Chapitre 18 : Tenter le diable.
La lumière envahissait lentement la chambre, tandis que dans le lit, étroitement roulé contre son petit ami, Edward se réveillait doucement.
Il avait bien dormi... pas de cauchemar, juste un sentiment de calme et de confiance... c'était tellement reposant...
Il releva la tête pour regarder Roy, et ne fut pas vraiment surpris de le voir lui sourire.
"Coucou, Edo."
"Mmmm..."
"On dirait que ça va un peu mieux... ?" fit Roy en lui caressant la joue. Il le laissa jouer dans ses cheveux un petit moment, jusqu'à ce qu'un gargouilli retentisse dans la pièce...
"Edward... c'est ton ventre... ?"
"Euh, je crois..."
"Ce n'est pas étonnant, tu n'as rien mangé depuis quatre jours. Tu peux te lever ?"
"... je crois..."
"La salle de bain est juste à côté. La porte à gauche." Roy se leva et descendit du lit pour se diriger vers l'armoire du fond, avant d'ajouter par-dessus son épaule : "Prends tout ce qu'il te faut, pendant ce temps, je vais aller te chercher des vêtements à ta taille..."
Un silence. Roy attendit, mais il n'y eut aucun commentaire... Il soupira tristement. "Un peu de patience, ça va revenir... !" songea-t-il, en se mettant à fouiller dans les tiroirs.
Dans le lit, Edward ne bougeait pas. En vérité, il avait un peu peur de se lever... Il avait beaucoup moins mal depuis quatre jours, mais il n'avait pas encore essayé de marcher... Après une grande inspiration, il se redressa lentement, et s'assit. Les couvertures glissèrent de ses épaules pour tomber sur ses cuisses. Il les écarta et s'installa au bord du lit, les jambes dans le vide ; hésitant, il finit par se lever, se soutenant tout de même d'une main sur le matelas, et fit quelques pas vers la porte en contournant le lit à baldaquin...
Ce n'était pas facile, mais pas non plus impossible... Disons qu'il se débrouillait... Il lâcha le lit pour boiter jusqu'à la porte, mais il ne fit qu'un pas : il se sentit soudain soulevé, et se retrouva dans les bras de Roy.
"C'est bon, je peux marcher... !"
"Mais oui. Je suis sûr que d'ici à ce soir, tu auras atteint la salle de bain..."
" ... "
En quelques pas, Roy entra dans la salle d'eau, peu éclairée, et déposa Edward sur le bord de la baignoire, avant de rassembler les affaires de toilette.
Ed regardait autour de lui, visiblement impressionné...
"C'est un... manoir, c'est ça ?"
"Hm hm" fit Roy, attrapant une serviette.
"Mais... il n'est pas comme ceux d'ici, n'est-ce pas ?"
L'homme se tourna vers lui avec un sourire, et posa toutes les affaires sur les petites marches.
"Non, c'est vrai. Son architecture est inspirée de celle des palais de l'est. Comment as-tu deviné ?"
"... c'est du marbre, non ? Partout... Ce n'est pas une pierre qu'on trouve en abondance dans nos régions..."
"C'est vrai... tu veux que je te laisse ?"
"Hein ?"
"Tu peux te débrouiller tout seul ?"
"Ah... oui..."
Roy sourit. Il était vraiment adorable, dans son pyjama trop grand, les cheveux en désordre, encore un peu endormi... Il se leva après avoir ouvert les robinets, et sortit de la salle de bain, qu'il referma soigneusement derrière lui.
Environ une heure plus tard, Edward sortit de la salle d'eau ; il avait enfilé les vêtements que Roy lui avait trouvé, et ceux-ci n'étaient pas trop grands... Il portait un long pantalon noir, avec les chaussures assorties, tenu à la taille par une large ceinture blanche. Sa chemise, noire également, avait les manches resserrées au niveau des poignets, ce qui leur donnait un très léger effet bouffant très élégant. Il avait trouvé une brosse sur les étagères, et avait pu coiffer ses cheveux comme à son habitude, en petite tresse, laissant ses mèches tomber autour de son visage.
