Kikoo everybody ! Comment va depuis la dernière fois ?

J'ai l'impression que ça fait une éternité que je ne suis pas passée sur le site. Faut dire que je subis une terrible baisse d'inspiration. Et c'est horrible d'être bloquée alors qu'on a plein d'idées !! Nyaaaaaa !

Bon, je profite de ma semaine de vacances pour me vider un peu la tête et je me rabats sur mes Enfants Terribles. En fait, j'ai remarqué que c'était mon échappatoire quand je voulais faire une pause entre deux trous d'inspiration… XD

Nouvel OS, nouvelle histoire ! Alors, ça donne quoi aujourd'hui ?

¤ Genres ?: Mélancolie, friendship. Moins humoristique que les précédents. Je ne suis pas très douée dans ce genre-là… C'est très dur de se renouveler, vous savez. T.T

¤ Sérieux ou portnawouak ? : Toujours très pointilleuse, c'est toujours du sérieux. Je respecte comme je peux les caractères.

¤ Pairing ? : Pas de pairing proprement dite. Centré Matt et Mello. Near est très discret dans cette histoire.

¤ Ca dure longtemps ? : OS de 11 pages, moui, c'est déjà pas mal. XD

¤ Reviews appréciées ? : Toujours. Et vous êtes déjà tellement gentils avec moi... ¤love love¤

¤ Autre chose à déclarer ? : OS centré sur Matt. Je voulais faire quelque chose rien que pour lui. Je le voyais dans l'anime et me demandais « Quel genre d'enfant Matt pouvait-il bien être ? ». Ok, on le fait toujours comme un garçon sympa et décontracté, toujours fidèle à Mello, mais… et si avant ce n'était pas le cas ? Et comment ça s'est passé avec Mello au début ? J'ai monté ma propre vision du personnage et j'espère ne pas décevoir ses fans.
Désolée pour ceux et celles qui ont aimé les âneries précédentes mais là, je n'ai pas réussi à faire de bonnes trouvailles et aussi, je ne le voulais pas. Je voulais que le genre principal soit la mélancolie.

Avant de vous lâcher dans la lecture, un ENORME MERCI à toutes les personnes qui m'ont lâché des reviews précédemment ! Vous adore !


JEUX D'ENFANTS
- First Fantasy VII : M Chronicles -


CHARGEMENT…

Le chant d'un merle qui zinzinulait sur son balcon fut le premier son qu'il perçut ce matin-là. C'était une musicalité assez aiguë et répétitive, le genre qu'il connaissait le mieux et affectionnait particulièrement.

Les couvertures tirées jusqu'en haut de ses joues, un jeune garçon de quatorze ans battit vivement des paupières pour découvrir des yeux vert bouteille encore humides de sommeil et éblouis par la luminosité qui perçait les rideaux de la chambre. Le soleil, quoique encore timide, rayonnait déjà assez fort pour forcer le garçon à mettre une main en travers de son front filé d'une frange auburn d'un roux flamboyant. Les mèches de ses cheveux éparpillés sur son oreiller à la manière d'un nimbe de feu brillaient d'une douce teinte cuivrée qui prenait une toute autre couleur devant ses yeux à demi clos.

Un sourire rêveur empreint de nostalgie ourlant ses lèvres, Matt promena son regard aléatoirement dans sa petite chambre de l'orphelinat Wammy's House dans l'attente de permettre à son cerveau embrumé de sommeil et de rêves incomplets de se réveiller un peu.

Sagement posée sur son bureau telle la sainte coupe sur l'autel de son église, sa console vidéo attendait d'être à nouveau allumée pour ne plus être lâchée jusqu'au soir tombant, non sans avoir mis sa batterie déjà bien éprouvée aux pires supplices de la résistance et de l'usure. Ce même bureau de bois, fabriqué à l'ancienne comme le reste du mobilier des pensionnaires de l'orphelinat, avait été divisé d'une manière peu mathématique qui ne seyait guère à un enfant qui devait sa présence entre ces quatre murs pour son intelligence au-dessus de la normale. En effet, des quatre petites niches qui servaient au rangement des affaires de l'élève, seule la case à l'extrémité gauche était consacrée à l'abri des livres et des cahiers de classe. De qui donc le bureau avait-il été victime d'un coup d'Etat qui lui avait causé la destitution de son titre de « lieu de travail » ? La divinité moderne que l'occupant de cette chambre vénérait une bonne dizaine d'heures par jour au bas mot : l'électronique. Cartouches de jeux divers, stock impressionnant de piles, écouteurs pour les parties nocturnes clandestines et nombre incalculable de feuilles de papier sur lesquelles étaient griffonnées des pléiades de codes divers de déblocages occupaient le reste de l'espace, non sans déborder dans sur le plancher et sous le lit. Le reste de la chambre était en ordre, ce qui n'était guère étonnant quand on savait que Matt utilisait principalement son lit comme place de « réflexion », qu'il joue sur sa console portable ou sur la console de salon qui lui valait ce petit téléviseur personnel que tous les enfants de Wammy's lui enviaient.

Un imperceptible soupir amusé fuit de ses lèvres au moment où ses yeux s'arrêtèrent sur le petit calendrier épinglé sur le mur près de sa porte.

Il était bien au chaud dans son lit qui dégageait la parfaite température, celle qui vous donnait l'impression de fondre quand vous étiriez un peu vos muscles. Il devait faire froid dans cette chambre, dans ce couloir qu'il allait devoir traverser, dans la salle de bain commune, dans le réfectoire, dans tout l'orphelinat. Non, il aurait voulu se replonger avec délice dans son petit monde de 2D onirique. Pourtant, le nombre rouge souligné du mois en noir sur sa maigre feuille de papier lui faisait l'effet d'un clignotant devant ses yeux.

C'était un jour de soleil pâle. Une date particulière. Une date marquante. Une date étrange. Une date heureuse. Une date à lui. Sa date. Il fallait y aller.

REPRENDRE LA PARTIE EN COURS ?

