Chapitre 2 : Le Château.

Parcourant les longs et larges couloirs du Château, passant devant les immenses tapisseries qui en recouvraient les murs, contournant certaines armures de métal poli posées au coin d'un angle, au bord des tapis qui courraient sur les dalles de pierres froides, une jeune fille marchait rapidement, tenant le devant de sa large robe bleue, ses longs cheveux blonds volant derrière elle au rythme rapide de ses pas. Elle traversa plusieurs couloirs, monta trois escaliers, puis encore de longs couloirs aux murs ornés de motifs rouges, jusque dans les appartements royaux. Toute l'aile est du septième étage du Château leur était consacrée. Elle connaissait le chemin par coeur, car elle venait fréquemment dans ces quartiers. Elle y était la bienvenue, et beaucoup de nobles à la cour lui enviaient son excellente position auprès du Roi.

La jeune fille se retrouva comme tous les jours devant les portes de la chambre de son ami. Elle frappa trois coup secs, vérifia qu'aucune autre porte n'était ouverte dans le couloir, puis entra. C'était une grande pièce, qu'elle connaissait par coeur ; elle aurait été capable de s'y déplacer dans la plus totale obscurité... en face de la porte, le beau lit à baldaquin : la tête collée au mur, deux commodes de chaque côté, des rideaux pourpres entourant le matelas aux draps de coton, et de belles couvertures colorées les recouvrant ; sur la gauche, l'espace était occupé par une armoire de bois sculpté, sur le mur du fond ; sur le même mur que la porte, un bureau noir et un siège recouvert de velour rouge sombre, à côté d'une petite bibliothèque composée de deux étagères, où les rayonnages croulaient sous le poids de tous les volumes qui s'y accumulaient ; sur le mur d'en face, une large fenêtre aux vitraux transparents, avec quelques couleurs sur ceux qui formaient les angles, et devant la fenêtre, un grand fauteuil de cuir noir, attaché par des clous d'un rouge brillant, dont elle ne voyait que le dossier. Un tapis rond aux mêmes couleurs que les couvertures occupait l'espace au sol, partant du bas de l'armoire jusque sous le lit, protégeant des pierres froides du sol.

Elle ôta ses chaussures, qu'elle laissa dans le couloir, pour mettre les petites ballerines qu'elle portait toujours avec elle, dans la bourse de cuir reliée à sa ceinture de soie blanche. Cela fait, elle entra, posant ses ballerines propres sur le doux tapis de la chambre, et referma soigneusement la porte. Son ami était dans le fauteuil, elle voyait sa mèche blonde dépasser sur le côté du dossier. Elle sourit, puis fut soudain prise de panique : il était devant la fenêtre ?! Elle se précipita dans la pièce, puis s'arrêta net en se rendant compte que les vitraux étaient bien fermés. Elle poussa un audible soupir de soulagement et marcha plus calmement jusqu'au fauteuil. Le jeune homme l'avait entendu, et il se tourna vers elle quand elle arriva à sa hauteur.

"Bonjour, Winry !" fit-il avec un grand sourire. Elle le lui rendit, heureuse de le voir debout aujourd'hui. Enfin, assis, mais cela valait mieux que d'être au lit croulant sous la fièvre... Elle fit une élégante révérence qui provoqua un rire chez le jeune homme, et il se redressa dans le fauteuil pour mieux la voir. Il était très beau, avec de grands yeux d'or, des cheveux de la même couleur, attachés en une petite tresse qui tombait entre ses épaules ; il portait une chemise blanche et un pantalon noir, retenu par une ceinture de soie rouge sombre, qui se fermait par une boucle en or. Il avait eu dix-sept ans deux semaines auparavant, mais il n'y avait pas eu de fête, pas plus que de banquet ou de réception. Ç'avait été une journée ordinaire, comme chaque année, mais que Winry avait passé en sa compagnie. Depuis qu'ils se connaissaient, il ne s'ennuyait plus tout seul dans cette chambre dont il ne sortait jamais. Elle apportait parfois des jeux de l'extérieur, dont on s'amusait à la cour... des cartes, des dés, parfois de quoi faire de la calligraphie ou encore des romans qu'il n'avait pas dans sa chambre... Winry était vraiment adorable avec lui, et il lui en était sincèrement reconnaissant.

Aujourd'hui, elle avait trouvé un traité d'alchimie tracé sur un rouleau de parchemin ; elle l'agita sous son nez d'un air taquin, éclatant de rire devant l'enthousiasme de l'adolescent. Ils s'installèrent au bureau et passèrent la matinée à déchiffrer le texte ancien...


