Chapitre 20 : Pénétrer les défenses ennemies
Roy se réveilla le premier. Il faisait encore noir dans la chambre... Il baissa les yeux : Edward était inerte contre son torse, profondément endormi, un grand sourire s'étalant sur son visage caché par les mèches blondes qui s'étalaient autour de lui. Il était magnifique... Et épuisé. Roy retint un petit rire satisfait.
Puis il soupira tristement...
"Edward..."
"Je suis désolé... J'ai fait une erreur, et tu risques d'en souffrir... Ça n'aurait pas dû se passer comme ça..."
"Tu vois," chuchota-t-il, dans l'obscurité. "Quand j'étais gamin, je pensais qu'il suffisait de parler pour se faire entendre. Qu'on pouvait régler tous les problèmes ainsi... Mais j'ai vite compris que ça ne se passait jamais comme ça... C'est pour cette raison que j'ai rejoint la Résistance, quand j'ai eu quatorze ans. Je voulais me battre pour mes idéaux, pour le bien du peuple que je voyais souffrir, pour la justice, et le bonheur du pays... toutes ces idées que les autres partageaient avec moi... Des idées stupides, mais qui valaient la peine qu'on meurt pour elles...
Moi, j'étais prêt. À mourir pour défendre notre cause. En me battant. Pour le peuple...
Pardonne-moi... je le suis toujours... mais... c'est difficile, maintenant, d'avoir la volonté d'aller jusqu'au bout. Parce que tu es là..."
"J'aurais dû faire attention. Je n'aurais pas dû laisser tout ça s'installer... Pourquoi ai-je insisté ? Maintenant je suis coincé..."
"Pardon, Edward..."
Il se dégagea délicatement de la prise du jeune homme, puis se leva sans bruit. Il s'habilla rapidement, et quitta la chambre, pour descendre jusqu'aux lavoirs... Où il passa le reste de la nuit à s'entraîner.
Dans un long gémissement, Edward s'étira mollement, repoussant les draps...
Après un moment, il finit par ouvrir un oeil encore embué de sommeil, et regarda vaguement autour de lui.
"... Roy... ?"
Il se redressa sur un coude, légèrement inquiet, et ne put que constater qu'il était seul dans la chambre. Il s'habilla rapidement, sans prendre la peine de se doucher, et descendit jusqu'aux cuisines. Maes et les deux cuisinières, Gracia et Mme Howling, étaient déjà en train de préparer le petit-déjeuner.
"Salut Edo ! Tu as faim, j'espère ?"
"Vous... n'auriez pas vu Roy... ?"
"... ? Roy ? Il n'est pas avec toi ?"
"Ben... non..."
Maes s'agita sur son siège. "Heu... ne t'inquiètes pas, je suis sûr qu'il... heu, va finir par arriver... n'est-ce pas ?"
Edward ne répondit rien et ressortit.
Il passa la journée à parcourir tout le manoir, de plus en plus inquiet et effrayé. Mais il ne trouva Roy nulle part.
Lorsque revint le soir, il regagna anxieusement sa chambre.
Personne...
Fatigué d'avoir cherché toute la journée, il se coucha tristement ; le doute, l'incertitude, l'angoisse, mais aussi une pointe de colère et de déception s'entrechoquaient dans sa tête, et il eut énormément de mal à s'endormir ce soir-là...
Maes entra dans la bibliothèque dans l'intention de retrouver ce fabuleux roman qu'il voulait à tout prix faire lire à Gracia... Mais en voyant Edward recroquevillé dans le fauteuil, près de la fenêtre, il abandonna cette idée pour le moment. S'avançant en silence, il se rendit compte que le prince pleurait...
Levant la tête, Ed aperçut le barbu qui le fixait, et essuya rapidement ses yeux d'un geste rageur... La situation était déjà assez difficile sans qu'il faille que les autres se croient obligés d'avoir pitié de lui... ! Il tourna son regard vers la fenêtre et ne bougea pas.
Maes ne bougea pas non plus... Il se demandait ce qui avait encore bien pu arriver... Alors il s'approcha pour s'asseoir sur le rebord de la fenêtre, en face du garçon, et demanda gentiment :
"Qu'est-ce qui se passe ?"
Un long silence. Ed ne savait pas trop s'il pouvait confier une telle chose à cet homme... Mais Maes était gentil, et amusant ; il pouvait lui faire confiance... Alors, à voix basse, les yeux baissés sur le tapis du sol, il expliqua ce qui le tourmentait. Après cette nuit merveilleuse, Roy refusait tout simplement de le voir... Il n'avait pas pu disparaître du manoir, c'était donc la seule explication possible... Et elle était très douloureuse. Il ne comprenait pas pourquoi Roy l'évitait ainsi...