OUI
NON

Oui. C'était ainsi que le jeune Matt, numéro trois de Wammy's House, concevait l'écoulement du temps. Sa vie ici était une partie perpétuelle dans laquelle sa quête visait à atteindre le titre de successeur de L, le plus grand détective de tous les temps. Pourtant pour lui, cette quête lui importait peu. Il préférait les petites aventures secondaires qui faisaient évoluer son personnage. Ses épreuves ? Les problèmes et les devoirs que les professeurs leur donnaient à tous, rien de plus. Son game over ? Il n'y pensait pas pour le moment.

Le garçon enfila son tee-shirt à manches longues rayé blanc et noir, son jean et prit ses inséparables lunettes-bandeau orangées qu'il redressa dans ses cheveux pour ne pas être gêné. Il s'inspecta dans le miroir. Il ne s'étonna pas du sourire qui illuminait son visage, il l'avait toujours eu pour cette date. Une fois qu'il se jugea présentable, Matt glissa sa console dans sa poche de pantalon et sortit dans le couloir.

Le corridor était déjà bien animé. Il coulait d'un flot d'enfants de tous les âges qui le doublaient avec hâte pour se rendre au réfectoire. Matt faisait partie des aînés de l'institution, la très grosse majorité des autres résidents de Wammy's House étaient plus petits que lui d'une tête au moins. A voir ainsi cet océan de têtes, il se sentait comme le héros de l'un de ses jeux, encerclé par des petits gobelins qui venaient l'assaillir.

Or, dans tout jeu vidéo qui se respectait régnait une créature terrifiante. Une bête terrible et féroce qui gardait jalousement le pouvoir de l'anarchie entre ses serres acérées et défiait le commun des mortels de venir rétablir l'ordre inscrit par les puissances supérieures. C'était le boss. L'être le plus craint et redouté de tous. Et ce matin, à 8h37 précises, cet être effrayant avait quitté son antre pour semer son chaos sur le monde :

- Yo, Mello !

Le garçon à la chevelure blonde coupée au carré qui lui tournait le dos à quelques mètres plus loin dans le couloir se retourna un instant vers l'appel.

Mello
HP : 20 000/20 000
Type : Feu
Objets : Chocolat (x 3)
Attaques : Perpétuelles
Défense : Attaque
Jauge de rage : Toujours chargée

Le boss n'eut hélas pas le temps de répondre à Matt car aujourd'hui, comme bien souvent dans le monde de Wammy's, les puissances supérieures déchaînaient leurs foudres sur l'impudent qui avait encore une fois défié leur autorité. Le rouquin s'approcha pour assister au combat.

Roger croisa les bras sur sa poitrine et jaugea Mello d'un œil sévère :

- Alors, Mello ? J'attends.

- Ben quoi ? Il n'en est pas mort… bougonna-t-il en fourrant ses mains dans ses poches et avec un geste dédaigneux de la tête vers sa gauche.

Matt remonta le regard noir de Roger et vit, posté dans l'encadrement de la porte près duquel Mello et le vieil homme s'étaient arrêtés, un jeune garçon qu'il prit d'abord pour un fantôme tant sa blancheur l'enveloppait de façon quasi spectrale. Near ne changeait pas. Il dépeignait sa neutralité légendaire dans ses habits qui n'avaient pas pris une couleur en dépit des années, pas plus que ses cheveux d'un blanc lunaire.

Near
HP : 10 000/10 000
Type : Glace
Objet : -
Attaque : Indifférence
Défense : Attaque
Jauge de rage : ??

Toutefois, aujourd'hui, Near avait laissé, bien malgré lui semblait-il, une nouvelle couleur entrer dans son tableau d'immaculation totale. Une couleur ? Pas vraiment, certains spécialistes donnaient la qualité de « nuance ». En effet, de gracieuses ornementations noires décoraient le visage de l'albinos le plus intelligent de l'orphelinat. Parmi ces dessins, on dénotait notamment un monocle consciencieusement tracé autour de l'œil gauche, une fausse moustache aux pointes rebiquées à souhait, des cicatrices à faire pâlir Scarface, des points par-ci par-là d'une maladie à la contamination laissée à l'imaginaire du spectateur et des gentillesses comme « Frappez ici » et « Frappez là » inscrites sur chaque joue. Ah oui, il y avait aussi des faux yeux dessinés sur les paupières. Matt ne les remarqua que lorsque Near cligna des yeux.

- Quel âge as-tu donc pour faire ainsi des idioties comme celle-ci, Mello ! tonna Roger. Des tatouages au feutre indélébile !

Matt analysa en une seconde le début de rictus qui étira les lèvres de son meilleur ami. Celui-ci, c'était pour les insolences.

- Je ne dirais pas cela, commença-t-il d'un air goguenard. Voyez plutôt là une expression de mon "sur moi" artistique qui a subitement été éveillé au contact de ce feutre dans ma main et...

- Ne mêle pas Freud à ta mauvaise plaisanterie! Vraiment, avec l'âge, tu deviens de plus en plus ingérable. C'est assez! Tu iras en retenue ce soir dans la bibliothèque pour faire du rangement!

- Pourquoi ça ne m'étonne plus...

Resté silencieux depuis le début, Near plissa davantage les paupières et darda son rival de toujours avec une froideur perçante.

- Tout ça pour le devoir d'hier, dit-il avec son calme hiératique. Mets plus d'énergie dans tes cours plutôt que dans tes vengeances, Mello.

- Tu veux la voir, mon énergie, tête de boule de neige ? s'emporta aussitôt l'attaqué avec violence.

Matt avait eu le réflexe immédiat de saisir son ami par le bras pour l'empêcher de s'attaquer à Near. Une chance que ses heures de jeu lui eussent conféré une rapidité d'esprit à toute épreuve.

