Salut les amis.
J'aimerais vous dire que c'est les corrections de chapitre qui m'ont pris tant de temps, mais la réalité est bassement humaine : j'espérais quelques retours sur les précédents chapitres. Mais bon, je me suis reprise en main : c'est normal que cette fic soit désertée au vu de mes délais abyssaux de publications. Je tiens néanmoins à accomplir ma parole, alors me revoici avec un chapitre supplémentaire. Je l'ai écrit il y a environ deux ans, je l'ai relu, et je n'y ai pratiquement pas touché en dépit de mes insatisfactions : je laisse à cette fic son esprit initial, très adolescent (alors que j'ai fêté mes vingt ans boudiou !), et parfois pas brillant.
En espérant que ça plaise tout de même aux nostalgiques, je vous laisse à votre lecture, on se retrouve en bas !
Je feuillette le petit carnet d'adresse, sourcils froncés. Les noms de Mangemorts se succèdent, entrecoupés de quelques patronymes respectables, mais je dois dire qu'ils ne sont pas légions.
- C'est un traquenard ton truc, je marmonne.
- Bien sûr que non. C'est fou ce que tu peux être froussarde.
Je lève la tête de la liste pour assassiner Io du regard. Nous sommes dans son garage, qui lui sert pour le moment d'atelier. Sa mère, qui a l'air de trouver ça tout à fait normal que sa fille pratique la magie noire sous sa chambre, est passée nous apporter des citronnades en grommelant des amabilités à mon égard en italien, et Io s'affaire depuis maintenant une heure sur un petit coffre scellé magiquement, tandis que je tourne et retourne le contrat et le carnet d'adresse.
- Ma mère m'a toujours dit que la vie était précieuse et qu'il fallait la protéger.
Io m'adresse un regard exaspéré derrière son masque de chimiste.
- On est en guerre, Jab. Les gagnants sont ceux qui tirent le mieux leur épingle du jeu.
- Dont toi, je suppose ?
- C'est ce que j'essaie de faire, et j'y parviendrais certainement si tu arrêtais de me déranger avec tes états d'âme.
Je me renfrogne, revenant au répertoire. A la lettre P, j'y trouve Prewett Fabian, Potter James, et Pettigrew Peter. Etonnant, je voyais mal ce dernier passer commande chez Io.
- C'est moi qui m'occuperais de Prewett ? je demande de mon ton le plus dégagé et naturel, sans relever la tête.
Peine perdue, vu le ricanement de Io.
- Non.
- Pourquoi ?
- Parce que ce jour-là tu t'occupes de Young.
Je noie mes insultes sous une rasade de citronnade, et note rapidement la date dans mon agenda magique. Dont je me sers comme d'un agenda moldu, avant que vous me demandiez.
- Tu as commencé à parler de ton affaire à partir de quelle année ?
- Cinquième année.
- Tu savais déjà que tu monterais ta boutique ?
- Bien sûr que non.
Comme elle ne semble pas d'humeur bavarde, je me replonge dans ma lecture, et elle dans son coffret. L'ambiance est quelque peu électrique du fait de mes revendications syndicales, mais que voulez-vous, il faut savoir faire entendre ses droits, même auprès de ses amis.
Ses « amis ».
Je vais devoir me taper la sale tronche de Young pendant que madame fera les yeux doux à Prewett.
[…]
- Bonjour.
- Bonjour Bangwalder. Tu as une mine particulièrement sinistre aujourd'hui.
- Ferme-la et allonge la monnaie.
- Ou quoi ? Tu vas me jeter un sort ?
Black rejette la tête en arrière dans un aboiement de rire qui me laisse de marbre, et qui lui donne un air un peu déséquilibré, puis consent à fouiller dans sa poche pour en tirer une petite bourse.
- Tiens. Tu diras à ta copine que les prix sont un peu chers.
- C'est moi qui ai insisté pour ajouter quelques gallions à ton addition.
C'est totalement faux, Io fait les prix toute seule, mais il n'a pas besoin de le savoir. Ça lui apprendra à se foutre de moi.
D'ailleurs il ne rigole plus du tout.
- Rends-moi ma bourse.
- Cours toujours.
Et sur ces belles paroles, c'est moi qui pars en courant, parce que souvenez-vous, je ne sais pas transplaner. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu puisque quelques instants plus tard, un bruit de course se fait entendre, et que mes poumons commencent déjà à me rappeler subtilement ma dure condition d'asmathique.
- RENDS MA BOURSE ! VOLEUSE !
- DANS TES RÊVES SALE MACAQUE ! TU NE M'AS JAMAIS REMBOURSE L'INTEGRALITE DE LA POUDRE !
- ESPECE DE …
Mais nous ne saurons jamais à quelle espèce j'appartiens puisqu'il se prend les pieds dans le trottoir et tombe lamentablement dans le caniveau, tandis que d'un geste de baguette, j'appelle le Magicobus.
- Salut loser, je le nargue en secouant sa bourse derrière la vitre, et ses insultes sont couvertes par le BANG sonore du transplanage du Magicobus.
Je ricane toute seule en fourrant la bourse dans mon sac, et m'assoit sur un des lits en fer pour feuilleter mon agenda. La prochaine visite est à Nottingham, et je me lève pour en informer le conducteur, lorsque mon regard tombe sur une silhouette familière qui me fait pâlir.
- Salut Bang, claironne Dolioro en se laissant glisser de son siège pour venir se tenir à un lit face à moi.
- Ah tiens quelle surprise, je marmonne d'une traite.
Est-il utile de préciser que je transpire des paumes tellement cette dégénérée me fait peur ?
- Il paraît que tu travailles avec Derviche, maintenant.
- Il paraît, oui, je réponds poliment en évitant son regard.
- Ça tombe bien, j'ai un truc à vous confier.
Elle commence à fouiller dans ses poches, et je fronce les sourcils.
- Ce n'est pas vraiment le bon endroit, et puis c'est Io qui …
Elle darde aussitôt son regard sans couleur sur moi, et son sourire dévoile des dents pointues comme celles d'un requin.
- Voyons, tu es largement aussi compétente que la Poufsouffle, je ne me fais aucun souci ! En plus tu m'as l'air un peu bête, ça me met en confiance.
Je cligne des yeux.
- Tiens, poursuit-elle en tirant de sa poche un petit sac en tissu. Il y a dedans un mouchoir en dentelle. Il a été ensorcelé par la vieille Cassiopeia pour tuer quiconque y touche. Vous saurez faire ?
