Chapitre 10 : Balade.

Quand Roy descendit les escaliers, le lendemain matin, avec une expression endormie et se frottant mollement les yeux, Hugues ne se retint pas, et, lançant un clin d'oeil à Gracia, qui leva les yeux au ciel avant de s'éloigner, il lança d'une voix forte et sur un ton de réprimande :

"Roy !! Qu'est-ce que t'as encore fait ?!"

L'interpellé réagit au quart de tour, écarquillant les yeux :

"Hein ?? C'est quoi cette question ?! Je n'ai rien fait du tout !!"

"Pourquoi tu te mets à crier ? Je plaisantais... !" rit Hugues, la réaction de Roy confirmant ses pensées... "Alors ? Comment va-t-il ?"

Roy se calma pour répondre, très sérieusement :

"On va aller se promener... Mais il est terrifié à l'idée de sortir. S'il se remet à pleurer, je vais craquer... Tu montes avec moi ?"

"Et que veux-tu que je lui dise ? S'il ne veut pas sortir, laisse-le tranquille... !"

"Maes, contente-toi de faire ce que je te demande, d'accord ? Sois là, c'est tout..."

"Très bien. Maintenant ?"

"Oui."


Dans la chambre, Edward se réveilla soudain en sursaut, faisant tomber les couvertures qui le recouvraient.

"NON !!"

hurla-t-il, la respiration précipitée, complètement paniqué... Puis il reconnut l'endroit où il était, et ramena ses genoux contre lui, des larmes silencieuses coulant sur ses joues.

"... papa..." chuchota-t-il faiblement, enfouissant son visage entre ses bras.

La porte s'ouvrit à cet instant, et il releva la tête pour voir Roy entrer ; l'homme prit une mine inquiète et s'approcha de lui, s'asseyant sur le lit.

"Est-ce que ça va ?" fit-il à voix basse, se doutant que le garçon avait fait un cauchemar. Il hocha simplement la tête, avant de cacher à nouveau son visage. Roy échangea un regard avec Hugues, qui était resté sur le seuil, puis inspira et continua :

"Edward... qu'est-ce que tu dirais qu'on aille se promener aujourd'hui ?"

Comme il s'y attendait, le garçon se redressa vivement, les yeux écarquillés, et secoua vigoureusement la tête.

"Je suis sûr que ça te fera du bien. Le temps est idéal en ce moment, il fait chaud, et il n'y a pas de vent..."

"Non !!"

"... il ne se passera rien, on va juste se balader un peu..."

"J'ai pas le droit !!" cria le garçon en se prenant la tête dans les mains, recroquevillé sur lui-même. "Je dois pas sortir !!"

Roy se redressa et lança un regard à Hugues ; celui-ci fronça les sourcils, dans une expression intriguée. Roy demanda alors :

"Pourquoi ? Qu'est-ce qui arrivera, si tu sors ?"

Edward leva les yeux vers lui, et déclara d'un ton parfaitement sérieux et angoissé :

"Je mourrai..."

Un grand silence choqué s'installa ; Roy et Maes avaient les yeux grands ouverts, stupéfaits, et fixaient le garçon qui les regardait comme s'il s'agissait de l'évidence même... Au bout d'un moment, Roy se reprit et se tourna vers le barbu :

"Je fais quoi, maintenant... ?"

"Je comprends pourquoi on a besoin d'un nouvel héritier..." marmonna-t-il comme pour lui-même.

"Hugues !!!" s'indigna Roy, furieux. L'autre haussa les épaules. Le brun se tourna à nouveau vers le garçon et fit :

"Edward, qui est-ce qui t'a dit ça ?" Il le regarda avec de grands yeux surpris et répondit :

"Bah... papa..."

"C'est ton père qui t'a dit ça ? Que tu mourrais si tu sortais ?"

"Oui..."