Roger s'interposa entre les deux garçons qui se dévisageaient en chien de faïence. Near n'avait pas bougé d'un cil alors que Mello luttait contre lui-même pour réprimer cette insoutenable envie de répondre aux appels inscrits sur les joues de l'albinos. L'homme pria Near de descendre au réfectoire, ce que ce dernier fit sans broncher, puis demanda à Matt de calmer un peu Mello car il savait que de tous les enfants de l'établissement, ce rouquin était le seul à savoir faire entendre raison à cet esprit de feu.

Matt était très surpris. Il connaissait son frère de cœur. Mello était un sanguin qui partait au quart de tour pour un « oui » ou un « non », souvent même pour bien moins que cela. Pourtant, depuis deux jours, Mello se montrait anormalement irascible et odieux avec tout le monde, y compris avec le corps enseignant. D'ordinaire, jamais il ne répondait à un adulte et encore moins quand il était en faute prise en flagrant délit, pourtant, ce qu'il venait de faire devant Roger était difficile à comprendre. Non seulement il lui répondait, mais en plus, il avait osé se montrer ouvertement hostile envers Near au lieu de le faire en douce comme toujours.

Matt guetta son ami tempérer ses ardeurs alors qu'il observait Near qui disparaissait dans les escaliers puis le relâcha avec prudence.

- Ca va… ?

- Humph ! pesta Mello en remettant correctement son tee-shirt noir qui avait glissé sur son épaule. Tant que ce nabot restera dans mes pattes, la question ne se pose pas !

Son compagnon eut un sourire. Oui, il était à peu près calmé.

Les deux garçons rejoignirent le mouvement de la marée humaine en route vers le réfectoire de l'orphelinat pour le petit déjeuner. D'un coup d'œil discret en biais, Matt devinait sans peine l'humeur exécrable de son voisin. La jauge de rage aurait-elle encore été allongée ?

- Tu sais quel jou…

- Matt, pas le temps ! On est déjà en retard ! coupa le blond en accélérant le pas.

Le garçon laissé en arrière ralentit son allure tout doucement jusqu'à s'arrêter complètement, les yeux légèrement écarquillés sur cette masse de cheveux dorés comme les blés qui s'éloignait de plus en plus rapidement.

On coupa le son. L'écran changea.

CHARGEMENT DU NIVEAU PRECEDEMMENT SAUVEGARDE…

C'était un jour de soleil pâle, il y a sept ans maintenant. Il y avait beaucoup de vent ce jour-là. Entre les nuages poivre et sel, l'astre du jour tentait de s'imposer dans un ciel froid.

Ce jour n'était pas comme les autres. On était venu le chercher très tôt ce matin-là à son domicile. Il n'avait pas fait très attention à ce vieux monsieur à l'air bienveillant et au visage mûr qui était venu converser avec ses parents, un mois auparavant. Il était bien trop occupé à gravir les niveaux de son nouveau trésor de pixels.

Pourtant, quand ce vieux monsieur entra, sa mère avait fait une drôle de tête. Comme le jour où ses parents l'avaient emmené dans un drôle de bâtiment, un… un quoi, déjà ? Un « centre pour enfants précoces », ça devait être ça.

Quand cet homme avait franchi le seuil de la maison et que sa maman qui lui avait ouvert avait baissé les yeux sur son fils de sept ans qui tapotait sa machine pour lui demander de monter dans sa chambre, il avait tout de suite compris que c'était pour parler des tests qu'il avait passé dans ce centre. Intrigué, il avait baissé le volume de son jeu et avait écouté d'une manière distraite.

Pas facile de se concentrer sur une conversation lointaine alors qu'un écran en action permanente sous vos yeux vous demandait tant d'attention. Il ne retint que des bribes confuses comme «… fils incroyablement intelligent », «… un avenir prometteur grâce à une structure spécialisée pour… », « Il ne manquera de rien. Ayez confiance. » et d'autres choses dans ce genre. Il se souvint avoir entendu sa mère poser plein de questions auxquelles le vieil homme s'était efforcé de répondre au mieux.

Questions… que ses parents ne lui ont jamais posé à lui, leur enfant devenu intouchable à cause de son don.

Il marchait en silence aux côtés de ce vieux monsieur bien emmitouflé dans son imperméable gris. Ils traversaient la cour extérieure d'un grand bâtiment construit un peu à l'ancienne. Il n'aimait pas cet endroit. Trop vieux. Il y avait l'électricité au moins ?

L'homme tourna la tête vers lui et lui offrit un sourire engageant.

- Bienvenue à Wammy's House, Matt.

Matt. Cet homme lui avait très bien spécifié d'oublier son nom de famille. Ici, les enfants ne s'appelaient désormais plus que par des pseudonymes pour préserver leur anonymat, question de sûreté pour leur avenir. Cette étrange clause lui plaisait quelque part. Ca faisait très « jeu d'infiltration ».

Il ne souffla mot durant le court trajet qui le séparait du monde extérieur jusqu'aux portes du hall de l'orphelinat. D'ailleurs, il n'avait plus dit grand-chose depuis le jour où ses parents avaient découvert que leur enfant était quelqu'un de « spécial ». Leur regard avait changé. Il s'était mêlé au fond des yeux vert bouteille de sa mère une sorte de… Non. En fait, il n'avait jamais su dire ce qui avait fait que ses parents s'éloignent ainsi de lui. Ce n'était pas de la peur, ils ne le prenaient pas pour un monstre. Non. Peut-être… une mésestime d'eux-mêmes ?

Qu'importe. Le résultat était là. Quelque chose était mort.

Alors, pour compenser ce « Game over », il avait vendu son âme au démon qui avait emmené ses parents loin de lui. Il devint sourd et muet, se réfugia et s'enferma dans sa bulle de pixels, simplement pour le maigre bonheur de pouvoir appuyer à sa guise sur « Reset » alors qu'il aurait tout donné pour le faire dans sa vie réelle.

Ils gravirent la première marche menant au hall d'entrée. Sa gorge se serra et sa main se referma malgré lui autour du manteau de son accompagnateur.