L'eau chaude lui faisait décidément beaucoup de bien... Détendu, il marchait plus facilement, et regagna la chambre sans grande difficulté. Dans la chambre, assis sur le lit, Roy l'attendait, et lui sourit lorsqu'il entra.
"Tu es magnifique... !"
Lancé aussi soudainement, le compliment fit rougir le garçon, qui baissa la tête ; Roy eut un petit rire, puis se leva et l'entraîna dans le couloir, d'un bras autour des épaules.
"On va descendre, maintenant. C'est Hugues qui cuisine aujourd'hui, mais je suis sûr que ce sera comestible... !"
Le blond esquissa un sourire, et suivit Roy jusqu'à l'escalier, au centre de la tour.
L'escalier en question s'enroulait lui-même autour d'une épaisse colonne, dans laquelle, à chaque étage, s'ouvrait une large porte à double-battant. À l'intérieur, une petite pièce qui montait et descendait les étages selon le bon vouloir de ses occupants... Roy lui expliqua qu'il s'agissait d'un système de contre-poids hydrolique, bien plus efficace que les poulies de bois utilisées habituellement pour soulever de lourdes charges...
Ils entrèrent dans la petite pièce, qui les descendit jusqu'au rez-de-chaussée ; Roy entraîna le garçon à travers les couloirs jusqu'au hall, où il emprunta ensuite la porte de gauche pour se diriger vers les cuisines, traversant en passant l'immense salon qui servait de salle à manger...
La cuisine était une longue pièce, avec une haute table de bois au centre, autour de laquelle, le long des murs, se suivaient différents meubles : il y avait, sans ordre apparent, des gardes-manger, des étagères, des fourneaux, des éviers, d'autres tables plus petites qui servaient de plans de travail ; au fond de la pièce s'ouvrait une autre petite salle, qui donnait sur la cour extérieure, et sur les jardins. Aucune chaise, en revanche, mais Roy et les autres s'étaient dit qu'il serait plus pratique de manger directement dans la cuisine que de faire l'aller-retour jusqu'au salon... Quatre chaises de bois, dont le siège et le dossier étaient composés d'un coussin de velours bleu nuit, étaient donc disposées autour d'un bout de la longue table, du côté de la salle donnant sur les jardins.
Hugues était devant une petite table, au fond de la salle, en train de découper de larges tranches de viande, quand Roy entra, Edward fermement maintenu contre lui. Ils se rapprochèrent, et Hugues, en les entendant arriver, se tourna vers eux pour s'écrier :
"Hey ! Salut, Edward... ! J'espère que tu as faim, c'est presque prêt !"
"Salut, Hugues. Où sont les autres ?" fit Roy.
"Dehors. Riza est persuadée de voir bouger dans le bois, et j'ai demandé à Havoc d'aller me chercher quelques herbes..."
"Tu joues à l'apprenti-cuisinier ?"
"Quoi ?"
"On a juste besoin de manger, pas besoin de t'épuiser à préparer des repas de cour..."
"C'est pour relever le goût du porc... !"
Roy poussa un profond soupir. Edward assista à la scène, amusé, et se hissa précautionneusement sur la table pour attendre. C'était vrai, qu'il avait faim... Il avait été stupide de refuser de s'alimenter pendant quatre jours ; à présent, son estomac criait famine, lançant parfois des gargouillis qui faisaient rire Hugues...
"Ah, attends, je vais te chercher une chaise..." dit Roy avant de s'éloigner vers le salon.
L'odeur qui emplissait la cuisine était tout simplement délicieuse. Assis sur la table, les mains entre les cuisses, ses pieds se balançant doucement dans le vide, Edward resta silencieux, et impassible ; le seul signe de son impatience était le bruit de son ventre, qui se manifestait de plus en plus souvent...