Dans la grande salle de réception, un jeune homme attendait devant les hautes portes qui menaient à la salle du trône. Très élégant dans un costume trois pièces, une veste et un pantalon noirs, une chemise violette brodée d'or autour des boutons nacrés, une ceinture de cuir dont la boucle était ornée d'un rond de malachite, ainsi que des gants blancs à la pointe du raffinement. Il avait des yeux aux reflets mauves, et de longues mèches noires retenues par un bandeau de soie sombre, qui tombaient éparses autour de son visage. D'une vingtaine d'années, il avait une excellente réputation à la cour, et jouissait même de certains privilèges obtenus grâce à Lord Bradley et son épouse, qui le recommandaient dans toutes les soirées privées du Château. Le Roi même le conviait régulièrement à sa table, ce qui était un immense honneur. Il resta plusieurs minutes à attendre, jusqu'à ce qu'un vieil homme de haute stature, brun, un oeil caché par une bande de soie noire, vêtu d'un sobre costume bleu-roi, arrive dans la salle. Il reconnut le jeune homme et avança vers lui :

"Envy !"

"Bonjour, Milord" fit-il en s'inclinant brièvement.

"C'est aujourd'hui le grand jour, n'est-ce pas ?"

"En effet !"

"Ne sois pas trop stressé, je serais là pour parler..."

"Et je vous en remercie encore, milord. C'est réellement un honneur pour moi que vous m'aidiez dans mon entreprise."

"Allons, allons ! C'est tout naturel ! Sache qu'après avoir tant vanter tes mérites, le Roi ne peut que nous écouter. Je suis certain de la bonne issue de notre entretien !"

"Vous êtes bien confiant... Je n'ai malheureusment pas votre assurance : il est si protecteur envers son fils que je trouve impossible qu'il accepte..."

"Il n'a pas le choix, heureusement pour nous ! Après lui avoir exposé les faits, il ne pourra qu'accéder à notre demande ! Ne t'en fais donc pas, je prends nos affaires en mains !"

"Merci, milord ! Je vous suis extrêmement reconnaissant..."

"Tu me prouveras ta reconnaissance quand tu seras sur le trône, pour l'instant, allons converser avec Sa Majesté !"


À la fin de l'entretien, Envy était extrêmement satisfait. Il fallait bien dire que le cher Bradley avait de solides connaissances dans le domaine de la loi et de la politique, ce qui lui était très utile... L'une d'elles en particulier, celle qui exposait les détails d'une succession... Vive la Loi des Mâles, et remercions la Reine d'avoir fourni une géniture aussi faible...!
"Winry ? Tu m'écoutes ?"

Prise en flagrant délit de rêveries, la jeune fille rougit, avant de détourner la tête. Qu'était-elle encore en train de faire ? Elle savait pourtant qu'elle n'avait aucune chance... Tandis que le garçon était penché sur ses notes, absorbé par la traduction du texte, elle n'avait pas réalisé qu'elle s'était mise à le fixer. Comment lui en vouloir ? Son profil parfait et ses yeux d'or ne cessaient d'occuper ses pensées, et il était de plus en plus gênant de rester en sa compagnie en tant qu'amie... Elle aurait aimé pouvoir en parler avec lui, savoir si ce qu'elle éprouvait était partagé, ou même connu. Mais elle ne pouvait pas...

"À quoi tu penses ?"

Le ton et le sourire taquins du blond la firent rougir de plus belle, et elle se leva pour faire quelques pas, prétextant d'une voix qui sonnait faux, qu'elle avait besoin de se dégourdir un peu... Mais c'était simplement une excuse pour s'éloigner de lui... Depuis le temps qu'elle en rêvait, il faudrait bien un jour qu'elle lui en parle... ! Le garçon n'insista pas, et retourna à sa traduction. Cela lui donna l'occasion de l'observer encore. Elle ne s'en lassait décidément pas : ses mèches qui encadraient si élégamment son visage avaient les reflets du soleil, ses yeux étaient deux puits d'or dans lesquels elle adorait se plonger pendant des heures... De plus, il était très intelligent, toujours curieux, avec un sens de l'humour léger et adorable qui la changeait des plaisanteries vaseuses des vieux nobles de la cour... Il s'intéresait à ses goûts, à sa vie de jeune dame ; elle pouvait se confier à lui en toute quiétude... Si elle avait pu être à sa place, et lui à la sienne, peut-être aurait-elle moins hésiter à lui parler...

Plongée dans ses pensées et sa contemplation, elle ne remarque pas que l'adolescent s'était mis à trembler, imperceptiblement...

