Chapitre 6 : Prendre ses responsabilités.
Quand il se réveilla, il se sentait... non, pas bien. Pas bien du tout, même. Il avait beaucoup trop chaud, et soif aussi. Il voyait de la lumière à travers ses paupières closes, et n'osait pas ouvrir les yeux de peur que l'éclat soit trop vif, donc douloureux... Il tenta de remuer, et s'aperçut qu'il était collé au lit par plusieurs lourdes couvertures. D'ailleurs, ce lit, il n'était pas très confortable. Et l'oreiller non plus, il s'enfonçait dedans comme si sa tête touchait directement le matelas... Était-ce parce qu'il était malade qu'il s'en rendait compte ? Son lit n'était pas comme ça, d'habitude, si ? En plus, il y avait une drôle d'odeur dans la chambre, pas désagréable mais inhabituelle... une odeur de nourriture ? Ah, oui ! C'était Mélissa qui était venu apporter son repas, et voyant qu'il dormait, elle était repartie sans faire de bruit... ! Tant mieux, avec la nuit qu'il avait passée, il avait bien besoin de dormir un peu plus... Minute... que s'était-il passé, cette nuit ? Il se rappelait vaguement quelque chose... était-ce un cauchemar ? Ce ne serait pas la première fois, et avec sa fièvre, n'aurait rien d'étonnant... Un drôle de cauchemar, en tout cas : deux hommes qui s'étaient introduits dans sa chambre... Heureusement, il ne s'agissait que d'un rêve !
Des bruits de pas... Pas très éloignés, étrange, sa chambre était plus grande que cela, non ? Des bruits de conversation aussi... qui venaient d'en-dessous ? Une seconde, depuis quand pouvait-il entendre ce qui se passait hors de sa chambre ?? Il fallait tiré cela au clair. Donc, pas d'autre solution : il inspira et ouvrit les yeux.
Le plafond de bois brun au-dessus de lui, le rideau de couleur devant la petite fenêtre, une table de nuit, un autre lit près du mur d'en face, trois chaises... Ce n'était définitivement pas sa chambre... Son rêve de la nuit lui revint en mémoire, et il comprit donc qu'il n'était plus au Château. Hors de sa chambre... Sa respiration s'accéléra en même temps que l'angoisse qui lui comprimait peu à peu le coeur. Mince... Loin du Château ? Dehors ??
"NON !!"
hurla-t-il en se redressant, totalement paniqué.
"Quoi non ? Tu n'aimes pas la soupe ?"
Il se tourna brusquement vers la porte qui venait de s'ouvrir sur un homme brun qu'il reconnut aussitôt :
"Vous !!"
L'homme avança tranquillement, un plateau dans les mains, sur lequel étaient posés un bol fumant, un morceau de pain et une verre de jus de fruits.
"Le pain était pour moi, mais puisque tu es réveillé, tu vas pouvoir manger tout seul !"
"Qui êtes-vous ?! Qu'est-ce que je fais ici ?! Où sommes-nous ?!!"
"Du calme ! Arrêtes de crier, tu vas encore t'épuiser... Je m'appelle Roy Mustang, tu es dans ma chambre, et nous sommes quelque part en ville mais je ne te dirais pas où... Alors, tu aimes la soupe ?"
"N'approchez pas !! Laissez-moi tranquille !!"
"Calmes-toi, voyons ! Si j'avais voulu te faire du mal, je m'y serais pris plus tôt... !"
Oh... ? Qu'est-ce que ça voulait dire ? Il resta silencieux, fixant l'homme avec suspicion. Celui-ci sembla comprendre car il expliqua :
"Tu es ici depuis quatre jours. Comme tu avais beaucoup de fièvre, on a fait venir un médecin, et il a prescrit des cachets pour la faire baisser ; ça a marché assez rapidement, je suis content que tu aies fini par te réveiller. Ça prouve que tu es plutôt en forme, aujourd'hui... Maintenant, il faut que tu manges !"
