Chapitre 16 : "Je t'aime..."

Lorsqu'Edward se réveilla, il resta un instant à contempler la chemise blanche devant ses yeux, sans trop comprendre ce qu'elle faisait là... Puis, petit à petit, à mesure qu'il reprenait conscience, les souvenirs de la veille lui revinrent en mémoire...

Et il se rendit compte qu'il était nu, dans un lit, dans une chambre qu'il ne connaissait pas, avec quelqu'un près de lui... Sa respiration accéléra brusquement, la panique l'envahissant peu à peu...

Il tenta de se redresser, mais quelque chose autour de sa taille l'en empêchait ; dès lors, il se débattit pour se dégager, avec un cri de peur qui réveilla l'homme à ses côtés. Dans un sursaut, il s'assit dans le lit, le libérant ; Edward chercha alors à s'éloigner, totalement paniqué... la respiration saccadée, tenant étroitement les draps contre lui pour se couvrir...

"Hey... Edo..."

La voix était douce, rassurante... Il voulut écouter, mais sa tête bourdonnait... Il ferma brusquement les yeux lorsqu'une main s'approcha de son visage, et se recroquevilla un peu plus... mais il les rouvrit finalement, une seconde plus tard, avec la surprise de sentir la caresse, si douce, sur sa joue... Tout doucement, la main écarta ses mèches de son visage, et il osa enfin regarder l'homme penché sur lui...

"...r... Roy... ?"

"Je suis là..." sourit-il, passant sa main dans les cheveux d'or, dans un geste apaisant. "Tout va bien, Edward... c'est fini..."

"... où... ?"

"Nous sommes chez moi. C'est ma maison... Tu es en sécurité, ici, je te le promets..."

"... mais où... papa... ?"

"On est loin du Château, Edward... mais... si tu veux, je peux demander à ce qu'on le prévienne..."

"Non... !"

Roy s'interrompit, surpris ; Edward tendit une main vers lui, et il s'empressa de l'enlacer, la tête dans son cou, tout près de l'oreiller, se demandant pourquoi il avait bien pu réagir comme ça... Puis il sentit le prince chuchoter dans son oreille :

"... ne ... lui dis pas... où je suis... Roy..."

"Chuuut... tout va bien se passer, je suis là..."

"Ne lui... dis rien... !"

"C'est promis, Edward. Il ne saura pas, c'est promis..."

Il avait beau promettre, il ne comprenait pas la demande du jeune homme. Lui qui avait si ardemment défendu son père chaque fois qu'il disait quelque chose de méchant, il semblait avoir peur, à présent... Il s'accrochait à ses épaules comme si sa vie en dépendait, agité de tremblements, à nouveau en pleurs...

Il se rendit compte que le drap avait glissé... En voulant l'attraper pour le remonter, il frôla les côtes du garçon : celui-ci se rétracta aussitôt, le lâchant et cherchant à se dégager de l'étreinte, le souffle court ; Roy se releva bien vite, mais Edward continua à se débattre, s'agitant sous les draps, gémissant de peur, complètement ailleurs, sans se rendre compte que ses mouvements descendaient encore plus les draps...

Roy, lui, s'en aperçut... il attrapa les bras du garçon et les maintint le long de son corps, contre le matelas, pour qu'il cesse de bouger ; Edward se raidit immédiatement, retenant son souffle, agité de tremblements incontrôlables... Il avait la tête de côté, refusant de croiser le regard de l'homme... Roy ne put s'empêcher de l'observer... : les muscles saillaient sous la peau pâle, il était tendu à craquer ; son torse fin se soulevait et s'abaissait profondément, presque avec frénésie, qui traduisait son état de panique ; il fixait obstinément le mur de côté, les joues ruisselantes de larmes, le visage crispé en une expression de terreur.

Il haletait, gémissait, il était absolument terrifié... L'ombre au-dessus de lui, les mains lourdes qui le maintenaient immobile, il ne supportait pas... Il n'y voyait plus rien, tout était flou à travers ses larmes... Il ferma les yeux très fort, espérant que tout s'arrête, qu'il puisse enfin respirer...

Lorsque Roy comprit qu'il était à nouveau inconscient, il le lâcha lentement, puis le prit dans ses bras pour ne pas qu'il s'étouffe ; ses faibles sanglots lui faisaient énormément de peine, mais il ne voulait pas le laisser seul... ce serait le meilleur moyen de perdre sa confiance définitivement... il devait lui montrer qu'il était là pour l'aider...