Décidée, elle prit une grande inspiration, puis s'approcha un peu pour dire, d'une voix un peu plus aigue que d'ordinaire :

"Prince Edward ! Je ..."

"Prince ?" l'interrompit-il en se retournant, sa main gauche crispée sur la plume avec laquelle il écrivait. "Qu'est-ce que c'est que... ce ton révérencieux, tout à coup ?"

"Euh... je... Edward, il y a quelque chose dont je voudrais..."

Elle n'eut pas l'occasion de terminer. La porte s'ouvrit soudain sur un grand homme aux longs cheveux blonds qu'elle reconnut immédiatement :

"Votre Altesse !" Elle s'inclina profondément, dans une révérence gracieuse comme elle savait si bien les faire. En se redressant, elle remarqua le petit plateau que tenait le Roi entre ses mains, sur lequel étaient posés toutes sortes de flacons aux diverses formes, contenant des liquides de différentes couleurs.

"Bonjour, ma petite Winry. Comment vas-tu ?"

"Oh, je..."

Elle fut une nouvelle fois interrompue, mais cette fois-ci, elle paniqua : Edward s'était mis à tousser. Elle détestait tellement ce son ! Rien qu'à l'entendre, elle en avait mal aussi... Le Roi se précipita sur son fils, posant le plateau sur les notes du garçon, et l'aida à se redresser. Winry assista à la scène, impuissante : elle voyait le visage crispé de son ami, en sueur, ne pouvant contrôler les terribles tremblements qui l'assaillaient.. Elle s'en voulut : elle aurait dû le remarquer, prévenir quelqu'un au plus vite, avant la crise... et elle n'avait rien vu venir à cause de ses rêveries de gamine amoureuse !

Soudain, une tâche sur le tapis la fit sursauter d'angoisse. Du sang. Cela recommençait... La toux était si violente qu'il en crachait du sang. Encore...

"Winry, sors tout de suite !"

L'ordre était direct, et elle n'eut d'autre choix que d'abandonner son ami aux mains de son père... Qu'allait-il encore lui faire avaler comme nouvelle mixture ? Et surtout, y en aurait-il cette fois-ci qui serait efficace... ? Parfois, quand elle voyait dans quel état de faiblesse se trouvait Edward, elle en venait à haïr de toutes ses forces ces nobles et ces dames de haute cour qui ne faisaient référence qu'à sa beauté et son statut... Il méritait mieux qu'une vie de reclu, condamné à rester dans sa chambre par peur d'une crise plus violente, voire fatale... Bien sûr, cela la rassurait de le savoir en sécurité, loin du froid et de l'extérieur si dangereux... mais elle aimerait parfois tellement l'en sortir. Son air triste quand il regardait par la fenêtre lui fendait le coeur... Il n'avait qu'une vue sur la forêt non loin, mais cela devait lui donner envie de s'y promener...

Elle aurait aussi aimé pouvoir le protéger de tous ces vieux ambitieux qui convoitaient le trône. Oh, bien sûr qu'elle les entendait, ces seigneurs gorgés d'alcools qui chuchotaient entre eux dans les salons enfumés... Bien sûr qu'elle savait que tous ne pensaient qu'à la succession, et qu'ils étaient prêts à n'importe quoi pour y arriver... Cela la rendait encore plus triste, et terriblement haineuse vis-à-vis des règles du Château. En particulier cette Loi des Mâles qu'elle trouvait ridicule ! Pourquoi, parce qu'elle était une fille, ne pouvait-elle prétendre au mariage royal ? Ne pouvait-elle pas épouser le prince, le garçon de ses rêves ? Elle savait bien pourquoi, hélas... Parce que seul un homme pouvait gouverner... Et étant donné la santé fragile d'Edward, il ne pouvait assurer ce genre de responsabilités... Et elle ne pouvait l'y aider...

Elle avait bien essayé de parler avec le Roi, lui suggérant habilement de changer les règles... Mais il n'avait pas fait attention... Peut-être trop occupé à élaborer de nouvelles formules, de nouveaux remèdes destinés à son fils... en vérité, il ne pensait qu'à ça. Le Royaume, la succession, il s'en fichait, elle le voyait bien... elle espérait toutefois que son indifférence ne le conduise pas à prendre des décisions trop hâtives...


(KinYu) Il parait qu'on peut mettre des notes, en fin de chapitre ? Ça ne vous dérange pas ? Alors je me lance : Waouh ! Les longues phrases... ! J'espère pouvoir rédiger le prochain chapitre aussi bien... J'espère que celui-ci vous a plu ! Merci Matsuyama ! (Je peux t'appeller Kiku, moi aussi ?) Qu'est-ce que vous en pensez ?