Il déposa le plateau sur la table de nuit, et remua la soupe avec une cuillière pour la refroidir un peu. Puis il s'assit sur le bord du lit, et lui tendit le bol. Edward ne bougea pas. Au lieu de cela, il regarda mieux autour de lui. Après tout, c'était la première fois qu'il se retrouvait dans une autre pièce... L'angoisse lui fit monter les larmes aux yeux, et le bol sortit de son champ de vision ; il baissa la tête pour cacher ses larmes et la reconnut. "C'est ma couverture... ça veut bien dire que...?"
"... vous m'avez enlevé... ?" demanda-t-il à voix basse, pour ne pas faire entendre ses sanglots, les yeux rivés aux motifs familiers qu'il serrait entre ses mains crispées. Il n'eut pas de réponse immédiate. Alors, il osa relever la tête, pour voir l'homme assis sur une chaise, près de la table de nuit, qui semblait réfléchir.
"Oui..." Il plaqua une main sur sa bouche dans un geste convulsif, pour retenir le hoquet d'angoisse qui lui avait échappé ; ce qui dût convaincre l'homme pour continuer : "... mais tu n'as rien à craindre de moi, ni des autres. Nous ne te ferons aucun mal, c'est promis... !"
"Vous m'avez déjà tué, je ne vois pas ce que vous pourriez faire de pire..."
Roy se redressa sur sa chaise. "Quoi ?? Qu'est-ce qu'il raconte, là ?" Il s'apprêtait à demander des explications, mais les larmes qui roulaient à présent sur les joues du garçon lui firent repenser à quelque chose...
"Oui, ça on le savait, qu'il était malade ! Tu n'as rien de mieux à nous apprendre ?"
"Mais je veux dire, vraiment malade !! Pourquoi est-ce que sa chambre était fermée à clé, tu crois ? Il n'avait tout simplement pas le droit d'en sortir !"
"Et alors ?"
"Et alors, s'il a une santé fragile, on n'a peut-être pas fait la bonne action du jour en le prenant avec nous, cette nuit-là !"
"Il s'est réveillé, non ? Ça prouve qu'il va mieux... Je trouve que tu t'inquiètes de plus en plus pour ce gamin, c'est trop mignon... !"
"Hugues, on parle sérieusement, là !!"
"Oui, oui, pardon... Bon, et bien que veux-tu que je te dise ? Si son état dégénère, on avisera. Pour l'instant, assure-toi qu'il se réveille bien toutes les huit heures, et ça ira !"
"Je ne trouve pas ça drôle..."
"Et sinon, le petiot, il a un nom ?"
"Hum ! Je n'ai pas eu l'occasion de demander... !"
"Non, tu t'inquiètes trop pour ça... Que c'est mimi !!"
"Hugues !!!"
"Oui, bah tu n'as qu'à lui apporter un dessert : Gracia vient de nous faire du pain perdu, tu sais à quel point elle le réussit bien !! Prends-en deux parts, et vas discuter ! Et je suis sérieux... !!"
"Hé ? Petit ?"
Il se retourna d'un bond, une expression féroce au visage. Ce type osait... !!
"Oh, tu ne dormais pas ? J'ai cru que j'allais te réveiller... Est-ce que ça va mieux ? Tu as encore faim ?"
"Qu'est-ce que ça peut vous faire !?" grogna-t-il en s'asseyant entre les couvertures.
"Tu n'as pas eu grand-chose de solide dans le ventre depuis quatre jours. Il vaut mieux que tu recommences à te nourrir normalement..."
L'homme - Mustang - s'installa sur la chaise, sans doute pour ne pas l'approcher, et lui tendit une petite assiette...
"Qu'est-ce que c'est ?"
"?? Bah... du pain perdu ! ... Tu n'en as jamais mangé ?"
Il secoua doucement la tête. Mustang eut l'air surpris, et il se renfrogna.
"C'est un dessert. Mieux qu'un jus d'orange pour terminer le repas... ! C'est très bon. Sucré. Tu n'as qu'à goûter..." Il lui tendit l'assiette et la fourchette avec un drôle de sourire. Mais Edward n'aurait sû dire s'il se moquait de lui ou... Il attrapa les deux, et fixa l'aliment quelques secondes avant d'en piquer un morceau et le mettre dans sa bouche.
"Alors ?"
"... c'est bon..."