Roy revint, soulevant une chaise identique aux autres, qu'il installa près de la sienne, puis s'arrêta devant le garçon.
Le silence, seulement entrecoupé des coups de couteau sur le bois de la table, régnait dans la grande salle.
Edward tendit une main vers le col de sa chemise, l'attirant plus près ; collé aux jambes du garçon, les mains sur la table de chaque côté de ses cuisses, Roy le laissa poser sa tête contre lui. Cette simple position semblait le rassurer, et le blond reposa sa main, lâchant la chemise de l'homme, puis ferma les yeux. Ils restèrent ainsi un petit moment, sans remarquer les coups d'oeil insistants que leur lançait Hugues, toujours occupé à découper sa viande, juste derrière eux...
Ce fut Edward qui releva la tête en premier ; il croisa une seconde le regard sombre de Roy avant de l'embrasser, lentement... Sans bouger, il approfondit le baiser quelques instants plus tard, et Roy répondit avec douceur, fermant les yeux à son tour. Parfaitement conscient de ses gestes, celui-ci déplaça lentement sa main droite sur la table, jusqu'au genou du blond, qui ne réagit pas ; sa main remonta tout doucement le long de la cuisse, dans une caresse, effleurant simplement la peau à travers le tissu souple du pantalon noir. Edward se pencha un peu plus pour continuer à l'embrasser, sans faire attention à la main chaude qui remontait inexorablement jusque sur sa hanche... mais quand elle voulut, du pouce, redescendre vers l'aine, il rompit le baiser et s'écarta, les joues rouges, le souffle court...
Roy se doutait bien qu'il ne l'aurait pas laissé faire, mais être arrivé si loin lui donna confiance pour la suite...
Ni l'un ni l'autre ne remarquèrent le grand sourire qu'affichait Hugues. Mais il était peut-être simplement content d'avoir réussi à faire une tranche à peu près droite...
Dans les jours qui suivirent, Roy fit visiter le manoir au prince. Il n'était pas surpris de le voir grandement apprécier les rayonnages de livres qui s'étalaient un peu partout, et le garçon prit de nouvelles habitudes : il passait dorénavant toutes ses journées dans la bibliothèque la plus proche de la cuisine, dans l'une des pièces entourant l'escalier qui menait aux étages, derrière le hall... Roy restait souvent avec lui, ne serait-ce que pour le surveiller. Riza était pratiquement tout le temps dehors, parcourant le domaine autour du manoir, persuadée que quelqu'un, voire plusieurs personnes, étaient installées dans le bois, tout près des cuisines. Jean, en bonne âme qu'il était, l'aidait régulièrement, mais s'occupait surtout à l'intérieur, en particulier de la cuisine à laquelle Hugues était vraiment moins doué que sa femme...
Et pendant les jours qui suivirent, Roy s'occupa du prince, décidé à l'aider ; et pour cela, il savait très exactement quoi faire : ainsi, petit à petit, d'une main glissante dans le dos à un baiser dans le cou, en passant par de douces étreintes, par ces petits gestes anodins - mais pas du tout innocents - Edward finit par se détendre complètement en sa présence, cessa d'avoir peur, et retrouva son comportement habituel... Roy fut infiniment satisfait de l'entendre enfin répliquer après une énième remarque sur sa taille... Et le soir, il dormait avec lui, bien que restant encore au-dessus des couvertures : il ne voulait pas non plus le brusquer, et même s'il était confiant, Roy pensait qu'il valait mieux attendre encore un peu de ce côté-là...
Un jour, alors qu'Edward lisait à la table de la cuisine, baignant dans l'odeur alléchante du lapin en train de mijoter, il y eut une grande animation devant le manoir.
Riza fut la première à les faire entrer, parce qu'elle était toujours de surveillance. Hugues arriva bien vite, et les accueillit tous à bras ouverts, comme s'il était le propriétaire des lieux...