Maes resta stupéfait. D'abord sous la surprise - s'il s'était attendu à entendre ça – puis petit-à-petit sous la colère : Roy accumulait les bourdes, que diable lui était-il encore passé par la tête ?! Remarquant les joues humides du blond, qui tentait vainement de se retenir, il sourit d'un air doux, et dit :
"Edo... je vais aller lui parler, d'accord ?"
Le prince releva vivement la tête, ses grands yeux d'or brillants de reconnaissance...
Maes retourna à la cuisine, et fut satisfait d'y trouver son ami, occupé à préparer son repas qu'il comptait sûrement prendre dans sa cachette... Il s'avança à grands pas, ses chaussures claquant sur les dalles ; Roy se tourna vers lui avec une expression intriguée, et lui fit face en le voyant s'approcher de plus en plus près...
À deux pas de lui, Maes s'arrêta, lui lança un regard noir, et... lui envoya son poing dans la figure.
Roy recula sous le choc, une main sur sa mâchoire, les yeux écarquillés.
"Tu es vraiment con, tu le sais ?!"
Silence choqué du brun, toujours stupéfait...
"Tu te rends compte de ce que tu fais ?!"
Une étincelle de compréhension s'alluma dans les yeux de Roy ; il baissa la tête, honteux.
"Tu peux m'expliquer ?"
"... je ne peux pas..."
"Pourquoi ça ?"
"Je ne veux pas le voir pleurer..."
Un silence.
"Et tu crois qu'il se sent comment, en ce moment ?! Tu l'as dragué, tu l'as fait tombé amoureux de toi, tu as couché avec lui, et maintenant tu le laisses tomber ?! Est-ce que tu as une idée de ce qu'il endure, lui ?! À cause de tes conneries et de tes idées stupides, tu le fais souffrir ! Tu t'en rends compte ?! Tu dis que tu l'aimes ? Alors vas t'expliquer !!"
Roy n'avait pas bougé. Il accusa le sermon de son ami sans broncher. Après tout, il avait entièrement raison...
Voyant que Roy ne réagissait pas, Maes lui ordonna d'attendre. Ce dernier se garda bien de désobéir...
Il revint quelques instants plus tard, poussant le prince devant lui. Edward ouvrit de grands yeux en voyant Roy, mais celui-ci baissa la tête, cachant son regard. Maes obligea le garçon à avancer, puis le fit s'asseoir sur une chaise, et d'un signe de tête, intima à Roy d'en faire de même.
Puis Maes déclara :
"Ed, je crois qu'il a quelque chose à te dire... !" Puis il les laissa seuls, et sortit de la cuisine...
Un long silence, tendu, s'installa. Roy gardait obstinément la tête baissée, refusant de croiser le regard du blond, qu'il devinait inquiet...
"Edward, je..." Du coin de l'oeil, il le vit se redresser sur sa chaise... Il soupira.
"Je suis désolé..." Il ne sut pas comment réagit Edward, car il regardait toujours le sol.
"Je ne veux pas... te faire encore... pleurer."
"Je pleurerai pas. C'est promis."
Roy releva la tête dans un réflexe ; le prince avait le regard si plein de peur... et d'espoir... Il se sentit mal à l'aise, et s'agita sur sa chaise. S'il disait cela... il n'aurait plus aucune chance.
"Je suis désolé. C'était une erreur. Je n'aurais pas dû... Je suis vraiment désolé..."
Un long silence. Le temps qu'Edward réalise de quoi il parlait. Sa vision se brouilla un instant, mais il respira un grand coup pour se retenir.
"Tu... ça veut dire que... tu ne..." Il ne termina pas : Roy hocha rapidement la tête, avant de se détourner. Il entendit le garçon se lever précipitamment, puis le bruit de ses pas tandis qu'il s'échappait de la cuisine.
Maes n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit, qu'Edward passa en courant devant lui, se précipitant vers sa chambre. Avec un très mauvais pressentiment, il retourna à la cuisine, où il vit Roy toujours assis, le visage dans ses mains. Il s'approcha.
"Qu'est-ce que tu as fait ? Pourquoi est-ce qu'il pleure ?!"
"... c'est encore... la meilleure solution."
"Ce n'est pas mon avis !"
"Je t'expliquerai, bientôt. Et aux autres en même temps. Mais arrêtes de parler de ça, s'il-te-plaît..."
Le ton désespérément triste de son ami incita Maes à se taire. Il ne comprenait pas tout, mais il était certain que, quand il comprendrait, cela ne lui plairait pas du tout...
