Chapitre 7 : Mon frère !

Je suis tellement excitée que je me suis réveillée une heure avant tout le monde. Comme mes parents ne sont pas là, c'est moi qui irai le chercher à l'aéroport. En fait, je ne sais même pas pourquoi il revient. Il nous a prévenus qu'il reviendrait à Hambourg ce week-end, mais il ne nous a pas dit la raison. Mes parents pensent qu'il a trouvé des congés mais moi, je ne suis pas si convaincue que ça.

Dix heure. L'avion se pose ici à dix heure quarante-cinq et je suis déjà assise sur un banc. Bizarre... l'aéroport, et plus précisément cette salle, est bondée de journalistes, reporter et autre personne encore. Que se passe-t-il ? Ce doit être l'avion d'avant et d'ici peu, la foule sera dispersée.

Manque de chance. Onze heure moins vingt, et la cohue est toujours présente. Je me décide d'aller voir ce qui se trame là-bas. J'aperçois Klaus.

« Hey ! Klaus !

Kassandra !

Tu m'expliques ce qui se passe, s'il te plaît ? »

Le blond devant moi ouvre grand les yeux. Puis me réponds d'un air extrêmement étonné :

« Tu... t'es pas au courant ?

- De quoi ?

- T'es venu faire quoi, ici ?

- Ben, chercher mon frère qui revient du Japon... mais tu veux bien me répondre, maintenant ? je fais, assez irritée.

C'est aujourd'hui que l'équipe cadette nationale du Japon arrive à Hambourg !

Ah... »

Personnellement, je m'en fous un petit peu. Du moment que je retrouve mon frère, les autres m'importent peu. Mais Klaus, ne remarquant pas mon indifférence, continue :

« Et demain, il joue contre nous en match amical. Et... »

Il n'a pas le temps de terminer sa phrase qu'une énorme clameur retentit derrière moi. Les journalistes mitraillent la porte à tout va. Je ne vois que dalle. Alors, je monte sur la chaise où j'étais assise auparavant, c'est là que je l'aperçois. Il n'a pas changé.

Ses courts cheveux couleur écorce, coupé à la mode, le distinguent de tout ce petit monde. Son visage toujours impassible, et ses yeux glacés confirment bien que c'est lui. Tellement heureuse de le retrouver après ce long moment d'absence, je ne peux m'empêcher de crier :

« Lorenz ! »

L'interpellé relève la tête de quelques centimètres puis un faible sourire vient se coller à son visage. Il est suivi par une ribambelle de garçons, japonais, je suppose. Apparemment, c'est eux, les principaux personnages. Pendant que ces derniers font une séance photo, mon frère s'approche discrètement de moi :

« Ohayo Kass !

- Oh s'il te plaît, ici, c'est l'Allemagne ! je réprimande, tout en cachant ma joie de le revoir.

- T'as pas changé, meine Schwester ! meine Schwester ma soeur / je l'ai écrit en allemand car, à des moments, Lorenz dira "ma soeur" mais en français rien que pour taquiner Kassandra ;) sachant qu'elle est pas très douée pour les langues.

- Je vois que tu sais encore parler allemand. Au fait, t'as réussi à avoir des congés alors ?

- Non, je suis en Allemagne pour le boulot, m'informe-t-il. Tu sais, je me déplace avec l'équipe Japonaise cadette car je suis leur traducteur officiel.

- Et tu restes combien de temps ici ?

- Une semaine, le temps du match amical et après, je pars avec eux en France pour le tournoi internationale. »

Je ne peux lui parler plus longtemps car une voix dotée d'un fort accent japonais crie au loin :

« Aufen-san !

- Hai, réponds l'appelé. Désolé Kass, j'y vais. A ce soir. »

Et il s'éclipse, me laissant là. Et moi qui avait cru qu'on ferait le trajet du retour ensemble... Je passe devant le mon club. Ah ! Si seulement j'avais pris ma raquette, j'aurai pu jouer un peu. C'est pas grave, je vais quand même aller voir l'équipe de foot s'entraîner. Déjà, le portail à peine franchi, j'entends la voix de leur coach gueuler jusqu'ici. Peut-être que je verrais les trois mousquetaires jouer, pour une fois.