Roy ne sut quoi ajouter, et resta silencieux un moment, réfléchissant. Edward pleurait toujours, la respiration lourde. Il leva une main et la posa sur la joue humide, séchant les larmes du pouce d'un geste doux ; le garçon ne réagit pas, fixant le vide.

"Edward..." murmura-t-il. Il attendit qu'il le regarde avant de continuer : "Est-ce que tu me fais confiance ?"

Aucun mouvement. Juste de la surprise et de la suspicion dans les yeux d'or.

"Est-ce que tu me crois, quand je te dis qu'il ne t'arrivera rien si tu viens dehors avec moi ?"

Le garçon se mit à trembler, et s'accrocha à sa chemise pour murmurer :

"... non... je dois pas... il va s'inquiéter, il ne faut pas... s'il vous plait..."

Roy le prit dans ses bras, embrassant ses cheveux.

"Je te promets que tout se passera bien... !"

"Non... non, non, non, s'il vous plait... !" sanglota le garçon. "... je dois pas... arrêter ça..."

Roy soupira et se tourna vers Hugues ; celui-ci fit un pas dans la chambre, et secoua la tête avec un sourire peiné. Roy poussa un autre soupir, et écarta gentiment le garçon de lui ; il fut surpris de le voir s'agripper encore plus, levant vers lui un visage baigné de larmes :

"Je vous en prie... ! ... non... "

"D'accord, d'accord... très bien, on ne sortira pas aujourd'hui..."

Le soulagement plus que visible dans les yeux d'or lui fit mal au coeur, et le rassura en même temps.

"... Mais je veux que tu sortes de cette chambre." ajouta-t-il ; le blond se recula légèrement, inquiet. "On n'ira pas en forêt aujourd'hui... mais en échange, je veux que tu descendes déjeuner avec nous... !"

Edward le fixa pendant de longues minutes, puis baissa les yeux et hocha timidement la tête. Roy sourit et fit :

"Parfait. Alors maintenant, tu vas t'habiller, j'attendrai dans le couloir. Ensuite on descendra, d'accord ?

"... oui."

Roy eut un grand sourire, et se pencha pour lui embrasser les cheveux, avant de se lever, faisant signe à Hugues de sortir. Il referma la porte derrière lui, et s'adossa au mur pour attendre. Le barbu le fixait du coin de l'oeil, pas le moins du monde surpris par son attitude envers le garçon. Il esquissa un sourire, que Roy ne manqua pas :

"Quoi ?"

"Oh, rien..."

"C'est quoi, cette grimace ?"

"Quelle grimace ?"

"Tu te moques de moi... ?"

"Mais noooon... !"

"Mais si !"

"Allez, arrêtes, je vois bien ce qui se passe..."

"De quoi tu... oh..."

"Héhé pas très malin, de m'avoir demandé de venir, hein ?"

"Oh, ça va..."

"Finalement, j'avais raison."

"??"

"... Tu le trouve mignon aussi !"

"Maes, tu es un vrai gamin !!"

"Qui est le gamin ? Te rapellerai-je qu'il est censé être fiancé ?"

"... bon sang, tu as un don pour démoraliser tout le monde..."

"Non, c'est toi qui a le don de t'attirer des ennuis... Si tu continues comme ça, il va finir par te détester... Tu crois qu'il va tromper sa copine pour toi ?"

Silence.

"Heu... c'est toi qui fais la grimace, là..."

"Hm ?"

"Pourquoi tu souris comme ça ? Qu'est-ce qui s'est passé ??"

"Avec ta façon d'inventer une vie à tout le monde, tu devrais deviner facilement... !"

"Mais c'est que tu as l'air heureux, dis-moi !! Roy racontes-moi tout !"

"Certainement pas !"

"Vous vous êtes embrassés ?!"

"... je ne dirais rien..."

"Bon ! Je vais deviner, alors... !"