- Je pense. Io a pas mal de cas dans ce genre.
- Parfait, sourit Dolioro, ce qui m'effraie plus qu'autre chose. C'est mon arrêt. Tu trouveras mon adresse pour me le rapporter, je te fais confiance !
Haha. J'irais avec des doberman et Voldemort lui-même que je ne serais pas plus rassurée.
[…]
Je suis tirée violemment de mon sommeil par la lumière du soleil de midi, tandis que ma mère ouvre bruyamment les rideaux, puis la fenêtre.
- Il est midi et demi, Jabberwocky, assène-t-elle sèchement. Tu devrais te lever.
- Ferme la fenêtre, je maugrée en me cachant sous mon oreiller.
- Je croyais que tu avais du travail aujourd'hui. Franchement, ça t'arrive d'aérer ? Ça sent le Niffleur, dans cette chambre.
- Merci maman. Et mes livraisons sont annulées.
- Tes livraisons ? Je croyais que tu étais associée. Tu m'avais dit que tu avais une bonne situation.
- Ecoute Maman …
Je lui adresse un regard las par-dessus mon polochon.
- Peu importe, rétorque ma mère en se dirigeant d'un pas impérial vers la porte. Ne reste pas à végéter dans ton lit toute la matinée.
Elle franchit le seuil de ma chambre, et je laisse échapper un soupir de soulagement, avant qu'elle ne passe de nouveau son visage par la porte, un sourire moqueur aux lèvres :
- Ah, j'oubliais. Ton prétendant t'attend en bas, dans le salon. Tu ferais bien de te dépêcher, ton père est décidé à lui faire goûter ses meilleurs whiskies et tu risques de le retrouver sous la table d'ici un quart d'heure.
- Mon quoi ?!
Je bondis du lit tandis que ma mère disparaît dans un grand rire moqueur, et traverse le couloir en courant en direction de la salle de bain. Le miroir me renvoie l'image de mon visage sous son plus bel angle, les yeux exorbités, les traits gonflés par la fatigue, les cheveux en bataille, mon vieux pyjama à motifs artichaut de travers.
- Merde, je marmonne en passant une rasade d'eau froide sur mon visage tout en fourrant une brosse à dent dans ma bouche.
J'essaie frénétiquement d'aplatir un épi, arrache mon pyjama au profit d'un t-shirt qui traîne, passe un short à mon père, et traverse les trois marches puis le couloir qui sépare l'appartement en deux jusqu'au salon en m'attachant les cheveux en un chignon flou.
Lorsque j'entre dans la pièce à vivre, je trouve mon père et Fenwick en plein examen des albums photos familiaux. Fort heureusement, j'arrive à la page du mariage de mes parents, m'épargnant la honte suprême de revoir les photos de ma personne à trois ans et demi dans la piscine familiale, en train d'essayer de noyer Jelena.
- Jab ! s'exclame Fenwick en me voyant arriver, se levant avec tant d'empressement qu'il manque de renverser son verre de whisky moldu des Highlands.
- Bonjour, je réponds avec hésitation, évitant soigneusement le regard entendu de mon père.
Les vacances ont fait foncer sa peau, et ses yeux clairs ressortent sur son visage. Son habituel regard rieur et chaleureux posé sur moi me tire un sourire hésitant, et nous restons face à face sans rien dire quelques instants.
- Lily organise une petite réunion, m'explique-t-il finalement en se rasseyant pour aider mon père à ranger les photos. Elle m'a demandée de venir te chercher, j'espère que ça ne te dérange pas ?
Je secoue la tête, croise le regard fixe de ma mère, accoudée au buffet, et désigne maladroitement le couloir du doigt :
- Je vais me préparer, j'arrive dans deux minutes.
- Pas de souci.
Je file attraper ma baguette et une veste, enfile à la hâte une paire de vieilles baskets, et rejoins Fenwick en ignorant somptueusement mes parents, debout côte à côte en face de la porte d'entrée. Nous prenons congé rapidement, et nous engageons dans les escaliers.
- Sympas tes parents ! Ton père m'a dit que tu étais une super gardienne quand tu étais petite, je ne savais pas que tu aimais voler !
- Parce que je n'aime pas ça. Que veut Evans ?
- C'est la première réunion de l'Ordre au grand complet, Dumbledore m'a envoyé venir te chercher.
M'est avis que c'est plutôt lui qui s'est proposé, mais je ne réponds pas, réfléchissant aux derniers évènements. J'ignore si Dumbledore sait que je commerce avec des Mangemorts – enfin, il n'y a pas grand-chose qui lui échappe et la nouvelle a forcément dû lui parvenir. Mes lettres à Lily au sujet de mes recherches à Oxford ont sans doute également fait écho auprès de lui.
Nous sortons dans la rue, et Fenwick me tend diligemment le bras, vérifie que nous sommes seuls, et transplane. Nous apparaissons aussitôt dans une petite cour pavée, coincée entre de hauts murs gris. Des fenêtres percent les immeubles, et en jaillissent fleurs, linge et étendards en tout genre, cassant la grisaille dans un ensemble hétéroclite et joyeux. Au troisième étage, un gosse agite sa main vers nous, et je fronce les sourcils.
C'est un petit immeuble sorcier. Nous sommes dans Londres, m'explique Fenwick en m'entraînant vers la cage d'escalier. Dumbledore loue un appartement pour accueillir certaines réunions, d'autres ont lieu au Terrier, chez les Weasley, ou chez d'autres membres qui ont assez de place.
Je hoche mécaniquement la tête, et nous arrivons rapidement devant une porte couverte d'une peinture rouge et écaillée. Fenwick toque deux coups, et la porte s'ouvre sur un homme que je n'ai jamais vu et qui nous toise avec méfiance.
- Décline ton identité, aboie-t-il aussitôt.
- Benjy Fenwick, répond celui-ci avec son flegme habituel. Je suis né le 2 janvier, et mon patronus est un kangourou.
- Et toi ?
Désarçonnée par le ton agressif et le fait que l'animal totem de Fenwick se trouve être un kangourou, je ne réponds pas immédiatement, et le regard du type se fait exaspéré.
- Donne ton nom, prénom, et un fait sur toi que Fenwick peut confirmer mais que peu connaissent.
