Chapitre 21 : L'attaque.
"Vous savez tout, Votre Majesté..."
Le Roi garda le silence, et fixa la jeune fille d'un regard perçant. Quelque chose clochait dans son histoire, mais il n'aurait su dire quoi...
"Rappelles-moi qui est cet homme... ?"
Winry inspira profondément avant de répéter :
"Il s'appelle Slum, Majesté. Ce n'est qu'un pilleur de ferme, mais il travaille seul, c'est la raison pour laquelle je l'ai engagé. Grâce à ses talents de pisteur, j'ai retrouvé la trace du prince, comme je vous l'ai expliqué. Je vous demande de lui laisser la liberté, en raison des risques qu'il a pris pour nous..."
"Des risques ?"
"Montrez-lui, Slum..."
L'homme releva sa veste abîmée, et dévoila la cicatrice sur son ventre, un peu au-dessus du nombril ; elle était toute récente, mais avait visiblement été soignée.
"C'était... ?"
"Un carreau d'arbalète, Votre Majesté. J'ai été surpris, mais j'ai pu m'enfuir après avoir localisé votre fils le Prince."
"Où est-il ?"
"Dans une vieille grange abandonnée, au sud de la ville, tout près du bois."
"... parfait. Tu as pris une très bonne initiative, Winry. Je t'en suis très reconnaissant. Vous pouvez disposer, à présent, je vais envoyer Bradley et ses hommes à cette... grange."
Winry et Slum s'inclinèrent, avec élégance pour l'une, maladresse pour l'autre, puis sortirent de la salle du trône.
Une fois dans la cour, l'homme parla :
"Merci, Mademoiselle. Je vous dois la vie."
"Ce n'est pas moi qu'il faut remercier... Tenez, votre or, comme promis."
L'homme prit la bourse de cuir, mais resta planté devant elle. Voyant son hésitation, Winry fit :
"Ce n'est pas grand chose. Vous pourriez gagner plus si vous savez envers qui être loyal..."
Il partit.
Peu après le lever du soleil, les soldats arrivèrent à la grange. Edward attendait, assis dans une vieille charrette cassée, et se laissa docilement emmener lorsque Bradley le fit monter devant lui. Ils retournèrent au Château dans la plus grande discrétion.
Bradley amena le prince jusqu'à la salle du trône, où le Roi les attendait. Aussitôt qu'il vit son fils, il se précipita vers lui.
"Enfin ! Enfin de retour ! Merci Lord Bradley, vous avez été très efficace ! Soyez sûr que vous serez récompensé..."
"Ma seule récompense sera d'égorger moi-même le bâtard qui a osé- !"
"Oui, oui, vous ferez cela... Vous pouvez partir."
En réalité, c'était un ordre, et Bradley et ses soldats obéirent rapidement.
Une fois qu'ils furent tous sortis, le Roi perdit son sourire. Il gifla le prince, qui recula d'un pas, un peu sonné... Winry, cachée derrière la porte dérobée, au fond de la salle, retint une exclamation de surprise d'une main sur la bouche.
"On peut dire que tu m'en auras fait voir de toutes les couleurs... Six semaines, depuis qu'ils t'ont enlevé la première fois... Je jure que ça ne se reproduira pas..."
Sans prévenir, il posa la main sur le front du garçon, qui ne bougea pas.
"Tu es un peu chaud..." Edward se dégagea d'un geste brusque.
"C'est toi qui me donnes chaud..." Sans y prêter attention, le Roi continua :
"Si longtemps dehors, c'est un miracle que ailles bien. Mais tu as de la fièvre, je vais t'emmener à ta chambre, tu pourras t'y reposer... Et bien sûr, interdiction d'en sortir."
Il lui attrapa le bras et le conduisit à travers les couloirs, jusqu'à leurs appartements, dans lesquels il trouva une autre chambre que celle du prince - après tout, il y avait eu un meurtre dans la sienne... - et l'ouvrit rapidement, avant de pousser son fils à l'intérieur. Sans prêter attention à la jeune fille, il referma soigneusement la porte à clé.
