Re bonjour tout le monde, ça faisait un moment ! XD
Je ne pensais pas que j'écrirais un nouvel OS sur mes enfants terribles, et pourtant… Cette histoire est née dans ma tête alors que j'étais dans le train qui me ramenait chez moi pour le week end. Comme mon mp3 était H, me suis dit « Tiens, je vais faire un truc su Noël, c'est de circonstance ». Et vu que ma fac bloquée me permet d'écrire 3 fois plus que la normale, que demande le peuple ? XD
Je tiens avant de commencer à remercier mes reviewers pour mon premier OS, à savoir : Miss Suika, Lunarya, Asphodhell, Lupiot et Roselani. MERCI !!!
Alors, on passe à la suite ?
¤ Sérieux ou portnawouak? : OOC mais pas flagrant flagrant. Certaines réactions de Mello seront très exagérées. Quoique…
¤ Genres? : Humour, amitié vacharde, amitié fraternelle
¤ Pairings? : On ne peut pas dire qu'il y en a. Mais j'ai laissé une plus grande place à Matt dans cet OS, j'avais regretté de ne pas l'avoir fait au précédent.
¤ Spoilers? : Juste le vrai nom de Mello (mais d'un côté, qui ne le connait pas...). Clins d'oeil au manga.
¤ Ca dure longtemps? : Ben… Assez. Ce « One-Shot » fait 18 pages sur Word avec des marges minuscules, armez-vous de patience.
¤ Autre chose à déclarer? : C'est officiel, je dépose les royalties pour l'expression « Tête de boule de neige » XD XD J'aime trop cette expression.
Voilà. Il s'agit donc d'un OS plutôt humoristique sur nos 3 charmants enfants et leurs sentiments les uns envers les autres. J'espère que ça vous plaira ! Bonne lecture !
(ஐ) EN ATTENDANT NOËL (ஐ)
24 décembre 1997, Wammy's House
Un pâle et froid soleil de milieu d'hiver se cachait timidement ce matin dans le ciel surplombant les toits blancs de la Wammy's House. Les nuages avaient pleuré leurs larmes de poudre froide toute la nuit durant. Il ne restait de cette tristesse de saison qu'une épaisse couverture blanche qui éclatait aux rayons lumineux de l'astre du jour. Le toit, les rebords des balcons, les barres de fer qui enjolivaient les vitres comme des vitraux, la cour et la pelouse du jardin, tout était enfoui sous la neige encore vierge de la moindre trace de passage humain. Seules des pattes d'oiseaux aussi fines que des brindilles parsemaient la moquette craquante en de petits chemins courbés qui se croisaient les uns avec les autres. Le grand chêne qui d'ordinaire trônait impérieusement au centre de la cour était nu de ses feuilles mais clairsemé de petits paquets de neige qui recouvraient ses branches d'une traînée immaculée et brillante. L'eau de la fontaine avait gelé et le malheureux moineau qui voulait s'y arrêter pour se désaltérer ne trouvait qu'un terrain glissant duquel il s'empressait de vite partir à tire d'ailes. Un coup de vent secoua les branches du chêne et une pluie de neige saupoudra l'air avant de tomber au sol.
Relevons un peu la tête et traversons quelques balcons enneigés pour nous approcher d'une fenêtre aux rideaux d'un blanc cassé. Une table de chevet côtoyait un lit de pin clair à la couette douillette et agréablement chaude pour son petit propriétaire dont la chevelure folle dépassait de son édredon. Tout près de sa tête, 9h00 sonnèrent à son réveil.
Une demi sonnerie stridente plus tard, une main sortit des profondeurs du matelas pour appuyer sur le bouton d'arrêt et un jeune garçon se redressa sur son séant, aussi rapide que le diable sortant de sa boîte farceuse. Ses grands yeux pétillaient de tout leur bleu vif comme s'il n'avait jamais dormi. Ses joues lisses encore rosées par la chaleur de son lit comportaient par endroit la marque de pliure des draps. Ses cheveux, d'un blond paille éclatant et peu commun coupés au carré, partaient dans tous les sens, lui donnant un petit air de chien fou. Un vrai visage d'ange avec une candeur qu'on lui accorderait bien volontiers… si ce sourire d'enfant terrible n'illuminait pas ses traits enfantins d'aussi bon matin.
- Ouais !!
D'un geste ample et impatient, Mello tira les épaisses couvertures et balança ses jambes en dehors de son lit pour mettre tout aussi rapidement ses pantoufles. Son tee-shirt noir trop grand pour lui glissa un peu sur son épaule et recouvrait son short qui lui arrivait juste au-dessus des genoux. Une fois chaussé, l'enfant bondit sur sa porte, l'ouvrit à la volée et se rua dans le couloir pour ouvrit à grand fracas une porte située un peu plus haut.
- Ca y est !! On est le 24 ! Demain, c'est Noël !
Loin de se rappeler qu'il n'était pas chez lui et que la bienséance voulait qu'il soit moins bruyant et plus respectueux, le petit Mihael Kheel s'empressa de tirer les rideaux de la pièce sombre. Sans se préoccuper des grognements furieux qui résonnèrent dans la chambre à cause de la brusque luminosité, le garçon ouvrit des grands yeux ravis.
- Super !! Il a neigé ! Matt, Matt ! Tu as vu ? Y'a une sacrée épaisseur ! Matt ? Matt, réponds quand on te cause !
Encore très loin de se dire qu'il abusait, Mello bondit à quatre pattes sur le lit pour atterrir droit dans l'estomac du propriétaire des lieux qui se cambra brutalement entre ses draps en étouffant un cri de douleur. A présent bien réveillé, un jeune garçon aux cheveux auburn emmêlés essaya de se redresser, en vain à cause de son ami qui bloquait son bassin de tout son poids. Il se frotta un peu les paupières en continuant de grommeler des choses incompréhensibles avant de dévoiler de grands yeux vert forêt qui tourbillonnaient encore dans leurs orbites.
- Mello… se lamenta Matt en dégageant la frange de cheveux qui lui rentrait dans les yeux. Essaie les tisanes un peu au lieu du chocolat avant de dormir… J'ai cru mourir…
- C'est Noël ! répéta Mello de plus en plus surexcité comme s'il n'avait pas entendu. On va s'amuser !
L'œillade que lui renvoya son comparse lui indiqua que c'était le cadet de ses soucis.
- C'est ça, bonjour, bougonna-t-il. Toi, t'es mal barré pour avoir mon cadeau…
- « Cadeau » ?
Mello se calma instantanément et dévisagea Matt avec une si grande attention que le rouquin crut un instant déceler de l'émotion dans ces grands yeux figés. Comme il l'avait pensé, ce n'était qu'une impression car le blond lui attrapait déjà le col de son pyjama, l'air menaçant.
- C'est quoi ?
- Comme si j'allais te le dire. Tu verras demain, répondit Matt en lui tirant gentiment la langue.
Frustré, Mello relâcha son meilleur ami en pestant de mauvaise humeur. Voilà que toute son excitation s'en était allée pour devenir une impatience électrique. Un cadeau ? Qu'est ce que Matt pourrait bien lui offrir ? Du chocolat ? Sûrement, il serait certain de faire plaisir avec ça. Raaaah… Il voudrait tellement savoir ! Il ne savait pas et ne voulait pas attendre !
Bien vite, et heureusement pour Matt qui aurait encore pu subir la violence des émotions de son ami, Mello trouva de quoi se divertir pour ne pas trop y penser. Toute cette neige sur le balcon, cela lui donnait une idée. Une sale idée. Comme d'habitude.
Ni une ni deux, l'enfant bondit du lit et ouvrit la fenêtre pour recueillir de la neige qui décorait le balcon. Ses doigts, encore moites, s'enflammèrent aussitôt à ce contact glacé. La neige devenait déjà eau dans ses mains. Sans perdre un instant, il sortit vitesse grand V de la chambre et repartit dans le couloir pour le descendre de quelques mètres. Arrivé devant la chambre souhaitée, il défonça la porte d'un coup de pied, s'approcha sans discrétion du lit et abattit sans la moindre pitié sa boule de neige sur le visage d'un petit garçon endormi qui eut une convulsion de peur à cause du réveil si brutal.
- Toute fraîche de ce matin ! Joyeux Noël, tête de boule de neige !
Pendant que Mello riait de ce jeu de mots de circonstance, Near se redressait lentement, dégoulinant d'eau glacée qui roulait dans son cou jusqu'à sa poitrine et son dos. Ses cheveux de craie bouclés rebiquaient en des épis désordonnés retombant sur son visage qui contrastait furieusement tant le rouge de sa peau échauffée à la neige gelée était vif. De grosses gouttes froides roulaient sur son front et sur ses joues comme des larmes qu'il auraient pu verser mais qu'il n'aura jamais. Ses yeux charbon et figés ne reflétaient rien d'autre qu'une neutralité déconcertante qui ne paraissait pas prêter attention à l'eau qui imprégnait le tissu de sa grande chemise blanche.
Sans un mot, sans expression, l'enfant le plus brillant de la Wammy's House s'essuya lentement le visage du revers de sa manche. Mello était déçu, bien qu'il s'y était attendu. Avec le bond que Near avait fait en se réveillant, il avait presque espéré un sursaut émotif. Mais non, rien.
Le blondinet fronça les sourcils avec agacement et serra les poings.
- Je te préviens, Near. Moi, je ne connais pas la Trêve de Noël. Chaque jour est bon pour te battre ! Prépare-toi !
Sur ces douces paroles, il tourna les talons et quitta la chambre en se débarrassant des monticules de jouets qui gênaient son passage par des coups de pieds dédaigneux.
Quand il revint dans la chambre de Matt, Mello le retrouva en train de pianoter furieusement sur sa console qui bipait ses sonorités bourre crâne insupportables.
- Quoi ? T'es déjà là-dessus ? s'insurgea Mello avec de gros yeux.
- Ben quoi ? Un génie doit être opérationnel tout le temps, même au saut du lit, répondit Matt avec indolence. Et puis, la première partie du matin, c'est la meilleure. Quand t'as les neurones en fumée à cause du sommeil et que tu dois forcer dessus pour résoudre les énigmes…
- Pff… Tu parles comme un type qui fume et qui parle de sa première cigarette de la journée.
- Si tu veux…
- Beurk. En tout cas, t'avise jamais de fumer devant moi.
- Mais non, mais non…
- Ca donne des cancers et d'autres saloperies dans le genre.