- Jab, Bangwalder, et euh …
Je me creuse la tête pour trouver la dernière information, et Fenwick me devance :
- Comment tu as réagi la première fois que je t'ai demandé de sortir avec moi ?
- J'ai fait une crise d'asthme, je maugrée en lui jetant un regard peu amène.
- C'est bien elle ! s'exclame Fenwick d'un ton guilleret. Tu nous laisses entrer, Maugrey ?
Ce dernier s'exécute, les yeux plissés, et Fenwick m'entraîne à sa suite dans le couloir sombre et défraîchi qui relie le vestibule à la salle principale.
- C'est un Auror, m'apprend-il à mi-voix. Très consciencieux. Pas méchant mais ça lui arrive d'être brusque. Un peu comme toi, en fait.
- Très drôle.
Nous arrivons dans la pièce de vie, et découvrons la plupart de nos camarades de septième année de Gryffondor assis où ils peuvent dans la pièce, un verre à la main. En plus d'eux, le professeur MacGonagall, les frères Prewett, l'Auror qui nous a ouvert, ainsi que d'autres personnes que je ne connais pas discutent avec animation. Marlene, en me voyant, jaillit du canapé dans lequel elle était assise et se précipite vers moi, les yeux brillants.
- Jab ! Je suis si heureuse que tu aies pu venir !
- Tu aurais pu venir me chercher au lieu de les laisser envoyer Fenwick.
- Ne prend pas ton air grincheux, on dirait Joffrey. Et Benjy était si enthousiaste …
Elle papillonne des paupières, et je lève les yeux au ciel en retenant un rictus amusé. Evans nous rejoint en souriant, et la bonne humeur de Marly fond comme neige au soleil.
- Je te laisse, déclare-t-elle d'un ton aigre. Sirius m'appelle.
Black a bricolé un Babyfoot miniature avec des planches et des cuillers à soupe, et il a l'air absorbé par la partie qu'il dispute contre Lupin, mais je ne relève pas.
- Comment vas-tu ? souffle Evans en me tendant une choppe de bieraubeurre.
- Ma foi, je réponds prudemment, plutôt bien et toi ?
- Bien aussi. J'ai entendu dire que tu travaillais avec Io Derviche ?
Y'a-t-il une personne en Grande-Bretagne qui l'ignore ?
- Oui, je réponds sobrement en trempant mes lèvres dans la mousse tiède.
- Il paraît que vous avez une clientèle … variée.
- C'est exact. Nous avons des jeunes, des vieux, des Britanniques et des étrangers, des femmes, des hommes, des non-binaires, et même un centaure.
A vous de distinguer le vrai du faux.
- Non je voulais dire, variée politiquement tu vois ?
- Ah.
Je prends une nouvelle gorgée de bière, constate qu'Evans attend une réponse plus détaillée, me racle la gorge, et reprend le plus naturellement possible :
- C'est possible, je t'avoue que je ne pose pas de questions, je ne suis que l'associée d'Io. C'est elle qui sélectionne la clientèle, je suis ses petites mains en quelque sorte.
Je me tais, prête à soutenir l'avalanche de reproches qui va me tomber dessus, mais à ma grande surprise, le regard de ma camarade se fait songeur.
- Ça pourrait être un avantage pour nous, vu que tu fais partie de l'Ordre. Dumbledore t'en a parlé ?
- De ?
- Ton travail.
- Non.
Elle m'observe pensivement, avant d'hausser les épaules.
- Je suppose qu'il est au courant, et qu'il a fait le même rapprochement que moi. Il t'en parlera sûrement après le déjeuner. Comment vas-tu à part ça ?
- Tu me l'as déjà demandé, je lui rappelle d'un ton sec.
- Ah oui, au temps pour moi.
Elle m'a l'air étrangement joyeuse, mais avant que j'aie pu lui demander la cause de sa jovialité, Potter l'attrape par la taille et l'attire vers un autre groupe pour lui présenter je ne sais qui, me laissant seule avec ma choppe.
Fort heureusement, c'est le moment que choisit Dumbledore pour faire son entrée en scène, m'épargnant l'odieuse tâche d'aller discuter avec le professeur MacGonagall ou Pettigrew.
- Bonjour à tous, clame-t-il depuis l'entrée de la salle, sourire aux lèvres comme s'il contemplait sa famille. Je vous en prie, installez-vous à table, la réunion va débuter !
Je parviens à me trouver une place entre Marlene et un drôle de type roux qui sent le tabac froid et le pavé mouillé. Dumbledore vient se placer en bout de table, debout, et le silence se fait.
- Je ne pense pas avoir besoin de rappeler ce qui vous relie tous autour de cette table, ni les dernières actualités, qui, je pense, nous ont tous profondément affectés. C'est pourquoi je vais entrer directement dans le vif du sujet aujourd'hui.
Il balaie l'assemblée de ses yeux clairs et sévères, et reprend avec sérieux :
- Voldemort monte en puissance plus rapidement que ce que j'avais prévu. Les grandes familles le soutiennent en leur offrant leurs enfants si j'ose dire, et ses effectifs ne font qu'augmenter. Je ne pense pas avoir besoin de vous rappeler les attentats contre les Moldus dont il s'est rendu coupable, ni les meurtres de leurs sympathisants au sein de notre communauté sorcière, voire même parfois même des Vingt-Huit sacrés. Il a prouvé qu'il était un adversaire redoutable, qui ne se posait pas de limites, et c'est pourquoi nous devons aujourd'hui renforcer notre action en organisant l'Ordre de façon plus distincte. Certains d'entre vous ont suivi ou suivent actuellement une formation d'Auror, et nous seront utiles dans une sorte d'escadron de combattants d'élites, qui pourraient sérieusement entraver les actions des Mangemorts, à défaut de les empêcher totalement d'agir.
Black, Potter, et les frères Prewett s'adressent un regard entendu, tandis que Maugrey croise les bras en hochant la tête, marquant son assentiment. Visiblement, Dumbledore leur a déjà fait part de ses plans.
- D'autres sont guérisseurs. Miss MacKinnon, Monsieur Fenwick, vous suivez des formations dans ce domaine, et vos connaissances nous seront précieuses. D'autres encore peuvent être nos yeux au sein du Ministère, qui se gangrène progressivement : je ne citerai pas leur nom, mais ils nous permettront, sinon de contrer certaines actions, d'en prévenir d'autres. Le but de l'Ordre n'est pas simplement de tuer des Mangemorts lors de combats, il est également de copier leur organisation en s'étendant via un réseau tout aussi important, et c'est pour cela que tous ici nous serons utiles.