Winry se demandait un peu ce qui se passait... personne ne lui avait expliqué exactement ce qui allait arriver. Étrangement, le Roi l'avait laissée entrer avec Edward, et à présent, ils étaient tous deux enfermés dans cette chambre...
Accoudé sur le bord de la fenêtre, le prince regardait le paysage d'un air tranquille. Elle s'approcha.
"... Ed ?" Il tourna vers elle un grand sourire :
"Tu as été parfaite !"
"Euh... merci, mais... maintenant, que fait-on ?"
"On attend. Ce soir..."
"Alors, finalement... tu les aime bien ?"
Edward, installé dans le fauteuil au milieu de la chambre, s'essuyait vigoureusement les cheveux, encore humides du bain qu'il venait de prendre. Sa chemise était à moitié ouverte, et sans ceinture, le pantalon qu'il portait était un peu trop lâche... Winry, assise au pied du lit, en face de lui, se sentait tendue et angoissée. Sa jalousie ne l'avait pas quittée, et elle voulait absolument discuter ce soir.
"Oui ! Ils sont très sympathiques ! Il faut les connaître..."
"Et, en un mois et demi, tu as suffisamment fait connaissance... ?"
"Bah ! Oui... Et puis, ils se sont occupés de moi, et ils sont très gentils. Pourquoi ?"
"Oh je... je me demandais juste... enfin... tu leur fais confiance ?"
"Oui. Sans hésitation."
Il posa sa serviette au sol. Winry suivit le geste, les yeux fixés sur les motifs bleutés... Il leva les bras pour se coiffer, mais sans peigne ni brosse, ce fut assez compliqué. Il s'arrêta quand il sentit les mains de Winry dans ses cheveux...
"Euh... tu fais quoi ?"
"Je t'aide..."
"Ah... d'accord..."
Un long silence s'écoula, tandis que Winry démêlait les mèches dorées à l'aide de sa broche à trois dents. Cela prit un peu de temps, mais elle finit par s'écarter, avec regrets.
"Et cet homme... Mustang ?"
"Roy ? Bah, il est comme les autres..."
"Vraiment ?"
"Qu'est-ce que tu veux dire ?"
"Il t'a regardé pendant tout le repas, le soir où cette femme m'a trouvée..."
"Ah..."
Edward détourna la tête, pour cacher son petit sourire. Il pouvait peut-être bien lui dire ce qu'il en était... elle était son amie, après tout.
"En fait... Roy est spécial."
"Pourquoi tu l'appelles par son prénom ?"
"Et bien... parce qu'il est spécial..." fit-il avec un rire gêné, se levant pour s'accouder au bord de la fenêtre.
Pendant le silence qui suivit, Winry s'approcha doucement, pour s'accouder également, tout près de lui.
Quant il sentit le jeune fille se rapprocher, pour se coller à son bras, il tourna la tête vers elle, intrigué.
Et...
Il recula brusquement.
"Winry... ! Qu'est-ce que tu fais ?"
Elle poussa un petit soupir, le rouge aux joues.
"Je t'embrasse..."
"... Pourquoi ?"
"Parce que je t'aime, Edward."
"Parfait ! Tout marche comme prévu ! Il n'y a plus que deux soldats qui patrouillent, on va pouvoir s'en occuper sans problème... !"
"Très bien. On y va. Tout le monde sait ce qu'il doit faire !"
Tous hochèrent la tête, et se dispersèrent en petits groupes. Les deux gardes ne comprirent pas ce qu'il leur arrivait ; après les avoir envoyé faire une sieste forcée, Roy, Hugues, Olivia et Havoc pénétrèrent dans le hall d'entrée, en toute discrétion, tandis que les autres les imitaient par d'autres entrées.
"... Quoi ?"
"Cet homme aussi, n'est-ce pas ?"
"Roy ?"
"Oh ! Je le savais ! Je n'aurais pas dû le laisser t'emmener encore une fois ! Edward, cet homme est comme les autres... !"
