Chapitre 6 : Changement.

Me voici sur le chemin du lycée, marchant paisiblement, les écouteurs dans les oreilles. Malgré le froid mordant de la matinée, je me sens étrangement bien. Depuis la dernière mésaventure dans l'infirmerie du club, une partie de moi semble s'être volatilisée. Une partie pas indispensable, apparemment.

" Ich muss durch den Monsun... Hinter die Welt... Ans Ende der Zeit... "

Je fredonne ces quelques paroles, pour me réchauffer un peu. Cela fait une semaine que la rentrée a débutée, et j'ai déjà pleins de tourments. Qu'est ce qu'elle commence bien, cette année !

Oh tiens, j'atterris devant le lycée. Je ne m'en suis même pas aperçue. Il faut dire que je marche plutôt vite, surtout quand j'ai le froid derrière les fesses ! Je pousse la porte à doubles battants, et une vague de bien-être m'envahit instantanément. Ah ! La chaleur des radiateurs ! J'adore ça, surtout en hiver.

Je jette un petit coup d'oeil par la fenêtre du hall ; personne dans la cour, tout le monde est regroupé devant les chauffages. Et bien sûr... y'a plus de place pour moi. Ben voyons ! Ah si... entre Kartz et Karl-Heinz.

Et pourquoi pas ! Après tout, je n'avais pas dit que je voulais changer ? Enfin, pas changer totalement, mais être un chouïa plus agréable.

Je m'approche donc, lentement mais sûrement. Machinalement, leurs têtes se tournent vers moi. Qu'importe ! J'arrive au radiateur sans trop de difficultés. Bon allez, j'ai décidé d'être polie, aujourd'hui :

« Salut, les gars ! »

Personne ne me répond. Muets... comme des carpes. Alors, j'enchaîne :

« Bon ok, vous trouvez ça peut-être bizarre mais j'ai décidé d'être plus sympa ! »

Toujours personne qui m'adresse la parole. Evidemment, le matin, ils doivent tous avoir la tête dans le derrière. Je me tais et je profite de la chaleur dégagée par ce petit engin qui suffit à faire mon bonheur. Bon, je commence par quoi déjà ? Maths, allemand et ensuite français. Et après, c'est le repas. Cool !

Driiiiing. Première heure de cours. C'est parti... en fait, je crois que je vais suivre le phoque et son copain, le japonais parce que... je ne sais pas où se trouve ma salle. Quelle empotée je fais ! Salle 103. Je pénètre doucement et je m'assois sans me presser. Et c'est là que le blond ténébreux m'adresse la parole :

« Salut Kassandra !

- ... long à la détente, dis donc... »

Et puis je me retourne car le cours commence. Les trois heures suivantes se sont passées à une lenteur affreuse. Surtout l'heure de français ! Je déteste cette matière, je déteste la prof, Mme Dubet. Mais qu'est-ce qu'ils sont compliqués, ces Français ! A quoi ça sert de mettre des "h" alors qu'ils ne se prononcent pas ? Et toutes ces lettres muettes qui me pourrissent la moyenne ! En tout cas, ce qui est sûr, c'est que vous ne me verrez jamais travailler en France !

Bon, j'arrête de me plaindre. Voyons le côté positif : c'est l'heure du repas. Qui dit repas, dit gros délires. Enfin, c'était comme ça dans mon collège, je ne sais pas trop ce que c'est au lycée. Me voilà dans le self, plateau repas dans les bras, me cherchant une place. Pas de Karola ni de Klaus en vue. Etrange.

Oh tiens, Kartz, Karl et Genzo. Je vais me taper l'incruste, rien que pour les embêter. Je me fous du "qu'en dira t'on". Je pose mon plateau sur la table, sous les yeux médusés des trois comparses. De suite, le maître d'oeuvre m'envoie des piques :

« Je crois que tu t'es gourée de table, ma petite.

- Non, je suis aussi certaine que toi, tu t'appelles Hermann Kartz. »

Et je lui fais un petit sourire, juste pour lui signaler que je ne prends plus la mouche. Il peut dire n'importe quoi, je lui répondrai à coup sûr, sans me vexer ! Par contre, si ils me disent de partir, je pense que je le ferai quand même. Je n'ai pas envie de passer pour une allumeuse, tout de même. Mais pour l'instant, personne n'a dit mot, mis à part l'autre imbécile.

« Pourquoi ce changement si soudain, mam'zelle ?

- Une très longue histoire... que tu ne sauras jamais, répondis-je en sondant Karl, qui se trouve en face de moi.

- Y'a un mec là-dessous... poursuit-il.

- Eh oui !

- En tout cas, je préfère cette Kassandra-là ! »

Je commence à déguster ma salade. Il ne s'en rend peut-être pas compte mais ce qu'il me dit me fait énormément plaisir.

« Tu sais, ça ne se voit pas mais on t'apprécie quand même, me dit... Mr le phoque ! »

Non, je dois rêver. Lui, me dire ce genre de chose ? Pas possible. Il ne l'a sûrement pas remarqué mais je rougis jusqu'aux oreilles. Et même jusqu'à la racine de mes cheveux ! J'entends Kartz pouffer de rire avec discrétion. Vite ! Faut que je dise quelque chose :

« Ben... heu... moi aussi, je vous aime beaucoup. Bon allez, "bon appétit" !

- Wah, c'est que la miss sait parler français !

- Ben oui, qu'est-ce que tu crois ?

"Bon appétit à toi aussi, nouveau Kassandra", me souhaite Karl, en français aussi. »

Mais je n'ai pu m'empêcher de corriger :

« On dit "nouvelle" pour une fille.

- Je l'ai fait exprès", me rétorque-t-il avec un clin d'oeil charmeur. »

Là, je dois avouer qu'il est vraiment pas mal. En fait, je comprends le français à l'oral mais alors, à l'écrit, c'est une vraie catastrophe !

« Oh, vous vous faites des confidences en français, pour pas que Gen et moi, on vous entend, se moque Kartz.

Pardon ? »

Je dois également avouer que Kartz a un comportement assez puéril pour un lycéen mais on fait avec ! Non mais ce qui m'étonne, c'est la phrase qu'il vient de nous dire, à Karl-Heinz et moi. Mais le capitaine Hambourgeois m'explique :

« En fait, Kartz ne sait pas parler français. Il a choisi Espagnol en seconde langue.

- Mais pourtant, quand j'ai dit " bon appétit ", il a su que c'était du français...

- Je connais que les mots comme "mereci", "orefouare" et "boneyoure" j'ai fait exprès de faire les fautes, me prenez pas pour une illettrée, merci uu°

- Ah, je comprends mieux, dis-je, en me retenant de rire devant son accent... pourri. »

Et le repas a continué comme ça, et j'ai vraiment appris à les connaître, cette fois. Même le petit taciturne de Genzô. En fait, il ne parle pratiquement pas car il a peur de se taper la honte, vu que son allemand n'est pas parfait. Personnellement, je trouve qu'il a un très bon accent pour un Japonais. Mais il n'avait pas l'air très convaincu.

Samedi arrive, apportant par la même occasion, une visite de mon cher frère adoré...

Fin du chapitre 6