D'accord. Je comprends mieux les raisons de ma convocation.
Dumbledore souhaite que j'espionne les clients de Io, et lui rapporte des informations. Sauf qu'il sait pertinemment que les Mangemorts savent que je fais partie de l'Ordre. Donc comment pourraient-ils laisser filtrer le moindre détail ?
… En le donnant à Io, qui elle est neutre, et prend soin de me traiter comme une idiote indigne de son estime face aux clients. Et Io qui n'aime pas plus Voldemort que moi accepterait-elle de me répéter ces informations ?
La voilà, ma mission. Convaincre mon « associée » de me tenir au courant des transits d'objets de magie noire, et les répéter à l'Ordre qui pourra grâce à son fameux réseau comprendre leur utilisation et entraver certains attentats ou meurtres.
Pas bête le vieux !
Mais Io n'est pas exactement une idiote. Elle-même est passée maître dans l'art de la manipulation et du mensonge, et je vois mal comment moi, avec mes gros souliers, je pourrais lui extorquer quoi que ce soit à ses dépens. Sachant que si elle a refusé l'offre de Dumbledore l'an passé, ce n'est pas pour changer d'avis et faire l'espion deux mois après. Donc à moi de fureter le plus discrètement possible pour trouver les informations.
Plongée dans mes réflexions, je ne fais pas attention à l'agitation qui précède le début du repas, et sursaute lorsque qu'une copieuse rasade de bièraubeurre est à nouveau versée dans mon verre.
- T'es toute pâle, ça va te ravigoter, me déclare le type à ma droite, avant de me tendre la main : Mondingus Fletcher, enchanté.
- Jab Bangwalder, de même, je réponds poliment en lui serrant la main.
- Première fois que j'te vois dans les réunions. T'es nouvelle ?
- Oui.
- T'es la copine à Fenwick, c'est ça ? M'avait dit que t'étais pas très causante.
- Non, je ne suis pas sa copine, je rétorque avec aigreur en fusillant du regard l'intéressé. On était camarades à Gryffondor.
- Ah ouais ? Moi j'étais à Serpentard. J'ai arrêté l'école y'a trois ans. J'ai pas passé les Aspics.
Il entrecoupe ses phrases de grandes rasades de bière, et de coups de fourchette dans son assiette, généreusement garnie de choucroute.
- Et tu fais quoi dans la vie ? je demande pour la forme, parce qu'un camarade sans Aspics ce n'est pas si fréquent.
- Tout et rien, répond-il sans relever les yeux. J'achète, je revends. Je retape, parfois. Je fais des affaires quoi.
Un concurrent, donc. Je plisse les yeux.
- Tu concurrences Barjow et Beurk ? je demande de nouveau, l'air de rien, tandis que Marlene, stressée par mon assiette vide, me sert une généreuse part de gratin dauphinois.
- Bof, pas vraiment. Parfois on commerce ensemble : je leur revends des trucs trouvés.
- Trouvés ?
- Bah ouais.
M'est avis que ce qu'il appelle « trouver », les Aurors appelleraient ça « chaparder ». Mais comme je suis polie, je ne dis rien, et plante ma fourchette dans le gratin en réfléchissant.
- Mais toi, là, Bangwalder. J'ai déjà entendu ton nom sur le marché.
Je fronce les sourcils, et tourne la tête vers Fletcher, qui me regarde sourcils froncés également.
- Ah oui ? Par qui ?
- Attends que ça me revienne … Tu serais pas la bonne à tout faire de Derviche ?
Si ma mère apprend que c'est comme ça que je suis connue dans la société sorcière, je suis bonne pour l'exil au Groenland.
- Si on veut, je réponds donc avec le plus de dignité possible.
- C'est ça. C'est Dolohov qui a parlé de toi à Vidor, qui en a parlé à Johnson, qui me l'a dit.
Johnson ? Qu'est-ce que l'attrapeur de Serdaigle vient faire dans le commerce d'objets magiques ?
- Donc, reprend lentement Fletcher avec une légère hostilité dans la voix, tu travailles pour Derviche dans la revente et retouche, c'est ça ?
- Oui, si on veut.
- C'est pour ça que Dumbledore t'a faite venir.
Je ne réponds pas, et nous mangeons en silence quelques instants avant qu'il ne revienne à la charge.
- Ça te dirait qu'on réseaute ensemble, comme l'a dit le vieux ?
Alors étrangement pas vraiment, non. Ce type ne m'inspire aucune confiance.
- Je vais y réfléchir.
- Ouais. Réfléchis vite et dis-moi.
Je hoche mollement la tête, incertaine.
[…]
Le repas est terminé, et la plupart des « invités » sont repartis. Marlene et MacGonagall sont en train de débarrasser, tandis qu'Evans, Potter et Black disputent une partie de cartes explosives sur la table basse, sous le regard faussement neutre de Dumbledore. Finalement, tout le monde se réunit dans le petit salon autour des joueurs, et Dumbledore prend la parole avec lenteur.
- Bien. J'ai attendu que nous soyons seuls pour vous parler d'un sujet important, et qui concerne Miss Bangwalder.
Ça y est, je vais encore me faire remonter les bretelles parce que je n'ai pas été capable de trouver, apprivoiser, et apprendre le tricot à la sale bestiole qui me pompe mon énergie depuis quelques semaines, en plus de ma magie.
Mais attendez une seconde.
Comment se fait-il que Black soit au courant ?
MacGonagall, je comprends. Potter, bon, il est quasiment siamois avec Evans, ils se partagent sûrement leurs cerveaux. Marly, je lui en ai parlé. Mais Black ?
Avec toutes les arnaques que je lui fais croire, il va finir par me faire chanter, c'est sûr.
- Messieurs Potter et Black ainsi que Miss Evans ont deviné eux-mêmes la nature du lien qui vous lie au Jaseroque, m'informe aimablement Dumbledore, qui a intercepté mon regard assassin vers mes anciens camarades. Je me suis permis d'en faire également part au professeur MacGonagall. Cela dit, je pense qu'il serait prudent que personne hors de l'Ordre n'en sache autant que nous.
Je hoche la tête, et il poursuit.