Une main sur sa bouche, dure, furieuse, l'interrompit. Elle regarda le prince avec des yeux ronds, surprise du regard noir avec lequel il la fixait.
"Non... ! Ne dis pas ça ! Tu ne le connais pas !" Il retira sa main, en terminant :"Il est sincère..."
"Alors, c'est vrai !... Attends voir... tu le savais... ?"
"Bien sûr..."
"Mais... !"
"C'est pour ça que je l'appelle par son prénom..."
Un silence. Winry était clairement choquée. Ses yeux s'embuèrent tandis qu'elle portait une main tremblante à sa bouche. Elle recula d'un pas, et Edward sembla chagriné.
"Je suis désolé, Winry... Je ne t'aime pas comme tu le voudrais... Tu es comme une soeur pour moi, et je... je suis amoureux de quelqu'un d'autre..."
Elle lui tourna brusquement le dos, pour qu'il ne voit pas ses larmes. Edward était gêné : Hugues l'avait taquiné sur ce sujet, et Roy avait même failli en être jaloux... ! S'il s'était attendu à ce qu'ils aient raison... Que pouvait-il faire, à présent ? Comment se comporter avec Winry sachant qu'elle l'aimait, et que ce n'était pas réciproque... ? Qu'elle était... jalouse de Roy ?
Il se sentit tout d'un coup bien seul... Si sa meilleure amie se mettait à le détester... Que pouvait-il faire... ?
"Winry... il est tard... On devrait peut-être..."
"Oui... ! Tu as raison. Dormons... Oh, mais... !"
Un silence. Et oui, ils étaient enfermés tous les deux dans une chambre ne contenant qu'un seul lit...
À présent parcourant les couloirs du Château, Roy et ses compagnons constatèrent avec soulagement, que tout se déroulait selon le plan du Prince. Ils n'avaient fait aucun mauvaise rencontre, et se dirigeaient vers la grande salle que Riza avait trouvé lors de leur première intrusion, l'endroit où était entreposé l'or...
"Maintenant, il faut qu'on trouve le Roi... Havoc et Olivia, allez-y. Moi, je débloque cette porte, elle est verrouillée avec de l'alchimie... Hugues, fais le guet !"
Ils obéirent, et Havoc et Olivia disparurent dans l'obscurité des couloirs. Après avoir examiné la porte vitrée, sans serrure, Roy traça grossièrement avec une craie le cercle approprié, et l'enclencha. La porte brilla un instant, avant de s'ouvrir tout naturellement devant eux. Les caisses d'or s'empilaient jusqu'au plafond, certaines ouvertes laissant voir leur précieux contenu. Ils entrèrent.
"Hugues, maintenant, tu sais ce que tu dois faire..."
"Bien compris. J'espère que les autres attendent au bon endroit..."
L'un des groupes, en effet, était censé être positionné juste au-dessous de la fenêtre la plus proche. Attrapant la grosse corde qui pendait à son épaule, Hugues ouvrit la petite réserve en face de la salle d'or ; une fois la corde solidement attachée, il amena les caisses une par une, avant de les descendre lentement par la fenêtre, où Riza, Armstrong et Falman attendaient... Quant à Roy, il s'éloigna, pour rechercher le Roi.
Assis d'un côté et de l'autre du lit, Edward et Winry se tournaient le dos, dans un silence affreusement gêné.
"Mince... il commence à être tard... Je devrais pas dormir maintenant... Roy ne va pas tarder..."
Edward était plongé dans ses pensées, triturant un coin de la couverture. De son côté, Winry se demandait quoi faire pour reconquérir le coeur du prince... Avant que l'un d'eux trouve une solution à son problème, la serrure cliqueta et la porte s'ouvrit ; Edward se leva immédiatement, prêt à voir Roy entrer...
Mais ce n'était pas lui. C'était son père, dans un vêtement qu'il ne lui connaissait pas, et qui souriait d'un drôle d'air...