Quelques heures plus tard, Edward se réveilla. Il mit du temps à comprendre ce qu'il voyait autour de lui, mais finit par reconnaitre une chambre... La lumière envahissait la pièce, c'était plutôt... réconfortant. Il se redressa, et étouffa un cri lorsqu'une vrille de douleur remonta le long de son dos... Une main sur la bouche, couché sur le côté, vers la fenêtre, Edward ferma les yeux et inspira profondément pour se calmer... Sa manche avait une douce odeur de lavande, très agréable...

Sa manche... ? Il rouvrit les yeux, et rejeta les draps.

... Le pyjama était trop grand pour lui... Les manches lui tombait sur les doigts... il était marron clair, peut-être beige, ou saumon... c'était une jolie couleur...

Il aurait voulu se lever, mais il avait trop mal... Il tourna la tête pour mieux regarder autour de lui ; où était-il ? Il ne reconnaissait rien, mais cette chambre avait quelque chose de calme et de réconfortant, il se sentait plutôt bien...

La porte s'ouvrit, et, inexplicablement, il paniqua, des images clignotant dans sa tête, des cris résonnant à ses oreilles, et la douleur incroyablement vive...

L'homme qui entra, il le reconnut immédiatement, et il se calma, des larmes de soulagement coulant sur ses joues... Il laissa reposer sa tête dans l'oreiller avec un soupir, et se détentit.

"...Roy..." Celui-ci avait un plateau argenté dans les mains, qu'il posa rapidement sur la petite table basse ; puis il s'approcha du lit, près du garçon.

"Ed, tu t'es découvert... ! Tu as de la fièvre, tu dois rester au chaud..." fit-il en ramenant les draps à ses épaules ; Ed était allongé sur le dos, pratiquement inerte tant il était incapable de bouger...

"Comment te sens-tu ?"

"... j'ai mal... qu'est-ce qui s'est passé... ?"

Il vit Roy ouvrir de grands yeux surpris pendant quelques secondes, puis lui sourire.

"Si tu ne t'en souviens pas, je ne dirais rien..."

"... ?"

"Ça va aller, tu sera bientôt sur pieds... Ne t'inquiète pas, tout va bien..."

Il accompagna ses paroles d'une main dans les cheveux du blond, qui ferma les yeux sous la caresse. L'instant d'après, l'odeur de la nourriture les lui fit rouvrir, et il redressa un peu la tête pour voir le plateau. Mais Roy l'obligea à se recoucher d'une main sur l'épaule, et il ne résista pas. Il était trop fatigué, de toute façon... "Pourquoi est-ce que je me sens mal comme ça... ?" Il ne comprenait pas ce qui se passait, mais Roy était là, alors tout allait bien... Roy, d'ailleurs, se rassit sur le lit, et posa le plateau près de lui, découvrant le pain grillé, la confiture, et la tasse fumante à la délicieuse odeur de chocolat ; il avait déjà mangé du chocolat... trois fois... c'était vraiment délicieux. Où Roy avait-il bien pu en trouver ? C'était très rare, dans ces régions, et il coûtait très cher... en tout cas, c'était ce qu'avait dit son père... Son père... ?

"Edward ? Du calme, tout va bien..."

Roy délaissa le plateau pour se pencher vers le garçon, dont la respiration s'était saccadée, ses yeux étaient grands ouverts comme s'il était à nouveau terrifié... Il n'osa pas le toucher, craignant une réaction plus brutale, mais il fut surpris : Edward éclata en sanglots, et, sans prêter attention à la douleur, se jeta dans les bras de l'homme, qui ne put rien faire d'autre que le serrer contre lui...

Il attendit patiemment que le garçon se calme, caressant ses cheveux d'une main, lui frottant doucement le dos de l'autre...

"Papa..." chuchota Edward, sa voix étouffée par la chemise de Roy. Il la serrait si fort entre ses mains que les bandages à ses poignets se colorèrent lentement... Roy tenta de lui faire lâcher prise, mais plus il essayait, plus le garçon s'accrochait... Il renonça finalement, résigné à trouver une pommade adéquate pour ses blessures, et se contenta d'attendre...

"... Roy..."

"Je suis là... Tout va bien..."

"... papa... il..."

Roy se tut. Il s'attendait bien à des incohérences dans le comportement du prince durant les prochains jours... C'était le choc... Cela le fit repenser un instant à la conversation qu'il venait d'avoir avec Hugues...

"Tu aurais dû le laisser là-bas..."

"Ça ne va pas, non ?!"

"Il va avoir besoin de son père..."

