- Hawaiian Horse Club ? lut Jane sur l'immense panneau en franchissant le portail.
Après le déjeuner, membres du 5-0 et du FBI avaient repris le chemin de l'Aliiolani Hale pour se remettre au travail. Accompagné de Jane, et Lisbon pour le surveiller, Steve était retourné interroger les parents de Benjamin Moris. Bien qu'il en était le demandeur, le mentaliste n'avait pas posé une seule question de tout l'interrogatoire. Et s'il avait tiré quelques conclusions de cette rencontre, il n'en avait partagé aucune. À leur retour au QG, le trio constata que leurs collègues n'avaient pas été plus chanceux qu'eux pour trouver quelconque élément qui fasse avancer l'enquête.
Puis, sur le coup de quinze heures trente, Steve avait demandé s'il pouvait emprunter Jane et seulement Jane, pour quelques heures. Les agents du FBI avaient émis quelques réserves, craignant pour Hawaii s'ils laissaient Jane partir en vadrouille même sous la surveillance de Steve. Danny avait alors enchéri qu'il était peut-être plus dangereux pour l'île de laisser Steve sous la surveillance de Jane. Finalement, les deux hommes avaient été autorisés à partir et se retrouvaient désormais au Hawaiian Horse Club, Steve ayant gardé secret la destination comme la raison de cette expédition.
- Pourquoi m'avoir emmené ici ? demanda Jane, suspicieux et confus.
- C'est une surprise.
- Vous êtes au courant qu'il est difficile de me surprendre, Commandant ?
- J'ai cru comprendre, effectivement, que rien ne vous échappe.
Steve rit nerveusement. Il espérait sincèrement que, cette fois, le mentaliste ne voyait pas les choses venir. Tenant vraiment à réussir son effet, il s'était efforcé, depuis le déjeuner, de ne rien laisser paraître.
Steve guida Jane jusqu'aux carrières où Melany et Vivaldi peaufinaient leur technique en dressage sous le regard affuté et les conseils avisés du Coach McFalls debout au milieu du carré de dressage, tournant sur lui même pour maintenir le contact visuel sur son élève et sa monture sans les gêner, accompagnant souvent la parole du geste pour donner ses indications, mimant la position que devait adopter la cavalière ou l'attitude que le cheval devait tenir. Le spectacle pouvait paraître détonnant.
- Cession à la jambe gauche ! ordonna l'entraîneur.
Aussitôt, cheval et cavalière qui trottaient sur la ligne du milieu commencèrent à se déplacer de côté, vers la droite. Croisant ses membres dans un mouvement ample, fluide, cadencé et harmonieux tout en conservant une rectitude parfaite du bout du nez jusqu'à la pointe de la queue, l'étalon avait des airs de danseuse étoile.
- Attention ! avertit le Coach quand son élève se retrouva à quelques mètres seulement de la lice. Le mouvement s'arrête parce que tu l'as décidé. Pas parce que la piste l'a décidé. Dans tous les cas, les juges le verront. Et tu perdras des points dans le second.
Melany et Vivaldi atteignirent la dite piste.
- Bien, s'exclama McFalls. On recommence à l'autre main. En A, doublé. Dès que tu es droite, cession à la jambe droite.
En passant dans le coin où se tenaient Steve et Jane, Melany adressa un signe de la tête à son père avant de tourner au niveau de la lettre A.
- Parfait ! s'exclama encore McFalls quand l'adolescente et son cheval entamèrent la figure, partant vers la gauche cette fois.
- Quel splendide cheval. Et quelle cavalière talentueuse, commenta Jane. Ils forment un magnifique duo.
Le Coach répéta ses félicitations, avec davantage d'entrain, lorsque la paire rejoignit de nouveau la piste, la fin de l'exercice ayant été demandée par la cavalière et non la piste.
- En C, arrêt. Reculé, cinq pas. Rompre au trot de travail.
Melany suivit à la lettre les ordres du Coach ; le cheval exécuta parfaitement les demandes de sa cavalière.
- Grande diagonale. Trot allongé.
À la sortie du coin suivant, Melany orienta vers le coin opposé, celui où se tenaient Steve et Jane. Elle demanda le fameux trot allongé à sa monture. Aux yeux de Steve et Jane, la réalisation du mouvement parut parfaite. Mais elle ne satisfaisait pas aux yeux du Coach.