La porte claqua contre le mur quand Ed entra dans sa chambre. Il la referma vivement, s'adossant un instant pour reprendre son souffle...
"C'était une erreur..."
... puis se laissa tomber en travers du lit, secoué de sanglots silencieux. Il resta ainsi un très long moment, jusqu'à ce que la lumière du soir envahisse la chambre. Épuisé, blessé et furieux... il finit par s'endormir, toujours en larmes.
La porte s'ouvrit doucement...
Roy entra silencieusement, la refermant derrière lui sans bruit. Edward était recroquevillé sur le lit, dos à la porte, toujours habillé, et au-dessus des couvertures ; Roy avança lentement, puis s'installa à ses côtés. Il fixa longtemps la tresse dorée, tombée sur les draps... Il leva une main, et, délicatement, attrapa une petite mèche blonde, qu'il caressa entre ses doigts. Il s'écoula ainsi encore un long moment, avant qu'il ne chuchote dans l'obscurité...
"Si tu savais comme je regrette... Ed... Je n'ai pas le choix... Je m'en veux, tu sais, énormément, mais... j'ai prêté serment... je ne peux pas partir maintenant... J'ai juré que j'étais prêt à mourir pour le peuple, et je ne romprai pas cette promesse... Mais toi... Je ne veux pas que tu pleures pour moi... Je préfère encore que tu me détestes plutôt que tu me regrettes... Si je meurs... ça ira mieux... Je suis désolé. Je sais que j'ai... abusé de ta confiance... je sais que je te rends triste en ce moment, mais... ça passera, tu verras... ça ira mieux, si tu me détestes..."
Le silence s'installa dans la chambre. Roy fixait la tignasse d'or d'un oeil trouble, puis se leva délicatement. Assis sur le bord du lit, il se figea soudain en entendant une petite voix s'élever depuis l'oreiller :
"Alors, c'est ça... ce que tu fais depuis des jours, quand tu disparais pendant des heures... Tu t'entraînes à faire de l'alchimie pour aller combattre mon père... ?"
Roy ne répondit pas tout de suite... S'être fait surprendre dans son monologue le mettait assez mal à l'aise... Il finit tout de même par avouer.
"... oui. C'est ça..."
Un silence.
"Tu es un imbécile."
"Je sais..."
"Tu vas te faire tuer..."
"Probablement..."
"Et ça ne te fais rien ? Tu es prêt à mourir pour ça ?"
"Ça comme tu dis, c'est le peuple... c'est le royaume... c'est l'avenir de nos familles, de nos amis, de notre pays... Et oui, je suis prêt à mourir pour ça."
"Et moi... ?"
La question qu'il redoutait...
"Edward... je comprends que tu sois en colère..."
"Je ne suis pas en colère ! Je suis furieux !" cria le garçon en se relevant brusquement. "Est-ce que tu te rends compte de ce que tu me dis ?! Que tu préfères mourir plutôt que... !"
Il s'interrompit, une main sur la bouche... Roy n'osa pas le regarder, fixant le sol. Il savait bien que c'était un choix douloureux... mais il l'avait fait, et il ne pouvait revenir sur sa parole.
"Ed... je..."
"Tais-toi ! Sors d'ici !!"
Il ne vit pas l'oreiller voler vers lui, et le reçut en plein visage. Le ton haineux du garçon lui fit l'effet d'une flèche en plein coeur... Il se leva et avança vers la porte. Avant de l'ouvrir, il ajouta :
"Edward... je sais ce que je fais... Pardonnes-moi, mais je ne changerai pas d'avis..."
Pour toute réponse, ce fut cette fois-ci la lampe de chevet qui fonça sur lui ; il s'écarta et elle s'écrasa contre le mur. Sans vouloir voir le regard assassin du blond, il sortit de la chambre les larmes aux yeux...
Trois jours passèrent. Edward s'enferma dans sa chambre tout ce temps, malgré le fait que Hugues tenta plusieurs fois par jour de le faire sortir, ou même parler. Le prince resta cloîtré dans un mutisme obstiné, ignorant royalement les paroles un tant soit peu réconfortantes de Hugues, négligeant même de se nourrir correctement...
De son côté, Roy évitait soigneusement le sujet en se concentrant sur le fait que dans trois autres jours, ils infiltreraient le Château une seconde fois...
Le soir du troisième jour après leur dispute, Roy rassembla toute l'équipe dans le hall, afin de leur expliquer ce qui allait se passer. Cela fait, il fit se rapprocher Olivia et Riza, qui obéirent docilement.
"Tu ne nous a pas dit ce que nous allions faire !" asséna Olivia.