"Je ne vois comment son père pourrait l'aider dans cette situation. Je pense que je suis le mieux placé pour ça, tu ne crois pas ?"

"Certes... Mais vue la façon dont il a vécu pendant dix-sept ans... Il va le réclamer, tu ne pourras pas l'aider pour ça..."

Visiblement, Hugues avait eu raison... Il ne pourrait pas l'aider, le Château était trop loin, et ils étaient sur la liste noire, après tout... Mais étrangement, il sentait aussi que quelque chose clochait : pourquoi Edward avait-il l'air si terrifié quand il parlait de son père ? S'était-il passé autre chose, cette nuit ?

Il eut la réponse à sa question lorsque le blond se crispa soudain contre lui, agité de soubresauts ; il sentit sa chemise s'hudifier, encore...

"... Roy... ne me laisse pas... je n'ai plus que toi..." Ses sanglots s'intensifièrent à ces mots, et Roy, ne comprenant pas, l'enlaça un peu plus, le visage dans les cheveux d'or.

"Qu'est-ce que tu racontes..."

"Papa... il..." Il ne finit pas, les hoquets de chagrin l'en empêchant...

"Il quoi ?"

"...il... il... ne m'aime... pas..."

"... Quoi ? Mais si, voyons... !"

"Non... il... me l'a dit..."

Roy resta stupéfait. Le silence s'installa dans la chambre, seulement rompu par les sanglots brisés du garçon...

Edward s'était rendormi... En tout cas, sa respiration était plus calme. Roy l'éloigna doucement de lui, et le recoucha, avant de reprendre le plateau et le reposer sur la table. Puis il s'assit dans l'un des fauteuils et attendit...


Une troisième fois, Edward se réveilla, mais cette fois-ci avec un grand sursaut terrifié, qui l'obligea à se rallonger bien vite lorsque la douleur dans le bas du dos se raviva brusquement... Le cauchemar était affreux... Comment avait-il pu oublier une telle horreur... ?
Son dernier souvenir, c'était cette voix chaude qui le rassurait ; c'était sûrement Roy... Il était... chez lui ? Il avait dû être inconscient pendant un long moment...

Envy... Il mit une main sur sa bouche pour retenir son gémissement. Cet homme était tout simplement... écoeurant... Il se recroquevilla sur le côté. La lumière était assez vive, mais surtout rouge ; c'était le soir ? Combien de temps avait-il dormi... ? C'était une façon de ne pas penser à ce qui le torturait, il s'en rendait compte... Il se dégoûtait, il se sentait tellement... sale... méprisable... humilié...

Les larmes coulaient à nouveau... il n'arrêtait pas, décidément... Il inspira profondément pour essayer de se calmer, mais ce fut peine perdue, il ne parvint qu'à saccader un peu plus sa respiration... Un contact sur son épaule le fit sursauter, et, d'un geste vif, il le repoussa du bras en se retournant brutalement.

Roy avait retiré sa main. Edward le fixa un moment, haletant, un peu apeuré, surpris de le voir encore près de lui...

Puis il se remit sur le côté, brusquement, en ramenant les draps au-dessus de lui, ne laissant voir que ses cheveux. Roy ne bougea pas pendant quelques secondes, stupéfait de la réaction du blond ; puis il avança sa main vers les mèches d'or. Mais à peine les avait-il frôlées qu'Edward se rétracta aussitôt, se cachant un peu plus sous les draps, crachant à travers le tissu :

"Ne me touche pas... !"

Roy se recula tout de suite... Les mots étaient blessants, mais il comprenait, même si cela lui faisait énormément de peine... Il se contenta donc de s'asseoir au bord du lit. Mais quand Edward sentit le poid s'ajouter dans son dos, il siffla :

"Vas-t-en... ! Laisse-moi..."


Deux jours passèrent. Edward refusait qu'on le touche, il ne voulait même pas laisser Roy approcher. Il n'avait rien mangé depuis ce tout temps, et ne supportait pas de voir Roy dans la chambre... Celui-ci avait dû se résigner à coucher dans la chambre voisine, celle qu'occupaient autrefois ses parents. Il avait bien conscience qu'Edward allait mal, mais il ne tenait pas spécialement à le mettre mal à l'aise en lui imposant sa présence... Il se contentait donc d'entrer régulièrement, pour vérifier qu'il allait... bien, et de ressortir aussi discrètement que possible...

Hugues n'avait pas le même point du vue que lui. "Si tu lui obéis," avait-il dit, "il va se refermer sur lui-même, il ne parlera jamais de ce qui est arrivé, et surtout, il aura peur de tout le monde. Ce sera certainement difficile, mais tu dois lui forcer la main. Il faut qu'il en parle de lui-même, c'est le seul moyen pour qu'il aille mieux..."