Ils furent interrompus par la porte, qui s'ouvrit soudain ; Edward se tenait sur le seuil, vêtu de la chemise blanche, du pantalon brun et de l'écharpe de coton qui lui servait de ceinture ; il avait la tête baissée, et fixait obstinément le sol, la respiration légèrement saccadée. Roy s'approcha et lui passa un bras autour des épaules pour le rassurer ; étrangement, Edward se dégagea et avança dans le couloir, jusqu'aux escaliers. Arrivé en haut, il se retourna pour lancer un regard de défi au brun, qui resta un moment stupéfait, mais sourit et se dépêcha de le rejoindre, suivi par Hugues. Ils descendirent les escaliers, et Roy le mena à la salle du restaurant ; il remarqua avec inquiétude que le garçon évitait de regarder autour de lui, la tête résolument baissée. Il l'installa à une table. Dans la salle, il y avait déjà Jean et Riza, qui se servaient du café ; Gracia était derrière le bar, et vit l'arrivée du blond avec un grand sourire, avant de se diriger rapidement vers la cuisine.

Une fois assis, Edward ne bougea plus et fixa la table. Il avait vu les autres quand il était descendu, mais il ne voulait pas les regarder. Il sentait leur regard posé sur lui, et cela le mettait très mal à l'aise. Roy était toujours debout, en train de dire quelque chose, sans doute leur expliquer, mais il n'entendait pas les mots ; il sentait sa tête bourdonner légèrement, et il savait que cela ne ferait qu'empirer dans les minutes qui allaient suivre... Il était tendu à craquer, ses bras, crispés sur le siège de la chaise, lui faisaient presque mal...

Soudain, quelque chose de chaud et doux lui frôla les chevilles. Il leva d'un bond, repoussant violemment la chaise derrière lui, poussant un cri de surprise. C'était plus à cause de la tension qu'il ne contrôlait plus, que la surprise en elle-même. Roy se tourna vivement vers lui, mais ne fit plus un geste : Edward était debout, plié en deux, une main sur la bouche, l'autre le soutenant en s'appuyant sur ses genoux, regardant quelque chose sous la table...

"Niouf !" fit le chien en se relevant. Il s'approcha en sautillant, curieux, la langue pendante. Pendant un instant cruellement insupportable, Roy ne bougea pas, attendant la réaction du blond. Riza s'était levée elle aussi, une main devant la bouche, un peu effrayée, et vraiment désolée de ne pas avoir tenu son chien ; Jean fixait la scène avec curiosité, et Maes se tenait devant le bar, regardant alternativement le garçon, puis le chien noir aux yeux humides, absolument irrésistible...

Tout à coup, Roy vit avec angoisse les épaules du blond secouées de soubresaut, et il se rappela trop tard qu'il avait passé pratiquement toute sa vie enfermée dans sa chambre, et que c'était sans doute la première fois qu'il voyait un chien... Il craignit un instant qu'il n'éclate en sanglots... Mais le son qu'il entendit alors le stupéfia, et il écouta, soulagé et enchanté, avec un grand sourire...

Edward riait. Pas très fort, mais il souriait et riait en regardant le chien ! A la surprise générale, il s'accroupit, et tendit la main, sur laquelle le chien s'empressa de venir se frotter, grimpant sur les genoux du blond, le lêchant et le reniflant avec beaucoup de curiosité. Edward, toujours souriant, caressait l'animal, à présent à genoux par terre, ébouriffant les poils doux qui lui avaient fait si peur sous la table...

"Est-ce qu'il a un nom ?" lança-t-il.

"Il s'appelle Hayate !" répondit Riza, visiblement soulagée que son chien n'ait pas provoquer une catastrophe. Quant à Roy, il resta là à contempler le spectacle, heureux et ravi.

"Salut, Hayate... ! On peut dire que tu m'as fait peur..." Il releva la tête et regarda Riza dans les yeux pour lui demander de quelle race il s'agissait. Devant son expression lumineuse, Roy se sentit fondre sur place, et il eut un sourire attendri que Maes ne manqua pas...