- Mais oui, mais oui…
Mello gonfla les joues de mauvaise humeur car il voyait bien que Matt n'écoutait strictement rien de ce qu'il lui disait. Qu'à cela ne tienne, il était en forme aujourd'hui. Le garçon craqua ses doigts et s'adonna à un peu de gym. Un : extension du bras avec saisie de l'objet. Deux : étirement des bras avec ouverture en grand de la fenêtre. Trois : flexion et extension du bras avec lancer de console. Distance approximative du lancer : 6 mètres de haut et 10 mètres de longueur. Réaction imminente :
- Aaaaaaaaaaaaaaaaaaah !!! MELLOOOO ! Espèce d'iconoclaste ! Te déteste ! criailla Matt qui pleurait toutes les larmes de son corps en s'agrippant à un barreau du balcon. Ma consooooole…
- Aaah, la ferme… somma Mello en se bouchant les oreilles. Le Père Noël t'apportera la dernière version sortie de toute manière.
Eh oui, même à 8 ans seulement et la veille de Noël, du Mello, il n'y avait pas de date pour s'en manger.
¤ - ¤ - ¤
Après ce réveil sur les chapeaux de roue et des plaintes assassines nos deux comparses se préparèrent pour aller prendre leur petit-déjeuner. Mello sauta dans son jean sombre, enfila son grand sweat noir en accord avec la couleur de l'obscurité de son côté « sale gosse » et passa rapidement la main dans ses cheveux pour les discipliner un tant soit peu. Quand il eût terminé, Matt l'attendait sur le palier. Il avait vissé ses lunettes orangées sur ses yeux pour couvrir un regard qui évitait soigneusement de croiser celui du diable blond de l'orphelinat. Les bras croisés sur sa poitrine et avec son sweat rayé noir et blanc, le garçon ressemblait à un prisonnier qu'on envoyait au bagne.
- Tu arrêtes de faire la tête ? T'es lourd, là.
- Tu verras, le jour où je balancerai ton chocolat par la fenêtre, répliqua Matt, le nez en l'air.
- Oui. Je verrai ton corps sur le plancher en train de se vider de la moindre parcelle de vie.
Silence.
- Bien. On va déjeuner ?
Bon gré mal gré, le rouquin suivit son tyrannique meilleur ami dans le corridor qui se remplissait d'enfants en route pour le réfectoire.
Tout l'orphelinat semblait frissonner sous l'effet d'effervescence de ses résidents. Noël était une date particulière dans le calendrier de la Wammy's House. En effet, c'était l'un des seuls jours de l'année où toute la pression accumulée durant l'année pendant la course au titre de l'héritier de L s'envolait pour laisser la place aux réjouissances, à la légèreté et aux festivités. Tout le monde savourait avec joie et bonne humeur des instants magiques fabriqués par les décorations de Noël, la nourriture raffinée et surtout, les cadeaux. Même Mello abaissait son masque de petit diable pour s'amuser comme tout enfant qu'il restait, en dépit de son hyperactivité et de son intelligence développée.
Quand ils entrèrent dans le réfectoire, les enfants découvrirent une ribambelle de guirlandes multicolores qui se croisaient et s'entrecroisaient dans des haies d'honneur chatoyantes. De l'or, de l'argent, du rouge, du bleu, toutes les couleurs de Noël resplendissaient en une farandole de paillettes qui lançaient leurs reflets dans des boules transparentes suspendues ici et là avec des fils invisibles qui les faisaient flotter dans les airs.
Bien que le véritable repas ne serait servi qu'au soir, les tables étaient déjà décorées de chemins de table rouges agrémentés de feuilles de houx. Au dîner, on rajouterait des chandeliers et là, l'ambiance serait parfaite.
Mello et Matt s'installèrent ensemble à leur table habituelle tout en bavardant des festivités à venir lorsqu'ils entendirent des enfants s'exclamer d'une voix forte. Le blondinet releva la tête de son bol de céréales et son sourire disparut au profit d'une grimace furieuse.
Near venait d'arriver et se faisait plaindre par d'autres résidents qui s'étaient aperçus qu'il était tout mouillé. Un seul coup d'œil suffit à Matt.
- Ah… Je vois, la boule de neige de ce matin…
- M'énerve. Y m'énerve. Regarde-le, encore la coqueluche de tout le monde… fulminait Mello.
- La faute à qui ? T'es vache quand même, il n'a que 6 ans…
- M'en fiche !!
Matt regarda un instant son compagnon à la haine aussi crépitante que ses céréales de riz soufflé au chocolat en train de dévorer son bol d'un air rageur puis le petit garçon à la blancheur immaculée qui assurait d'une voix discrète et polie à ses camarades que tout allait bien avant d'aller s'asseoir tout seul à une table reculée. Au fond, c'était dur d'être le numéro un. On s'attirait soit les foudres des moins bons jaloux qui vous haïssaient au point de vous réveiller à coup de boules de neige ou au contraire, la distance des moins bons qui se sentaient trop insignifiants pour oser essayer de parler avec le meilleur prétendant pour devenir L.
- L…
- Hu ?! Où ?! s'exclama Mello en regardant partout comme une girouette sous une bourrasque.
- Non, nulle part. Je pensais à lui…
Mello grogna faiblement et se servit un verre de jus d'orange. Matt laissa ses yeux longer le vague jusqu'à se poser sur la table des adultes qui déjeunaient en bavardant. Il imaginait bien un grand jeune homme à la chevelure brune hirsute, un peu dégingandé et aux grands yeux sombres cernés et inexpressifs mais pourtant tellement redoutables en train d'occuper ce siège vaquant. Il se tiendrait les genoux repliés contre lui, à tenir sa petite cuillère par le bout des doigts comme si elle allait exploser…
- Moi aussi, il me manque…
Mello avait redressé la tête avec un sérieux apaisé qu'on ne lui connaissait que lorsqu'il évoquait son plus grand modèle de toujours. Matt était toujours un peu décontenancé de voir son ami avec telle figure mesurée mais sur ce plan, il le comprenait. L manquait à tous.
- Mais bon, il parait qu'il est retenu à l'étranger, poursuivit le garçon en terminant une biscotte. On s'amusera en son nom !
- Ouais !
Le moral enjoué et des idées plein la tête, les deux amis terminèrent leur petit-déjeuner avec appétit. Après tout, c'était Noël !
Plus tard, tout le monde s'en était allé vaquer à ses occupations. Aujourd'hui, il n'y avait pas classe et nombreux enfants avaient décidé d'aller profiter de la neige que le ciel leur avait apporté pendant la nuit, d'autant plus qu'elle était assez dense pour pouvoir l'exploiter comme il se devait.
Emmitouflé dans son manteau bordeaux de plumes, une casquette en polaire lui recouvrant les oreilles et une écharpe de laine qui faisait cinq fois le tour de son cou, Mello déboula dans la cour de l'orphelinat tel le caïd qui s'en allait visiter ses territoires. Matt l'accompagnait, bien entendu. Il avait remonté sa doudoune sans manches jusqu'à son cou et frottait ses mains gantées l'une contre l'autre pour se réchauffer encore un peu. Pour accompagner ses lunettes colorées, il avait mis une large casquette Gavroche crème qui retombait un peu sur le côté.
- En piste ! décida Mello en tirant sur ses gants pour bien faire rentrer ses doigts dedans. On se construit un fort et après, on appelle les autres pour une bataille !
- Roger !
La matinée était délicieuse. Le soleil était au rendez-vous, assez froid pour ne pas faire fondre la précieuse matière blanche mais assez vif pour donner de l'énergie aux enfants qui s'affairaient dans tous les sens à transporter, modeler, creuser, rassembler de la neige, que soit pour construire des bonhommes ou faire des boules de neige.
Mello et Matt s'amusaient comme des petits fous dans la construction de leur fort qui ne se faisait pas sans quelques boules de neige farceuses qui se fracassaient sur eux de temps à autre dans des éclats de rires. Une fois leur édifice de protection érigé dans un endroit que Mello avait désigné comme stratégique, le sergent Matt s'occupait de fabriquer les futurs missiles glacés, tandis que son général admirait leur dur labeur en savourant une tablette de chocolat noir. Tout à coup, quelque chose retint son attention.
Ou plutôt, il crut voir quelque chose retenir son attention. En effet, le blondinet dut plisser les yeux pour entrapercevoir dans toute cette poudreuse éclatante une faible lueur d'un rose pâle qui appartenait, après identification appuyée de Matt, à la peau d'un petit garçon qui se tenait immobile, assis sur un banc.
- Near… ?
Mello se frotta les yeux après plusieurs clignements pour s'assurer que c'était bien Near qui était là. Il portait un bonnet blanc surmonté d'un pompon pelucheux enfoncé sur sa tête jusqu'à ses oreilles qui ne laissait dépasser que quelques boucles sur le front et la nuque, une paire de bottes blanches, une écharpe claire lui entourait la gorge et presque la moitié du visage et une paire de moufles blanches protégeait ses mains sagement posées sur le rebord du banc des morsures du vent. Avec sa blancheur et son immobilité, on pouvait le prendre aisément pour un bonhomme de neige fraîchement construit.
L'enfant demeurait là. Oui, il n'était pas là, il demeurait, presque transparent aux regards des autres enfants qui s'amusaient à quelques mètres de lui. Ses yeux noir d'encre fixait un point dans le ciel vers les toitures immaculées de la Wammy's House.
Quand il entendit la neige crisser sous les pas de quelqu'un qui l'approchait, Near daigna baisser le regard et vit Mello qui se tenait à côté du banc, en train de scruter lui aussi les toits. Après un temps, il regarda Near qui le dévisageait aussi neutralement que d'ordinaire.
- C'tu regardes comme ça ?
- Rien… répondit Near après un court silence.
- Il cherche peut-être le Père Noël ? s'amusa Matt qui venait rejoindre son compatriote.
Near laissa Mello ricaner et lui expliquer que pour espérer le voir, il devrait attendre ce soir à minuit, pas avant.
A ces mots, les yeux fixes dans le vide, le jeune garçon albinos se mit à tournicoter une mèche de cheveux clairs qui dépassait un peu de son bonnet, signe chez lui qu'il était en train de réfléchir. Après un temps, il leva le menton vers la cheminée de l'orphelinat.