Il y avait sa chère Gracia, bien sûr, mais également l'aubergiste et sa femme, leurs amis qui logeaient avec eux à l'auberge, ainsi que Alex et Olivia, ce dernier portant un énorme sac contenant manifestement des armes...
Roy fut très surpris de tout ce monde qui débarqua aussi soudainement chez lui, mais il obtint vite des explications de la part de Gracia, qui tentait en même temps d'échapper à l'étreinte de son époux...
"C'est le vieux Bradley qui mène les soldats : ils sont à la recherche du Prince, mais ils ont beau fouiller toute la ville, ils ne le trouvent pas... alors Bradley a ordonné de réquisitionner l'auberge qui nous servait de point de rencontre : ils ont interdit à Mr et Mme Howling de continuer à travailler, alors ils sont venus avec nous... Ça ne te dérange pas, n'est-ce pas, Roy ?"
"Euh... non... bien sûr que non, mais... comment avez-vous trouvé l'endroit ??"
"Oh !" fit Gracia en riant, "Tu penses bien que Maes ne serait pas parti sans me dire où il allait !"
"... oui, bien sûr..." Il aurait dû s'en douter : Hugues avait beau faire le gamin tout le temps, même s'il était aussi jeune que lui, il avait de la tête, et un sacré sens de l'organisation...
"Bon, et bien, installez-vous... Il y a assez de place pour tout le monde, de toute façon. Vous avez de la chance, le repas est presque prêt... !"
"La chance n'a rien à voir là-dedans, mon gars !" fit Breda avec un grand sourire...
Alors que les autres entassaient leurs affaires dans le hall, Roy retourna à la cuisine : Jean était à présent en train de mettre à cuire les aubergines qui servaient d'accompagnement ; quant à Edward, il fixait l'entrée d'un regard inquiet... après avoir rapidement expliqué ce qui se passait, Roy s'assit près du blond, qui avait refermé son livre. Il attendit que Jean en termine avec les légumes et aille saluer les autres...
"Ed ? Ce sont des gens que tu connais..."
"Je sais... ! Je vais bien, pas la peine de t'inquiéter."
"Alors, pourquoi est-ce que tu trembles ?"
Silence. Edward baissa les yeux sur ses mains... C'était la faim, rien de plus, il n'avait pas vraiment déjeuner ce matin, et maintenant, il avait très faim, c'est pourquoi ses mains tremblaient un peu...
"Euh... je... c'est parce que..."
Il s'interrompit : Roy venait de l'attirer contre lui. Il le serra un moment dans ses bras, puis releva la tête pour lui embrasser les cheveux. Edward savait bien pourquoi il était si anxieux, et cela n'avait pas grand-chose à voir avec les autres... Il sentit les larmes perler à ses yeux, et amorça un geste pour les essuyer. Mais Roy le gardait trop serré, il ne pouvait pas lever la main assez haut... Alors il les laissa couler...
Lorsqu'il sentit sa chemise humide, Roy s'assit sur sa chaise, installant le blond sur lui, une jambe de part et d'autre de ses cuisses ; le gardant étroitement contre lui, il attendit.
"... tu... tu avais dit..." commença Edward, tâchant de réguler sa respiration. "... que personne ne savait où on était... s'ils sont venus, alors... p..."
"Chuuut... C'est Hugues qui leur avait dit, ce sont nos amis. Ton père ne viendra jamais ici, Edo, je te l'ai promis."
Le garçon poussa un soupir, puis se cala mieux dans son épaule, se calmant quelque peu. Ils restèrent ainsi quelques minutes, jusqu'à ce que Roy l'éloigne doucement de lui.
"Si on allait dire bonjour, maintenant ?"