"Le déjeuner est servi !"

Gracia s'avança dans la salle jusqu'à la table, plusieurs assiettes dans les mains ; Edward se rassit, le husky sur les genoux, qui couinait adorablement en regardant le repas du blond. Roy alla s'asseoir tout prêt, et ils commencèrent à manger. En face du garçon, Hugues les observait, fixant tour à tour Edward qui serrait le chien contre lui, et Roy, qui délaissait son assiette pour surveiller le blond...


Lorsque le repas fut terminé, ils s'installèrent dans le salon qui jouxtait la salle ; c'était une petite pièce ronde, avec une longue table basse au milieu, deux canapés devant les deux fenêtres, et trois fauteuils disposés dans l'espace qui restait ; il y avait également une cheminée en face de la porte, dont le montant exposait toutes sortes de petits objets décoratifs.

Roy et Edward étaient assis côte-à-côte sur l'un des canapés ; le garçon, en tailleur, tenait Hayate couché entre ses jambes - ce qui ne dérangeait visiblement pas le chien, qui ronronnait presque que l'on s'occupe de lui ainsi - et Roy écouta d'une oreille distraite Hugues, sur le fauteuil en face d'eux, raconter à quel point sa femme était merveilleuse... En réalité, il s'inquiétait un peu. Depuis l'incident du chien, Edward le gardait étroitement contre lui, le caressant avec insistance, fixant les dessins de son pelage sans regarder ailleurs ; Roy soupçonnait le garçon d'être beaucoup plus anxieux qu'il ne le montrait. Il s'attendait presque à le voir craquer et se précipiter dans la chambre... Mais non, il restait assis, sagement, attendant il ne savait trop quoi... Pourquoi ne disait-il rien ? Ne posait-il pas de questions ? N'était-il pas curieux ?

"... vraiment délicieux, n'est-ce pas ? Edward, comment l'as-tu trouvé ?"

Il sursauta, et regarda Hugues lui sourire, interdit.

"Je t'ai demandé si tu avais aimé le gâteau de Gracia..."

"... j-je... oui..."

Il rebaissa la tête, un peu rouge et le souffle lourd. La conversation se poursuivit - enfin, Hugues continua à parler, Roy à fixer le blond, et le blond à caresser le chien... Chien qui manifesta bientôt l'envie de descendre des genoux du garçon ; il se tortilla entre ses jambes, et Edward dut le lâcher, comme à regret. Dès lors, il ramena ses genoux contre lui, le menton posé dessus, et fixa la table de bois au milieu du salon, se balançant très légèrement d'avant en arrière...

Soudain, il sentit une main se poser sur son front, avec douceur, mais fermeté ; il dut relever la tête et vit Roy penché sur lui.

"Tu es fatigué ?"

"Un... un peu..."

"Dans ce cas, tu devrais aller faire une sieste. Viens, on remonte..."

Roy saisit la main du garçon et se leva, l'entrainant à sa suite. Une fois dans la chambre, il se tourna vers lui pour le voir en sueur, les yeux mi-clos ; aussitôt, il le fit s'asseoir sur son lit et alla vite changer l'eau de la bassine, attrapant un linge propre qu'il humidifia avant d'essuyer délicatement le visage du blond.

Edward avait la tête qui tournait, et également très chaud... Il ferma les yeux de soulagement lorsque le linge humide se posa sur son front, et poussa un imperceptible soupir ; il avait de plus en plus de mal à respirer... Un léger contact sur ses lèvres le fit sursauter, et il ouvrit brusquement les yeux : le visage de Roy était tout près, et lui souriait.

"Est-ce que ça va mieux ?"

"... hum..."