"Bien sûr que c'est bon ! C'est même le meilleur du quartier, c'est Gracia qui l'a préparé. Elle est la cuisinière de l'auberge" ajouta-il au regard interrogateur du blond. Edward haussa les épaules et continua à manger. C'était vrai, qu'il avait faim... et visiblement, c'était la vérité quand Mustang disait qu'il n'avait rien à craindre... Il faudrait tout de même qu'il lui explique la situation, son père devait être fou d'inquiétude...
"Hé, petit !"
Il manqua de s'étouffer avec sa bouchée, et lança un regard assassin à l'homme assis près de lui. Il eut d'ailleurs un geste de recul, ce qui l'emplit d'une extrême satisfaction.
"Je-ne-suis-pas-petit !!" articula-t-il entre ses dents.
"Ah non ? Tu as quel âge ?"
"Dix-sept ans !!"
"Oh, toutes mes excuses... !" (avec un sourire manifestement ironique...) "Il faut pourtant que je trouve un moyen d'attirer ton attention... Comment t'appelles-tu ?"
Mais le garçon ne répondit pas, et baissa la tête pour finir son dessert...
L'après-midi, Roy la passa dans la chambre, avec l'adolescent. Il n'était pas très bavard, préférant souvent se taire que répondre à ses questions. Mais Roy resta très attentif, et se rendit bien compte que son angoisse du réveil avait peu à peu passé. Il finit même par s'endormir, et Roy put s'approcher doucement pour vérifier sa température, posant délicatement la main sur son front ; il était encore fiévreux, mais beaucoup moins qu'à son arrivée, ce qui était très rassurant...
Dans les deux jours qui suivirent, il tenta de gagner sa confiance, ne serait-ce que pour éviter que le petit blond ne plonge sous ses couvertures chaque fois qu'il entrait dans la chambre - après tout, c'était aussi la sienne ! Il lui expliqua ce qu'ils faisaient dans le Château cette nuit-là, pourquoi ils l'avaient emmené avec eux, ce qui se passait dans la région - des problèmes aux frontières jusqu'aux méfaits des soldats - et il s'avéra que le garçon était déjà au courant de tout cela, ou du moins en grande partie...
Le soir du deuxième jour, après une longue après-midi passée à discuter, Roy s'apprêtait à sortir, la main sur la poignée de la porte. Il ne résista pas, une fois encore :
"Bonne nuit, petit !"
Les couvertures tremblèrent un peu, mais ne bougèrent pas, ce qui l'étonna. Il était sur le point de revenir vers le lit, légèrement inquiet, lorsque la voix étouffée du blond lui parvint à travers l'oreiller :
"... Edward."
"Pardon ?"
"Je m'appelle Edward..."
"Maes, viens-là, j'ai un truc à te dire..."
Le barbu le suivit dehors, dans la petite cour derrière les cuisines de l'auberge.
"Qu'est-ce qu'il y a encore ?"
"On a fait une grosse erreur..."
"Quoi ? Tu veux dire, plus grosse que quand tu as demandé à Riza de mettre une robe pour le festival du printemps ? Ou plus grosse que la fois où elle t'as..."
"Je suis très sérieux..."
"... D'accord, vu ta tête, ça doit être grave, en effet. Qu'est-ce qui se passe ?"
"Le gamin... on croyait qu'il était le fils d'un seigneur quelconque, n'est-ce pas ?"
"??"
"En réalité, on est tombé sur mieux que ça..."
"Qu'est-ce que tu racontes ? C'est qui, ce môme ?!"
"Il s'appelle Edward..."
"... oh, merde..."
(Kin Yu) Kiku avait écrit qu'elle faisait le point de vue d'Edward, et moi celui de Roy ?
Oubliez ça ! C'est ridicule, on fait comme on veut dans n'importe quel chapitre !!
Pour expliquer la dernière scène : dans ce pays, le premier fils de la reine a un prénom unique, et c'est seulement lorsqu'il devient roi que les mères du royaume peuvent utiliser son prénom pour leurs propres enfants ; ça permet de reconnaître le prince rien qu'à son prénom... c'est tout.
Sinon, on dit merci à Kiku pour ce superbe chapitre qui ne fait pas vraiment avancer les choses et que vous allez tuer dès que vous lui tomberez dessus...! Des commentaires quand même ?