Quelques jours passèrent. Les repas redevinrent vite excellents, grâce à Gracia et à la femme de l'aubergiste, Mme Howling... Elles semblaient toujours impressionnées par l'immensité de la cuisine, et cela amusait Edward de les voir affairées dans les différents bocaux d'épices et de condiments, au-dessus des marmites bouillantes et des fourneaux brûlants... La viande sèche conservée pendant un temps au saloir vint à manquer, et dès lors, Alex, Riza et Olivia se firent un plaisir de chasser le daim qui courait en grand nombre dans le domaine, en profitant pour surveiller les environs, et traquer ce mystérieux groupe qui avait élu domicile dans le bois - selon Riza... Fuery et Falman s'étaient découvert une passion commune pour la multitude de plantes qui poussait dans les serres tout près des jardins, et y passaient le plus clair de leur temps, rapportant pour les repas différentes herbes aromatiques que leur demandaient les cuisinières... Quant à Breda, il avait le premier soir défié Hugues à un jeu d'échec : depuis sa défaite, ce dernier réclamait sans cesse une revanche, et ils passaient donc tout leur temps libre devant le plateau de jeu - malgré les victoires incessantes de Breda, qui commençait à s'ennuyer... Et d'une manière générale, tout le monde donnait un coup de main pour remettre en état le manoir, dont pratiquement toutes les pièces étaient couvertes de poussière... Et, mine de rien, cela occupait bien la journée...
C'était la fin de l'après-midi. Edward paressait devant la fenêtre de la bibliothèque, bien installé dans un fauteuil recouvert d'une fine fourrure noire. Son roman était posé sur le rebord de la fenêtre, ayant perdu tout intérêt quand il avait compris, au milieu de sa lecture, le fin mot de l'histoire. Il regardait à présent le paysage à travers la vitre, admirant la beauté du bois juste en face du chemin qui entourait le manoir, et passait devant la fenêtre.
Les arbres s'illuminaient lentement, à mesure que le soleil descendait vers eux ; le jeux d'ombres qui avait lieu dans le bois était plutôt amusant, et Edward, le menton dans ses bras, repliés sur le rebord de la fenêtre, regardait avec envie les petites animaux aller et venir dans les flaques d'ombres qui s'étendaient entre deux cercles de lumière. Il y avait surtout des oiseaux, des petites mésanges et des rossignols, mais d'autres formes se mouvaient entre les buissons colorés, indistinctes...
Soudain, un mouvement vif tout près de ses yeux le fit imperceptiblement sursauter. Il s'éloigna juste assez de la vitre pour reconnaître l'animal de l'autre côté...
... c'était un écureuil.
Un bel écureuil roux, avec ses pointes d'oreilles touffues et sa longue et impressionnante queue courbée, sa fourrure brune-rousse étincelante à la lueur du soir, plus claire sur son ventre. De ses minuscules pattes, il entreprit de faire sa toilette, astiquant les poils de sa queue, sans prêter attention au jeune homme derrière la vitre, qui l'observait avec des yeux grands ouverts...
Edward n'en revenait pas. Il ne s'y attendait pas du tout... La petite bête était tout simplement magnifique ; elle lustrait sa fourrure soigneusement, et avait visiblement l'habitude de venir ainsi tout près de la fenêtre... Ed resta un long moment à la contempler, un grand sourire aux lèvres. C'était la première fois qu'il en voyait un d'aussi près... !
Sa toilette finie, l'écureuil regarda autour de lui, puis sauta à terre, sur le gravier jaune du chemin.
"Eh... ! Non, attends..." Ed grimpa sur le rebord, suivant des yeux l'animal qui se déplaçait par petits sauts, s'arrêtant parfois pour farfouiller dans l'herbe, avant de repartir énergiquement.
Jetant un coup d'oeil dans la pièce, Edward vérifia qu'il n'y avait personne, puis ouvrit d'un geste la vitre qu'il repoussa contre le mur, enjamba le rebord de la fenêtre, et sauta à son tour. C'était un peu haut, mais il atterrit sans difficulté, amortissant la chute en pliant les jambes. Il repéra la petite bête un peu plus loin, petite forme bondissante dans l'herbe verte, et marcha rapidement derrière elle.