Sans ajouter un mot, il referma les yeux, la tête baissée. Un peu ailleurs, il sentit soudain les mains de l'homme saisir sa chemise, la déboutonnant lentement... "Non... je ne veux pas être réveillé quand il fait ça... !" Le tissu glissa de ses épaules, le faisant frissonner ; il se sentit poussé en arrière, l'une des mains de l'homme derrière sa nuque, et allongé sur les couvertures. Il laissa sa tête tomber sur le côté, une main sur ses yeux, la respiration rauque, l'écharpe de coton lui frôlant la peau tandis que l'homme la dénouait... "Oh làlàlàlà... ! J'ai trop chaud, ça ne va pas... !" Son pantalon fut ensuite tiré délicatement, le laissant en simple caleçon ; son souffle s'était accéléré, et sa tête lui faisait décidément très mal... Il frissonna à nouveau, plus fort, lorsque l'homme glissa ses mains sous lui pour le soulever, et l'installer correctement entre les draps ; il sentit les couvertures le recouvrirent, et se rendit compte qu'il était en train de pleurer... "Hein... ? ... qu'est-ce que j'ai encore..." Il tenta de rouvrir les yeux, et y arriva avec beaucoup de difficulté ; Roy était assis près de lui, du côté de la porte cette fois-ci, et avait un drôle de regard...

"... je... suppose que je dois... vous dire merci... ?"

"Ce n'est rien..."

Edward inspira profondément, mais s'endormit avant d'avoir dit quoi que ce soit...


"Tu sais que c'est tricher, ça ?"

"Je sais..."

"Il ne va pas apprécier !"

"Je m'en doute..."

"Il va t'accuser de lui avoir menti !"

"Je m'en remettrais... !"

"Et tu as pensé à sa réaction ?"

"... il va avoir peur, mais ce n'est pas grave. Je suis persuadé que c'est très important..."

"Pourquoi tiens-tu absolument à ce qu'il sorte ?"

"Maes, il est resté enfermé je-ne-sais combien de temps, sans doute même toute sa vie ! Tu serais comment si à son âge, tu venais de passé dix-sept ans dans une chambre fermée à clef ?"

"... probablement pas très sain..."

"... ?? ... oui, enfin, tu n'es pas une référence non plus... Ce que je veux dire, c'est qu'un gosse de cet âge a besoin de respirer, de se défouler... Je ne pense qu'il ait beaucoup couru ou joué, pendant tout ce temps ! Je suis persuadé que sortir prendre l'air lui fera beaucoup de bien, même s'il est un peu fiévreux... !"

"... c'est toi qui décide, après tout... Mais n'oublie pas quand même qu'il risque de te détester pendant un bon bout de temps... Et juste une chose : tu comptes faire comment pour l'empêcher de hurler et rameuter tous les soldats jusqu'à nous ?"

"On sera assez loin quand il se réveillera..."

"Ce n'est vraiment pas très loyal... !"

"Je sais ! Mais tu as une autre solution, peut-être ?"

"... tu es vraiment têtu..."

"Oui !"

"Mais c'est une qualité !!"

"Bien sûr... Tu nous accompagneras, n'est-ce pas ? Je demanderais aussi à Jean, Riza doit surveiller le déplacement des armes, je lui fais plus confiance pour ça... Vous pouvez aller préparer les chevaux ?"

"Tout de suite ! On vous attend... !"


Il se sentait balloté, dans un rythme régulier très agréable... Il entendait des claquements aussi, lointains, mais distincts... Et une voix, bizarrement familière, qui semblait tout près... Il prit une grande inspiration, et fut surpris de ne pas y trouver l'odeur habituelle du bois de la chambre, mais toutes sortes d'autres à la place... Il tenta de remuer, et se rendit compte que quelque chose le serrait étroitement, l'empêchant de bouger à sa guise... Il avait un peu froid aussi... Intrigué, il finit de se réveiller et ouvrit les yeux.

L'horreur du choc le fit se tendre à l'extrême, sa respiration s'accéléra brusquement, et il regarda autour de lui avec des coups d'oeil frénétiques, totalement paniqué... Son cri accentua la pression autour de lui, et il essaya en vain de se débattre...