NOUVELLE PARTIE

Maman… Papa…

NOMBRE DE JOUEUR(S) :

1

- Finis les bavardages, je vous prie !

Matt tressaillit sur son siège si violemment que le stylo qu'il tenait fila entre ses doigts pour glisser par terre avec un petit son grésillant. Il cligna des paupières pour s'arracher le plus rapidement possible de ses pensées qui l'avaient enlisé de la fuite de Mello jusqu'à ce début de cours d'Histoire géographie.

Malgré ses souvenirs lointains, il avait pris tout naturellement sa place habituelle à l'avant-dernier rang tout à droite. Il préférait toujours rester en arrière ou en retrait, non pas pour faire du chahut, mais plutôt pour avoir une vue d'ensemble, pouvoir étudier et analyser les choses et les gens. Il avait toujours été un homme d'observation. Mello était plus branché « action ».

La petite pièce, assez grande pour accueillir une vingtaine de pupitres individuels, était très sobre. Des murs blancs habillés de quelques cartes, schémas d'anatomie et une frise chronologique reflétaient la luminosité qu'accueillaient les larges et hautes fenêtres classiques en fer forgé noir. Miss Suzan, leur jeune professeur d'Histoire géographie avait baissé ses lunettes en demi lune pour observer avec critique un élève dissipé au fond de la classe. Matt n'eût qu'à tourner la tête à sa gauche pour voir qu'il s'agissait encore de Mello qui faisait des siennes.

Son ami, qui était aussi son voisin de pupitre, était en train de parler, non pas avec Near comme on pouvait s'y attendre – Near était le voisin de gauche de Mello et, à l'inverse du reste de la classe, ne s'intéressait pas du tout à la nouvelle fantaisie du blond – mais avec le garçon qui occupait le pupitre en face du sien, à savoir Connel. Et à en juger les expressions pincées voire colériques que les deux garçons se renvoyaient, nul doute qu'ils avaient quelque différend ensemble. Matt fronça les sourcils. Mais qu'est-ce qu'il faisait ? D'accord, Mello et lui rejoignaient Connel de temps à autre pour une partie de football mais, de façon très générale, Mello ne l'aimait pas et préférait l'ignorer avec tout le royalisme possible. Pourquoi cherchait-il à lui parler alors?

- Tu as fini, Mello ? demanda patiemment Miss Suzan d'un ton néanmoins péremptoire.

L'apostrophé eut le temps de lancer une œillade féroce à son interlocuteur d'en face entre deux grimaces de coupable pris la main dans le sac.

- Oui, oui… grommela-t-il de mauvaise grâce en se redressant correctement sur son bureau pour s'y accouder.

Grâce à son sens de l'observation aiguisé, Matt devina que son ami avait encore une fois envie de sortir une réplique bien vénéneuse, sans aller cependant jusqu'au bout. La sentence de la retenue devait planer pas loin de lui en ce moment. Mello était encore furieux. Pourquoi ? Contre quoi ?

Matt repensa douloureusement à ce silence qu'il avait essuyé, quelques minutes auparavant.

- Tu sais quel jour on est, hein, Mello… ?

C'était un matin de soleil pâle.

La porte s'ouvrit sur une classe bruyante dont le volume trop élevé de décibels lui matraqua les tympans dans une violence inouïe. Ca sentait autant le vieux que cette salle de classe paraissait vieille, presque venue d'un autre temps. Au moment où le vieux monsieur et lui franchirent le seuil de la porte, le silence se fit, aspiré par les profondeurs. Des murmures pressés commençaient à peine à s'élever qu'ils s'évanouirent au son des pas de l'homme sur la vieille estrade de bois usé. Lui n'avait pas bougé et gardait la tête baissée sur ses pieds.

- Les enfants, je souhaiterai vous présenter un nouveau pensionnaire. J'espère que vous vous entendrez bien avec lui et que vous l'intègrerez comme il se doit. Approche…

Il serra les poings au fond de ses poches. Il détestait déjà la réalité, voilà qu'on le forçait à l'affronter de face ? Quelle ignominie.

Bon gré mal gré, il sortit les mains des poches de sa doudoune sans manches beige et se dirigea d'un pas lent vers l'estrade sur laquelle il monta et se mit face à la classe. Il respira un bon coup et releva enfin la tête.

En deux petites secondes, le bilan était fait. De ces vingt élèves de sept-huit ans, tous appartenaient à la réalité qu'il haïssait de tout son être. Tous ? Non. Un seul visage ne comportait pas l'expression qui lui donnait l'impression d'avoir écrit « Je suis un génie » sur son front. Un seul enfant n'avait pas cette lueur insupportable qui faisait de lui quelqu'un de différent. Et cet enfant, c'était un garçon blond au visage fin et aux traits graciles qui jugeait la chute des feuilles mortes dehors mille fois plus intéressante que l'arrivée d'un nouvel élève dans sa classe.

- Tu te présentes ? invita le professeur d'Histoire avec courtoisie.

- Je suis Matt, répondit-il sans plus de cérémonie.

- Sois le bienvenu, Matt. Installe-toi. Il y a une place, là, à l'avant-dernier rang.

A la droite de ce garçon indifférent ? Etait-ce un signe ?

Il opina du chef et remonta l'allée sous les regards curieux des autres enfants qui le dévisageaient à la dérobée. Tout à coup, la voix de l'enseignant, Mr Loan à l'époque, claqua si fort qu'il sursauta.

- Quant à toi, nous n'avons pas fini de parler ! rappela-t-il en fixant le fond de la salle.

Le garçon blond émergea de sa contemplation automnale et se tourna vers son professeur sous l'œil intrigué du nouvel arrivant.

Mr Loan alla s'adosser contre son bureau sur l'estrade et enfonça ses petits yeux noirs enflammés dans ceux bleu acier de son élève.

- Qu'est-ce que c'est que cette histoire de« chasse aux sorcières » que tu appuierais sur mes cours, hum ? Qu'as-tu encore fait à Near ?

