Chapitre 11 : Otage.
"À quoi tu penses ?"
Edward cligna des yeux, et tourna lentement la tête pour regarder Roy penché au-dessus de lui ; il le fixa un instant, puis ramena sa couverture sous son menton et détourna les yeux.
"Papa doit être terriblement inquiet..."
Roy ne dit rien... Qu'y avait-il à dire, de toute façon ? Après tout, il était retenu ici contre sa volonté. Edward se redressa soudain, et vint se blottir contre lui, l'enlaçant, la tête posé au creux de son épaule...
"Dis... Si vous ne lui dites pas que je suis là, comment est-ce que vous comptez l'obliger à résoudre vos problèmes ?"
"... ?"
"C'est à ça que je suis censé servir, non ? À faire pression sur le Roi..."
"... c'est vrai..."
"Alors, quand est-ce que vous comptez lui dire que je suis avec vous ?"
"Je... je ne sais pas trop... En fait, c'est un peu compliqué, comme situation..."
Il y eut un long silence ; Edward avait fermé les yeux... Il se sentait bien, dans les bras de Roy. Ça ne lui arrivait pas souvent... Un bruit, dans le couloir, lui fit rouvrit les yeux : Monsieur Hugues, les bras croisés, se tenait appuyé contre la porte, qui était grande ouverte. Il se redressa, éloignant sa tête de l'épaule de Roy, qui, intrigué, tourna la tête vers l'entrée.
"Qu'est-ce que tu veux ?" lui demanda-t-il, un peu gêné."Moi ? Rien..."
Roy fronça les sourcils devant le ton du barbu, et se rendit compte qu'il tenait toujours Edward dans ses bras. Il fit, menaçant :
"... tu n'as rien d'important à me dire... ?"
"Non..." sourit simplement Hugues. Roy commençait à se sentir rougir, et il lança d'une voix forte :
"Alors refermes cette porte !"
Hugues afficha un grand sourire, et demanda en faisant un clin d'oeil au garçon, qui observait la scène sans trop comprendre...
"Pourquoi ? Vous comptez faire des cochonneries ?"
Cette fois, Edward comprit, et répondit d'un ton taquin :
"C'est pas moi que ça dérangerait... !"
Hugues écarquilla les yeux, stupéfait, puis décroisa les bras et se redressa pour agiter un doigt accusateur vers le garçon :
"Oooooh !! Mignon, et coquin, en plus !!"
S'en fut trop Roy, qui se leva brusquement, lâchant Edward :
"Hugues !!!"
Il fit le tour du lit et avança à grand pas vers le brun, qui recula instinctivement, toujours souriant ; puis il claqua la porte et tourna violemment la clé dans la serrure, provoquant un cliquetis qui résonna dans la chambre. Malheureusement, Hugues était toujours derrière la porte, et il l'entendit lancer depuis le couloir :
"Essayez quand même de pas faire trop de bruit !"
"Éloignes-toi de cette porte !!"
cria Roy en donnant de grands coups de poing sur ladite porte... Puis il poussa un profond soupir et appuya sa tête contre le battant, désespéré par l'éternel gamin que resterait son meilleur ami...
Après un moment, il se retourna vers Edward, et fit avec une grimace malicieuse :
"Des cochonneries ?"
Edward baissa les yeux, légèrement rouge, et répondit :
"Hum... J'ai lu beaucoup de choses..."
Roy sourit et revint lentement près du lit.
"Qu'est-ce que tu lis ?"
"Bah... des livres... !"
Il eut un rire nerveux, se passant une main derrière la tête, puis s'assit à nouveau au côté du garçon, qui le regardait avec une mine étonné. Il corrigea :
"Je veux dire, quel genre de livre ?"
"Et ben... Les derniers que j'ai lu, c'étaient des romans d'amour ; c'est Winry qui me les a apportés, je ne sais pas trop ce que je devais comprendre par-là, mais bon... Je n'aime pas vraimant ça, mais ça m'occupe... Je préfère la poésie, et les chansons, aussi..."
"Tu chantes ?"
"Non ! Mais Winry chante de temps en temps. Elle dit que c'est affreux, mais je trouve ça joli. Mélissa chante aussi, souvent, mais ce n'est pas du tout pareil..."
"Qui est Mélissa ?"
"Ma nourrice... Enfin, depuis que j'ai huit ans, elle n'a plus le droit de m'approcher aussi souvent qu'avant... c'est une servante comme les autres, maintenant..."
"Je peux m'allonger ?"
Edward eut un sursaut.
"Hein ? Oui, bien sûr... !"
Roy sourit, et s'allongea près de lui, un bras derrière la nuque ; Edward bougea pour continuer à le regarder, assis en tailleur dans les couvertures.