- Ce n'est qu'un trot moyen ça ! Ose aller chercher. Et si tu pars à la faute, ce n'est pas grave. On est à l' entraînement, à la maison. Si tu dois faire la faute, c'est ici. Pas vendredi sur le carré.
Melany demanda alors plus à Vivaldi qui répondit volontairement à cet ordre. Mais la cavalière, qui avait relevé la tête pour porter son regard loin devant elle, perdit le rythme. Perturbé, l'étalon perdit à son tour le fil, commença à faire ce qui semblait être du tricot avec ses membres et finalement prit le galop pour pallier sa perte d'équilibre.
- Tu as gagné le droit de recommencer ! lança l'entraîneur à son élève qui faisait revenir son cheval à l'allure inférieure.
C'était clairement une punition. Pourtant, lorsqu'elle passa devant lui et le Commandant McGarrett, Jane ne put manquer le sourire radieux de l'adolescente.
Au coin suivant, Melany et Vivaldi partirent de nouveau sur la diagonale qui traversait tout le carré de soixante mètres par vingt. Alors, sur les ordres de sa cavalière, imperceptibles pour les yeux néophytes de Steve et Jane, l'étalon agrandit franchement sa foulée, engageant davantage ses postérieurs sous son corps, lançant loin devant ses antérieurs sans pourtant dégrader sa cadence. L'animal dégageait une telle puissance, une puissance paisible, dans la réalisation de ce mouvement.
- Et n'oublie pas Melany, on souffre en souriant ! rappela le Coach, visiblement amusé. Les juges ne doivent pas voir que c'est dur. Tu dois leur faire croire que c'est facile.
Le sourire de Melany, qui avait été remplacé par une grimace témoignant de la difficulté qu'elle rencontrait et de la souffrance qu'elle endurait pour ne pas être secouée comme un sac à patates à chaque rebond de son cheval, réapparut, mais sous la forme d'un rictus, moins naturel, moins radieux, plus comique.
Jane se tourna vers Steve.
- Melany ? répéta le mentaliste.
Jane regarda alors de nouveau la cavalière qui, à son grand soulagement, atteignait le bout de la diagonale et retrouvait une allure de travail plus modérée, mettant fin à son apnée.
Steve acquiesça.
- Comme Melany Ortiz ? continua Jane, incrédule.
- Elle-même.
- Mais…
Le regard de Jane navigua alors du commandant à sa gauche à l'adolescente qui s'exerçait encore sur le carré.
- Comment avez-vous su qu'elle était ici ? Vous avez fait des recherches ?
Puis il se rappela le signe de tête que l'adolescente avait adressé à son accompagnateur.
- Vous vous connaissez !
- Il s'avère que Melany est ma fille.
- Ça alors…
Jane prit quelques secondes pour assimiler la nouvelle.
- Je ne l'ai pas vu venir.
- Jane !
Melany s'éjecta de sa selle pour sauter directement dans l'étreinte du mentaliste.
- Melany, souffla Jane en accueillant volontiers l'adolescente dans ses bras. Je suis si heureux de te voir.
- Plaisir partagé, sourit Melany.
Ils écartèrent l'un de l'autre, mais conservèrent tout de même le contact physique en gardant chacun leurs mains sur les bras de l'autre. Le sourire de Jane était encore plus éclatant et Melany sautillait à moitié sur place tant l'euphorie la submergeait. Puis Jane se recula d'un pas, glissant ses mains jusqu'à attraper celle de Melany, son regard balayant de haut en bas puis de bas en haut la ravissante adolescente qu'était devenue cette pétillante petite fille.
- Qu'est-ce que tu as grandi depuis la dernière fois qu'on s'est vu !
- Je m'inquièterais du contraire, rit Melany.
- Melany.
L'adolescente se tourna vers McFalls qui les rejoignait. L'expression sur son visage témoignait très bien de son incompréhension vis-à-vis du ton réprobateur du Coach.
- Ton cheval.
Melany se transforma alors en girouette dans le but de localiser sa monture.
Vivaldi avait profité de l'inattention de sa cavalière pour s'éloigner. Heureusement, pas trop loin. L'étalon gourmand s'était arrêté au premier brin d'herbe qui s'était dressé sur son chemin, ce premier brin d'herbe étant, bien entendu, la véritable destination. Que l'étalon se retrouve en liberté n'était pas l'origine du reproche. Ce n'était pas le problème. Si, ça l'était. Mais le Coach avait déclaré forfait pour faire disparaître cette mauvaise habitude que son élève avait de lâcher son cheval. Melany aurait répondu que Vivaldi n'était pas en liberté puisqu'il était attaché à l'herbe. Le vrai problème venait des rênes qui avaient glissé et dans lesquelles Vivaldi avait passé un antérieur.