- Rationnellement, il est impossible qu'un homme dont la corpulence décrite par les croyances populaires avoisinerait un IMC de 32, 653 puisse passer dans un conduit de cheminée et encore moins en ressor…
Mello roula des yeux.
- Raaah, Near ! Et la rencontre avec lui que l'orphelinat avait organisé, il y a deux semaines ? T'as oublié ?
Near fit silence et, comme les deux autres garçons, replongea dans ce moment mystique où un Père Noël était venu à la Wammy's House pour prendre les commandes des plus jeunes pensionnaires de l'orphelinat…
« Les plus jeunes enfants de la Wammy's House avaient 4-5 ans, ce qui pouvait encore suffire à organiser ce genre d'événement à l'approche des fêtes. La fabuleuse rencontre avec le bienfaiteur de fin d'année avait eue lieu dans la grande salle commune de l'établissement. On avait poussé les tables le long des murs pour laisser de la place à la petite estrade qui avait été dressée au centre de la salle. Un grand siège à l'apparence de trône se dressait de toute sa hauteur pour mieux surplomber les dizaines de visages curieux ou amusés des enfants qui étaient venus.
Et il était venu. Grand, avec un bon ventre qui se cachait sous sa longue barbe bouclée aux reflets d'argent. Ses joues roses et rebondies émergeaient d'une capuche rouge vif cerclée de fourrure sous laquelle il était difficile de distinguer son visage de gentil bonhomme bienveillant. Une large ceinture de cuir entourait sa taille et brillait d'un anneau doré, en accord avec ses hautes bottes noires cirées qui tranchaient sur son habit rouge.
Son entrée avait été accueillie par des applaudissements et des cris de joie des plus petits, encouragés par leurs aînés qui s'amusaient de les voir aussi excités par cette visite. Après avoir pris place dans son siège, le Père Noël prenait sur ses genoux les enfants un par un pour prendre leur liste de Noël.
Mello et Matt s'étaient joints à l'assemblée. Non pas parce qu'ils croyaient encore au gentil monsieur en rouge – hé ! ils avaient 8 ans quand même ! – mais parce qu'ils s'ennuyaient terriblement et n'avaient rien d'autre à faire. Une barre de grand cru noir 70 pourcent en main pour l'un, jeu de stratégie de guerre pour l'autre, le duo inséparable entra alors que « la questionnette » comme le disait Mello, venait de commencer. Ils étaient partagés entre l'atterrement de se dire que les prétendants au titre de L ne devraient jamais croire à des idioties comme le Père Noël ou l'attendrissement à voir tous ces gamins avec des étoiles dans les yeux. Enfin. Ils étaient « vieux », fini le temps de l'insouciance.
- Oh ? T'as vu ? fit Matt en donnant un petit coup de coude à son comparse. Near est là.
- Non ?
Eh si. Le petit génie albinos de la Wammy's House était là, à quelques pas devant eux, à observer de son regard vitreux le Père Noël qui écoutait une fillette aux couettes brunes toute intimidée devant lui. Ca, pour une surprise. Pour une fois que Near n'était pas enfermé dans sa chambre à faire son puzzle idiot, Mello était bien décidé à ne pas laisser passer sa chance.
Le sourire du diable en guise de masque, le blondinet se faufila entre les autres enfants et vint se poster près de Near tout en mastiquant avec soin un nouveau carré sucré.
- Alors ? Tu ne vas pas lui soumettre tes doléances ?
Silence de la part de Near. Le mercure interne de Mello fondit de colère.
- Allez, tête de boule de neige ! Vu que tes cheveux sont déjà comme ceux d'un vieux, vous allez vous comprendre !
Sur cette remarque, Mello poussa son rival dans le dos. Sous l'impulsion trop forte pour lui, l'enfant vacilla et avança de quelques pas jusqu'à se retrouver face au trône du Père Noël. Celui-ci lui tendit la main avec un sourire affable.
- A toi.
Sans avoir pu esquisser le moindre geste, Near se retrouva assis sur les genoux du Père Noël, à la grande joie de Mello et de Matt qui se mordaient le poing pour ne pas hurler de rire. Et à en juger les exclamations de plus en plus étouffées, les deux compères ne devraient plus tarder à tomber en état de dyspnée. 17 secondes, grand maximum.
- Alors, qu'est ce que ça sera pour toi ? demanda le vieil homme, tout sourire à Near.
Même s'il n'en laissait rien paraître, Near se sentait terriblement gêné. Enfin quoi, il avait déjà 6 ans… Cette fois en signe de nervosité, le garçon enroula sa mèche de cheveux autour de son index en détournant les yeux.
- Le dernier robot Neutronix XX-915 version 3 et une nouvelle collection de figurines… murmura-t-il d'une petite voix.
Cette fois, Mello et Matt étaient renversés par terre, incapables de se contenir davantage, ce qui leur valut des regards étonnés ou courroucés de leurs camarades. Quand Near quitta les genoux du Père Noël, ils échangèrent un regard de complicité entendue et, sans crier gare, ils foncèrent sur le pauvre homme en rouge pour grimper chacun sur une cuisse, à demi hilares. Ils se sentaient subitement retomber en enfance avec tout cela. Ils avaient envie de faire les idiots pour une fois.
- Euh… oui ? fit le Père Noël, un peu perdu.
- Moi, je veux la dernière console portable, boîtier silver grey ! commanda Matt en relevant ses lunettes de son nez. Et avec ça, les jeux War Master IV : Utimate Strategy, Spy Target, Assassins Grudge et Hiden Killer : Shadow of Blood ! Ah ! Et si vous trouvez, Sniper Shoot, mais en version limitée…
L'homme se gratta la tête d'un air indécis.
- Mais… Dis-moi, ce ne sont pas des jeux pour les plus de 18 ans ?
Matt hausse les sourcils et analysa son interlocuteur comme s'il lui avait demandé si 1 et 1 faisaient bien 2.
- Ecoutez, je n'ai peut-être que 8 ans, mais j'ai le cerveau aussi développé qu'un scientifique de 40 ans, ça compense, vous ne trouvez pas ?
Mello ne laissa pas au Père Noël le temps de répondre à Matt car il lui prenait déjà le manteau pour le forcer à le regarder.
- Pour moi, c'est rapide : je veux que vous emportiez Near pour faire de lui l'un de vos nains et qu'il ne me gêne plus dans mon ascension vers le titre de L ! Il pourra tester les puzzles que vous fabriquez. Vous passez prendre la livraison quand ? »
Grand silence.
Near reprit consciencieusement son enroulage de mèche autour de son doigt, le regard droit devant lui.
- Non, j'ai 6 ans. Je n'y crois plus.
- Ouais, moi non plus… Il t'a toujours pas emmené avec lui pour la livraison des cadeaux ce soir… déplora Mello en fourrant ses mains dans ses poches.
- Tu crois qu'il trouvera Sniper Shoot ? rêvassa Matt qui n'écoutait que d'une demie oreille.
Tout un coup un boulet de canon glacé et poudreux vint s'exploser à l'arrière de la tête du petit rouquin qui tomba de son long, le nez dans la neige. Affolé par la chute de son camarade, Mello fit volte face et découvrit une bande de garçons de leur âge en train de ricaner en façonnant de nouvelles boules de neige. Le plus grand, un petit brun aux lunettes carrées strictes toisa les deux enfants encore debout en jonglant avec un nouveau projectile.
- Alors, Mello ? On te laisse prendre le thé avec Near ou on teste la résistance de ton fort ?
- Quand tu veux, Connel !
Le temps pour la première boule ennemie de fuser et pour Mello de ramasser Matt dans la neige pour le traîner à l'abri, la bataille de Fort Wammy s'engagea dans des cris de guerre qui résonnèrent dans toute la cour. Mello, en leader incontesté qu'il était, reprit le commandement, fidèlement épaulé de Matt qui était bien décidé à se venger de l'attaque par derrière.
Abandonné à son banc, Near contempla la guerre qui se déroulait devant ses yeux de spectateurs passif. Pourquoi la neige devenait-elle donc une telle source d'amusement pour les enfants ? Ce n'était que de la vapeur d'eau qui, dans un nuage très froid, s'était condensée en cristaux de glace sur des particules en suspension.
En réalité, ce qui fascinait le plus Near, c'était de voir Mello, son insatiable tyran blond, aussi épanoui et heureux à s'amuser comme un garçon normal. C'était rare de le voir sourire aussi sincèrement sans cette pointe de fourberie annonciatrice de méfaits. Ils avaient tous l'air de beaucoup s'amuser. C'était Roger qui lui avait dit de sortir un peu au lieu de rester enfermé. Un peu d'air frais lui ferait du bien, lui avait-il dit.
Near plissa un peu les yeux. Un instant, juste un tout petit instant, à observer ainsi ce groupe d'enfants qui se bataillaient gentiment en riant, il oublia ce qu'ils étaient tous. Ce qu'il était. Un enfant surdoué promis à un brillant avenir. Sa moufle se resserra davantage autour du banc de pierre.
- Ai-je le droit… le droit de prolonger un peu cet instant ? se demanda-t-il. Ca ne te décevrait pas, L ?
Il hésita longtemps tout en balançant nonchalamment ses jambes sous le banc. Au final, son envie d'essayer de connaître une réelle émotion de joie ou d'amusement le poussa à se lever. Le garçon contourna les combattants en longeant le mur de la cour et rejoignit l'arrière du fort en évitant au passage quelques missiles. Quand il arriva, c'était le branle-bas de combat. Une tour s'était effondrée et Mello et Matt souffraient d'une attaque massive.
- Mello…
A l'entente de son prénom, le général du fort se retourna avec horreur.
- Ah ! Sergent ! On a été infiltrés ! Qu'on le fusi… !
- Mello… Je peux… jouer avec vous ?
Ce fut comme si quelqu'un avait appuyé sur le bouton « Pause » de la télécommande temporelle. Mello, qui avait armé son bras en arrière, prêt à balancer une boule de neige droit sur l'intrus du fort, ne bougeait plus. Ses yeux étaient aussi grands que des soucoupes et sa bouche entrouverte lui donnait l'air d'un poisson hors de l'eau. Matt aussi s'était arrêté et avait relevé ses lunettes enneigées sur son crâne, tout aussi abasourdi que son ami. Autour d'eux, loin, très loin des appels d'assauts de la bande de Connel, c'était le silence encore pire que dans la bibliothèque de l'orphelinat à l'heure des études du soir.