Depuis cette conversation, Roy restait dans la chambre, malgré les regards noirs du blond, auxquels il s'efforçait de ne pas prêter attention... Edward se cachait obstinément sous les couvertures, ne lui répondait pas, et ne s'endormait que lorsqu'il sortait enfin de la chambre... Son attitude angoissée le rendait triste, mais il ne voulait pas renoncer pour autant...


Le soir du quatrième jour, Roy décida de rester près de lui. Le regard du garçon était vide, les yeux mi-clos, et il était affreusement pâle... Quoi de plus normal, il refusait toute forme de nourriture, et il avait de la fièvre... Roy s'assit délicatement, au bord des couvertures, et tendit lentement la main vers le front du garçon : il eut tout juste le temps de sentir la chaleur irradier de son visage, avant que le blond ne le chasse d'une main, brusque, presque en colère...

"Ne me... touche pas... ! ... Laisse-moi... Laisse-moi..." Il enfouit son visage dans l'oreiller, pour étouffer ses sanglots...

Il y avait décidément quelque chose qui clochait. Roy comprit en entendant le ton désespéré du blond tandis qu'il lui répétait de le laisser...

Pas de le laisser tranquille. Le laisser, comme... l'abandonner...

"Pourquoi... ?"

Edward ne répondit pas tout de suite. Sa réponse fut on-ne-peut-plus explicite...

"... parce que..."

Roy se retint de pousser un soupir : même traumatisé, le prince restait têtu et obstiné... Peut-être était-ce bon signe, mais en attendant, il devait comprendre. Il inspira à fond avant de repousser les draps, et agrippa le garçon par les épaules pour le tourner sur le dos. Edward cria et se débattit, et il résista à l'envie de le lâcher immédiatement...

"NON !! Laisse-moi... Vas-t-en !"

"Non, Ed. Explique-toi... Pourquoi est-ce que je devrais te laisser ?"

Edward se tut, haletant, les joues humides, la tête tournée de côté ; il mit un long moment à répondre, tâchant de réguler sa respiration... Puis il chuchota enfin :

"... parce que je ne le mérite pas..."

"Quoi donc ?"

"... que tu t'occupes de moi comme ça..."

Un silence.

"Ed, qu'est-ce que tu racontes... ?"

Mais au lieu de répondre, le garçon continua :

"... Pourquoi tu fais ça... ? Pourquoi est-ce que tu veilles sur moi comme ça ? Comment est-ce que je peux encore t'intéresser... ?"

"Que... ??"

"Je ne mérite pas... Je suis sale... ! Je... le sens encore... en moi..." Sa voix mourut dans un sanglot, suivi de beaucoup d'autres.

Roy ne savait plus quoi faire. Hugues avait dit qu'il devait en parler de lui-même, et c'était ce qu'il était en train de faire... Mais lui ? Que devait-il dire, pour le consoler ? Pour lui faire oublier... ?

"Pourquoi est-ce que tu fais semblant de vouloir m'aider... ? Roy, ça fait si mal... pourquoi tu me fais ça... ?"

"Pourquoi ? Parce que je ne fais pas semblant, Edward... ! Je veux t'aider parce que je tiens à toi..."

"Comment est-ce que tu peux encore t'intéresser à moi ? Comment peux-tu encore avoir envie de me prendre dans tes bras... ? De me serrer contre toi... ? Pourquoi est-ce que tu fais ça ?"

Roy ne put répondre. Il avait trop mal pour trouver quoi dire...

"Je... j'ai son goût... dans la bouche..." chuchota Edward ; il tourna vers l'homme un regard baigné de larmes, désespéré : "... Comment pourrais-tu encore vouloir m'emb..."

Mais il s'interrompit et ouvrit de grands yeux, stupéfait, ne comprenant pas vraiment ce qu'il voyait... Il fut tellement surpris qu'il en cessa de pleurer tout de suite... Au bout d'un moment de contemplation, il finit par oser demander... :

"... Roy ? ... Pourquoi tu pleures ?"


Ça faisait mal... Oh, oui... Il ne pouvait pas dire qu'il ne s'y attendait pas un peu... Mais, il ne se doutait pas qu'il réagirait comme ça... Il l'avait laissé. Pendant trois longues journées, il l'avait laissé avec cette douleur dans le corps, cette horreur dans la tête... Il l'avait laissé souffrir, il l'avait laissé croire qu'il ne voulait plus de lui... C'était sa faute, entièrement. Et maintenant, en juste retour des choses, Edward le lui disait, lui faisait bien sentir son erreur, même s'il en n'avait pas conscience... Ça faisait vraiment mal...