- Ah oui. Oups, fut la réaction de Melany qu'elle accompagna d'un rictus.
L'adolescente trottina jusqu'à son cheval et le dépêtra de son enchevêtrement, écartant ainsi tout risque de casse de son matériel ou d'accident.
- Et donc c'est Vivaldi ? demanda Jane.
- Tu veux que ce soit qui d'autre ? rétorqua Melany.
- Je ne l'aurais presque pas reconnu !
- Vous êtes l'ancien propriétaire de Vivaldi ? demanda McFalls, curieux.
- Il serait plus juste de dire que je suis l'actuel, rectifia Jane.
Le Coach fronça les sourcils.
- Si on se réfère seulement au nom sur le chèque, précisa le mentaliste.
Le Coach hocha la tête.
- Patrick Jane, se présenta-t-il.
- Xavier McFalls, répondit l'entraîneur, acceptant la poignée de main qui lui était proposée. Heureux de rencontrer l'homme qui a permis la formation de cette paire. Ils sont de loin mes meilleurs élèves.
- Mon intuition me dit que vous, votre pédagogie et votre passion n'y êtes pas pour rien, reconnut Jane. Une échéance approche, non ?
- Effectivement, confirma McFalls. Melany et Vivaldi participent au championnat hawaiien de concours complet ce week-end.
- Quelque chose me dit que nous connaissons déjà les noms des champions, sourit Jane en se tournant vers Melany et Vivaldi.
L'étalon était toujours trop occupé à arracher frénétiquement de grandes touffes d'herbe pour relever. Melany, en revanche, ne masqua pas son scepticisme.
- Ces derniers mois ont juste été une mauvaise passe en parcours. Au cours de ces mêmes mois, vous avez énormément progressé. La technique vous l'avez tous les deux. Largement. Ce n'est plus qu'une question de mental. Oublie tes doutes, fais lui confiance, fais-toi confiance et tu monteras sur le podium dimanche, assura McFalls.
Melany sourit, seule réponse qu'elle trouva pertinente après les encouragements de son Coach qui y croyait assurément plus qu'elle.
Jane s'approcha. Vivaldi releva la tête. De l'herbe sortait de sa bouche par tous les côtés. Ses naseaux frémirent. Un petit hennissement, rauque, à peine audible, lui échappa.
- On dirait que tu te souviens de moi, sourit Jane. Tu es devenu un splendide cheval de sport. Mais je pense qu'il ne faut pas trop te le répéter.
Vivaldi renâcla, comme soupirerait un enfant insolant, et secoua la tête. Ses crins, à l'origine bien coiffés d'un même côté, voletèrent dans tous les sens avant de retomber en pagaille de part et d'autre de son encolure. Cette allure négligée ne retirait pourtant rien à son élégance. Et il le savait.
- Amusé, Jane flatta généreusement l'encolure de l'étalon et tout en caressant affectueusement son chanfrein de la main gauche.
- Jane ? interpella Melany.
Elle pointa du doigt cette main gauche
- Tu t'es remarié ?!
Ce n'était pas vraiment une question. Après tout, l'adolescente voyait bien que ce n'était pas cette même alliance qu'elle avait toujours connue à l'annulaire du mentaliste. Jane hocha la tête, souriant.
- Et qui est l'heureuse élue ? demanda Melany, devenue alors bête curieuse. Je la connais ?
Elle attrapa la main de Jane pour observer cette alliance de plus près. C'était un anneau en or, d'une simplicité élégante avec pour seul ornement un liseré incrusté dans la tige. Le liseré rappelait la couleur de l'émeraude.
- Ce n'est pas vrai ! souffla l'adolescente.
Elle releva la tête pour croiser le regard de Jane. La malice y était clairement lisible.
- Avec Teresa ! Tu t'es remarié avec Teresa !
- Toc, toc.
Assise sur son lit, adossée contre la tête de lit, Melany releva le nez de son livre posé sur ses genoux repliés et découvrit Jane, appuyé contre le montant de la porte de sa chambre.