- J'ai ouï dire que vous aviez été invitée au mariage de Maline Rosier et Théodore Nott, et je pense que nous sommes tous d'accord pour désigner celui qui est à l'origine de cette invitation. Monsieur Rosier a-t-il réitéré ses propositions, ou a-t-il fait part de ses informations à son maître ?
- Il ne lui a rien dit, je réponds en triturant mon verre. Je crois qu'il est un peu désarmé, parce qu'il n'a pas proposé d'autre marché, ni fait de chantage.
- Ça doit vouloir dire qu'il est dos au mur, murmure Evans.
- Probablement. Il ne va pas pouvoir mentir à Voldemort encore longtemps, et il faut que vous vous attendiez à une dernière tentative de sa part, sans doute plus musclée.
- Il y a quelque chose que je ne comprends pas, nous interrompt soudain Black. Pourquoi mentir à Voldemort sur le pouvoir de Bangwalder ?
- Parce qu'il veut le pouvoir pour lui tout seul, j'explique sèchement. Rosier est un opportuniste, il n'obéit à Voldemort que pour servir ses intérêts.
- Et comment peut-il lui cacher quelque chose d'aussi gros ?
- Occlumencie, principalement, assène MacGonagall de son habituel ton cassant. Ce qui m'échappe en revanche c'est pourquoi ne fait-il pas plus pression sur Miss Bangwalder. Il est loin d'être étouffé par sa conscience, et cela va bientôt faire un an qu'elle s'oppose à lui sans conséquences directes.
Le souvenir de mes côtes brisées me fait ouvrir la bouche, mais je suis coupée par Marlene qui prend la parole d'un ton dur.
- Parce qu'il rechigne à la blesser. D'abord parce qu'il ne voulait pas faire trop de vagues à Poudlard, et aussi parce que maintenant il essaie, de ce que j'ai compris, de se mettre les matriarches Lestrange dans la poche pour sauver sa famille.
- C'est tout à fait exact, Miss MacKinnon, sourit Dumbledore comme si nous parlions d'un exposé de métamorphose. Cependant, il va nous falloir être extrêmement vigilant désormais. Le Jaseroque va revenir, et Evan Rosier aussi. Tous deux savent que Jabberwocky travaille désormais au poste souple mais risqué d'intermédiaire, et que Poudlard ne la protège plus.
- Pardon, intervient Potter, mais comment le Jaseroque peut-il savoir où se trouve Bangwalder ?
- Parce qu'ils sont liés, Monsieur Potter. Et parce que selon mes sources, il s'était réfugié en Islande, et qu'il a été vu la semaine dernière en Norvège, ce qui signifie qu'il se rapproche.
Un silence tombe sur notre petite assemblée, et je réfléchis rapidement aux dernières paroles de Dumbledore. Me brandir un panneau danger clignotant devant les yeux n'aurait pas été plus clair, et le fait que je ne parvienne plus qu'à lancer de faibles Lumos n'est pas pour me rassurer.
- Me doutant que Miss Bangwalder n'accepterait probablement pas d'être assignée à résidence …
J'ai un sursaut d'horreur, et j'ouvre la bouche prête à m'insurger, mais Dumbledore poursuit immédiatement :
- … il m'est venu l'idée de vous offrir, à vous et Miss Derviche, des locaux à Pré-au-Lard, dans la grande rue. Vous seriez suffisamment proche de Poudlard pour nous permettre d'intervenir en cas de problème, et vous assureriez une clientèle fidèle et importante.
- N'importe quoi, je m'exclame aussitôt, comme si Io avait pris possession de mon corps. Nous n'attirerions que des gamins qui veulent réparer leur Rappeltout ! Les Mangemorts ne nous prendraient plus au sérieux, et une boutique fixe et géographiquement matérialisée, il n'y a rien de moins discret. Et puis nous sommes majeures, je ne vois pas pourquoi nous devrions nous mettre sous la surveillance de nos professeurs !
- Vous réfléchissez trop vite, assène MacGonagall. La couverture d'une boutique pour adolescents attirera d'autant plus la clientèle qui souhaite la discrétion, puisqu'on ne l'y imaginera pas spontanément. De plus, des locaux permettraient de développer votre activité et donc votre chiffre d'affaire. Quant à notre surveillance, il ne s'agit pas d'un chaperonnage, mais d'une intervention rapide en cas d'attaque, et d'une dissuasion. Enfin, je me permets de vous rappeler que vous n'êtes âgées que de dix-sept ans, et que votre expérience en temps de guerre est considérablement faible.
Elle m'a mouchée la vieille.
Je reste donc bras croisés et sourcils froncés pour montrer mon désaccord, tandis que je réfléchis à sa stratégie, qui me paraît en réalité plutôt intéressante.
- Je suppose que je devrais cacher les motifs de ce déménagement à Io ? je demande finalement, brisant le silence buté que j'avais établi.
- Ce serait mieux, convient Dumbledore. Miss Derviche se doutera probablement de l'implication de l'Ordre, mais il serait préférable qu'elle ne sache rien du Jaseroque. C'est un électron libre, et je préfère me méfier de ses fréquentations.
- Naturellement, je murmure.
- Maintenant, permettez-moi de revenir à notre sujet principal, qui est votre cher homonyme. Selon mes prévisions – libre vous de les remettre en cause, mais si j'étais vous je m'y fierais – le Jaseroque sera en Ecosse d'ici un mois ou moins, et vous devrez vous tenir prête.
Je vois mal comment je pourrais me tenir prête à l'arrivée d'un monstre millénaire alors que je ne sais pas jeter de sort et que je doute avoir le temps de maîtriser le kung-fu en deux semaines, mais je hoche la tête.
Vous l'aurez remarqué, je ne suis globalement pas une fille très contraignante.
- Vous pouvez être certaine que Monsieur Rosier aura fait les mêmes calculs que moi, et qu'il tentera de s'interposer à nouveau. Peut-être vous rendra-t-il visite, peut-être utilisera-t-il un de vos clients, ou peut-être viendra-t-il voir la bête de ses yeux, nul ne peut le dire. En revanche …
- Attendez, je l'interromps à nouveau. Quand vous dites que le Jaseroque va arriver et que Rosier viendra le voir ou je ne sais quoi, qu'est-ce que vous entendez ? Qu'il va venir se poser comme une fleur dans la Grande Rue et toquer à notre boutique, qui n'existe pas encore soit dit en passant ? Et puis après ? Il va me croquer et repartir tranquillement ?