Étrangement, elle s'arrêtait fréquemment, comme pour l'attendre... Edward dépassa les plates-bandes abondamment fleuries, sauta la petite pente juste derrière, et suivit l'animal jusqu'à l'orée du bois. Le ciel devenait de plus en plus rouge, et sombre petit-à-petit...
Edward arriva sous le bois ; l'écureuil avait grimpé sur l'arbre le plus proche, et le regardait de ses billes noires depuis une fine branche, tout près du tronc. Il observa attentivement autour de lui, toujours souriant, et aperçut bien vite les autres : dispersés dans les arbres tout près de l'orée, parfois collés côte-à-côte, toute la petite famille fixait curieusement le nouveau venu, qui s'assit dans l'herbe pour continuer à les admirer...
Alors, c'étaient eux, ces formes que Riza voyait bouger, dans le bois ? C'étaient ces petites bêtes qui faisaient peur à la grande Riza ? Ed se retint de rire, il ne voulait pas les faire se sauver... Il resta là un long moment, les regardant sauter de branche en branche, courir à terre jusque tout près de lui avant de repartir tout aussitôt, comme s'ils s'amusaient à savoir lequel d'entre eux arriverait à s'approcher le plus près du jeune homme...
Un crissement devant lui. Étouffé par les buissons. Edward se redressa, et fixa le bois un instant. Ne voyant rien, il se concentra à nouveau sur les écureuils, mais ceux-ci étaient tous remontés, et il aperçut le dernier se réfugier dans son trou... Il se releva rapidement, et regarda mieux autour de lui, à l'écoute du moindre bruit suspect...
Un autre crissement, suivi de bruits de pas dans l'herbe...
"Qui est là ?" lança le blond. Mauvaise idée, se réprimanda-t-il aussitôt... Mieux valait vite rentrer. Il se rendit alors compte qu'il n'avait pas du tout penser que Roy pourrait s'inquiéter... ! Il fit demi-tour pour sortir du bois, mais à peine avait-il fait trois pas qu'il fut précipité à terre ; il s'écorcha les mains, ça piquait désagréablement... Il se retourna rapidement sur le dos, et découvrit l'ombre d'un homme, petit, barbu, sale, qui souriait d'un air mauvais...
"Bon... ! Sur quoi je tombe ! Reste-là, que je réfléchisse... !"
Cela semblait être un exercice difficile... Edward se redressa sur ses coudes et recula, cherchant à se relever aussi loin possible de l'homme. Mais celui-ci remarqua son mouvement, et s'approcha dangereusement de lui, l'aplatissant à terre, une main agrippant ses poignets, un genou s'enfonçant douloureusement dans son ventre ; Ed retint un couinement apeuré, et ne bougea pas. C'était, pensait-il, la meilleure façon d'éviter les coups...
Mais lorsque l'homme afficha un autre sourire, très inquiétant, glissant une main libre à sa ceinture, il écarquilla les yeux et se débattit violemment : le geste fut si brusque que l'homme bascula sur le côté, et Ed balança son pied dans un mouvement d'attaque. Il atteignit l'homme en pleine tempe, et se releva très vite, ne perdant pas de temps à le regarder s'écrouler...
Les bruits de pas derrière lui, lui apprirent que l'homme s'était redressé, et qu'il lui courait après... En plein jardin, ce n'était pas très malin... : alors qu'Edward franchissait les plates-bandes dans l'autre sens, un carreau partit, et toucha l'intrus dans l'estomac. Il s'arrêta aussitôt, et tomba à genoux.
Ed se retourna, haletant, pour le voir s'écrouler, puis chercha Riza des yeux: elle était devant la fenêtre qu'il avait laissé ouverte, une arbalète à la main, Hugues était derrière elle à l'intérieur... Du côté de l'entrée, il vit Roy arriver en courant, suivi par Jean, Alex et Olivia, qui brandirent aussitôt leur arme en voyant l'intrus.