Le garçon haussa les épaules avec toute l'innocence que son âge de raison pouvait lui conférer :

- C'était pour jouer ! On a jugé l'hérétique et on a conduit son familier au bûcher pour expier ses fautes dans les flammes divines de la rédemption.

Traduction sous-entendue de langage enfantin : j'ai encore insulté Near et on a ligoté son ours en peluche contre un rondin de bois avant d'y mettre le feu.

D'après ce qu'il venait de comprendre, ce garçon avait déjà une réputation de caïd et sa haine envers ce dénommé Near n'était un secret pour personne, pas même pour lui, le petit nouveau fraîchement arrivé. Qui qu'il fût, ce garçon provoqua chez lui une étrange admiration à laquelle se mêlait curiosité et peur. Il vivait dans un orphelinat de surdoués et pourtant, il continuait de vivre sa vie sans contrainte ?

Emmuré dans son silence, il n'ouvrit pas la bouche de toute la journée. En revanche, il ne détacha pas son regard de son voisin de gauche, ne serait-ce qu'une fraction de seconde. Il voulait l'analyser comme il le faisait depuis toujours. Quand on perdait un sens, on en développait un autre. Il avait perdu la parole, il avait développé sa vue.

Le blond était quelqu'un d'également observateur car il se rendit vite compte qu'il était épié, ce qui lui suffit à le mettre très en colère.

- Quoi ? C'tu me veux, toi ? lança-t-il d'un ton acerbe.

Il ne répondit pas. Il ne fit que détourner les yeux avec indifférence. Il ne savait refléter que cela depuis qu'il savait qu'il n'était pas comme les autres.

L'autre enfant le dévisagea avec une grande minutie. Après un long silence d'examen sévère, il plissa les yeux.

- T'as une couleur de cheveux bizarre.

Son œil gauche glissa lentement du tableau vers le regard acier coulé de son interlocuteur.

- Tu ressembles à une fille.

Etouffant une vocifération outrée, le garçon se leva, le poing serré de haine vengeresse.

La sonnerie stridente de la fin du cours lui arracha une douloureuse grimace. Le fil de sa pensée se rompit d'un seul coup. Ce n'était pas plus mal, il devait tout de même se concentrer pour éviter de se faire rappeler à l'ordre. Il n'avait jamais aimé attirer l'attention sur lui.

Matt se leva de son pupitre et rassembla ses quelques affaires en épiant du coin de l'œil son voisin de gauche qui avait drôlement grandi depuis ce premier cours d'Histoire sur fond de compte-rendu de bêtise. Mello rangeait – ou plutôt jetait – son livre de cours et sa trousse dans son sac d'un geste sec et impatient, les sourcils toujours froncés. Ca, cette expression, c'était pour les problèmes qui persistaient depuis plus d'une journée. Nul doute qu'il y avait là un rapport avec cette humeur explosive depuis deux jours.

Il baissa les yeux. Mello avait-il oublié ? Non. Ce n'était pas possible.

Il s'approcha de son ami avec un sourire engageant :

- Hé, Mello ! Après le déjeuner, ça te dirait… ?

- Matt, je ne suis pas d'humeur ! tonna le blond avec un furtif regard agacé. Foutue retenue à la con ! Comme si j'avais besoin de ça auj… Ah ! Connel ! On n'a pas fini, tous les deux !

- Mello !

Le blond se retourna, surpris par le subit éclat de voix de Matt. Ce dernier le regarda droit dans les yeux, presque suppliant.

- Tu sais quel jour on est ?

Un voile assombrit le regard acier du garçon qui lui tourna le dos.

- Ouais. Je sais.

Sur ce, il se dépêcha de suivre les pas de Connel qui quittait la classe, abandonnant une nouvelle fois le rouquin à ses désillusions. Les mâchoires serrées, il baissa ses lunettes orangées sur son nez et sortit à grand pas, bousculant au passage une fille aux couettes d'un joli châtain-roux. Dans la collision, elle lâcha sa grande chemise à dessins qui laissa filer une dizaine de feuilles s'éparpiller au sol.

- Zut…

- Oh, Linda… Désolé… Attends, je vais te donner un coup de main.

Linda, c'était l'artiste de la Wammy's. Elle dessinait comme personne. C'était une gentille fille discrète et sans histoire qui n'aimait pas les conflits. Matt l'aimait bien, elle était l'une des rares qui s'était préoccupée de son mutisme lors de ses premiers jours à l'orphelinat. Elle avait même déjà caressé le fol espoir de réconcilier Mello et Near et rien que pour ça, Matt lui donnait tout son respect.

Le garçon lui tendit les dernières feuilles représentant la cour de l'orphelinat sous les feuilles d'automne et Linda lui rendit un sourire amical pour le remercier. Sourire qui s'effaça tout à coup à la vue de la pâle figure qu'avait son ami.

- Ca n'a pas l'air d'aller, remarqua-t-elle en se remettant debout.

Matt l'imita, les yeux baissés sur ses pieds.

- Tu sais… Tu sais ce qu'il a Mello depuis deux jours ?

Poser cette question à Linda était stupide car il savait d'avance qu'elle ne connaîtrait pas la réponse. Pourtant, il voulait la poser, cette question. Il ne pouvait pas le demander à Mello parce qu'il le fuyait comme la peste. Du coup, comme Linda était l'une des seules personnes avec qui il lui arrivait de parler, il s'était tourné vers elle.

La jeune fille roula un peu des yeux. Visiblement, elle aussi avait remarqué l'état étrange de l'enfant terrible de Wammy's House.

- C'est vrai qu'il agit de façon très nerveuse depuis quelques temps… Vous vous êtes disputés ?

- Non…

Linda voyait bien que Matt n'allait pas fort. Aussi voulut-elle le réconforter par un sourire optimiste et une main qui serrait son épaule.

- Tu connais Mello. Il a ses périodes…

- Comme les filles ?

Son amie eut un rire entre la nervosité et l'attendrissement.