Et mon intuition ne me trompe pas. Ils sont tous les trois sur le terrain, avec leurs coéquipiers, et ont l'air de faire un petit match. L'entraîneur les "booste" en même temps :

« Allez ! Un peu de nerf, bande de moules sur pattes ! Si demain, vous perdez contre l'équipe du Japon, je serai bon pour bouffer les pissenlits par la racine, tellement j'aurai la honte ! Bon sang, Kartz, cours plus vite ! Déjà que tes pattes sont extrêmement courts, si tu sais pas t'en servir, on va pas aller bien loin ! »

J'éclate de rire malgré moi. Avoir un entraîneur de cette trempe, c'est l'idéal pour progresser, je trouve ! Et si j'allais voir le match, demain ? Ben oui, je n'ai rien de prévu et puis, ça me permettra de voir leur niveau réel... et puis ça me permettra aussi de voir Karl-Heinz... mais chut, hein ? Etrangement, dès que je le vois, mon cœur bat plus fort que la normale.

Sur le terrain, il est... beau. Son corps fin et élancé se balançant au rythme de sa course, sa peau assez pâle faisant ressortir ses magnifiques yeux azurs... j'observe tout cela jusqu'au moindre détails. Et à ce moment-là, je le trouve extrêmement séduisant. Je n'ai jamais ressenti ça pour un autre garçon. Bien sûr, je suis déjà tombée amoureuse, comme toutes les filles, je pense, mais jamais je n'ai considéré un garçon comme je le fais maintenant. J'ai le feu au joues, mais je ne peux m'empêcher de détacher mon regard de son jeu.

Finalement, ce n'est qu'avec un ballon au bout du pied que ses cordes vocales fonctionnent. Plus je le fixe, plus je découvre de facette que je n'aurai jamais connu. Je le vois sourire, je le vois taquiner ses camarades, je le vois rire tandis qu'au quotidien, il est froid, distant et taciturne. Tout le contraire d'ici.

Le coach siffle. C'est la pause. J'en profite pour regarder ma montre. Onze heure et quart.

« Kassandra, quel bon vent t'amène ?

- Salut, Karl ! »

Je ne l'ai même pas entendu s'approcher. Tandis que les autres se ruent comme des affamés sur les fontaines, lui, préfère venir taper la discute avec moi. C'est flatteur. Situé à quelques centimètres de moi, je peux le détailler dans toute son intégralité : ses cheveux blond en bataille, ses yeux bleus éclatants, son visage dégoulinant de sueur indiquant sa fatigue, son maillot lui collant au corps, délimitant ses muscles... Je pique un fard monumental et reviens vite sur Terre :

« Oh ! Je te parle, Kassandra !

- Désolée, je ne t'écoutais pas...

- Oui, je vois ça. Je te demandais ce que tu venais faire ici.

- Eh bien... je me le demande moi-même. J'avais juste envie de vous voir jouer, c'est tout. »

« Mon Dieu qu'il est canon...si il part pas dans cinq minutes, je l'embrasse direct. » Je me surpris même à avoir ce genre de pensée, qui d'habitude, ne viennent même pas effleurer mon esprit. Apparemment, le ciel m'a entendu car...

« Bon, l'entraînement va reprendre.

- D'accord ! A demain.

- Demain ? répéte-t-il.

- J'ai décidé de venir voir le match amical Japon-Hambourg.

Mais tu n'as pas ton entraînement de tennis demain ? »

Zuuuuuuuuuuuuuuuuuut ! J'ai complètement zappé ce détails. Il faut que je déniche une excuse à Papy. Devant ma mine déconfite, le Kaiser rit de bon cœur.

« Oh c'est bon ! Arrête de rire, Mr le phoque !

- Tiens, ça faisait longtemps que tu ne m'avais pas appelé comme ça, Miss Gaffeuse. Bon allez, Tschüss ! Si tu peux pas venir, je ne t'en voudrai pas alors te casse pas trop la tête à chercher un prétexte ! »

Sur ce, il s'en va vers ses coéquipiers... qui l'accueillent avec des sifflements moqueurs, signifiants pas mal de choses. Décidément... je suis vraiment tombée amoureuse de lui...

Fin du chapitre 7