L'expression de Riza en cet instant semblait dire : 'Je savais bien qu'il y avait quelqu'un... !' et elle affichait même un petit sourire fier.
Roy se précipita sur lui, et Edward se demanda un instant comment il allait bien pouvoir s'expliquer... mais il n'en eut pas le temps, la gifle partit avant...
Sonné, les yeux grands ouverts sous la surprise et la douleur, il ne resta debout que grâce à Roy qui l'attrapa par le col de la chemise ; ses yeux lançaient des éclairs, il semblait vraiment furieux...
"Qu'est-ce qui t'as pris ?!"
Ed inspira profondément, mais ne trouva rien à répondre... sa joue lui faisait mal...
"Pourquoi est-ce que tu n'as rien dit ?! Pourquoi es-tu sorti seul ?!!"
Les larmes coulèrent... Il ne chercha même pas à les retenir... Alors que Roy semblait se calmer, il fit, entre deux sanglots :
"Je... je n'ai... pas le droit... ?"
Il porta une main à sa bouche, dans une tentative vaine pour rester silencieux... L'angoisse qu'il avait ressentie, et la gifle qu'il venait de recevoir... c'était un peu trop, en si peu de temps... Il baissa la tête...
"... Pas tout seul. Si tu veux sortir, je viens avec toi... Ne me refais plus peur comme ça..."
Il sentit Roy l'enlacer, et le serrer contre lui, lui demandant pardon. D'un signe de tête, Roy ordonna aux autres d'aller chercher l'homme qui gémissait dans l'herbe : Riza récupéra sèchement son carreau, ignorant les plaintes, et Alex hissa l'homme sur son épaule, sans ménagement, avant de l'emmener aux écuries pour interrogatoire...
Roy ramena le garçon à l'intérieur, via l'entrée de la cuisine, et l'installa sur une chaise ; puis il remplit un verre d'eau et le lui tendit.
"Est-ce que tu peux m'expliquer ?"
Edward ne répondit pas ; l'eau tanguait dans le verre, et il frottait sa joue endolorie.
"Pourquoi es-tu sorti à une heure pareille ?"
"Je... je voulais... il y avait... l'écureuil..." finit-il piteusement.
Roy le fixa un moment, stupéfait, puis éclata de rire. Sous les yeux ébahis du blond, il s'assit en face de lui, riant ; quand il se fut un peu calmé, il eut un sourire triste, et caressa la joue du prince là où il l'avait giflé...
"Je te demande pardon... J'ai eu tellement peur... Ne recommence pas ça, d'accord ?"
Il hocha brièvement la tête. C'était vrai qu'il n'avait pas du tout pensé à lui...
"Ed ? ... Je suppose que tu as faim ?"
"... hmm."
"Allez, tout va bien ! Il ne s'est rien passé, finalement, n'est-ce pas ?"
Pas de réponse. Ce simple silence réussit à faire paniquer Roy...
"... n'est-ce pas ? Edward ?"
Le garçon secoua la tête, s'essuyant les yeux d'une manche ; Roy se rapprocha de lui pour le prendre par les épaules :
"Edo, qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'il t'a fait ?"
"R-rien... je n'ai... il voulait... Roy, il voulait... me..."
Il ne termina pas ; l'angoisse était toujours présente, et tout cela avait ravivé des souvenirs qu'il souhaitait désespérément oublier... Roy le prit dans ses bras pour l'asseoir sur ses genoux, comme d'habitude...
"Je comprends. Raconte-moi ce qui s'est passé..." La voix du blond lui parvint étouffée par sa chemise.
"... il m'a fait tomber... je n'ai pas bougé, je ne... il a voulu... Roy, pourquoi tous les hommes que je croise veulent faire ça ... !"
Il le sentit lever les bras pour les passer autour de son cou, et il put voir les marques rouges sur ses paumes, là où il était tombé ; il l'enlaça un peu plus, ne voulant pas répondre... il s'écoula un petit moment avant que le garçon cesse de pleurer, puis reprenne...