- Je n'en sais pas plus que vous, répond paisiblement Dumbledore. Mais le jour venu, vous le saurez sans doute avant moi, et il sera alors plus prudent de me prévenir afin que nous nous … isolions, et ne blessions pas de civils. Oh, à ce sujet, peut-être Miss pourriez-vous montrer à vos camarades à quoi ressemble le Jaseroque, tout en nous dévoilant votre Patronus ?
Je reste interdite quelques instants, avant de m'exécuter. Je songe brièvement à la danse accordée à Fenwick, à ma première paye avec Io, à l'éclat de joie de Marly lorsqu'elle a réussi ses Aspics, et jette le traditionnel « spero patronum », qui est un des derniers sorts que je puisse jeter.
Une énorme forme jaillit de ma baguette pour se matérialiser sur la table du salon, et je contemple avec résignation la silhouette fantomatique du Jaseroque. Il est bien sûr plus petit que le vrai, et son attitude est bienveillante, mais cela ne change rien à ses ailes gigantesques au bout desquelles des griffes aiguisées lui permettent de se tenir et d'avancer. Il ressemble par sa forme à un dragon, mais sa tête elle ne ressemble à rien d'autre qui existe. Elle est monstrueuse, et carrément laide, percée de deux yeux blancs, tandis que sa bouche s'ouvre presque verticalement sur de longues dents pointues qui évoquent des mandibules. Deux … je ne sais même pas comment qualifier ça, des moustaches d'écailles ? pendent le long de sa mâchoire, et le haut de son crâne est garni de longues pointes souples du même acabit. En plus des griffes au bout de ses ailes, il a deux pattes avant minces et griffues, et deux pattes arrière puissantes. Sa longue queue, enfin, s'enroule autour de lui comme un serpent.
Lève-toi, je souffle au Patronus. Fais le beau, comme tu sais le faire.
Il s'exécute, se dressant sur ses pattes arrière et déployant ses ailes, et gonfle son thorax étroit. Les piques de sa tête se déploient à la manière de la tête d'un cobra, et il tend ses pattes avant comme pour happer quelqu'un.
Un silence pesant est tombé sur le salon, et je fais disparaître le sort d'un mouvement de poignet. Tous contemplent l'endroit où le Patronus a disparu avec affliction, à l'exception de Dumbledore qui se lève avec lenteur pour se tenir devant nous.
- Belle bête, n'est-ce pas ? reprend-il avec affabilité. Je pense que nous sommes tous d'accord sur le fait que nous ne voulons pas la voir entre les mains de Voldemort.
Nous hochons unanimement la tête. A vrai dire, je pense qu'aucun de nous ne veut voir le Jaseroque tout court, mais l'heure n'est pas au sarcasme alors je me tais.
- Dans les jours qui suivent, vous recevrez sans doute des hiboux de ma part ou de celle de Minerva vous conseillant sur d'éventuelles mesures à prendre. Miss Bangwalder, je vous invite à m'écrire dès que Miss Derviche aura accepté ses nouveaux locaux, et si par hasard Monsieur Rosier entrait en contact avec vous, prévenez-nous.
- Et par rapport à votre discours tout à l'heure, j'interviens, que suis-je censée faire pour l'Ordre ? Vous prévenir des commandes des Mangemorts ?
- Ma foi, répond notre ancien directeur avec un air faussement songeur, ingénieuse comme elle est, Miss Derviche doit tenir un registre n'est-ce pas ? N'hésitez pas à le dupliquer, et à nous transmettre régulièrement ce qui vous semble important.
M'est avis que Io protège ledit registre comme son propre enfant, étant donné que je ne l'ai jamais vu. Mais je hoche la tête, décidée à tenir moi-même un registre s'il le faut.
- Nous vous recontacterons si nécessaire, achève Dumbledore avec un sourire bienveillant.
Et aux regards insistants qui se posent sur moi, je comprends que la partie suivante de l'entrevue ne nécessitera pas ma présence. Je me lève donc avec dignité, salue tout le monde, fais signe à Marlene de venir me voir ensuite, et quitte le petit appartement en me demandant comment rentrer jusqu'à Edimbourg alors que je n'ai que des Gallions sur moi, et pas de moyen d'appeler qui que ce soit – mon odieux Patronus mis à part. Il me reste bien le Magicobus, mais je crois que je préfère encore le train moldu.
Ou alors, je vais au Ministère, squatter le bureau de mon père. Oui, ça me paraît être une bonne idée.
Je rentre donc dans la première cabine téléphonique désaffectée sur mon chemin, compose à la va-vite le code me permettant d'entrer au Ministère, et avec un grincement peu rassurant, le sol de la cabine s'enfonce dans le sol, à la manière d'un vieil ascenseur. Je me recoiffe rapidement, serre mon sac contenant ma baguette, ma bourse et mes derniers grammes de poudre de cheminette contre moi, et la porte s'ouvre, me projetant dans l'Atrium. Il n'est que seize heures, et pourtant il grouille déjà de monde, les sorciers se bousculant pour accéder aux ascenseurs ou aux cheminées. Je m'empresse de sortir de la cabine, contourne l'énorme et hideuse fontaine au centre du hall, et file jusqu'aux ascenseurs, manquant de déraper plusieurs fois sur le parquet ciré. Je me faufile entre plusieurs sorciers, et appuie sur le bouton de la coopération magique internationale, et me cale contre la paroi du fond dans l'espoir de me faire discrète. Avec un sifflement léger, l'ascenseur ferme ses portes et commence à s'élever.
J'espère que mon père n'est pas en réunion.
Quoique. Peut-être qu'il travaille toujours avec Travers, son collègue qui me donnait des Fizwizbiz quand j'étais petite. Avec un peu de chance, j'aurais droit à un goûter gratuit.
Niveau 2. Département de la justice magique.
L'ascenseur s'ouvre, une nuée de hiboux et de petits papiers volants s'y engouffrent. Je fronce les sourcils, et me déplace stratégiquement de manière à ne pas me trouver sous le derrière d'un hibou, et reporte mon regard face à moi. Je sens aussitôt mon sang se glacer.
Un homme m'observe fixement, sans expression apparente, et même un aveugle repérerait les cheveux dorés, les yeux noirs, et la haute stature du paternel Rosier.
J'ai l'impression que mon estomac se liquéfie, et les rouages de mon cerveau s'activent avec leurs habituels grincements de mise en route.