"Parle-moi de... Winry, c'est ça ?"
"C'est mon amie... Elle est gentille... On s'est rencontré quand j'avais sept ans. Enfin, mon père nous a présentés, il pensait que j'aurais besoin de... compagnie... et c'était vrai... On a pratiquement grandi ensemble. Elle m'a appris des tas de jeux, et mon père lui a donné l'autorisation d'aller partout dans le Château - les lieux publics : salons, bibliothèques... Elle m'a ramené pleins de romans, mais aussi des traités de politique, de droit, des livres d'histoire et de géographie... Des jeux aussi, des cartes surtout, c'est ce que je préfère, je la bats à n'importe quelle partie... Oh, et la calligraphie ! C'est devenu l'un de mes grands loisirs - tu me diras, je n'ai pas grand-chose d'autre à faire... J'adore ça, je me suis mis à en faire tout le temps : je recopie des poèmes, les réponses de mes exercices..."
"Des exercices ?"
"Oui, c'est papa qui me les donne... Juste des petits problèmes, de la gestion, de la logistique, des comptes aussi... C'est pour m'entrainer."
"Et tu en fais beaucoup ?"
"Plein ! Mais Winry dit que ça ne me servira à rien de toute façon..."
"Pourquoi ?"
"Parce que je n'aurais jamais à faire ça pour de vrai..."
"Comment ça ? Tu es le Prince, non ? Tu es censé prendre la relève un jour."
"Non, ça n'arrivera pas..."
"Pourquoi ?"
"La Loi des Mâles... !"
"Aux dernières nouvelles, tu es un garçon... Où est le problème ?"
"... Je suis malade... Et Winry dit que les barons parlent aussi d'instabilité psychologique et émotionnelle... !"
"Ce n'est pas tout à fait faux..."
"Je ne suis pas fou !!"
"Mais tu es très émotif..."
"... C'est votre faute, aussi ! Vous m'avez traumatisé... !"
"Bon, et alors,... en quoi ça pose un problème ?"
"Ben... je ne suis pas censé pouvoir assurer mes fonctions... Il faut que ce soit quelqu'un d'autre, et ce doit être un mâle..."
"Attends une seconde... Ta fiancée, c'est... un homme ??"
"Qui a parlé d'une fille ? Et qui t'as dit que j'étais fiancé ??"
"C'est Hugues qui m'en a parlé, il parait que c'est l'un des sujets de conversation préférés des gardes... Mais, alors... tu es censé... l'épouser... ?"
Edward ne dit rien pendant une minute, puis eut un sourire malicieux :
"Pourquoi ? Ça te dérange... ?"
"Et ben..."
"Tu sais, les mariages royaux, c'est rarement une affaire de coeur... Je l'ai rencontré - enfin, il est venu me voir... Sur le coup, j'ai failli me dire : "Woua, il est pas mal... !" mais... son attitude, sa manière de parler... arrogant, et... méchant..."
"Edward... ?"
Il renifla ; cette rencontre était un très mauvais souvenir, et il ne savait même pas si son père avait réglé ou non la situation... Pourquoi avait-il accepté un tel individu pour héritier ? Cela le dépassait...
"C'est ton père, qui t'a obligé ?"
Il écarquilla les yeux : même si le ton était doux, les mots étaient trop affreux pour qu'il réagisse calmement :
"NON !! Bien sûr que non !! Je sais pas ce qui s'est passé, mais il ne ferait JAMAIS ça !!! Je t'interdis de dire une chose pareille !!"
Roy n'avait pas bougé d'un pouce, les yeux grands ouverts... Il était clair pour lui que des fiançailles n'auraient pas été annoncées si le Roi n'avait pas donné son accord... Mais Edward avait réagi avec tant de véhémence qu'il se demanda soudain ce que faisait réellement le Roi, dans son Château...
"Je suis désolé... je ne voulais pas te faire de peine..."
Edward baissa son poing, et fixa sa couverture avec une moue renfrognée.
"Bon... et sinon, pour vous... qu'est-ce que vous allez faire, à mon sujet ?"
"Je n'en sais rien..."
"Il faut que alliez le voir, non ? Organisez une rencontre... Fixez vos objectifs... Si je suis avec vous, d'abord, il sera rassuré quant à mon état de santé, ensuite, il verra que vous ne plaisantez pas et surtout que vous avez un argument de poid... à ce moment-là, soit il se plie à vos exigences, soit il prend le risque de vous contrarier. Dans un cas, il s'occupera rapidement de vos problèmes, pour me voir rentrer très vite ; dans l'autre, soit il ne fait rien, et continue à s'inquiéter, soit il décide de vous attaquez, en prenant le risque que je sois blessé... Et le connaissant, comme il choisira très certainement la première option, il vous suffit d'être prudent au niveau des soldats, et votre rencontre se passera pour le mieux..."