"Chuuut... ! Tout va bien... calme-toi..."

Les sanglots l'empêchaient de respirer, il haletait et les larmes roulaient sur joues tandis qu'il se sentait tiré en arrière. Il put alors lever la tête et reconnaître Roy, qui le maintenait fermement contre lui d'un bras, son autre main tenant les rênes du cheval à la magnifique robe isabelle... Edward cessa de pleurer, et fixa les crins noirs de la bête, complètement ailleurs. Il ne réagit pas lorsque Roy lui posa une question, et sentit à peine son souffle quand il se pencha pour lui chuchoter à l'oreille de se calmer...

Roy se rendit bien compte que quelque chose n'allait pas ; il s'attendait à ce qu'il crie et se débatte, pleure ou le supplie de rentrer... Mais là, il n'avait plus aucune réaction, et il s'en inquiéta. Il jeta un oeil derrière lui ; ne voyant même plus le mur d'enceinte de la ville, il décida de s'arrêter, et fit signe aux deux autres qui le suivaient de rester en arrière. Il voulait s'occuper du garçon seul... de toute façon, il était le seul en qui il avait un tant soit peu confiance... Avant qu'il ait commencé à descendre, il entendit Edward chuchoter, et tendit l'oreille pour comprendre ce qu'il disait :

"... pardon... je suis désolé... pardon... je voulais pas... excuse-moi... suis désolé..."

Il semblait n'avoir absolument pas conscience de ce qui l'entourait... Il hoqueta et fondit en larmes, se cachant le visage de ses mains, agité de tremblements incontrôlables... Roy le serra plus fort contre lui, et lâcha les rênes pour venir essuyer les joues humides du garçon ; mais celui-ci secoua la tête vivement, évinçant son geste.

"NON !! ... je suis désolé... pas ma faute... papa... pardon..."

Sa voix faiblit et il pleura en silence pendant de longues minutes. Roy le garda contre lui, le berçant doucement, jusqu'à ce qu'il se calme quelque peu... Au bout d'un petit moment, il le sentit s'accrocher aux pans de son manteau, le tirant à lui, pour se cacher dans sa chemise. Sentir le visage du garçon tout contre son torse l'obligea à réprimer un frisson, mais il ne le repoussa pas, se contentant de lui caresser doucement les cheveux, rajustant sur ses épaules le manteau qu'il lui avait enfilé...

"... je me sens pas bien..."

Il se redressa un peu pour le regarder ; toujours caché sous son manteau, les yeux fermés, il ne pleurait plus et sa respiration était plus régulière...

"Tu as un peu de fièvre, c'est normal... On va s'arrêter là, et marcher un peu, d'accord ?"

Il n'obtint aucune réponse, aussi l'écarta-t-il gentiment de lui, s'assurant qu'il était bien assis, et s'apprêtait à descendre du cheval quand il sentit son manteau tiré violemment en avant : Edward s'était ramené contre lui, tremblant de tous ses membres, agité de soubresauts. Roy passa une main derrière sa nuque et lui embrassa les cheveux, espérant que ce simple geste suffise à le rassurer...

"... ne me... lâchez pas..."

Roy eut un sourire, et lui redressa la tête d'une main sous le menton.

"Pourquoi ferais-je une chose pareille ?"

Edward avait désespérement fermé les yeux, aussi, tout descendant doucement de sa monture, Roy continua à lui caresser la joue du pouce, pour qu'il le sente près de lui... Une fois à terre, sa main glissa dans le cou du garçon, sur son épaule, puis sur son torse, sous le manteau, au niveau des côtes ; il le vit frissonner et ne cacha pas son sourire, puisque le blond gardait résolument les yeux clos. Il mit ses deux mains de chaque côté du torse du garçon, puis le souleva pour le faire descendre, s'attirant un cri de surprise.