"Oui je... j'ai quelque chose de plus important à vous demander. Olivia, Riza... vous êtes nos meilleurs éléments. Vous êtes des combattantes hors pair, et pour cela... je vous demande de rester ici..."
Coupant court aux protestations des deux femmes, il expliqua :
"Je voudrais que vous veilliez sur Edward. Restez ici, avec lui... Protégez-le. J'ai plus confiance en vous qu'en quiconque d'autre pour cela..."
Un long silence. Devant l'air extrêmement sérieux et triste de leur jeune chef, elles acceptèrent. Il baissa la tête en signe de remerciement, mais la releva aussitôt qu'une voix glaciale se fit entendre dans le hall.
"Et moi ?"
Il se retourna vivement ; devant la porte qui menait aux escaliers, le prince les regardait fixement, son regard brûlant d'une colère sourde. Roy retint anxieusement son souffle...
"Tu crois que je vais rester ici... ? Tu crois que je vais sagement attendre ici, jusqu'à ce que quelqu'un vienne me dire que vous êtes morts ou emprisonnés ? Tu crois vraiment que je vais rester sans rien faire ?!"
"Edward, écoute..."
"Non, cette fois c'est toi qui vas m'écouter ! Ce que vous comptez faire, aussi bien armés et entraînés que vous soyez, c'est tout simplement suicidaire ! Ce n'est pas avec le peu que tu sais en alchimie que tu vas faire le poids contre mon père. Il a de l'expérience. Et il est puissant. Vous allez vous faire massacrer ! Qu'est-ce que vous avez l'intention de faire, de toute façon ? Entrer dans le Château ? En admettant que vous réussissiez à ne pas être arrêtés par les gardes, et après ? Vous allez réussir à éviter tous les soldats ? Les nobles qui parcourent les couloirs ? Tous ces gens en alerte qui n'attendent qu'un signe pour vous tomber dessus ? Et ensuite ? Contre le Roi vous n'avez aucune chance ! Vous n'aurez même pas l'effet de surprise... ! Vous allez tous vous faire tuer, vous en avez conscience ?!"
Il s'interrompit, le souffle court, le temps de les regarder un à un...
"Si vous aviez un tant soit peu de jugeote, vous auriez préparé un plan. Vous n'auriez plus à vous soucier des soldats, et vous pourriez même surprendre mon père... Mais au lieu de ça... vous préférez suivre les ordres d'un imbécile... !"
Un grand silence, tandis que Roy baissait les yeux, conscient des regards posés sur lui, plus ou moins gênés...
"Un imbécile tellement lâche qu'il préfère tous vous entraîner à la mort plutôt que prendre le temps de m'écouter..."
Le silence devint lourd, affreusement gênant pour Roy, qui sentait l'assurance des autres baisser d'un cran. Puis, pour achever de le couvrir de honte, le vieux Grumman s'avança de quelques pas vers le garçon.
"Vous, Altesse... vous avez un plan... ?"
Edward se redressa dignement, le regard flamboyant de détermination, et aussi d'une assurance que Roy ne lui avait encore jamais vue...
"Pour commencer, vous devez faire en sorte que le Roi baisse sa garde. Qu'il fasse cesser les recherches, et qu'il reprenne confiance. Qu'il pense reprendre la situation en main. Ce n'est qu'une fois qu'il sera confiant que vous pourrez le surprendre..."
Évidemment, le plan d'Edward était parfait. Mais cela impliquait de le mettre en danger, et cela, Roy s'y refusait catégoriquement, ce qui énervait profondément le garçon, qui se sentait horriblement vexé. Durant la journée qui suivit, Roy découvrit une autre facette de la personnalité du prince : au-delà de son apparence et son air de fragilité, il possédait un fort caractère, têtu, déterminé, diaboliquement intelligent, et surtout, un charisme indéniable, qui l'aida à convaincre les autres. Finalement, Roy se retrouva seul contre tous, et il dut bientôt abandonner la partie : Edward avait gagné, et il s'attelait maintenant à trouver un moyen de faire cesser les recherches de Bradley à son sujet...
Le soir, deux jours avant le départ décidé, Riza fit une étrange découverte dans les bois... Elle entra prestement dans la cuisine, alors que tout le monde dînaient, et annonça avec un grand sourire :
"Hugues ! Tu trouvais bizarre que les réserves de viandes du saloir diminuent un peu trop rapidement ? J'ai trouvé pourquoi !"
Et elle tira de derrière son dos... Winry.
(Matsuyama) Je suis productive, en ce moment !
(Kin Yu) ... ... (é.è') Tu étais censée me laisser faire, depuis le chapitre du château...
(M) Oui, mais j'avais envie !!
(KY) ... quand même...