"... Roy ? ... Pourquoi tu pleures ?"

Oh ? Il pleurait... ? C'était normal. Tout le monde pleurait, quand il avait mal, n'est-ce pas ?

Il se rendit compte qu'il appuyait trop fort sur les épaules du garçon ; il voulut se redresser, mais n'y arriva pas. Il se sentait tellement...minable...

Lorsque Roy se pencha vers lui, Edward ne réagit même pas. Il sentit les bras de l'homme l'entourer, le soulevant légèrement de l'oreiller ; une main dans ses cheveux, l'autre dans son dos, l'écrasant presque, mais pas trop... Il sentait son souffle sur sa nuque, qui le fit frissonner, et la sensation humide aussi lorsque les larmes coulèrent dans son cou... Il était si surpris qu'il ne fit pas un geste pour répondre à l'étreinte...

Il sembla se réveiller, un peu, en entendant les mots, murmurés à son oreille, un peu tremblants...

"Oh, mon ange... Je suis tellement, tellement, désolé... J'aurais dû arriver plus tôt, j'aurais empêcher ça... Je m'en veux, tu sais, tellement... Je t'aime, Edward, je ne veux pas te laisser. Surtout pas... Je veux t'aider, je veux... te faire oublier... Je suis désolé..."

Edward fixait le rideau du lit, au-dessus d'eux. Il écoutait, et il se sentait bizarre... Il aurait voulu pouvoir dire quelque chose, mais il en était incapable...

Puis Roy redressa la tête, pour le regarder en face, tout près de son visage ; il ramena une main sur la joue humide, caressant du pouce les lèvres abîmées...

"Ce goût... laisse-moi l'enlever..."

Edward secoua la tête, en larmes, mais Roy se pencha un peu plus, franchissant les derniers millimètres qui les séparaient... Au début, Edward se crispa, avec une grimace, cherchant à s'éloigner ; mais l'homme lui maintenait le visage d'une main, et caressait ses lèvres des siennes, avec tellement de douceur, de tendresse, qu'il finit par cesser de bouger... La langue de l'homme, tout près, le fit frissonner, et il approfondit lui-même le baiser...

Roy le laissa faire... il le laissa glisser la langue dans sa bouche, entourer sa nuque de ses bras... il le laissa le rapprocher, le coller à lui, presque avec désespoir, mais envie aussi...

Ses gestes devinrent précipités, plus violents... le prince s'accrochait fortement à lui, happait, mordait presque ses lèvres, avec une attitude... vorace... Il cherchait à l'avoir toujours plus près, toujours plus loin... Sa langue parcourait la bouche et les lèvres de l'homme, avec violence, insistance...

Et Roy le laissait faire... Il avait mal, quand il le sentait mordre, mais il le sentait aussi craquer... les larmes coulaient à flots, il tremblait et s'accrochait à lui, les mains dans ses cheveux, dans son dos... Et quand le souffle lui manqua, il s'arrangea pour ne pas rompre le baiser... Il voulait laisser Edward aller jusqu'au bout, le soulager complètement...

Cela arriva bientôt... Le garçon finit par ralentir, le manque d'air se faisant durement ressentir ; il rompit le baiser pour prendre une grande inspiration, et continua, doucement, tendrement, à poser ses lèvres contre celles de l'homme, toujours en pleurs, comme pour s'assurer qu'il était bien là, avec lui... Il le gardait serrer dans ses bras, et, finalement, cala sa tête dans l'épaule de Roy, avec un soupir de profond soulagement...

Afin de ne pas l'écraser davantage, Roy se décala sur le lit, s'allongeant près du garçon, qui restait serré contre lui. Edward se blottit entre ses bras, et leva la tête pour croiser son regard : il y avait tellement de douleur, mais aussi de bonheur et de soulagement dans ses grands yeux d'or, que Roy se sentit un peu plus joyeux, et rassuré.

Il se sentit d'autant plus joyeux et rassuré, qu'Edward lui sourit. Timidement, certes, mais un vrai sourire, sincère, heureux... Il se colla à lui, et avant de s'endormir, murmura doucement :

"... Je t'aime..."


(Matsuyama) Je me passe de commentaire pour pas gâcher l'ambiance trop mignonne de cette fin de super chapitre. Vivement la suite...
Ah, mais la suite... c'est moi !!