! Je croyais que tu n'avais pas aimé le petit foot de la dernière fois, me fait remarquer Kartz.

- Ne te méprend surtout pas. Après maintes réflexions, je me suis dit que ça ne se faisait pas de vous poser un lapin…, je réponds, avec un petit sourire.

- Toi ? Penser à autrui ? Laisse-moi rire !

Mon sourire s'évanouit. Je ne supporte pas son sarcasme plus longtemps. J'ai quand même laissé ma fierté de coté pour venir, et voilà comment il me remercie ! D'accord, je l'ai un peu cherché mais il devrait savoir que je préfère me faire pendre que d'avouer que j'ai tort.

Blessée au plus profond de mon orgueil, je me barre du terrain pour aller vers le mur, histoire de me défouler un peu. Pas de foot, aujourd'hui et peut-être même, plus jamais. J'agrippe ma raquette, ainsi qu'une balle. Et je frappe, encore et toujours plus fort. Comme si je veux détruire ce mur. Revers, coup droit, tout y passe.

J'ai mal à mon bras droit. Et mince ! Une crampe. Voilà ce qui arrive quand on ne s'échauffe pas. Mais la haine a raison sur la douleur. Je continue malgré tout de taper.

« Si tu continues comme ça, tu ne pourras plus bouger ton bras, me fait une voix derrière moi. »

Ben voyons. Monsieur Schneider vient jouer les grands cœurs.

« Bouge de là, sinon, tu risques d'être « accidentellement » touché par ma balle, je lance.

- Arrête tes menaces en l'air. Tu sais très bien que tu ne le feras pas. »

Je tire ma dernière balle sur le mur. Elle rebondit puis file à deux millimètres de ma tempe, juste pour effrayer celui qui se trouve pile derrière moi. Puis la petite boule jaune termine sa course encastrée sur un grillage. Apparemment, Karl ne s'attend pas à ça, car il a dû décaler sa tête pour ne pas être touché.

" Je déteste que l'on mette ma parole en doute, monsieur le grand footballeur."

Fin du chapitre3