Une fois qu'elle eut terminé les soins de son cheval, l'adolescente, ayant bien compris pourquoi Jane était à Hawaii et avec qui il était venu, avait insisté pour accompagner son père et le mentaliste au QG. Mais les supplications se révélèrent inutiles. De toute manière, il fallait y repasser pour rendre Jane à son équipe. Bien que moins excentriques, les retrouvailles de Melany avec Lisbon et Cho furent tout aussi chaleureuses. L'adolescente ne manqua pas de charrier gentiment Cho sur le sourire qu'il n'avait pas perdu, ce qui fit alors rire l'asiatique. Puis Melany s'était tournée vers l'Agent Abbott pour se présenter, pas du tout impressionnée par sa rencontre avec le superviseur.
Après cette petite récréation, les enquêteurs, fatigués, avaient décidé de ne pas pousser leurs investigations pour ce jour. Les membres du 5-0 accusaient le coup de la nuit qu'ils avaient passé à chercher, en vain, Benjamin Moris tandis que les agents du FBI accusaient le décalage horaire, la nuit étant depuis longtemps tombée au Texas. Et si Jane se retrouvait désormais à frapper à la porte de la chambre de Melany, c'était parce que l'adolescente avait imposé à son père de proposer la chambre d'amis au mentaliste et à Lisbon le temps de leur séjour. Non sans s'être préalablement assuré d'un regard que ça ne dérangeait pas Catherine, Steve avait obéi à sa fille. Jane et Lisbon avaient accepté. En revanche, Abbott et Cho, qui s'étaient vus proposer l'hébergement par Chin, déclinèrent l'invitation, préférant prendre une chambre à l'hôtel.
- Je ne te dérange pas ? s'inquiéta Jane en désignant le livre.
- Oh non, pas du tout. Vas-y. Entre.
Et tandis que Jane honorait son invitation et s'approchait du lit en laissant son regard parcourir la chambre, découvrant cet univers, Melany attrapa son marque-page qu'elle avait jeté juste là, comme ça, sans ménagement, sur l'oreiller à côté d'elle, et le glissa dans son livre qu'elle posa sur la table de chevet. Dans l'action, elle bouscula Doudou rouge. Déjà en équilibre précaire, le petit lapin rouge à la tête blanche glissa le long du matelas avant de s'échouer sur le sol, son grelot résonnant. Melany soupira avant de se pencher depuis le haut de son lit. Mais Jane fut plus rapide et sauva la malheureuse peluche avant l'adolescente.
- Et pour la seconde fois, Jane est le héros de ce pauvre Doudou rouge, de nouveau victime de la négligence de sa propriétaire, conta la mentaliste.
Melany se contenta de sourire, le souvenir du premier sauvetage resurgissant dans sa mémoire, le souvenir de sa rencontre avec le mentaliste.
Jane rendit Doudou rouge à Melany qui le posa sur ses genoux. Jane s'assit sur le bord du lit. Tous deux maintinrent le silence quelques instants, Melany jouant avec les bras de sa peluche, Jane observant les deux photos encadrées posées sur la table de chevet, portant une attention particulière à celle de droite, celle de l'adolescente avec son père.
- Donc ça y est ? Le mystère est résolu ?
- Oui, ça y est, acquiesça Melany en posant à son tour son regard sur la photo, un doux sourire illuminant son visage.
- Je suis heureux pour toi. D'autant plus que le Commandant est quelqu'un de bien. Et vous semblez partager un lien très fort.
- Depuis notre première rencontre. Comme toi et moi, le courant est tout de suite passé, alors que je ne savais même pas qu'il était mon père.
- Oui, ton père m'a raconté.
- Et depuis que j'ai appris la vérité…
Melany soupira, profondément.
- Il s'est juste montré parfait. Je ne pouvais pas rêver meilleur père.
Jane sourit, attendri.
- Et Catherine est géniale aussi, ajouta Melany en souriant à son tour. Je suis super excitée à l'idée d'être grande sœur. Je pense que j'ai beaucoup de chance.
Jane dodelina de la tête. Il n'était pas vraiment sûr que chance soit le mot le plus adéquat pour décrire la situation familiale de l'adolescente.
- Ton père m'a également raconté ce qui est arrivé à ta mère…
Comme à chaque fois que le sujet était évoqué, Melany haussa les épaules.
- Ce sont des choses qui arrivent, non ?