Near n'avait pas quitté Mello des yeux sans s'arrêter non plus de tourner sa mèche de cheveux autour de son index. Il connaissait bien ce regard outré qui amorçait une colère explosive. Mello n'allait plus tarder à reprendre ses esprits, lui jeter sa boule dans la figure avant de le congédier en le traitant de tous les noms. Toutefois, la réponse de l'enfant terrible de la Wammy's House différa de celle pressentie :
- Nan ! Tu ne te battras jamais avec moi, mais contre moi ! On te prendra à part, toi !
Near cligna les yeux de surprise.
- A deux contre un ? Ce serait injuste… fit-il remarquer calmement.
- Et alors ? rétorqua Mello en haussant les épaules. T'es toujours le numéro 1 ! Ton cerveau peut donc bien fonctionner pour deux personnes, ça compense !
- Mon général ! Ils relancent l'offensive ! hurla Matt qui résistait seul de son côté.
- Mince ! Comment va-t-on…
- J'ai eu le temps d'étudier la configuration de leurs emplacements et l'organisation générale des attaques. Il suffit de recalculer les angles de tir de 30 degrés ouest toutes les 3 minutes droit sur l'avant-garde.
Les deux garçons regardèrent Near avec stupeur. Alors ça, ils avaient du mal à y croire. Mais surtout, Mello écumait de rage. M'énerve. Y m'énerve à encore faire son intéressant avec ses stratégies miliaires ! Quand allait-il donc cesser de l'humilier ?
- Ca, j'aurais pu le deviner tout seul si je n'avais pas le fort à faire tenir encore debout, tête de boule de neige ! se défendit le blondinet avec fureur. Tiens, d'ailleurs, tu vas d'occuper de renforcer les constructions avant qu'elles ne s'écroulent ! Allez !
Et il repartit aussitôt à l'assaut en se refusant dans un premier temps d'essayer la méthode de Near. Il avait encore sa fierté ! Il pouvait s'en sortir tout seul !
En fait, non. Une minute plus tard, le général Mello ordonnait à son second de réorienter de 30 degrés ouest les tirs tandis que Near s'occupait de refaçonner les bases de la tour sud encore levée. Avec toute cette agitation, les cris affolés des ennemis en déroute, il avait chaud et avait dû abaisser un peu son écharpe de son visage. Le bout de son nez était tout rouge et l'air qu'il rejetait se condensait en une vapeur blanchâtre qui se perdait dans le froid ambiant.
Au final, c'était rigolo, la neige. Ca craquait, ça crissait entre les doigts qui, malgré les moufles, se raidissaient sous l'eau gelée qui transperçait. En dépit d'une boule de neige qui était passée au-dessus des têtes de Mello et Matt et qui lui était tombée droit dans la figure, Near profita de sa première journée à patauger dans la neige sous les commandements impérieux du maître du fort.
La guerre se prolongea jusqu'à l'heure du déjeuner et le Fort Wammy en sortit victorieux grâce à la stratégie de Near, mais bien sûr, Mello se garda de le reconnaître, persuadé que c'était surtout sa rapidité et la solidité de sa construction qui leur avait permis de tenir le coup.
Quand ils retournèrent à l'orphelinat, les enfants étaient tous trempés de la tête aux pieds avec de la neige plein leurs anoraks et leurs cheveux et les joues rosies de froid. Matt disait même qu'il aurait dû commander des lunettes dotées d'essuie-glace tant il ne voyait plus rien à cause de la neige qui recouvrait ses carreaux orangés. Roger était venu accueillir ses jeunes résidents à leur retour de guerre. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir son renfermé numéro 1 aussi dégoulinant d'eau froide que les autres belligérants arriver en compagnie de Matt et Mello qui ronchonnait encore sur la paternité de leur victoire.
Le vieil homme sourit. Noël était le jour des miracles. Qui sait… ?
Une fois leurs vêtements mouillés changés pour des pulls chauds et confortables, Mello et Matt descendirent avec les autres enfants au réfectoire en échangeant leurs impressions sur leur bataille. Near suivait quelques pas derrière, aussi effacé que d'habitude.
A table, tout le monde ne parlait plus que de Noël et du festin qui les attendrait pour le réveillon. Mello rêvait déjà des chocolats du dessert fourrés d'une délicieuse ganache pralinée. Il en bavait presque. Matt, lui, espérait ardemment trouver le lendemain un paquet assez large pour contenir une console dernier cri avec les jeux qui allaient avec car il devait s'avouer que la sensation de ses pouces tapotant des petits boutons en plastique lui manquait à un point à peine supportable. Et sans ces musiques monophoniques à tinter à ses oreilles, il avait presque l'impression d'être devenu sourd.
Après le déjeuner, les deux amis se rendirent dans la salle commune pour digérer tranquillement. Un feu crépitait dans l'âtre de l'immense cheminée de marbre blanc au fond de la salle et enveloppait de sa chaleur bienfaisante les enfants qui ne retenaient pas quelques frissons figés dans leur peau encore rafraîchie par la neige.
Mello aimait cette salle. Vaste, avec des immenses fenêtres en ogive des deux côtés, des colonnes de pierre qui soutenaient la voûte sculptée, elle était comme une église sacrée qui les protégeait d'une pénétration de l'extérieur. Il y avait de longues tables d'un côté pour permettre à ceux qui le souhaitaient de travailler sans s'isoler, un espace vide pour ceux qui voulaient jouer et des coussins pas loin de la cheminée pour faire un coin de lecture ou de discussions douillet tranquille. Bien souvent, le soir, lui et Matt prenaient un coussin et s'allongeaient devant les flammes pour de longues minutes silencieuses. Ils ne se disaient pratiquement rien pendant ces soirées, mais peu importe. Ils aimaient la simplicité de la chose. Un feu et rien d'autre qu'eux.
Perdu dans ses pensées nostalgiques, Mello paressait devant l'une des vitres de la salle à regarder dehors un groupe de garçons qui s'amusaient à faire des dérapages sur une plaque d'eau gelée. Avec un peu de chance, l'un d'eux ferait une mauvaise chute et ça serait la fracture ouverte.
Un brouhaha venant de derrière le tira de ses songes. Sans prendre la peine de se retourner, le blondinet se contenta de poser sa tête contre ses bras repliés sur le rebord de la fenêtre.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il vaguement intéressé.
- Le sapin vient d'arriver, informa Matt affalé sur une banquette voisine.
Son ami consentit à faire volte-face et vit Roger guider deux de leurs professeurs qui apportaient un immense sapin de quatre mètres dans la salle commune sous les murmures impatients et ravis des jeunes résidents présents. L'arbre fut dressé dans son socle près de la cheminée, là où un petit garçon que Mello n'avait même pas remarqué jusqu'à présent était accroupi. Un genou replié contre lui à l'instar du plus grand détective du monde, sa main droite près de son oreille à triturer une boucle blanche, Near s'occupait avec son passe-temps favori : son puzzle blanc.
Sur ce coup, Mello était obligé de reconnaître que Near l'avait beaucoup étonné en voulant jouer avec eux. Au fond, même Near avait besoin de relâcher la pression que leur présence à tous dans la Wammy's House impliquait. Jamais il n'aurait cru un jour faire quelque chose avec Near sans avoir l'objectif de l'écraser à plate couture.
- Humph. Et ça s'arrêtera là… pensa-t-il en mordant dans sa première tablette de l'après-midi.
Après s'être assuré que le sapin ne risquerait pas de tomber, Roger demanda aux professeurs d'apporter trois énormes cartons qu'ils déposèrent au pied du tronc avant de s'adresser aux enfants, tout sourire :
- Des volontaires pour la décoration ?
Quelques enfants acceptèrent avec enthousiasme et commencèrent à ouvrir les cartons qui regorgeaient de boules de Noël, de petits sujets en cristal à suspendre ou de guirlandes bariolées à froufrous. Mello ne bougea pas, sceptique. Ca ne l'intéressait pas. Du moins, ça ne l'intéressait pas jusqu'à voir une petite fille tendre à Near une guirlande pour lui proposer de l'aider.
Le sourire du galopin en place, le blondinet engloutit son dernier carré de chocolat avant de s'élancer à toute vitesse sur son rival.
- Ouh ouh ouh ouh ! chantonna-t-il en mettant sa main devant sa bouche comme un indien. La guerre au visage pâle de tête de boule de neige est déclarée !
Il fondit sur la petite fille et récupéra la guirlande qu'elle avait lâchée de peur pour s'amuser à ligoter Near autour du tronc du sapin en faisant plusieurs fois le tour de l'arbre avec sa liane colorée. Incapable de se libérer, Near cessa rapidement de se débattre et affronta le regard de « Géromello » qui le toisait de toute sa hauteur.
- Ah ah ! Alors, que fait-on, Renard à Quat'zyeux ? On lui met une paire d'ailes dans le dos et on l'accroche à une branche ou on le scalpe ?
- C'est moi, « Renard à Quat'zyeux ? » questionna Matt d'un air hagard en se désignant de l'index.
Une fille à la longue natte rousse vint se poster près de Mello d'un air fâché.
- Mello, ce n'est pas malin. Near était près à nous donner un coup de main. Alors maintenant, c'est toi qui vas le remplacer. Et la Trêve de Noël, hein ?
- Oh, ça va, Sybil ! Je vais le libérer après ! s'énerva-t-il, le regard noir. Il n'y a pas de répit dans ma croisade contre Near.
Puisqu'il refusait de libérer son otage tout de suite, trop heureux de voir Near saucissonné à son tronc d'arbre sans pouvoir rien faire, Mello eut à s'incliner et réquisitionna Matt – sans lui demander son avis – pour lui donner un coup de pouce.
Il faisait bon dans la salle commune, avec les flammes qui dansaient dans l'âtre et l'agitation des enfants qui s'affairaient à se passer les décorations de mains en mains tout en chantonnant des cantiques de Noël. Les couleurs choisies pour le sapin étaient le rouge et l'or, elles changeaient tous les ans pour ne pas sombrer dans la monotonie.
Mello et Matt s'amusèrent bien plus qu'ils ne l'auraient imaginé. De temps à autre, ils s'amusaient à jongler avec des boules rouges opaques pailletées d'or ou à faire la couse pour enrouler le plus rapidement possible une guirlande autour des branches de l'arbre. Ils s'en donnèrent aussi à cœur joie quand il s'agit de saupoudrer le sapin de fausse neige. Les garçons auraient pu jeter du riz sur des nouveaux mariés, ils n'auraient pas fait mieux. La poudre cristalline volait comme de la poussière d'étoile pour se déposer tout en finesse sur les aiguilles du conifère… et sur la tête de Near qui était recouvert d'une fine pellicule brillante des cheveux aux épaules.