- On va dire ça comme ça. En tout cas, il finit toujours par revenir vers toi. Alors, il reviendra. Et puis, tous les deux, vous êtes les inséparables M et M ! finit-elle sur une note très enjouée.

Silence.

- Ca fait très bonbon chocolaté, cette appellation.

Sa mine grognonne ne resta pas longtemps sur son visage sombre, il préféra laisser la bonne humeur de Linda créer un sourire touché. Oui, elle avait raison. Mello finissait toujours par revenir à lui, même après ses sautes d'humeur les plus violentes. Alors d'accord, il l'attendrait, comme toujours.

D'un autre côté, la pensée qui régissait la journée de Matt aujourd'hui, c'était cette date. Il aurait cru que Mello y songerait aussi, mais au lieu de cela… Pourquoi maintenant ? Pourquoi maintenant alors qu'avant… ?

Il leva un peu les yeux de sa console et balaya la cour de récréation qui grouillait d'enfants qui jouaient. Ils étaient tous très jeunes. Les plus âgés comme lui préféraient souvent s'isoler dans la bibliothèque ou, pour les garçons surtout, se défouler sur le terrain. Alors, ce serait donc à cause de ça ? L'âge de l'enfance ne s'appliquait plus à partir de quatorze ans ? Il était devenu trop vieux pour s'attacher à une date en rouge sur un bout de papier ?

Il refusait cela. Il avait envie de chérir cette date. Même si Mello, absent de son champ de vision, semblait ne pas partager cette volonté.

La journée parut très longue pour Matt qui se sentit esseulé comme jamais. Il avait fait un bond dans le temps de sept ans en arrière où il n'était qu'un gamin sauvage qui ne parlait pas et s'isolait de la réalité en se parant de carreaux colorés. Ca faisait mal de retourner à cet état de mutisme après tant de temps.

Il apprit durant la journée que Mello avait encore fait des siennes. Avec Near pour changer. Il aurait été question de prise en flagrant délit de furetage dans un endroit où il n'était pas supposé aller et Near aurait été appelé à comparaître en qualité de témoin de l'effraction. Encore Near. Toujours Near.

L'après-midi touchait à sa fin lorsque Matt tomba par hasard, au détour d'un couloir, sur Mello qui avait coincé Near contre un mur en le tenant fermement par le col.

- T'aurais jamais dû me cafter, tête de boule neige, menaça-t-il d'une voix frémissante de haine. Pas aujourd'hui.

- C'était un hasard si j'étais là, répliqua Near avec tout autant de froideur.

- Je vais t'en foutre du hasard ! s'écria Mello, le poing levé.

- Tu vas être en retard pour ta retenue.

Mello refréna son coup, soit grâce à la remarque de Near ou soit parce qu'il venait de sentir la présence de Matt à l'autre bout du couloir. Lorsqu'il vit le rouquin qui le dévisageait sans aucune expression sur le visage, Mello lâcha Near non sans le bousculer une dernière fois contre le mur et en lui murmurant quelque chose de peu amical. Puis, il fourra ses mains dans ses poches et remonta le corridor à toute vitesse sans prendre la peine d'adresser un mot ou un regard à Matt.

Il ne fit pas vraiment attention à cet ignorantisme de la part de son ami. Là, il se focalisait sur Near qui réajustait le col de sa chemise dans la plus stricte neutralité. Pourquoi ? Pourquoi fallait-il qu'aujourd'hui Near eût le droit à plus d'attention que lui ? C'était horrible de penser ça, mais Matt souffrait de cette distance avec Mello au point de souhaiter d'être à la place de l'albinos, même pour se faire frapper. Mello ne se battait jamais avec lui. Jamais. Hélas, aujourd'hui, il aurait aimé un signe. Même un coup de poing en plein nez.

Ses poings se serrèrent jusqu'à enfoncer ses ongles dans ses paumes. Pour l'une des rares fois de sa vie, il se laissa gagner par la même haine que Mello.

Near s'aperçut du regard persistant de Matt sur lui et l'observa à son tour.

- Qu'y a-t-il ?

- Je n'ai rien contre toi et ta superbe intelligence, Near. Mais j'en viens à te détester à mon tour.

Near ne répondit rien. Matt s'en moquait, il avait dit ce qu'il avait sur le cœur et ça lui suffisait. Après ces mots, il tourna le dos pour s'en retourner dans sa chambre lorsque la voix monocorde du numéro un de Wammy's le retint :

- Je suis ici pour devenir le digne successeur de L. Mello est ici pour me surpasser. Et toi, pourquoi es-tu ici?

Il s'arrêta. Pourquoi était-il ici ? Pas pour devenir L, non, il pensait que sa quête principale l'intéressait bien moins que les petites aventures secondaires qui faisaient évoluer son personnage. Il n'avait pas de but comme le reste des enfants de l'orphelinat. Eux, ils étaient là pour avoir un « brillant avenir » comme on leur disait. Lui, il s'en fichait de sa pseudo grande carrière car il n'avait jamais demandé à être parachuté ici. C'était ses parents qui l'avaient envoyé sans lui demander son avis.

Dans ce cas, pourquoi restait-il dans ce monde où ses pas ne le mèneraient jamais jusqu'au générique de fin ? Etait-il condamné à tourner en rond dans les chemins inutilisés d'une dimension pourtant extraordinaire ?

Pourquoi ?

Il redressa la tête.

Pour cette date.

Pour vivre. Vivre vraiment.

C'était un soir de soleil pâle. La bibliothèque était vraiment impressionnante. Jamais dans sa vie il n'avait vu autant de livres. Il y avait de longues tables disposées près des fenêtres pour que les élèves studieux puissent travailler sans manquer de lumière. La salle était orientée plein sud, le soleil entrait directement par les longues baies vitrées et faisait office de lumière naturelle. En hiver, le chauffage était inutile car l'effet de réverbération suffisait à lui seul.