Sous la surprise, Edward ouvrit les yeux, juste à temps pour se voir plonger vers l'homme, tandis qu'il le déposait à terre, sans le lâcher. Dès qu'il fut sur pieds, il s'agrippa à nouveau au manteau de Roy et se colla à lui, cherchant un peu de chaleur... L'homme l'enlaça et chuchota :

"Tu vois ? Tout se passe bien..."

Il tremblait, mais ce n'était pas à cause du froid... L'odeur de l'homme le rassurait, il ne voulait pas s'éloigner...

"Edward, regarde-moi..." C'était la première fois qu'il l'appelait par son prénom ; intrigué, il leva la tête et croisa le regard bienveillant de l'homme.

"Comment te sens-tu ?"

Il réfléchit un instant...

"... bizarre... j'ai un peu froid... je suis fatigué... j'ai l'impression de rêver, et c'est très désagréable..." Il sentit les larmes perler à nouveau à ses yeux, et continua : "... pourquoi vous avez fait ça... ? ... je me sens pas bien... papa va être furieux... !" Sa voix s'étrangla sur ces mots, et il se colla contre la chemise de l'homme, déjà bien imbibée...

"Sauf si on ne lui dit rien..."

Il releva vivement la tête, et cessa de pleurer tant il était surpris ; Roy souriait...

"... vous... ne direz rien... ?"

"Et toi non plus... il ne sera jamais au courant."

"... promis ?"

Roy faillit éclater de rire, mais se contenta de l'enlacer un peu plus, chuchotant à son oreille :

"Promis !"


"Edward, regarde par terre... !"

Il baissa les yeux, curieux : de jolies fleurs rouges couraient le long des petites branches d'arbres tombées à terre. Il se pencha pour en cueillir quelques unes, puis se dépêcha de rattraper l'homme qui marchait devant lui ; il lui attrapa le bras et se colla contre lui, continuant la promenade...

Roy regardait au loin, sur le chemin de terre battue, tournant de temps en temps la tête vers le garçon qui trottait près de lui... Il le vit faire tourner une fleur entre ses doigts, l'observant avec curiosité, jetant des coups d'oeil furtifs autour de lui. Il l'incitait à mieux regarder ce qui les entourait, les hauts arbres qui les protégeaient du soleil, les buissons de fleurs qui poussaient un peu partout le long du chemin, les oiseaux qui se posaient parfois juste devant eux, ramassant une brindille avant de s'envoler à nouveau... Roy avait l'habitude de se promener ici, mais il se montrait plus attentif que d'ordinaire, justement pour bien en montrer tous les détails au garçon qui restait accroché à son bras... Il lui faisait un peu mal, d'ailleurs, mais pour rien au monde il ne lui aurait demandé de relâcher sa prise...

Au bout d'un moment, il vit que le blond s'était mis à regarder de lui-même, remarquant parfois certains détails qui lui avaient échappé... ! Il observait la nature autour de lui, la tête appuyée sur son bras, toujours fermement agrippé à lui... Roy se surprit à penser qu'ils ressemblaient presque à ces couples qui se promenaient souvent le long de la rivière... Il faillit rougir, et songea avec gêne que Hugues devait bien s'amuser derrière...

"Dites..." Il se tourna vivement vers le garçon, qui avait levé les yeux.

"Oui ?"

"Est-ce que... ?" Il baissa les yeux ; Roy s'arrêta, intrigué. Edward s'arrêta également, et sembla réfléchir. Puis il releva la tête, et demanda :

"Nous ne sommes pas dans la forêt qui entoure le Château, n'est-ce pas ?"

"Non... nous sommes hors de la ville, au sud. La forêt est plus grande, et moins surveillée..."

"Mais... ce n'est pas très loin quand même, n'est-ce pas ?"

"..?... Pourquoi ?"