Les décorateurs de fortune éclatèrent de joie quand Roger apporta une petite boîte brillante qui contenait les dernières décorations « dont il ne fallait pas abuser ». En effet, que serait un sapin de Noël traditionnel sans les fameuses cannes de sucre d'orge rouges et blanches ?
- Super ! s'exclama Matt en attrapant déjà une canne pour la lécher avec délice. Miam, à la fraise…
- Ca faisait longtemps ! sourit Mello en goûtant à son tour. Matt, tu m'aides à les accrocher ? Pas assez grand.
- OK. Mais fais attention.
Matt se mit à genoux par terre en penchant la tête en avant pour que Mello puisse s'installer sur ses épaules. Jusqu'alors silencieux au point de leur faire oublier qu'il était encore là, Near intervint.
- C'est dangereux.
- La ferme, ordonna Mello alors que Matt se remettait debout en tenant les jambes de son ami. On s'en sortira très bien.
Fermement retenu par Matt, Mello commanda à son porteur de s'approcher du sapin pour s'occuper d'accrocher les cannes de sucre d'orge sur les plus hautes branches. Le rouquin ne se souvenait plus de la dernière fois où il avait ainsi pris son ami sur ses épaules. En tout cas, cela devait faire longtemps car le poids n'était plus du tout le même. Chacun de ses pas ne se faisait pas sans vaciller légèrement sur le côté. Si le début se déroula sans encombre, la suite ne tenait plus vraiment la route…
- Plus à gauche…
Hélas pour Matt qui commençait à fatiguer, ses muscles peinaient à suivre le rythme.
- Un peu à droite… Non, non ! Mais pas autant, imbécile ! tonnait le blondinet en donnant un coup sur la tête de Matt.
Dans son geste, il rabaissa sans le vouloir les lunettes colorées de Matt qui retombèrent en travers de son nez.
- Whaaa ! Attention !
Paniqué par sa brusque cécité, le garçon perdit la notion d'équilibre et se mit à tanguer dangereusement sous les proférations affolées de son comparse qui s'agitait sur ses épaules. Tout à coup, son pied roula sur une boule de Noël qui traînait encore par terre. L'attraction fit le reste et Matt se sentit basculer en arrière de tout son long. Le rouquin criait et Mello hurlait en s'agrippant à la tête de se dernier. Persuadé qu'il vivait ses derniers instants avant de se fracasser le crâne contre le sol, le blondinet ferma les yeux en serrant les dents. Il s'attendit à tout moment à tomber mais à sa grande surprise, il ne rencontra pas la dureté du parquet mais quelque chose de souple qui le maintint à la verticale.
- N'allons pas risquer de briser une nuque et ce bâtonnet de sucre d'orge…
Mello écarquilla les yeux en grand en entendant cette voix étrange qui lui paraissait si irréelle en cet instant. Sa stupeur décupla quand il vit une grande main pâle aux doigts effilés saisir du bout du pouce et de l'index la canne de sucre qu'il tenait. L'enfant tourna la tête et comprit qu'il était contre le torse de…
- L-NII-SAN ?!
- L-nii-san !! s'écria aussi Matt qui se tenait debout contre les jambes de celui-ci.
Mello n'en revenait pas. Il était là. Il l'avait sauvé d'une chute mortelle. Il était exactement comme dans ses lointains souvenirs sauf qu'il avait un peu grandi. Agé aujourd'hui de 18 ans, L aida son second héritier à descendre des épaules de Matt alors que les deux enfants le dévisageaient comme s'il était le Messie ultime. Sa peau albâtre presque gris perle n'avait pas pris une couleur pas plus que ses grands yeux de geais n'avaient délaissé leur expression hallucinée qui pénétrait en vous. Ses cheveux avaient poussé, plus hirsutes et indisciplinés que jamais et il portait toujours le même pull blanc ample sur ce jean trop grand qui laissait dépasser ses orteils remuants.
- L-nii-san !! s'extasia Mello en lui sautant dessus. Bienvenue à la maison !!
- Tu restes avec nous pour Noël ? Dis oui, dis oui ! pria Matt qui lui tirait le bas du pull. S'il te plaît !
- Je suis revenu spécialement pour ça.
- Ouaaaaais !
Les deux enfants rirent aux éclats et serrèrent dans leur bras ce grand frère toujours absent qu'ils admiraient autant. Ils étaient tellement heureux de le revoir ! Ils n'arrivaient pas à croire que c'était lui qui leur frottait la tête affectueusement en s'étonnant de voir à quel point ils avaient grandi.
Sa canne de sucre d'orge en bouche, L se redressa pour se libérer de l'étreinte de Mello et Matt et se tourna vers le sapin.
- Toujours aussi vifs, tous les deux… dit-il calmement.
Mello devint tout à coup cramoisi de honte à l'idée d'avoir déçu son modèle en ligotant Near comme un otage de gangster. Il balbutia des explications floues auxquelles L ne parut pas en tenir rigueur. Near fixait L avec une attention qui aurait pu mettre mal à l'aise quelqu'un qui n'avait pas l'habitude de son regard. Il ne le perdit pas un instant des yeux pendant qu'il s'occupait de le détacher et encore moins quand il s'accroupit devant lui pour l'aider à se relever.
- Bonjour, Near.
Mello, qui guettait la scène avec une jalousie acide à faire fondre le fer, s'attendait à ce que Near hoche simplement la tête sans rien dire. Il n'en fut cependant rien car le petit garçon tendit les bras vers le jeune homme en face de lui et vint se réfugier contre lui, les bras autour de son cou.
- Bienvenue, L-nii-san, dit-il simplement.
Aussi loin que ses souvenirs lui permettaient d'aller, jamais Mello ne se souvint d'avoir déjà vu Near avoir un élan d'émotion ou de tendresse pour quelqu'un. Cela lui fit bizarre de voir son éternel rival avec une apparence amenuisée et fragile, même si son expression ne reflétait rien. Au fond, même avec une intelligence hors norme et un avenir prospère devant lui, Near restait un petit garçon solitaire de 6 ans privé de sa famille. Lui aussi était dans la même situation. Pour l'une des rares fois de son existence, Mello ne ressentit pas la moindre haine envers son concurrent. Non. Il le comprenait.
- Tu nous as trop manqué, L-nii-san ! s'exclama soudainement le garçon blond en sautant sur le dos de L pour éjecter Near.
Oui, il comprenait Near mais ce n'est pas une raison pour monopoliser toute son attention.
- Alors, t'as encore attrapé des méchants ? s'enquit-il, les yeux pétillants. Tu reviens à Wammy ?
- Tu restes encore un peu, pas vrai ? surenchérit Matt avec une pointe d'angoisse.
- Oui, reste encore, ajouta Near.
L'expression qu'il leur renvoya fit fondre leurs sourires comme neige au soleil. Non. L ne reviendrait pas à la Wammy's House et il repartirait certainement juste après Noël. Il les quitterait une nouvelle fois pour revenir des mois plus tard.
Ils baissèrent tous la tête. C'était comme si toute parcelle de joie les avait quitté. L comprit qu'il venait de beaucoup décevoir ses petits protégés et s'empressa de faire disparaître leur tristesse en ébouriffant leurs cheveux comme un grand frère le ferait pour consoler son cadet.
- Mais je suis là, non ? Alors, savourons ces instant, d'accord ?
Les trois garçons hochèrent vivement la tête en parfaite synchronisation et libérèrent L de leur étreinte pour le laisser se remettre debout.
- Je vous laisse, je vais un peu parler avec Roger. A plus tard.
- A plus tard ! salua Matt en agitant la main vers L qui s'éloignait.
- L-nii-san ! C'est pour savoir comment on a évolué ? Pour voir nos progrès ? lança Mello qui triturait avec nervosité sa canne de sucre d'orge.
Aucun d'eux ne parvint à déchiffrer l'étrange figure que le jeune homme eut à cette question. L ne retirait jamais le voile d'impénétrable mystère qui flottait tout autour de son être jusqu'à couvrir son aura. Mais le sentiment qui fourmilla dans leur ventre les persuada que Mello avait mis dans le mille. L allait donc se pencher sur les dossiers des trois meilleurs éléments de l'orphelinat et voir comment les choses se présentaient. Les enfants étaient si nerveux qu'ils avaient l'impression de s'enfoncer dans le sol.
Lorsque L disparut dans le corridor, Mello serra le poing, des étoiles à la place des pupilles.
- Il est trop cool !
- Carrément, conçut Matt en opinant vivement du chef.
Avec tout cela, l'heure avait bien tourné et il était déjà 17 heures passées. Mello et Matt remplirent leurs poches des dernières sucreries puis allèrent s'écrouler sur leurs coussins habituels devant le bon feu de cheminée à rêvasser des prochaines 24 heures en compagnie de leur grand frère de cœur tandis que Near avait reprit la reconstitution de son puzzle vierge, assis dans son coin.
Les deux amis conversaient sur les questions qu'ils poseraient à L quand ils le reverraient quand une délicieuse odeur vint leur chatouiller les narines. C'était un délicat mélange de cuisson, de vin chaud, de vapeur et de sucre qui leur faisait imaginer les mille et un plats possibles auxquels appartenaient ces fragrances.
Inspirant à pleins poumons, Matt roula sur son coussin pour se mettre sur le dos.
- Hmmmmm… Ca, c'est le dîner de ce soir… Petits pâtés en croûte, dinde truffée avec purée de marrons… Bûche au chocolat…
L'habituel son de mastication de Mello qui accompagnait le petit « clac ! » sec suivant la cassure d'un carré de chocolat n'eut pas lieu. L'enfant se redressa lentement sur son séant, son carré coincé entre ses lèvres, les yeux vers la porte de la salle commune.
- Mello… ? fit Matt en se redressant à son tour.
- Une petite descente commando dans les cuisines, ça te dirait ?