"C'est le grand soir, Edward ! Je n'attendrai pas plus, il est temps... !"
Sans laisser le temps au garçon de poser la moindre question, il lui empoigna le bras et le tira derrière lui, sous ses protestations sonores. Il l'entraîna jusqu'à son bureau, dans lequel il ouvrit une autre porte ; cette salle était plus sombre, même s'il faisait nuit, et du peu qu'Edward en voyait, elle semblait poussiéreuse et encombrée... Son père le tira à l'intérieur, malgré son effort de le faire lâcher prise sur son bras, qui commençait à lui faire mal. Du côté droit de la salle, il y avait des étagères pleines et trois bureaux sur lesquels s'entassaient des centaines de papiers, en désordre ; de côté gauche, d'autres étagères dans le même état, et une impressionnante collection de gros ouvrages, dont il ne voyait rien de plus que la couverture dans l'obscurité ; au centre, bien dégagé, son père tira une chaise et le fit s'asseoir sans ménagement. Avant qu'il ait le temps de réagir, Edward se retrouva solidement maintenu au dossier de la chaise par une corde épaisse, tressée, et surtout... qui venait d'apparaître de nulle part. Il leva les yeux sur son père, qui rangeait juste un morceau de craie dans sa poche ; celui-ci se détourna vers les papiers sous lesquels croulait le bureau le plus proche, et en sortit une feuille couverte de chiffres et de signes compliqués. Il retourna vers la porte, contournant le centre de la pièce comme pour éviter de marcher sur quelque chose, puis fixa un moment le prince dans les yeux. Edward cessa de tirer sur la corde pour écouter :
"J'ai attendu ce jour depuis trop longtemps. Tu es encore un peu jeune, mais tant pis. Vue la tournure que prend la situation, je préfère en finir aujourd'hui..."
Edward écarquilla les yeux en pensant comprendre ce qu'il venait d'entendre. Puis le Roi se baissa, la feuille de papier devant lui, et posa ses mains par terre.
Ce ne fut que lorsque celui-ci s'illumina qu'Edward vit enfin ce qu'il y avait au centre de la salle : un grand cercle, peint à même le sol, aux formes extrêmement complexes... et il était au centre de ce cercle.
Le prince étouffa un cri de peur pour se démener encore plus, essayant par tous les moyens de se libérer. Devant ses efforts vains, le Roi secoua négligemment la tête, avant de dire :
"Comme ça risque de prendre un peu de temps, je vais aller m'occuper des intrus en attendant. Sois tranquille, tout sera bientôt terminé..."
Sans comprendre, Edward gesticula de plus belle, tandis que la lumière de la transmutation se faisait plus intense...
Roy se trouvait dans la salle du trône. Marchant silencieusement, il regardait attentivement autour de lui, veillant à ne pas se faire surprendre...
Une voix retentit derrière lui, le faisant se retourner brusquement. Dans l'encadrement des grandes portes de la salle, se tenait le Roi, droit, un sourire amusé aux lèvres.
"C'est donc toi, le jeune rebelle ? ... Roy Mustang ?"
"C'est moi..."
"Tu es venu te battre ? Comme c'est stupide..."
"Où est Edward ?"
"Sois respectueux, il s'agit du Prince... enfin, plus pour longtemps, mais cela ne te regarde pas, jeune homme..."
"Que voulez-vous dire !"
"Peu importe. Le temps que je me débarrasse de toi, et ce sera terminé..."
Sans prévenir, le Roi plaqua ses mains au sol, un cercle de transmutation tracé dans chacune, et les pics de pierre se précipitèrent sur Roy...
(Matsuyama) Explication : on dit Majesté à un(e) roi/reine, Altesse aux princes(ses), Sire au roi quand celui qui parle est un proche ou titré, et Monsieur à un homme titré (ex : à un duc, on dit : Monsieur le Duc, etc... ou Monsieur tout court si c'est un proche ou un titré ou si le Monsieur vous y invite) Voilà !
(Kin Yu) Désolée pour le retard de ce chapitre...