Je ne crois pas lui avoir parlé au mariage de sa fille. Peut-être n'était-il même pas au courant de mon identité ? Peut-être que c'est son regard naturel, qu'il ne pense à rien ?
Par politesse, j'ose un signe de tête.
Niveau 3. Département des accidents et catastrophes magiques.
C'est un échec retentissant, Monsieur Rosier ne faisant aucun geste pour me rendre la pareille, et je reporte mon attention sur mes pieds, mortifiée.
La vue de mes baskets me fait soudain réagir. Je n'y pensais même plus, mais je suis habillée à la Moldue, et avec mon short (rien de court ou d'affriolant, mais on voit quand même mes genoux, fait assez rare pour être mentionné au sein du Ministère) et mon t-shirt, on pourrait facilement me prendre pour une joggeuse égarée.
Quel malaise.
Niveau 4. Département de contrôle et de régulation des créatures magiques.
Trois sorciers sortent, et deux montent. Monsieur Rosier ne fait pas mine de bouger, mais il a eu l'obligeance de reporter son regard sur la porte de l'ascenseur, et je me contente de me faire la plus discrète possible.
Niveau 5. Département de la coopération magique internationale.
Je m'avance, aussitôt suivie par Rosier senior, et j'ai le déplaisir d'entendre ses pas alors que je m'engage dans le couloir, vers le bureau de mon père. Le département comporte trois organisations, celle du commerce magique, celle des lois magiques, et celle où travaille mon père, qui se trouve être la confédération générale des sorciers britanniques. Pour faire court, ça ressemble fortement aux Nations Unies moldues : des sorciers de tous pays s'y retrouvent, discutent, se disputent, prennent des décisions, les défont, et ainsi de suite. La confédération est dirigée par Dumbledore, qui n'y met pas souvent les pieds, et mon père travaille à un poste diplomatique de rapports sur les situations des différents pays de la confédération, et parfois des missions d'ambassades ou de représentation du ministère à l'étranger.
Un homme admirable donc, dont je suis très fière, mais qui n'explique pas la présence d'un membre occasionnel du Magenmagot derrière moi. Je me retiens de me retourner jusqu'au bureau de la CGSB, et en m'arrêtant devant la porte, j'ai le plaisir de l'entendre poursuivre son chemin. Laissant échapper un soupir de soulagement, je me tourne vers la large pièce qui me fait face.
Calquée sur le modèle du bureau des Aurors, avec des box séparés par de minces cloisons d'où s'envolent hiboux et notes volantes, la salle est plutôt chaleureuse, avec son effervescence perpétuelle et son brouhaha. Quelques sorciers lèvent la tête à mon arrivée, mais la plupart continuent leur travail où leurs discussions sans me prêter attention, et je m'engage dans les allées qui séparent les bureaux en cherchant mon père des yeux. Ne le trouvant pas, je me tourne vers une sorcière qui semble moins débordée que les autres.
- Excusez-moi, je demande poliment, pourriez-vous m'indiquer le bureau de Jerry Bangwalder ?
- A droite, contre la fenêtre. Vous êtes sa fille ?
Je hoche la tête, et elle m'adresse un regard ravi.
- Je crois qu'il est en réunion avec Monsieur Croupton. Asseyez-vous, il ne doit plus en avoir pour longtemps !
Zut. Depuis le temps que j'entends mon père pester contre Croupton, directeur depuis peu mais bien connu du service pour son zèle et sa sévérité, je doute qu'il revienne de sa réunion dans de bonnes dispositions. Peut-être que j'aurais dû lui ramener quelque chose ?
J'ai cru voir une machine à boissons chaudes dans le couloir. Je m'assois sur la chaise roulante de mon père, et fouille dans mon sac, à la recherche de mes dernières mornilles.
Dernières mornilles totalement inexistantes, puisque je viens de me souvenir que je les avais filées à Marlene pour qu'elle s'achète une espèce d'aloe vera du Mexique rarissime ou je ne sais quoi.
Oui, pendant que des filles économisent pour une palette de maquillage, une robe, ou un ticket de cinéma, Marly me rackette pour se payer une plante.
Résultat, je n'ai plus un rond.
Si le père Travers avait été là, j'aurais sûrement pu lui demander, mais je ne le vois nulle part, et j'en déduis qu'il est sûrement aussi à la réunion. La sorcière qui m'a indiquée le bureau de mon père m'épie depuis sa cloison, et je l'ai vue distinctement envoyer un avion de papier à sa collègue il y a quelques minutes.
Bon en attendant, je perds mon temps. Je sors donc mon petit agenda de mon sac, et le feuillette. Arrivée à la page de la semaine, je blêmis en voyant le nom « Dolioro » inscrit en rouge et entouré de têtes de morts, et m'empresse de refermer le carnet.
Je vais m'occuper autrement.
J'en suis donc à jouer au morpion sur un coin de parchemin en mâchonnant une Patacitrouille trouvée dans un tiroir du bureau d'à côté, lorsque mon père fait enfin irruption dans la salle, l'air passablement agacé. Il s'arrête quelques instants répondre aux questions de collègues grimaçants, et rejoint son bureau d'un pas lourd. Arrivé en face de moi, il fronce les sourcils avec confusion.
- Tu n'es pas resté boire un verre avec ton copain ? lâche-t-il finalement en posant une pile de dossiers sur le bureau.
Je fronce les sourcils à mon tour.
- Je ne sais pas qui vous a raconté que j'étais en couple avec Fenwick, mais il va falloir vous sortir cette fausse information de la tête.
- Ah bon. J'aurais cru.
- Tu crois mal. Ça a été ta réunion ?
Il soupire, et tire le fauteuil libre le plus proche pour s'y affaler, commençant à ordonner ses papiers.
- Pas vraiment.
- Tu m'expliques ?
Il m'adresse un regard étonné, mais consent à développer.
- Les temps sont instables, Croupton est inquiet donc il redouble de rigueur. Il a du mal à faire passer les lois qu'il veut à cause de l'opposition au département de la justice, et je pense qu'il subit des pressions des deux côtés.
J'ai une pensée fugitive pour Rosier senior, qui use sans doute de ses derniers gallions pour tenter d'influencer les politiques du Ministère.
- A cause de V …
- Pas ici, me coupe mon père en me jetant un regard sévère.