Le rouquin n'avait aucunement besoin de réfléchir bien longtemps pour savoir qu'ils allaient au-devant de gros ennuis, ça se sentait à des kilomètres à la ronde. Et avec la chance qu'ils avaient, ils allaient y avoir droit à tous les coups. Pourtant, Matt n'en avait que faire. C'était justement pour cela qu'il suivait toujours Mello. C'était justement pour cela qu'il revenait toujours vers lui en dépit de ses abus et ses mauvais traitements. Parce que Mello avait le don d'aller jusqu'au bout des choses sans le moindre regret, de se jeter à corps perdu dans ce qu'il faisait. Ceci ferait plus tard sa force… ou causerait sa perte. Matt avait déjà entendu son ami le comparer à « un toutou qui suivait son maître partout », cela ne l'avait pas dérangé. Il était peut-être fou de rester avec un garçon aussi violent et impérieux, mais c'était ainsi. Il s'était juré fidélité envers ce garçon qui avait été le premier à vraiment lui parler comme à un gosse qu'il était comme s'il n'avait jamais été surdoué. Ce garçon, quand il sera devenu un homme accompli prêt à tout risquer pour atteindre son but, nouveau L ou pas, il serait là. Près de lui. Jusqu'à la fin.
Son étrange sourire resterait à jamais inconnu à Mello qui lui tournait le dos.
- Ouais ! Je vais chercher le cirage !
Quelques minutes plus tard, nous retrouvons dans le corridor nos deux complices de choc en train d'étirer des traits de cirage noirs sous les yeux.
- Objectif : on essaye de piquer un max de sucreries et de chocolat, on en donnera à L-nii-san, il sera content.
- Oui, mais… Il ne dira rien si on les a volées ? s'inquiéta Matt qui avait interrompu son soulignage.
- Tant que c'est du sucre… Allez, bonnets !
Les garçons enfoncèrent sur leurs têtes un bonnet noir puis se mirent en route vers les cuisines de l'orphelinat, bien décidés à faire la plus grande razzia de leur jeune vie.
Il n'y avait pratiquement plus personne au rez-de-chaussée, la plupart des enfants étaient en train de mettre leurs jolis vêtements pour le dîner et les adultes étaient trop occupés sur les restes des préparatifs pour surveiller les couloirs et s'assurer qu'aucun duo de galopins n'allait pas faire un sale coup.
Quand ils passèrent près du bureau de Roger, Mello et Matt eurent le cœur battant. Dire que leur idole était sûrement de l'autre côté de ces murs, en train de discuter de leur avenir. Mello tremblait presque. Etait-il en pleine lecture de son dossier en ce moment ? Que pensait-il de lui ? Une bouffée de rage lui fit gonfler les joues. Ou était-il en train de regarder la fiche de Near à le louanger sur son intelligence pour un si jeune age ? Cette pensée l'insupportait. S'il avait la possibilité de brûler ce dossier, il le ferait bien volontiers.
Peu de temps après, les deux enfants se postèrent de part et d'autre d'une porte à double battant, celle des cuisines de la Wammy's House.
- On fonce dès qu'il y a ouverture, déclara Mello à voix basse. On a la sortie vers le réfectoire en cas d'urgence, il ne devrait y avoir personne à cette heure-ci.
- OK. Et si l'un de nous se fait prendre ?
- On nie tout en bloc ?
Silence où l'expression de Matt lui fit comprendre que personne ne les croiraient.
- Raaah, d'accord, d'accord. On s'entraide. Toi et moi, c'est à la vie à la mort !
Le rouquin cligna des yeux de surprise en entendant ces mots prononcés avec tant d'évidence. Il n'en croyait pas ses oreilles.
- Mel…
- Qu'est-ce que vous faites là ?
- AH !
Les casseurs se sautèrent dans les bras l'un de l'autre tant ils furent surpris. Une nanoseconde, ils crurent que cette voix calme était celle de L qui les prenait la main dans le sac. En réalité, c'était celle de Near qui les avait discrètement suivis, intrigué par ce qu'ils pouvaient bien fabriquer avec du cirage et des bonnets. La peur passée, Mello retrouva sa contenance et éjecta rapidement son ami en lui assénant un coup avant de menacer Near du poing.
- Ca va pas de nous faire bondir comme ça, tête de boule de neige ?! Retourne à ton puzzle débile et laisse-nous ! Ceci est une mission d'infil… !
Tout à coup, la porte à double battant s'ouvrit. Rapides comme l'éclair, Mello et Matt se plaquèrent contre les murs juste derrière les portes qui laissaient sortir une des cuisinières de l'orphelinat. Les garçons la reconnurent aussitôt, c'était Carol, la dame qui s'occupait de les servir lors des repas.
En voyant soudainement Near, la petite bonne femme replète eut un sursaut.
- Oh, Near, tu m'as surprise… fit-elle avec un petit rire cristallin. Que fais-tu là ?
L'enfant baissa les yeux au sol alors qu'il triturait sa mèche de cheveux.
- Je ne me sens pas très bien. Je crois que je fais un peu d'hypoglycémie.
Carol joignit ses mains en prière avec un air navré.
- Oh, mon pauvre chéri. Viens donc, on va te donner un peu de sucre, ça ira mieux.
Sur ce, elle prit Near par la main et l'entraîna dans les cuisines, sans entendre les cris de rage de Mello qui étouffait sa fureur en dévorant son bonnet. M'énerve ! Y m'éneeeeeerve ! Même quand il s'agissait de marcher sur ses plates-bandes, il fallait qu'il l'humilie ! Near, espèce de… !
Il n'eut pas le temps de terminer son repas de laine car Matt lui attrapait le bras.
- C'est le moment !
Il poussa à son tour la porte et sans prendre le temps de réfléchir plus, les garçons se réfugièrent sous un chariot à roulettes protégé par une nappe blanche qui servait de rideau de fortune. Infiltration réussie.
Ils reprirent leur respiration le plus silencieusement possible afin de percevoir au mieux tous les sons qui cliquaient, résonnaient, ronronnaient ou craquaient tout autour d'eux. Les cuisines étaient en pleine activité, ça ne serait pas facile. Après s'être installés un peu plus confortablement, Mello et Matt écartèrent prudemment la nappe pour analyser les lieux.
Ils se rendirent compte que leurs tenues sombres n'étaient franchement pas appropriées dans cette vaste salle d'un blanc lumineux et éclatant. Du carrelage aux murs en passant par les meubles, tout était immaculé. Ils virent des immenses casseroles de la taille d'un saladier fumer sur la gazinière, des morceaux de viande qui attendaient encore d'être coupés sur leur planchette en bois, des sauces qui étaient en train de reposer dans leurs bols de porcelaine ou des petits légumes qui cuisaient dans leurs poêles en chantant leur petit crépitement. Les cuisiniers étaient encore plus actifs que des fourmis autour de leur reine. Ils coupaient, épluchaient, écrasaient, salaient, poivraient, touillaient, le tout dans un amalgame de sons et d'odeurs qui donnait le tournis. Mello fit le tour de son étroit champ visuel. Pas de trace de chocolat, bien que son radar lui criait qu'au-dessus de cette odeur de sauce à la crème aux champignons, il percevait la noble fragrance âpre et ferme d'un chocolat noir de grande qualité.
Alors qu'il désespérait de trouver une solution pour savoir comment passer parmi ces cuisiniers sans se faire repérer, Mello vit sa réponse se diriger tranquillement vers la sortie, un carré de chocolat dans la main.
Near tendit la main vers la porte qu'il s'apprêtait à pousser quand tout à coup une autre main se referma autour de son maigre poignet pour l'attirer brutalement sous un chariot à roulettes.
- Aïe ! gémit Matt contre qui Near s'était tamponné lors de la réception. Vas-y douc…
- T'es réquisitionné comme taupe pour notre opération secrète, tête de boule de neige, menaça Mello en gardant son rival par le col. Et ça aussi, prise de guerre.
Et sans gêne aucune, il prit le chocolat du garçon pour l'engloutir d'une traite. « Crise d'hypoglycémie », mon œil. C'était surtout lui qui allait en faire une avec toute cette colère que Near faisait naître en lui.
Un œil fermé à cause de la douleur provoquée par son coup de tête involontaire avec Matt, Near se frotta un peu la tempe, à demi écrasé entre ses deux homologues.
- Mello, si tu veux du chocolat, tu peux faire comme m…
- Pas question que j'utilise tes méthodes de planqué !
- Qui est en train de se planquer, là ? fit sagement remarquer Matt en jetant un nouveau coup d'œil à l'extérieur de leur cachette. Et baisse d'un ton.
Retenant son envie de hurler en serrant les dents, le blondinet foudroya l'enfant albinos d'un regard noir et lui somma de lui dire où se trouvait le chocolat qu'il venait d'obtenir, ce à quoi Near répondit qu'il fallait traverser toute la cuisine.
- Excellent, c'est toi qui vas nous y conduire. Tu seras aussi notre couverture. Exécution ou tu passeras Noël épinglé au sapin.
Near n'eut d'autre choix que d'accepter. Il acceptait tout de toute manière, peu importe ce qu'on lui demandait ou qui le lui demandait. Le voilà qui allait encore être embarqué bien malgré lui dans une nouvelle élucubration de Mello. Cela semblait si facile pour son aîné de se créer une aventure simple que n'importe quel autre gamin aurait pu inventer. Pourquoi lui n'était-il donc pas capable de réfléchir de cette manière ? Tout ce qui lui venait en tête était une succession d'hypothèses et de théories quant aux enchaînements des événements suivant les actions que lui ou son entourage faisait. Il l'enviait. Oui, malgré toutes les humiliations et autres brimades, Near enviait son bourreau de toujours. Il enviait son énergie, sa facilité à montrer ses émotions, émotions que lui ne parvenait même pas à créer. Il jalousait son aisance envers les autres et les liens qu'il arrivait à tisser, peu importe leur nature. Et il aimait aussi ces rarissimes moments où il écartait un peu les fibres de ces liens tissés pour se donner l'impression que lui aussi faisait partie d'une aventure. Comme la bataille dans le fort.
Alors il se leva et sortit prudemment de sous le chariot qu'il poussa en toute discrétion. Near peinait à réaliser ce qu'il était en train de faire, et pourtant, il le faisait.
Par chance, le coin de la cuisine où Near transporta son cheval de Troie était désert. La plupart des cuisiniers se dépêchaient plus dans l'épluchage de légumes ou dans la conception de la purée aux marrons. Quand ils furent arrivés, Mello et Matt attendirent que Near se penche vers eux pour leur parler.
- Juste sur la table, à votre gauche.
- Génial ! s'exclamèrent les deux autres en se tapant dans les mains.