En cette soirée, les lieux étaient déserts. Les rayons du soleil couchant dardaient les livres anciens à la tranche écrite d'or dont l'éclat n'avait rien à voir avec le reflet lumineux qui égayait la chevelure blonde du garçon assis près de la fenêtre qui fixait d'une colère froide sa main gauche entourée d'un bandage. Enfin, il consentit à diriger son regard de flamme droit sur lui.

- TOI ! Tu vas me payer ça, je te le garantis !

Il se contenta de baisser ses lunettes orangées sur son nez et haussa les épaules avec désinvolture.

- J'ai esquivé, c'est tout.

Il ne le savait pas encore, mais cette rapidité dans les réflexes lui vaudrait plus tard le respect de ce garçon blond en plus de sa non-violence permanente. En tout cas, jamais il ne pourrait oublier ce hurlement déchirant qui avait ébranlé la Wammy's House tout entière.

Le blond voulut répliquer mais il fut arrêté par Mr Loan qui venait d'entrer. Il se posta devant les deux enfants en les jaugeant de bas en haut et fronça les sourcils.

- Un peu de rangement vous aidera peut-être à classer vos idées avant de vous battre dans mon cours, dit-il en désignant une pile impressionnante de livres à ranger. A l'avenir, tâche d'éviter de fendre la table de ton voisin, avisa-t-il avec un regard pour le blessé.

Le concerné serra les dents et se dirigea vers la pile de livres pour se saisir du premier tandis que le professeur allait s'asseoir à une table pour corriger des copies d'un précédent devoir.

Les mains dans les poches, il tourna à droite de la dernière intersection de couloir et poussa l'immense double porte en bois de chêne sculpté qui lui faisait face. Les gonds grincèrent légèrement en même temps que le bois craquait et il fut enveloppé d'une pâle lumière de soleil couchant. Ca sentait le papier et le cuir, une odeur qu'il affectionnait étrangement.

A peine fit-il un pas à l'intérieur que la voix jeune de Miss Suzan lui parvint.

- Matt… Tu aideras donc ton acolyte dans le rangement des livres, soupira-t-elle en désignant une pile de livres devant son bureau. Mais je dois avouer que cela m'étonne de toi. Mello, bon… Mais toi… ?

Le garçon s'approcha du bureau et prit le livre tout en haut de la pile avec un sourire bon enfant.

- Disons que je n'avais plus le choix.

Et il s'en alla dans les allées d'étagères poussiéreuses en laissait derrière lui une professeur pantoise et étonnée par cette réponse.

Il ne chercha pas la section dans laquelle il devait ranger son ouvrage car le fruit de son investigation ne tarda pas à lui apparaître. Mello non plus ne se préoccupait pas du rangement et avait préféré s'asseoir sur une table pour observer le dehors d'un air absent. Matt s'arrêta et attendit que son ami se tourne vers lui. Mello paraissait clairement stupéfait.

- Matt… ? Qu'est-ce que tu fais là ?

- Collé, répondit-il en allant s'asseoir à ses côtés.

Mello le laissa faire, les yeux toujours écarquillés.

- T'as fait quoi ?

- J'ai mis une droite à Connel.

Effarement bis. De quoi ? Lui qui s'était battu avec quelqu'un ? Non…

Suite à une petite analyse rapide, Mello fronça les sourcils

- Toi, ça ne va pas.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- Quand tu mets tes lunettes sur ton nez, ça veut parfois dire que tu t'isoles.

Matt fut surpris de constater que Mello avait remarqué ce geste alors qu'il ne le faisait pas si souvent que ça. Quand il mettait ses lunettes, c'était la plupart du temps pour se donner un genre et rarement pour se couper de la réalité comme il le faisait maintenant. Il n'était pas le seul à observer les gens, semblait-il.

Il baissa les yeux.

- J'ai usé de mon cerveau de petit génie et je n'ai trouvé que cette seule solution pour être enfin avec mon meilleur ami.

Autant avait-il au début parlé avec un certain détachement, autant avait-il prononcé cette phrase avec désolation et déception. Après quoi, il sortit sa console de sa poche et reprit sa dernière sauvegarde. Il sentait le regard de Mello peser sur lui mais il ne voulait pas chercher à savoir quelle expression s'y trouvait. Il s'en fichait. Tout ce qu'il voulait ce soir, c'était d'être à ses côtés comme il l'avait fait depuis sept ans à présent.

Pourquoi il restait ?

Pour rester avec lui.

Après un court silence, il entendit Mello froisser le papier aluminium d'une tablette de chocolat.

- C'est de l'infiltration ?

A cette phrase, Matt cligna des yeux et se tourna vivement vers son voisin qui lui tendait la tablette fraîchement déballée avec un sourire en coin auquel seul Matt avait le droit. Le rouquin regarda alternativement le chocolat puis Mello, dépassé.

- Tu…

- Ca fait deux jours que j'essayais de cuisiner Connel pour qu'il m'en donne. Il n'y a que lui qui en reçoit de ses parents, du comme ça. Tu préfères le lait-noisettes, je n'ai pas oublié. J'ai aussi essayé une percée dans la cuisine mais Near m'a vu. Je commençais à me dire que je ne l'aurais jamais à temps, mais faut croire que la chance était avec moi.

Le garçon prit la tablette, muet. Alors, c'était ça ? Cette violence anormale de la part de Mello, c'était pour lui ? Pour lui faire plaisir ? Pour honorer leur date ?

Ses doigts se resserrèrent autour du papier avec un faible crissement en même temps qu'il tendait sa console à son voisin. Il n'avait pas oublié.

Il n'avait pas oublié ce jour de soleil pâle.

Il écarta une nouvelle fois deux livres collés l'un à l'autre pour y glisser le livre qu'il tenait. Puis, il retourna au grand espace occupé par les tables et trouva, assis sur l'une d'entre elle, les pieds sur la chaise, le garçon blond qui s'était octroyé une pause pour regarder par la fenêtre.

Après tout, il n'était pas en faute, il n'avait pas à se charger de la corvée tout seul. Alors, il alla s'asseoir à un autre coin de table, à quelques sièges de l'autre enfant, et sortit sa console pour l'allumer.