"Je... euh... est-ce que..." Edward se rapprocha encore, et baissa la voix pour chuchoter, fixant le sol : "... est-ce qu'il y a des écureuils, par ici... ?"

Roy le regarda, stupéfait. "Des écureuils ?" Le blond hocha la tête avec enthousiasme. "Euh... et bien, je ne sais pas trop... J'en ai déjà vu quelques uns, mais ils sont difficiles à appercevoir en pleine journée... enfin, surtout quand on les cherche... !"

Edward eut l'air déçu, et ils reprirent leur marche, en rythme avec le claquement de sabots des chevaux.

Après un long moment, pendant lequel il sembla réfléchir intensément, Edward tira sur son bras pour le faire s'arrêter de nouveau, et le regarda avec hésitation...

"Oui ?"

"Euh... est-ce que... on pourra... revenir, alors ?"

Roy ne dit rien ; il fixa les yeux d'or : emplis de frayeur, mais aussi pleins de détermination... et répondit quelques minutes plus tard :

"Bien sûr... !"

"Mais... pour les écureuils, pour les voir ?"

"Mais oui !"

Et Roy vit avec une immense satisfaction le premier vrai sourire d'Eward... Son visage s'illumina et il reprit la promenade, souriant et plein d'entrain, toujours accroché à la manche de l'homme...


Un peu plus tard, ils arrivèrent près d'une clairière, au sommet d'une pente douce, de laquelle on pouvait entendre couler la rivière en contre-bas.

Roy fit discrètement signe à Jean et Maes de les attendre avec les chevaux, et descendit lentement la petite colline, Edward tout près de lui. Il lui fit longer la rivière pendant quelques minutes, et grimpa de nouveau, l'entrainant dans une partie du bois très ombragée ; il écarta quelques branches de sa main libre, marcha encore un peu parmi les rosiers sauvages qui poussaient par ici, et s'arrêta.

"Pourquoi on est là ?" demanda timidement Edward, un peu intrigué. Roy le fit se retourner, et il eut la réponse à sa question.

Le décor était tout simplement magnifique. Comme un tableau sur lequel on pourrait voir l'horizon au centre, et les pluies de fleurs et de branches sombres de chaque côté... Comme une tonnelle naturelle qui les protègerait du reste du monde. Il resta soufflé, ébahi, et ne rendit même pas compte qu'il en avait lâché la manche de Roy...

Roy lui, s'en était apperçut, et sourit ; il enlaça le garçon tandis qu'il admirait la vue de la rivière au milieu des champs colorés, et posa son menton sur la tête blonde.

Après un long moment passé ainsi, Edward sembla se réveiller, clignant plusieurs fois des yeux avant de les baisser : les mains de l'homme lui caressant les hanches le réchauffaient agréablement... Sa respiration devint plus profonde, son coeur accéléra...

Roy sentit le changement d'attitude du garçon, et se demanda un instant si son souffle précipité annonçait une nouvelle crise. Il le lâcha une seconde, et fut surpris de le voir se retourner rapidement, s'agrippant à sa chemise pour se coller à lui. Roy ne bougea pas, s'attendant à une autre crise de larmes... Alors, quand il sentit les mains du blond se glisser sous son manteau pour l'enlacer, il ne put réprimer le frisson de joie qui le parcourut à cet instant, pas plus qu'il ne s'empêcha de l'entourer à son tour de ses bras.

Edward finit par relever la tête, et croisa le regard heureux du brun ; il sourit, puis se mit sur la pointe des pieds pour se rapprocher...

Les lèvres du garçon sur les siennes, Roy remonta lentement une main sur sa nuque, l'autre se baladant dans son dos, et fut envahi d'une joie immense en sentant Edward lever les bras pour les passer autour de son cou, approfondisant leur baiser...


(Matsuyama) La voilà, la scène dans la forêt ! Vous avez aimé ?
C'est une impression ou les chapitres sont de plus en plus longs... ?