Mello ne pouvait plus attendre. Il glissa une main discrète et sournoise hors du chariot et tâtonna le plan de travail pendant que Near revenait se cacher près de Matt. Il toucha quelques saladiers, des bouteilles, des sachets divers, mais pas de carré de chocolat. Où étaient-ils donc ? Le garçon ne perdit pas patience – quand il s'agissait de son pêché mignon, il savait se montrer patient comme un ange – et ses efforts finirent par payer. Il sentit de la poudre couvrir la table de marbre lisse. Elle était trop fine pour être du sucre mais pas assez fluide pour être de la farine.
- De la poudre chocolatée ! clama-t-il en refermant son poing sur un petit tas.
Ravi de sa prise de guerre, Mello s'empressa de lécher d'un coup de langue gourmande sa paume couverte de la poudre marron.
- Gnuirk ?!
Ce fut à quelques nuances près le son que la gorge étranglée de Mello parvint à articuler. Ses pupilles s'étaient dilatées dans une horreur statufiée, son teint avait viré au violacé et il avait plaqué les mains devant sa bouche.
- Mello… ? fit Matt, alerté par la drôle de tête de son ami. Que…
- Bleuaaaaaaaark !
A ce cri très distingué – dû à une trop grosse ingurgitation de poudre de cacao à 99 pourcent spéciale truffes peu recommandée pour une fine bouche comme Mello - s'ajouta un bond nerveux du blondinet qui se cogna violemment la tête contre la table du chariot.
- Gniaaaaaaïe !!
A demi assommé, le garçon bascula sur le côté pour s'écrouler sur le carrelage ce qui, sous la violence du mouvement du chariot qui tangua, fit basculer du plateau une énorme dinde en attente de se faire cuire. Eh oui, en plein dans le mille, ou plutôt en plein dans la tête de Mello qui était suffisamment petite pour entrer toute entière dans l'orifice de la bête – à moins que ce ne fût la dinde qui était d'une taille frisant le surréalisme.
Ce fut pile à cet instant que Matt souleva la nappe pour voir comment se portait son meilleur ami après s'être cogné la…
- Hiiiiiiiiiiiiiiiii ! couina le rouquin d'une voix presque aussi aiguë qu'une fille avant de détaler comme un lapin. Ca fait encore plus peur que le boss du niveau 6 de Creepy Invasion III ! Un Mello à tête de dinde aux marrons !
- Gnuurph ! grogna l'enfant depuis les profondeurs du gallinacé qu'il s'évertuait à vouloir retirer. Tu vas voir qui va se prendre un marron !! Gnééé ? Mais aide-moi au lieu de te barrer ! Maaaaatt !
¤ - ¤ - ¤
20h00, réfectoire de la Wammy's House
- H-Humphr…Mumphrrr…
- Matt, si j'entends le moindre son sortir de ta bouche, je vais te cogner si fort de ton crâne va sonner comme les carillons de Noël…
Pauvre petit Matt qui avait toutes les peines du monde à ne pas éclater de rire. Il n'en pouvait tellement plus que son teint rosé avait pris la même couleur que celui de Mello après ingestion de poudre de cacao ultra amer. Ce fut donc perdu au milieu du brouhaha du réfectoire bondé que le coup de Mello sur le crâne de son meilleur ami résonna, suivi d'un « Douille ! » douloureux.
C'était l'heure du festin de Noël, tout le monde était descendu pour s'attabler à sa place, devant une jolie vaisselle et une table décorée de chandeliers, de houx ou de guirlandes de perles qui sillonnaient un passage entre les verres. Avec la lumière des flammes vacillantes et l'or des décorations qui pendaient dans toute la vaste salle, le réfectoire entier semblait rayonner au milieu de la nuit noire extérieure. Il avait recommencé à neiger, demain serait le temps de la revanche contre le Fort Wammy.
Les enfants étaient tous très agités et heureux d'être là, que ce fût pour le délicieux dîner qui commençait à arriver avec des petits pâtés aux légumes ou par la présence remarquée de L qui s'était assis au centre de la table des professeurs, un peu comme le maître de cérémonie. Le jeune homme se tenait comme à son habitude dans sa position fœtale tout en parlant avec ses voisins. Il avait été affublé d'un bonnet de Père Noël qu'une gamine avait trouvé dans un carton de décoration. Voir L avec une couleur aussi vive que du rouge était assez perturbant, mais dans le fond, cela lui allait bien dans la mesure où son côté « grand frère » ressortait davantage.
On frôla le drame au moment du plat de résistance, la dinde truffée à la purée de marron. Matt voulut faire de l'humour en proposant à son ami de se venger en mangeant sa part de dinde mais il comprit vite au regard de Mello qu'il risquait de terminer comme son assaillante : décapité et vidé de ses entrailles par tous les trous possibles. Cet épisode plongeait le garçon blond dans un état d'anxiété intense quand il pensait à L. Mello était en train de l'observer à la dérobée quand, comme s'il l'avait subodoré, L tourna son regard vers lui avant de lever vers le garçon, tel un toast à sa santé, l'une des nombreuses cannes de sucre d'orge qui composaient son assiette.
A ce geste, le blondinet se ratatina sur son banc, rouge de honte et de colère.
- La honte… Je me suis pris la honte devant L-nii-san…
- Tant que ça ne sort pas de lui, Near et moi… objecta Matt qui se retenait encore de pouffer de rire.
Car oui, la personne à avoir vaillamment affronté la terrible dinde froide qui « avait voulu sucer la cervelle de Mello afin de prendre le contrôle de son corps puis dominer le monde » (dixit Matt) et tiré Mello de là, ce fut L. Alors qu'il passait près des cuisines afin de se chercher quelques petites douceurs, le détective s'était tamponné contre Matt qui s'enfuyait en hurlant au monstre. D'ailleurs, quand L avait vu Mello coincé dans sa dinde, Matt aurait juré qu'il avait sourit, chose d'extrême rareté.
Heureusement, L était très sympa et compréhensif. Il n'avait disputé personne. Il s'était juste contenté de prendre les cannes sucrées que Mello et Matt avaient chipées puis de les envoyer tous les deux se préparer pour le dîner. La punition avait été très magnanime, mais la fierté de notre petit monstre avait été pendue haut et court…
- Et Near ? enragea Mello en fusillant des yeux le petit garçon qui mangeait quelques tables plus loin. Je parie qu'il s'amuse bien de ce qui m'est arrivé, hein ?
- On parle de Near, là. Non, il n'a rien dit. Déride un peu, Mello, c'est Noël ! s'enthousiasma Matt en lui donnant une tape dans le dos.
Dans l'espoir de rendre le sourire à son ami apathique, le rouquin lui fit cadeau des trois petits chocolats ganachés à la praline qu'on venait de lui donner comme au reste de la table. Il les déposa dans l'assiette de Mello juste à côté des siens et lui sourit chaleureusement.
- En tout cas, je me suis trop amusé avec toi, Mello. Et j'espère qu'on en aura encore pleins, des moments comme ça. Cette journée, c'était ton cadeau pour moi. Merci.
- Matt…
Mello le dévisagea avec un air déconcerté. Il ne pensait pas que Matt pouvait se montrer aussi… amical. Il pensait qu'il ne traînait avec lui que parce qu'il savait qui était le plus fort des deux ou parce qu'il s'ennuyait entre deux parties de jeux, mais non. Il était vraiment là avec lui. Quelque part, ça lui faisait chaud en lui.
Matt eut un rire gouailleur.
- Ne me regarde pas comme ça ou je t'embrasse.
- Gnuh ? Ca va pas la tête ? La ferme ! ordonna le blond, rose.
Pour oublier sa gêne, il enfourna directement trois chocolats en bouche. Il croqua, la mine incertaine. Il remua un peu la langue, l'air inquiet. Il attendit, l'expression horrifiée et… s'écroula sur la table en pleurant.
- Raaaah ! Cette poudre de tout à l'heure était tellement amère qu'elle m'a complètement annihilé les papilles !! Je sens plus le goût du chocolaaaaaaaat !!
- Là, là…
Il était 22h00 à présent dans la salle commune de la Wammy's House. Les pensionnaires de l'orphelinat s'en étaient allés se coucher pour aller rêver des cadeaux qui les attendraient le lendemain tandis que d'autres digéraient leur dîner en dormant à moitié devant le feu de la cheminée. Matt, Mello et Near faisaient partie de ceux-là. Ils n'étaient pas seuls car ils entouraient L qui était venu leur tenir un peu compagnie. Ce dernier leur parlait des enquêtes qu'il avait menées depuis qu'il était parti, aidé de ses petits protégés qui raisonnaient à haute voix au fur à mesure que le jeune homme leur racontait ce qu'il s'était passé.
Il était attendrissant de voir nos trois enfants terribles sagement postés devant L qui tournait le dos à la cheminée. Le contre-jour créé lui donnait un air encore plus mystérieux et inaccessible qui maintenait Mello, Matt et Near dans une attention constante presque sacrée avec les yeux pétillants. Matt s'était allongé sur le ventre, Mello assis sur lui à califourchon en s'appuyant sur les coudes pour maintenir son menton, et Near gardait sa position fétiche en tournicotant sa mèche avec plus de ferveur que d'ordinaire.
- Et donc, c'était ce fameux Monsieur Francks… commença Near en hochant la tête.
- … parce que il a commis l'erreur d'oublier que son associé portait la même veste ! termina Mello en tapant dans son poing dans sa paume.
- T'es trop fort, L-nii-san ! conclut Matt en balançant ses jambes.
L les contempla un par un. Il se sentait si fier. Si jeunes, et ils avaient résolu cette affaire de meurtre, pourtant complexe et tortueuse, aussi clairement que lui avait réussi à le faire. De ces trois graines de génie, laquelle saurait le mieux pousser pour le remplacer quand il aura trouvé plus fort que lui ? Il savait ce qu'ils valaient tous les trois séparément, mais il voyait à présent ce que donnaient leurs efforts combinés. Surtout ceux du remuant petit Mello et du stoïque Near. Si ces deux-là acceptaient de mettre leurs différends de côté…
- Allez, tous les trois. Il se fait tard, il faudra être en forme pour l'ouverture des cadeaux. Il faut dormir.
- Oh nooooon… ronchonna Mello en se redressant. Encore une autre, L-nii-san…
- Tu dis ça, mais tu dors jamais, je parie… nota Matt en bougonnant.