Très vite, le blond fut irrité par les bruits des touches en plastique qui s'enfonçaient et se redressaient toutes les demi secondes.

- Va jouer à ton jeu débile ailleurs, somma-t-il sans trop élever la voix pour ne pas se faire repérer par Mr Loan.

- Tu t'appelles comment ?

La question le titillait depuis qu'il l'avait vu. Il avait déjà dressé mentalement une liste entière de prénoms potentiels et voulait à présent vérifier s'il avait mis dans le mille ou pas.

- Tu écoutes quand je te parle ? s'emporta l'autre garçon, agacé par son manque de docilité. Ouste ! Avant que ta console ne passe par la fenêtre !

Il ne l'écouta pas plus que la fois précédente. En plus, il allait bientôt finir son niveau. Il était sauvage, certes, mais pas dénué du sens des priorités non plus.

Il sentit néanmoins aux ondes que son homologue émettait qu'il avait très envie de retenter sa chance pour une nouvelle correction. Peut-être sa rapidité et sa dextérité à appuyer sur les boutons le dissuadèrent car il ne tenta rien et se contenta de se renfrogner dans une bouderie profonde.

Ce ne fut qu'un très long silence plus tard que…

- Mello.

Il redressa la tête de son écran vers lui.

- « Mellow » ?

- C'est ME-LLO, tête de carotte !! tonna-t-il, furieux qu'on écorche son nom.

Silence.

A la réflexion, Mello correspondait mieux que « Mellow » qui n'avait strictement rien à voir avec la personnalité de ce garçon. La vie était bien souvent ironique. Au final, il n'avait pas réussi à lui donner le bon prénom. A présent, à lui de tenter de découvrir quel prénom se cachait derrière ce pseudonyme velouté. Il se garda bien de le dire, bien entendu, il avait suffisamment cerné le comportement explosif de Mello pour se mettre en danger.

Le silence revint entre eux. Plus tard, il entendit Mello sortir une tablette de chocolat, la déballer et croquer dedans avec un petit « clac ! » sec et délicieux à la fois. Il ne leva pas les yeux de sa console car il sentait le regard bleu acier du garçon par-dessus son épaule.

- C'est du shoot ?

- C'est du noir ?

Les deux garçons se dévisagèrent sans un mot. La nature de la chose qui s'établit alors entre eux n'eut jamais de nom. Tous deux n'eurent conscience que de ses conséquences, la première fit qu'il tendit sa console vers le blond et la seconde fit que ce dernier lui donnât un carré de sa tablette.

SAUVEGARDE EN COURS…

Ils quittèrent la bibliothèque un peu plus tard, plus complices et soudés que jamais. Matt ressentit une énorme bouffée de chaleur l'envahir en voyant le visage éclairé de Mello quand il lui racontait comment il avait cogné Connel à la sortie des toilettes. Il n'y avait que lui qui avait ce droit, celui de voir Mello avec un tel visage. C'était pour une petite chose comme cela qu'il se sentait si exclusif, dans le bon sens du terme cependant. D'accord, il était différent, mais il l'était… à ses yeux.

Matt comprit que Linda avait bel et bien raison. Mello revenait toujours à lui comme lui revenait toujours à Mello en dépit des mauvais traitements qu'il lui infligeait. Ce n'était pas grave car il recevait ce qu'il voulait depuis sept ans : la sensation d'être vu comme un garçon et non comme un surdoué. Ce regard, Mello avait été le premier à le lui accorder, depuis la première seconde où ils s'étaient vus. Cette attention, même négative, Mello avait été le seul à lui donner.

Et rien que pour cela, Mello aurait le droit sur tout chez lui. Même sur sa vie.

- Mello… ?

Les deux garçons s'interrompirent et levèrent les yeux vers Roger qui avait passé la tête par l'embrasure d'une porte et guettait le blond avec une certaine inquiétude au fond des yeux.

- Oui ?

- J'ai à te parler. A toi et à Near. C'est… C'est très important. Peux-tu me rejoindre dans mon bureau ?

- Tout de suite.

Ils laissèrent le vieil homme partir avec une étrange sensation au ventre. Elle les prenait aux entrailles pour les serrer au point de leur donner de terribles palpitations. L. C'était au sujet de L, c'était certain.

- Quelque chose de grave s'est produit, souffla Mello à voix basse.

- Les choses vont changer, subodora Matt.

Le blond fit quelques pas dans le corridor puis s'arrêta.

- Tu es avec moi ?

Il détailla sa silhouette qu'il avait déjà vue de dos un nombre incalculable de fois. C'était son meilleur point de vue pour lui. Parce qu'il veillait sur lui, juste dans son ombre.

Il sourit.

- Je serai avec toi.

DEMARRER UNE NOUVELLE PARTIE ?

OUI
NON

NOMBRE DE JOUEUR(S) :

1
2

C'était un jour de soleil pâle…

FIN


Voiloo !

J'aime beaucoup cet OS, allez savoir pourquoi. Peut-être parce que j'aime beaucoup Matt ou parce que l'histoire que je lui ai créé me touche. Les deux sans doute.

Je ne sais strictement rien du passé de Matt alors, s'il a un passé connu qui n'a rien à voir avec celui-ci, je m'en excuse. Lol.

Je sais aussi que j'ai modifié le passage où Mello est interpellé pour aller dans le bureau de Roger pour lui annoncer à lui et à Near la mort de L mais je ne pouvais pas faire autrement. Et puis, ça le fait aussi comme ça, non ?

Ah oui, et pour ceux qui se demanderaient, oui, j'ai fais exprès de mettre moins de HP pour Near par rapport à Mello car j'ai jugé que physiquement, il ne faisait pas le poids XD XD XD En revanche, si j'avais mis des MP pour l'intelligence, j'en aurais mis plus à Near, bien entendu.

Merci à tous d'être restés pour la lectureuh !