"... je lui ai donné un coup de pied, et je me suis sauvé..."
"C'est très bien."
"... Riza était là..."
"Une chance, oui."
"... j'ai faim..."
Roy eut un rire, et s'écarta du blond ; il fut ravi de le voir sourire, et ne résista pas à l'envie de l'embrasser. Edward le laissa faire. Quand ils se séparèrent, il s'essuya les yeux d'un mouvement vif et rejoignit sa propre chaise. À cet instant, Hugues s'écria :
"Bon ! Quand est-ce qu'on mange ?!"
Ils sursautèrent en le voyant juste dans l'entrée de la cuisine, et se rendirent compte qu'ils n'étaient pas seuls depuis le début...
Gracia et Mme Howling semblaient sur le point de se jeter sur eux tant elles répétaient qu'ils étaient si mignons ensemble, et Hugues éclata de rire en se déplaçant vers les fourneaux pour en sortir le repas...
Plus tard dans la soirée, alors qu'Edward était dans son lit, sur le point de s'endormir, la porte s'ouvrit et Jean passa la tête dans l'entrebâillement, cherchant Roy des yeux : il le vit près de la fenêtre, fermant les rideaux soigneusement.
"Oui ?"
"Euh..." hésita Jean, avec un coup d'oeil au garçon. "C'était juste pour dire que... on a fini le ménage."
"Ah ! Bien, j'arrive dans une seconde..."
Jean referma la porte, et Edward se redressa :
"Pourquoi ? Tu vas vérifier qu'ils ont tout fait... ?"
Roy eut un rire gêné, passant une main dans ses cheveux, et fit :
"Non, c'est juste que... je leur avais demandé de faire autre chose après, je vais leur expliquer... Je reviens tout de suite, d'accord ? Essaie de t'endormir..."
"Hum..." Mais il se recoucha docilement, rabattant les couvertures au-dessus de sa tête.
Roy soupira, puis sortit silencieusement de la chambre, et rejoignit rapidement les autres dans le grand salon du troisième étage. Dès qu'il entra, Hugues lui tendit immédiatement un épais ouvrage, relié de cuir, dont la dorure était usée ; le manuscrit était un peu poussiéreux, mais Roy se contenta de souffler dessus, pour dévoiler le dessin gravé sur la couverture noir...
"Le voilà !" fit Hugues avec un sourire.
"Et oui... Où était-il ?"
"Dans l'ancien grenier, une petite pièce au-dessus du lavoir... Roy, es-tu sûr que ce soit une bonne idée ?"
"J'en suis persuadé..."
"Et tu vas y arriver ? Je veux dire, ça fait un moment que tu as laissé tomber la pratique..."
"Ce genre de choses, ça ne s'oublie pas ! Et puis, maintenant que j'ai les notes, je vais pouvoir réviser un peu."
"Quand ? Tu n'arrêtes pas de t'occuper d'Edward, quand est-ce que tu pourras relire tout ça ?"
"Il dors beaucoup... ça ira, j'aurais le temps... Merci à tous !"
Ils répondirent que ce n'était rien...
"Roy," insista Hugues, "tu crois vraiment que c'est une bonne idée ?"
"Maes, est-ce que tu aurais oublier nos objectifs ? Moi pas. Même si Edward reste ma priorité, je n'ai pas l'intention d'abandonner pour autant. Je sais bien à quoi tu penses : le Roi est plus fort, il a plus d'expérience, et tout ça... Mais qui ne tente rien, n'a rien."
"Sauf que là, tu tentes le diable... !"
"À la bonne heure !" fit Roy en se
détournant, le livre sous le bras, retournant à la
chambre.
"Si je peux aider Edward grâce à lui, qu'il
vienne... !"
(Matsuyama) (mode fan en délire) Ah ! La scène des écureuils... (/mode fan en délire)
On s'est fait un trip avec les écureuils...
Le poll est toujours sur mon profile... merci.