- Et toi qui passes la nuit sur tes jeux ? Ne mens pas, Roger me l'a dit, répliqua gentiment L en baissant les lunettes de Matt sur son nez pour le taquiner. Au dodo dans 15 minutes !
Et L ressortit de la salle commune sous un « Ouiiiii ! » angélique à deux voix. Il ne restait plus personne dans la salle à part les trois enfants qui firent silence quelques secondes pour savourer ces longues minutes passées avec leur modèle. Puis, ils reparlèrent de l'enquête qu'ils venaient d'entendre, se demandant si dans l'avenir, ils auraient le même genre à résoudre ou un style plus tordu avec, pourquoi pas, du paranormal dedans ?
Les discussions se poursuivirent jusqu'à ce que Near jette un œil à l'heure.
- Les 15 minutes sont passées, vous n'allez pas vous coucher ?
- Pas envie… lâcha Matt en roulant près de la cheminée.
Mello grogna la même chose et détailla le sapin près de lui. Sa silhouette qui se découpait dans l'obscurité par la lumière dorée des flammes avait une curieuse forme. Les boules, les guirlandes et les sujets en cristal qui pendaient aux branches apparaissaient par intermittence au rythme de la danse du feu. C'était assez joli, il se sentait apaisé. A vrai dire, après cette délicieuse soirée avec L, il serait prêt à accepter presque n'importe quoi tellement il se sentait léger et heureux. Il était aussi tellement excité qu'il pourrait rester debout toute la nuit.
- Je sais ! fit le petit blond en se tournant vers les deux autres. On fait nuit blanche ici ! Comme ça, on guettera les adultes qui mettent les cadeaux. On repèrera les nôtres tout de suite et on sera les premiers dessus.
- Ouais ! Je marche ! accepta Matt. Near, t'es avec nous ?
- Hep hep hep ! Qui a dit qu'il était convié ?
Petite minute de réflexion. Après tout, pourquoi pas ? Near ne tiendrait pas toute une nuit éveillé vu son jeune âge alors que lui, les nuits courtes, il connaissait ! Il avait passé assez de soirées en douce dans la chambre de Matt à parler avec lui ou à jouer aux jeux vidéos pour penser qu'il était assez entraîné. C'était là une bonne occasion pour battre Near ! C'était Noël, le Christ veillerait sur lui et sa victoire !
- Near, en planque avec nous.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Voilà les trois garçons cachés sous l'une des grandes tables de la salle commune, une grande nappe leur retombant sur le front qui leur servirait de couverture pour se cacher. Pour passer le temps, ils avaient le feu qui dansait dans l'âtre. Ce spectacle, monotone d'apparence, comportait cependant de temps en temps des scènes d'action avec une bûchette qui remuait quand elle se consumait.
Near avait suivi, sans réellement comprendre pourquoi il était là alors qu'il n'avait rien demandé une fois de plus. Mais il était là, à faire le guet pour quelque chose qui ne viendrait certainement qu'au petit jour. Cela ne le dérangea pourtant pas outre mesure. Au moins, il était au chaud, serré contre Mello et avec son coussin sous sa poitrine, et l'écouter parler avec Matt lui permettait de le connaître davantage sans se faire insulter. Oui, ça lui convenait.
Au bout d'un moment, quand Matt s'était déjà endormi contre son coussin en respirant bruyamment avec la bouche ouverte, Near se décida à parler.
- Mello…
- Quoi ? fit l'apostrophé, étonné comme s'il venait de se souvenir que Near était là.
- Aujourd'hui… c'était bien.
Le garçon le guetta du coin de l'œil d'un air méfiant. Qu'est-ce qu'il lui disait encore ? C'était quoi, cette entourloupe ?
Son voisin quitta un instant la cheminée des yeux pour les baisser par terre. Le reflet d'or du feu sur ses pupilles lui donnait un autre regard.
- Grâce à toi, j'ai passé une bonne journée. Je sais que je ne montre jamais mes émotions…
- Ca, tu peux le dire, coupa Mello sans délicatesse.
- Mais pour aujourd'hui, ça ne m'a pas dérangé.
- Hein ?
Là, Mello ne comprenait pas. Quelle personne saine d'esprit pouvait donc se dire qu'elle n'était pas incommodée de ne pas avoir d'émotions ? Ce n'était pas humain, ça ! Ne pas avoir d'émotions, c'était être un robot et rien de plus !
Near opina lentement du chef.
- Oui, parce que tu étais avec moi. Et avec tout ce qu'on a fait, tu as dégagé assez d'émotion et de sentiments pour faire aussi ma part. Les jeux dans la neige, la décoration du sapin, la visite des cuisines, j'ai tout ressenti à travers toi. Tu m'as fait sentir plus humain que jamais, Mello. Je voudrais t'en remercier.
Le garçon près de lui ne savait quoi répondre. Il en était coi. Ben ça… Near qui lui disait qu'il avait été heureux d'être resté avec lui en dépit de tout ce qui lui avait fait subir. Le plus ahurissant encore était de l'entendre dire qu'il… non… qu'il « admirait » Mello ? Qu'il s'était reposé sur lui pendant cette journée ? Mello ne savait pas s'il devait se sentir fier comme un jeune coq ou au contraire, se laisser penser qu'il avait été utilisé toute la journée. Un coup d'œil à son rival albinos suffit à lui dire qu'il ne fallait pas prendre la deuxième option. Near ne faisait jamais les choses dans une mauvaise optique. Ni dans une bonne d'ailleurs. Il faisait les choses neutralement. Near en avait peut-être assez d'être le spectateur de la vie, il voulait peut-être vivre réellement les choses qui passaient à sa portée. Et pour les vivre, il avait besoin de Mello en fil conducteur ?
Silence.
- Mouais. Ben ne reste pas trop « à travers moi », ça finirait par te rendre malade, p'tit génie.
¤ - ¤ - ¤
- Near… ? Mello ? Matt ?
- H-Hein ? De quoi… ?
Mello papillonna des paupières et fut assailli par un mal de dos épouvantable. C'était comme si un groupe de danseurs russes s'était défoulé sur son dos pendant son sommeil. « Sommeil » ? Zut, il s'était endormi ! Le garçon se frotta les yeux en se redressant et non pas sans se cogner la tête contre la table dont il avait oublié la présence au-dessus de sa tête.
- AÏE !
- Et voilà ce qui arrive quand on ne dort pas dans son lit.
- L-nii-san…
L était là, accroupi devant lui en s'appuyant contre le rebord de la table. Tandis que son aîné s'occupait de réveiller les deux autres garçons endormis en boule, Mello se hissa pour regarder par-dessus son épaule. Il faisait déjà jour dehors et le soleil frappait de ses rayons de lumière au travers des vitres une montagne de cadeaux qui recouvrait le pied du sapin.
- Ouais ! s'exclama-t-il en bondissant de sous la table.
Au même moment, d'autres enfants enroulés dans leurs robes de chambre ou encore en pyjamas entraient dans la salle commune en s'émerveillant du grand nombre de paquets qui s'amoncelaient sous leurs yeux. Toutes les tailles et toutes les formes étaient là, joliment enveloppées de papier brillant et coloré et entourées de rubans couleurs arc-en-ciel.
Quelques minutes plus tard, tous les enfants étaient assis par terre en train de déballer leurs présents en se les montrant les uns les autres sous les regards bienveillants de Roger et de L. Chacun fut heureux des quelques cadeaux qu'il reçut. Near avait eu son robot dernier cri et tout un lot de figurines qui nul doute lui servirait grandement dans quelques années, Mello s'ébaudissait devant une énorme boîte de chocolats fins et un nouveau pull et Matt s'extasiait devant sa version collector de Sniper Shoot dont le boîtier argenté s'accordait parfaitement à la couleur de sa toute nouvelle console qui, il se le jura, ne finirait pas par la fenêtre.
Il s'approcha de Mello qui s'était déjà mis à part pour entamer sa boite avec gourmandise.
- Attention à la crise de foie…
- Miam, m'en fiche, c'est Noël ! Tout est permis ! rit l'enfant en frissonnant de plaisir avec une nouvelle douceur en bouche.
- J'ai toujours ton cadeau à te donner.
Mello avala son chocolat et vit que Matt gardait les mains dans son dos. Un instant, il eut honte de se dire qu'il n'avait rien pour lui, mais la curiosité chassa vite son début de culpabilité.
- Allez, montre voir ! dit-il en se levant pour lui faire face. C'est quoi ?
Matt tendit alors les mains et les passa autour des épaules de Mello qu'il attira contre lui pour une étreinte tendre et sincère. Le blondinet ne s'attendait pas du tout à ça et somma Matt d'arrêter de faire le malin et de vraiment lui montrer son cadeau, espèce de pervers !
- C'est ça, mon cadeau.
Mello cessa sa crise. La voix profonde de Matt lui avait coupé la parole. Il ne fit que baisser la tête sur l'épaule de son ami, agacé par cette brutale sensation de vulnérabilité qui lui parasitait le corps.
- On va nous voir.
- M'en fiche.
Matt le serra plus fort contre son cœur et ferma les yeux pour apprécier pleinement les mots qu'il s'apprêtait à dire.
- Joyeux Noël, Mihael.
Ce n'était qu'un murmure que seul Mello entendit. Jamais personne ne l'appelait par son véritable prénom et le fait que Matt le lui dise de cette manière et dans cette circonstance le rendait tout chose. Et ces bras autour de lui, à le serrer comme ça, c'était comme s'ils ne voulaient jamais le laisser partir.
Il ferma les yeux. Lui non plus. Il ne voudrait jamais le laisser partir.
- Joyeux Noël… mon frère.
Et vous, que ferez-vous en attendant Noël...?
FIN
Oooooh… Je peux pas m'empêcher de dire que cette fin est terrriblement « sweet ». C'est le seul mot qui me vient à l'esprit.
Comme vous le constatez, c'est très long et par conséquent, pénible à relire. Aussi, je m'excuse si des fôtes ont échappé à ma vigilance lors de la chasse anti-fautes et coquilles.
Et pour ceux et celles qui se posent la question, oui, Matt ne fait pas « Ouille » mais « Douille » quand il a mal. XD Et oui, la dinde n'a pas eu le temps de sucer la cervelle de Mello.
Ca vous a plu ? Faites le savoir ! Ca me redonnera peut-être l'inspiration. XD
Ja ne !