Un long silence.
"Est-ce que tu joues aussi aux échecs ?"
Edward releva la tête, surpris :
"Quoi ? Heu... pas trop, il n'y a qu'avec mon père que je peux jouer, Winry ne sait pas... elle préfère les dames..."
"Ce n'est pas ce que je voulais dire... !"
"...??"
"Je crois qu'on va faire ça..." fit Roy en se redressant. Avec un petit sourire, il fit signe au garçon d'approcher ; Edward sourit à son tour et se pencha vers lui, l'embrassant délicatement... Quand la langue de l'homme se faufila contre la sienne, il poussa un soupir de plaisir, et l'enlaça, se collant contre lui. Il sentit Roy passer un bras dans son dos, et étouffa une exclamation de surprise lorsqu'il retomba en arrière sur l'oreiller, l'entrainant avec lui. Lorsqu'il mit fin au baiser, il était allongé en travers de l'homme, qui lui souriait d'un air taquin.
"Euuuh... Ce que j'ai dit, tout à l'heure... c'était... une plaisanterie, hein... ?"
"Je sais. Dors..."
Il soupira, soulagé, et s'installa mieux dans les couvertures, la tête posée contre l'épaule de Roy, et ferma les yeux.
"J'ai de sérieux doutes... !"
"J'en suis sûr..."
"Roy, c'est trop risqué !"
"Bien sûr, qu'il y a des risques ! Mais il va bien falloir faire avancer les choses, non ? Quelle meilleure solution que d'aller le voir, tout simplement ?"
"Est-ce que tu as une idée du nombre de soldats qu'il y a dans le Château ?! Sans compter tous les nobles qui savent se battre ! Mine de rien, ils ne sont pas tous gras et empotés... ! On ne peut pas aller là-bas et espérer en ressortir indemne !"
"Alors, que proposes-tu ?"
"..."
"C'est bien ce que je pensais... Donc, nous ferons ça ! Crois-moi, il n'est pas Prince pour rien : si tu l'avais entendu m'expliquer la situation, tu aurais été convaincu, toi aussi !"
"... je sais..."
"..? ... !! Je t'avais dit de t'éloigner de la porte !!"
"Hélà, crie pas comme ça ! Vous avez juste parlé, de toute façon !!"
"Il va falloir que tu arrêtes de te mêler de mes histoires..."
"Et pourtant, tu aurais été réduit en charpie un nombre incalculable de fois si je n'avais pas été là, à chacune de tes histoires... !"
"Ça... ça n'a rien à voir !!"
"Oh ? C'est sérieux, cette fois ?"
Blam !
Un grand silence s'installa, tandis que Hugues fixait, stupéfait, le poing de Roy collé au mur, tout près de sa tête...
"... arrêtes ça... !"
"Je vois je vois... cette fois, tu es vraiment amoureux..."
"..."
"Oh, je trouve ça mignon, c'est tout. Le Grand Roy Mustang a enfin trouvé son âme soeur... ! C'est trop mimi !"
"Arrêtes de te moquer... !"
"Je ne me moque pas..." assura Hugues avec le plus grand sérieux. "Mais penses au mariage... Tu crois que le fiancé va te laisser le garder ?"
"Ne parle pas comme ça..."
"Excuses-moi... Tu crois qu'il va vous laisser roucouler en paix ?"
"Maes, l'amour n'a rien à voir avec ce mariage ! Et d'après ce que Ed m'en a dit, ce baron ou je-ne-sais quoi n'a pas l'air d'un type à mettre sur le trône !"
"... Tu crois que tu ferais mieux l'affaire, hein ?"
"... C'est notre objectif... !"
(Matsuyama) C'est encore Kin Yu qui s'est occupé de celui-là ! J'ai trop de travail en ce moment... mais de toute façon, c'est elle qui rédigera la plupart des prochains chapitres, il ne m'en reste qu'un ou deux à faire... parce qu'avec tout ce qui se passe après, je préfère la laisser faire !!
(Kin
Yu) C'est vrai que j'ai pas mal de temps libre... Et comme il n'y a
qu'à rédiger, ça va assez
vite...
Quelqu'un sait ce qu'est la Loi des Mâles, et d'où elle vient ? Je l'ai un peu modifiée, évidemment...
Allez, on va faire un concours ! Le premier qui trouve aura droit au
premier jet du chapitre 3 de l'Île aux 100 Mystères !... ah ? ça ne
vous intéresse pas... ?
Tant pis, laissez une review quand même...