Mais la perte de son sourire et le détournement de regard, bien qu'ils ne durèrent qu'une petite fraction de seconde, n'échappèrent certainement pas à Jane. Il lui adressa le sourire le plus réconfortant possible sachant très bien qu'il serait insuffisant pour panser les plaies de l'adolescente.
- Je sais.
Jane fronça les sourcils. Non pas par incompréhension. Par espoir. Il pressentait ce à quoi Melany faisait référence. Après le repas, alors que Melany était montée dans sa chambre et que Lisbon et le Lieutenant Rollins discutaient entre femme dans le salon, le Commandant McGarrett, ayant eu vent de l'intérêt de son invité pour les véhicules vintage, avait entraîné Jane dans le garage pour lui montrer la splendide Mercury Marquis de 1974 qu'il y gardait précieusement et s'affairait à retaper dès qu'il parvenait à se dégager du temps. Mais cette exhibition n'avait été qu'un stratagème concocté par le commandant pour discuter d'un tout autre sujet avec le mentaliste. Jane espéra juste que Melany n'évoque pas ce même sujet.
- Je sais que l'enquête sur le meurtre de ma mère n'a pas encore été résolue. Et même s'il ne m'a rien dit, je sais que mon père continue l'enquête.
Il savait cet espoir vain. Pourtant, Jane fut tout de même accablé par la révélation de Melany. Il se retrouva à court de mots.
- Mais lui ne sait pas que je le sais.
Jane se contenta de hocher discrètement la tête. Il s'en doutait. Le commandant lui avait également fait part de sa décision de laisser Melany dans l'ignorance. Pour le moment, Jane n'avait pas encore décidé s'il s'agissait là de la meilleure marche à suivre. Mais Jane avait gardé ses doutes pour lui, comprenant que le commandant n'avait pour intention que de préserver sa fille. Mais bien sûr, sa fille avait quand même deviné. Après tout, il avait été celui qui lui avait appris à comprendre les non-dits et l'adolescente s'était montrée particulièrement studieuse à cette école.
- Et tu aurais aimé qu'il t'en parle ? voulut savoir Jane.
Melany secoua la tête.
- Parce que je sais qu'il le fera. Quand il aura démêlé toute l'histoire.
- Et toi ? Tu ne veux pas lui en parler ?
- Je ne veux pas lui imposer plus de peine et d'inquiétudes. Il a déjà son lot en ce moment.
- Et tu ne voudrais pas l'aider à démêler toute cette histoire justement.
- Je n'en ai pas envie.
Jane fronça à nouveau les sourcils. Bien par incompréhension cette fois. Melany avait toujours apprécié participer à la résolution de mystères. Que l'adolescente ne veuille pas s'impliquer dans la résolution de celui-ci, d'autant plus qu'il concernait sa mère, étonnait grandement le mentaliste.
- Pas pour l'instant du moins, précisa Melany. Je… je ne suis pas prête.
- Qu'est-ce qui te retient ?
- Le désir de vengeance.
Un rictus se forma sur le visage de Jane. Voilà un sentiment qui lui était particulièrement familier.
- J'ai toujours été contre ton projet de vengeance.
Jane hocha la tête, se remémorant les innombrables scènes que la petite fille au tempérament bien trempé lui avait jouées quelques années plus tôt.
- Et si partir à la recherche du responsable de la mort de ma mère me menait sur le même chemin ? Je vois bien que concrétiser ce projet t'a permis de tourner la page et de recommencer à vivre.
Son ton désignait tout de même la désapprobation. Jane ne se formalisa pas du reproche.
- Mais je ne crois pas que ce soit ce que je veux. Alors pour le moment, je préfère ne pas m'impliquer. Mais quand je serai prête, si Papa ne l'a pas encore trouvé, alors oui, je l'aiderai à trouver le responsable du meurtre de ma mère. Pour l'instant, avoir identifié l'homme qui a appuyé sur la gâchette et avoir pu innocenter mon père suffisent à m'apporter un peu de réconfort.
Jane soupira, tristement. Melany faisait déjà preuve petite d'une très grande maturité pour son âge, conséquence d'une enfance marquée par l'absence d'un père. Cette maturité était désormais plus saisissante encore.
Alors qu'il cherchait les mots justes pour répondre à Melany, l'adolescente porta sa main devant sa bouche pour masquer son bâillement.
- Allez jeune fille, tu ferais mieux de dormir, encouragea Jane en se levant. J'ai cru comprendre qu'un long week-end t'attendait. Alors c'est dès maintenant que tu dois prendre des forces.
