Chapitre 15 : Le Manoir.

L'aube pointait lorsqu'ils pénétrèrent dans une immense clairière. La ville était loin derrière eux, et ils ne pouvaient ne pas admettre qu'ils étaient épuisés... Avec les premiers rayons du soleil se profila au loin les flèches des tours du manoir de la famille Mustang. Jean et Riza avançaient devant, veillant à ce qu'il n'y ait aucun voleur ou autre aux alentours ; Hugues restait près du cheval isabelle, qui avançait lentement, avec son précieux fardeau...

Roy se sentait épuisé, lui aussi... Envy avait été un adversaire redoutable, et il savait que ce combat le laisserait fatigué pendant plusieurs jours... Mais il ne voulait pas se reposer maintenant...

Pas alors qu'Edward avait besoin de lui, recroquevillé dans ses bras, un peu tremblant et toujours en larmes... Il ne pouvait pas le laisser comme ça...

"Hey... on arrive..."

Roy releva les yeux pour croiser le regard de Hugues, qui lui souriait gentiment, pointant l'horizon. Il tourna la tête et reconnut la grande entrée de sa maison, l'endroit où il avait vécu jusqu'à ses cinq ans... Mais ses parents ne savaient pas qu'il y était souvent retourné depuis, souvent en compagnie de Hugues, avec lequel il s'amusait pendant des journées entières dans les couloirs tapissés et les pièces luxueusement décorées... Il entretenait l'endroit malgré l'interdiction de ses parents, et il espérait qu'ils ne manqueraient de rien pendant leur séjour...

Il eut un petit sourire en se demandant ce qu'en penserait Edward : un prince dans un manoir... c'était peut-être pire que l'auberge... Il rit doucement...

Edward gémit à cet instant. Roy fit aussitôt s'arrêter son cheval pour enlacer le garçon, qui remuait faiblement entre ses bras. Il ne fit pas attention à Hugues qui s'arrêta également, un peu plus loin devant, et redressa un peu le garçon dans ses bras.

"... Roy..."

"Je suis là..." chuchota-t-il avec un sourire, d'un ton rassurant. Mais il perdit vite son sourire quand il comprit qu'Edward était toujours inconscient ; il gémissait dans son sommeil, et s'agrippa instinctivement à sa chemise, la tâchant de sang...

"Roy... ?"

Hugues s'était rapproché, et regardait le garçon d'un air inquiet ; Roy inspira profondément pour garder contenance.

"... Je lui fait mal... Dépêchons-nous de rentrer..."

Il l'enlaça Edward, rajustant la couverture autour de lui, puis fit repartir le cheval, suivant Hugues qui avançait vers le manoir.


Le manoir était un bâtiment impressionnant. Il n'y avait aucune comparaison possible avec le Château, il ressemblait plutôt à l'un de ces palais orientaux comme on en trouve dans les gravures d'ouvrages anciens... Les grandes grilles du domaine étaient couvertes de plantes colorées ; une allée décorée sur tout le long d'arbustes et de statues de marbre menait aux escaliers de pierre claire de l'entrée principale du manoir ; quatre colonnes de couleur terre soutenait le premier étage qui s'étendait un peu plus au-dessus des portes de l'entrée, formant une sorte de petit couloir extérieur ; le bâtiment ne ressemblait pas à un gros rectangle comme la plupart des maisons, mais présentait de nombreux balcons, cachés entre les flèches d'ardoise qui formaient le toit ; une sorte de tour incrustée dans la maison s'élevait pour dominer l'ensemble des jardins, et c'était à là qu'il y avait le plus d'étages...

Jean et Riza les attendaient près des escaliers, tenant leur cheval par la bride, ne voulant visiblement pas entrer les premiers ; Roy et Hugues les rejoignirent assez vite. Hugues mit pied à terre en premier, et garda le cheval isabelle immobile pendant que Roy descendait, le garçon serré contre lui... Il grimpa les marches, puis se retourna pour lancer une paire de clé à Jean, disant :

"Emmène les chevaux aux écuries... Tu sais où elles sont ?"

"Oui, oui... Pas de souci."

"Riza, j'aimerai bien que tu vérifies qu'il n'y ait personne dans le domaine... Il reste sûrement des armes qui traînent encore aux écuries, tu n'as qu'à accompagner Jean..."

"Bien compris..."

Il se détourna, laissa Hugues ouvrir les portes marbrées du manoir, et le suivit à l'intérieur.

