Petit mot de l'auteure : écrit pour un atelier de Justine ; "A croit qu'il va mourir alors il avoue ses sentiments à B"


John avait toujours détesté les bruits de ronflements.

Lui qui était d'un naturel pourtant patient perdait tout contrôle quand quelqu'un commençait à ronfler près de lui. Il se mettait alors à siffler, souffler, voir à secouer la personne pour la réveiller. Il savait que réagir ainsi n'était pas très juste envers le pauvre dormeur, toutefois, c'était plus fort que lui. Ce bruit strident et régulier l'agaçait au plus au point.

Là, toutefois, John aurait donné cher pour entendre un ronflement. Le bruit qui faisait vriller ses tympans était en effet cent fois pire : il s'agissait de la sonnerie implacablement chronométrée d'un minuteur.

Un minuteur qui était relié à une bombe.

En temps normal, John ne se serait pas tant inquiété. Sherlock avait dans son palais mental une pièce entière consacrée à l'usage des bombes. Il lui avait déjà prouvé plus d'une fois son expertise en en désamorçant alors que la situation était désespérée. John n'aurait donc pas dû paniqué par ce compteur implacable.

Le problème, c'est que Sherlock était évanouit.

Quand ils avaient découverts la bombe, Sherlock s'en était naturellement approché pour s'en occuper. Malheureusement, du gaz s'en était échappé. Frappé de plein fouet, le détective s'était écroulé. John avait tout tenté pour le ranimer, en vain. Son souffle régulier lui indiquait que le produit n'était pas mortel, mais cela ne changeait rien à la gravité de la situation : Sherlock était indisponible, lui incompétent. Il avait essayé d'alerter Mycroft mais aucun réseau ne passait. Les portes avaient été bloquées, sûrement par les ennemis à l'origine de la bombe, les empêchant de s'enfuir.

John était donc condamné à écouter le bruit implacable du minuteur qui baissait toujours plus... Chaque « bip » émit par le chronomètre lui rappelait cette insoutenable réalité : ils allaient mourir.

Quand la barre de la dernière minute fut passée, John sut qu'il ne lui restait plus qu'une chose à faire.

- Je sais que... que tu ne va sûrement pas m'entendre et... cela ne servira à rien, mais je... je voulais te le dire. Pour ne pas parler avec des regrets. Alors voilà. Quitte à mourir, autant que ce soit à tes côtés. Parce que je t'aime, Sherlock. Malgré tes manies bizarres, malgré ton système de rangement déplorable, malgré tes fringales de violon à trois heures du matin. Je t'aime malgré tout ça. Ou peut-être que... que je t'aime pour ça. Pour toutes ces bizarreries qui font que tu es toi. Je... je suis amoureux de toi.

Il prononça ces mots au moment exact où le minuteur atteignit le zéro. Il ferma les yeux, attendant l'explosion, mais rien ne vint.

À la place, il sentit une main prendre la sienne.

- Tu m'aimes ? Lui demanda Sherlock.

- Oui, évidemment, je... répondit John automatiquement avant de réaliser que quelque chose n'allait pas.

La bombe n'avait pas explosé.

Et Sherlock était parfaitement réveillé.

Un doute s'installa alors dans son esprit.

- Sherlock... tu n'aurais pas mis en scène une fausse bombe pour me pousser à t'avouer mes sentiments, n'est-ce pas ?

Le regard fuyant du détective lui servit de réponse.

- Sherlock Holmes, je vais te tuer.

- Mais c'était le seul moyen ! se défendit l'homme. Tu es tellement aveugle envers toi-même qu'il fallait bien te pousser à croire que ta mort était imminente pour te faire réaliser tes sentiments profonds et véritables.

John prit une grande inspiration dans une tentative désespérée de garder son calme.

- Je vois. Donc d'après toi, le plus simple c'était d'engager des acteurs, privatiser un immeuble, louer une ancienne bombe, bloquer le réseau téléphonique et diffuser un faux gaz ?

- Bien évidemment. Je vois difficilement ce qui aurait été plus simple.

Comme il fallait s'y attendre, Sherlock était sincèrement convaincu de la nécessité de son plan. Qu'est-ce que John avait dit une minute plus tôt ? « Je t'aime pour tes bizarreries ». Voilà, c'était ça. Il se répéta donc mentalement ce mantra pour éviter de s'énerver :

- Quelque chose de simple... Je ne sais pas, moi, peut-être de simplement me dire « John, je suis amoureux de toi ».

Sherlock cligna deux fois des yeux, signe de son embarras.

- Cela... cela aurait été une solution, en effet, admit-il.

Une solution qui présentait l'avantage non négligeable de ne pas lui causer trois infarctus en deux minutes. Une solution simple et normale.

Mais il y avait bien longtemps que John avait accepté l'idée que Sherlock Holmes n'était ni simple, ni normal.

Alors il rangea son envie de lui casser la figure et, à la place, l'embrassa.