Il posa une main attendrie sur la joue de Melany qui ne put s'empêcher de sourire aux ordres très paternels de Jane.
- Bonne nuit Jane, murmura l'adolescente, se glissant sous ses draps tandis que Jane s'éloignait.
- Bonne nuit Melany, répondit-il.
Puis Jane sortit en refermant la porte derrière lui. Le trait de lumière sous la porte disparut aussitôt. Il regagna la chambre d'à côté où Teresa s'était déjà endormie. Il se changea rapidement et rejoignit sa femme dans le lit, l'embrassant tendrement sur la joue avant de s'endormir à son tour.
Dans la chambre suivante, lorsqu'elle revint de la salle de bain, Catherine trouva Steve adossé contre la tête de lit, la couette remontée jusqu'à sa taille, les yeux rivés sur le papier qu'il tenait dans les mains. Catherine n'avait pas besoin d'en voir le recto pour savoir qu'il s'agissait du cliché que le Docteur Blake avait imprimé lors de la dernière échographie.
- Tu sais que je suis un père parfait, se vanta Steve en reposant la photo sur la table de chevet lorsque Catherine se glissa sous la couette à côté de lui.
- Et d'où tiens-tu cette information ? demanda Catherine, affichant un faux scepticisme.
Steve tourna la tête vers sa ravissante petite amie et releva le menton fièrement, sourire benêt aux lèvres.
- De Melany. Je l'ai entendu le dire à Jane.
Catherine pinça les lèvres, amusée.
- Je ne suis pas sûre que le fait d'écouter aux portes fasse de toi un père parfait, titilla Catherine.
- Quoi ?! s'offusqua Steve. Mais je n'écoutais pas aux portes !
Du moins, pas volontairement. Il était juste passé devant la chambre de sa fille à ce moment. Il n'avait pas pu s'empêcher de tendre l'oreille. En revanche, dès que Jane avait abordé le sujet du meurtre de Cindy, Steve avait préféré décamper, anticipant l'éventualité où Melany se lancerait dans des confessions. Pas qu'il n'avait pas envie de les entendre. Bien sûr qu'il voulait savoir ce qui pesait sur le cœur de sa fille ! Pour qu'elle ne soit plus seule à les porter. Mais il ne voulait pas non plus trahir sa confiance. Il préférait donc attendre qu'elle vienne à lui directement.
- Melany a raison. Tu es un père parfait.
Steve se tourna à nouveau vers Catherine. Elle avait dû entendre ses pensées car toute trace de scepticisme ou de taquinerie avait disparu de son regard ; et sa voix, douce et calme, avait dégagé une extrême sincérité. Steve sourit timidement et cligna des yeux, lentement, en sentant son cœur se gonfler dans sa poitrine, le déferlement d'émotions qui l'assaillait devenant incontrôlable.
Puis la taquinerie de Catherine prit Steve pour nouvel hôte. Il écarta la couette, se pencha pour approcher son visage du ventre de Catherine et y posa sa main.
- Tu entends ça petit ange ? Tu vas avoir un papa parfait, murmura-t-il.
Il souleva délicatement le tee-shirt de sa petite amie, révélant le petit renflement de son bas-ventre où il déposa un tendre baiser. Passant affectueusement une main dans les cheveux de Steve, Catherine sourit face au comportement attendrissant de son petit ami. C'était une facette de sa personnalité que très peu de gens connaissaient chez lui. Elle éprouvait une certaine fierté et une certaine émotion d'avoir le privilège d'en être témoin.
- Et puis tu n'as pas à t'en faire, ajouta Steve.
Il releva la tête pour plonger son regard dans celui de Catherine, la main toujours posée sur son ventre.
- Tu auras aussi une maman parfaite.
Une larme échappa de l'œil de Catherine qui vint poser sa main libre sur celle de Steve. Son autre main glissa jusqu'à la joue de son petit ami tandis qu'il se redressait pour approcher son visage du sien et poser ses lèvres sur les siennes.
- Et il ne faut pas oublier la super grande sœur, rappela Catherine en chuchotant lorsque les deux amants mirent fin au baiser.
Steve hocha la tête, souriant, le regard pétillant. Puis il éteignit la lumière avant de s'allonger de tout son long, face à Catherine qui vint aussitôt se lover dans son étreinte, posant sa tête sur son torse. Après un dernier baiser, les deux amants s'endormirent.