Le hall était une grande salle ronde, un peu sombre à cause de la poussière sur les vitraux des fenêtres, qui se situaient au niveau du premier étage : le hall avait un plafond voûté, formant une sorte de dôme, qui occupait l'espace de deux étages ; au fond de la pièce, plusieurs trous dans le mur donnaient sur les autres salles : un rideau de fines soies rouges séparaient chacune de l'entrée ; celle de droite menait au salon principal, puis aux cuisines qui occupaient toute cette partie de l'espace du rez-de-chaussée ; une au centre conduisait aux escaliers qui menaient aux autres étages, et il y avait plusieurs petites pièces autour, quelques salons et une salle de réception ; celle de gauche donnait sur un espace plus bas que le niveau du rez-de-chaussée, où se trouvaient les lavoirs du manoir, ainsi qu'un accès à la cave, dans laquelle devait être rangées des provisions de nourriture.

Répartis sur les trois autres étages, plusieurs chambres, une vingtaine environ, toutes décorées différemment, de tailles différentes, mais toutes avec un balcon d'où les jardins étaient visibles ; il y avait également une dizaine de salles d'eau, les plus grandes et mieux décorées se situant dans la tour, qui était l'endroit préféré de la famille ; de petites bibliothèques jouxtant des salons lumineux occupaient l'espace restant : chaque bibliothèque contenait des ouvrages sur un thème précis - l'une sur les plantes et le jardinage, l'autre sur le droit et la politique, une autre sur l'alchimie... - et dans les salons se trouvaient divers jeux de société, tout ce que l'on pouvait trouver, en fait, à Amestris, et même ailleurs... Car la famille Mustang était plus connue dans les royaumes de l'Est, ce qui ne l'empêchait pas d'être méprisée par les nobles de sa cour...

Chaque pièce était évidemment agréablement décorée, alternant entre tapisseries, peintures, plantes d'intérieur, petites sculptures au sommet d'une table d'appoint, ainsi que de nombreux objets décoratifs, souvenirs ou créations... Malgré la poussière accumulée à certains endroits, les couleurs restaient vives, et éclatantes parfois lorsque les rayons du soleil passaient à travers les vitraux transparents des fenêtres. Car des fenêtres, il y avait beaucoup, hormis sur les pièces intérieures ; dans celles-ci, il n'y avait pas de porte, simplement des rideaux, de perles ou de soies, pour laisser entrer un maximum de lumière...

Roy connaissait cette maison par coeur, bien sûr, et Hugues aussi pour y avoir été si souvent invité - il y avait même vécu pendant une année... - aussi ne s'appesantirent-ils pas sur le décor :

"Hugues, tu peux aller préparer quelque chose à manger ? Il doit y avoir ce qu'il faut aux cuisines..."

"Il y a toujours le saloir, aux cuisines ?"

"Bien sûr, oui..."

"Alors il doit y avoir ce qu'il faut... J'y vais. Fais attention..."

"... oui."


Roy se trouvait maintenant dans la plus grande salle de bain de la tour, au dernier étage - soit le cinquième. C'était une pièce ronde, bien sûr ; au centre se trouvait une grande baignoire - de forme ovale, avec une sorte de banc lisse à l'intérieur collé tout le long de la paroi - à laquelle on accédait par trois petites marches qui l'entouraient ; en face de la porte, deux larges fenêtres laissait entrer la lumière du jour, à défaut du soleil puisque la tour était située sur le côté Ouest du manoir, et la salle d'eau dans la partie ouest de la tour... Entre les fenêtres se trouvait une table qui collait au mur, faite d'un bois clair qui passait inaperçu sur les pierres lisses ; sur la droite, une sorte de deuxième pièce isolait les toilettes ; devant la porte de celle-ci, une longue étagère qui s'étendait jusqu'à la porte de la salle, contenant notamment la petite pharmacie, du linge comme des serviettes ou des peignoirs, et divers produits dans des flacons colorés aux formes variées ; il y avait également des sachets de plantes aromatiques, qui emplissaient d'ordinaire la salle d'une douce odeur de lavande ou de thym, mais personne ne les avait changé depuis longtemps, aussi ne sentait-on qu'un reste de parfum, pas vraiment désagréable...