Je jette un coup d'œil à la salle. Chacun vaque à ses occupations, mais quelques regards se perdent vers nous, avant de revenir à leur travail d'un air indifférent.
- Mais oui, murmure-t-il en se penchant pour ouvrir un tiroir, d'où il sort plume et encrier. C'est à cause de ça. La confédération essaie d'alerter les autres pays, mais ils ne nous prennent pas au sérieux. Grindelwald a chuté trop récemment pour qu'ils y voient un réel danger – tu connais le dicton, un mage noir par siècle …
Je hoche la tête.
- D'autant plus, poursuit mon père à voix basse, que le parti de Millicent Bagnold gagne en influence et qu'elle a de grandes chances d'être élue. Les conservateurs perdent du terrain, et ça n'aide pas à alerter la confédération. Ils pensent qu'il ne s'agit que de terroristes désorganisés, et qu'il suffit d'augmenter les effectifs des Aurors pour résoudre le problème. Ils ne comprennent pas que le problème puisse sinuer à l'intérieur du Ministère et dans la société sans être visible politiquement.
- Et les statistiques des attentats ne suffisent pas à les alerter ?
- Ils ne voient pas la liaison entre eux.
- Mais c'est stupide ! Même un enfant de quatre ans verrait que les meurtres, les bombes et les troubles sont fait par les mêmes individus, et dans un but précis !
- Je suis bien d'accord avec toi, et Croupton aussi. Mais les autres pays ont aussi leurs problèmes, et préfèrent visiblement se voiler face que de se remettre dans une politique onéreuse de défense. Surtout pour un mage noir qui ne menace que la Grande-Bretagne.
Je lève les yeux au ciel. Je comprends mieux pourquoi Dumbledore préfère agir de son côté plutôt que d'attendre que la confédération se décide.
Vous me direz, je ne suis pas la mieux placée pour reprocher l'inaction à qui que ce soit, mais que voulez-vous, depuis que je suis membre de l'Ordre, je me sens pousser des ailes.
[…]
- Mauvaise idée, grommelle Io en relevant son masque pour s'essuyer le visage du dos de la main.
Elle est en train de souder la portière du side-car de la moto que Black lui a confié, et elle avait l'air assez concentrée pour que j'essaie de lui soumettre la proposition de Dumbledore et espérer qu'elle accepte.
Mais c'est un échec retentissant, Io ne baissant jamais la garde. Je ne sais pas comment fonctionne son cerveau, mais je suis sûre que nous n'avons pas le même.
- Pourquoi ? Si c'est à cause du loyer, tu peux largement te le permettre. Je le sais, je récupère une partie de l'argent et elle suffirait à se le payer pendant plusieurs mois.
- Ecoute Jab …
Elle se relève de la portière devant laquelle elle était accroupie, et m'observe avec lassitude.
- Sans vouloir t'offenser, je commence à te connaître, et l'esprit d'initiative c'est pas ton truc. Je ne sais pas qui t'a proposée ce plan, même si je crois avoir une petite idée, mais il a forcément ses intérêts, et je ne compte pas me contraindre pour satisfaire cette personne.
- Et si c'était moi qui avais eu l'idée ? je rétorque, bras croisés dans une posture que j'imagine terriblement intimidante.
Io me jette un regard désabusé, et avale une rasade de Limoncello sans me répondre.
Oui, quand sa mère est là, c'est citronnade, et quand elle n'est pas là, les souris dansent.
- Alors ? j'insiste.
- Alors non. Les loyers à Pré au Lard sont hors de prix, et nous ne sommes pas assez stables. Et aucun de nos clients n'acceptera d'y venir, au su et à la vue de tous.
- Je t'ai expliquée que …
- Les gamins les couvriront ? Bien sûr que non. Je n'ai pas de temps à perdre à réparer leurs jouets, et de toute façon personne ne sera dupe. Le monde sorcier est un petit monde, Jab.
Je me retiens de trépigner de colère, attitude fort peu professionnelle qui ne me servirait pas à grand-chose, et rassemble mentalement mes derniers arguments.
Qui sont malheureusement bien maigres.
- Et de toute façon, me coupe-t-elle avant que je n'aie pu placer un mot, ça se réfléchirait si j'avais quelqu'un pour m'aider.
- Pardon ? je m'étouffe. Qui est-ce qui passe son temps dans le Magicobus le plus moisi d'Europe à aller livrer des saloperies aux quatre coins de la Grande-Bretagne ? Qui doit réclamer les sous à des Mangemorts ? Qui est payée une misère à travailler à plein temps ?
- Pour m'aider à réparer, j'ai dit, siffle Io en posant brutalement son verre. Je ne t'ai engagée que parce que tu n'as nulle part où aller, et je te paye par amitié !
- Par amitié ? je répète, incrédule. Ce n'est pas toi qui me présentes comme ton larbin ?
- Parce que sinon je perdrais toute crédibilité ! aboie-t-elle. Excuse-moi de penser à ma boutique ! Je fais déjà un beau geste en te faisant travailler alors que j'aurais besoin d'un réparateur, ou au moins de quelqu'un qui saurait transplaner !
Je reste bouche bée, abasourdie par ces derniers mots. Je me doutais que Io m'avait engagée par amitié comme elle le dit, mais par pitié, je n'aurais jamais cru ça d'elle.
- J'en suis désolée, je réponds finalement, bouillonnant de colère. Mais ne t'inquiètes pas, je te relève de tes contraintes !
Je jette l'agenda des livraisons à ses pieds, et quitte le garage à pas lourds.
Transplaner aurait sans doute signé une sortie un peu plus retentissante, mais je vais à nouveau devoir me contenter du Magicobus.
Hop, voilà.
Un petit chapitre de reprise pour se mettre dans l'ambiance post-Poudlard. La suite arrivera d'ici quelques semaines je l'espère, peut-être avant si une foule en délire s'amasse dans mes reviews ! En vrai, même un ou deux retours me feraient plaisir je l'avoue.
Sinon ben j'espère que tout roule pour vous. En ce moment y'a des bons films au cinéma, genre Tar ou les Banshees, je vous conseille. Je ne sais toujours pas quoi penser de Babylon néanmoins. Et le dernier Astérix n'est pas SI catastrophique, même si ça ne vole pas haut, allez soutenir nos rares grosses productions françaises ...
Je cesse, on est pas sur Allôciné. Bonne soirée et bonne semaine à tous ceux qui passeraient par là, et à bientôt !