Roy avait allongé Edward sur la table, avant de faire rapidement couler l'eau chaude ; il sortit des produits de toilette, un gant, et quelques serviettes, posant le tout près de la baignoire. Puis il revint au garçon, qui s'agitait un peu... Il constata avec peur que la fièvre était à nouveau très forte ; quoi de moins étonnant... Il entreprit de le déshabiller, avec des gestes lents et délicats, tâchant de lui faire le moins mal possible... Edward gémissait et remuait faiblement, en proie à un cauchemar, ce qui n'avait rien d'étonnant... Essayant de ne pas penser aux affreuses images qui envahissaient son esprit, il se concentra sur sa tâche, et termina de déshabiller le garçon ; puis il le porta jusqu'à la baignoire, et le plongea délicatement dans l'eau chaude, le posant sur le banc, avant d'éteindre les robinets.

La baignoire était bien remplie, ce qui lui permettait de soutenir le garçon d'un bras, tout en restant assis sur les marches. Il versa un peu de savon, fit mousser l'eau doucement, puis enfila le gant. Il lava d'abord les cheveux dorés, collant de sueur, écartant les mèches du visage angélique du garçon, frottant avec douceur ; Edward semblait un peu plus détendu, et il en fut rassuré... Il s'appliqua ensuite à ôter toute trace de sang et de sueur de son corps, tâchant de rester calme et doux...

À un moment, Edward émit de petits gémissements, mais il n'aurait su dire s'il agissait de douleur ou de bien-être... l'une comme l'autre - et surtout l'autre... - le mettait plutôt mal à l'aise... Mais le blond respirait calmement, et semblait dormir paisiblement, complètement inconscient de ce qui se passait...

Quand il eut terminé, il le sortit de l'eau et l'enroula étroitement dans l'une des épaisses serviettes, puis le posa sur ses genoux, la tête appuyée au creux de son épaule ; les cheveux trempés imbibaient sa chemise, mais cela n'avait aucune importance... Il l'essuya lentement, avec précaution ; il le rallongea ensuite sur la table, sec et bien couvert, et alla chercher des bandages pour soigner ses poignets ; il ne pouvait pas vraiment faire grand-chose d'autre...

Quand il eut fini, il le porta jusqu'à la chambre qui jouxtait la salle de bain...

C'était une grande pièce. Certainement l'une des plus grandes de toutes la maison... Elle avait un mur incurvé au milieu duquel se tenait la tête du grand lit à baldaquin, aux rideaux sombres ; une armoire sobre trônait de l'autre côté de la pièce, en face du lit ; il y avait une haute fenêtre sur le mur à côté de l'armoire, et deux larges et ronds fauteuils, avec une petite table basse entre les deux, devant la fenêtre. C'était ici que Roy avait dormi pendant cinq ans, puis plus tard, occasionnellement, quand il venait s'amuser avec Hugues...

Roy déposa doucement Edward sur le lit, écartant les draps ; il le libéra des serviettes humides et le recouvrit chaudement, ramenant les couvertures douces et épaisses jusqu'à ses épaules... À peine allongé, Edward se recroquevilla immédiatement sur le côté, avec une mine apeurée... Roy soupira, et, ne pouvant l'aider davantage pour l'instant, entreprit d'aller lui aussi faire un brin de toilette...


Lorsqu'il revint dans la chambre, propre et changé, il s'assit doucement sur le bord du lit, et observa le prince endormi... Les larmes roulaient à nouveau sur ses joues, il était crispé et agrippé à l'oreiller... Roy grimpa sur le lit et s'allongea près du garçon, qui respirait difficilement ; restant au-dessus des couvertures, pour garder le blond au chaud, mais surtout pour ne pas l'effrayer, Roy se coucha sur le côté, un bras sous la nuque, caressant de l'autre main les joues humides du garçon...

Edward sembla vouloir se rapprocher, et Roy lui épargna cette peine ; le visage collé contre le torse de l'homme, il inspira profondément, et se calma, serrant étroitement la chemise malgré ses poignets blessés... Roy sourit tristement, et passa son bras libre autour de lui, le réchauffant un peu plus...

Il finit par s'endormir à son tour, malgré le jour qui envahissait la chambre, pensant aux longues et douloureuses journées qui les attendaient...


(Matsuyama) ... Pauvre Roy, tout le travail est à recommencer... Heureusement que Ed est inconscient, ça va être plus dur lorsqu'il se réveillera... Vous pensez quoi des descriptions ?? On dirait presque les miennes... (--")...