10 mars :
Bar "À Coup d'As", Place de la Fontaine, en face de l'Université Per, quartier Ewah, Mockingcrow, Oklahoma, États-Unis d'Amérique :
Dieu a-t-il créé l'Homme ou fut-ce l'Homme qui créa Dieu? La question que l'Homme ne semble pas se poser est : «Est-ce que Dieu a le droit d'exister ?»
Honnêtement, je me disais que la philosophie et moi... Autant, mon prof avait toujours le sourire aux lèvres quand je parlais, autant ma moyenne, c'était un 9.
- Après faut avouer que la philo, le problème, c'est le long terme! À part devenir prof de philo ou prêtresse, je vois pas vraiment d'issue ! Remarque, un jour, j'avais fait un test et c'était curé ou rabbin qu'il y avait parmi les résultats...
- Faut pas déjà croire en Dieu pour ça ? me demanda Carla avec un sourire qui frisait le "moqueur".
- Ou je pourrais devenir télévangéliste et me faire plein de fric, mais mentir va finir par me souler rapidement. Ah, si seulement j'avais pu être psychopathe! me plaignis-je.
- C'est vrai que les deux seules autres boulots que je vois après des études de philo, ce sont... Succéder au professeur Gogmagog ou écrivaine. Justement, t'en as toujours rêvé, non? nota mon amie.
- Je ne peux pas le nier, cependant l'intérêt d'écrire, c'est quand même de faire une œuvre qui reste après la mort, y a pas écrit "Kevin Feige" sur mon front, je suis pas assez stratège pour savoir comment écrire une histoire qui manipulera mes lecteurs et lectrices qui en feront un chef d'œuvre.
- T'avais pas dit que tu trouvais "Carmilla" ch*ant? Ben, regarde, à notre époque, ça a pas l'air extraordinaire, mais y a vraiment que "Dracula" qui puisse lui faire de l'ombre !
- En parlant de vampire, l'ombre ténébreuse était pas censée déposer ton frère ?
- Tu le connais, il a dû croiser la jolie blonde du stand des médecine.
Je regardai les brochures, le logo de l' "Église de la Prophétie de l'Élu" m'aidait à savoir quels cursus n'étaient toujours pas intégrés. En me voyant poser mon index sur ma tempe et trembler à la vue des noms des accompagnements spécialisés, les yeux dorés de Carla brillèrent d'une triste lueur.
- Lavie... Si tu veux pas, t'es pas obligée... tenta l'étudiante.
- Carla... C'est pas que j'aime pas mon travail, c'est juste que... Que...
- Bonjour. nous fit une voix masculine.
Les yeux de mon amie roulèrent pour pointer le ciel, elle savait que les miens seraient trop occupés à fixer le beau serveur, je ne risquais pas de terminer ma phrase.
- De toute façon, Lavie, tu comptes faire quoi si tu reprends tes études? me demanda Carla pour me faire échapper aux yeux de cristal de Tristan.
- Ben... Juste trouver un travail qui me laisse le temps de devenir une artiste dans mon temps libre.
- De quoi vous parlez? demanda la serveur qui s'assit avec nous.
Je partis du principe que le jeune homme aux cheveux de nuit prenait sa pause. Carla soupira et inversa les boissons qu'il avait servies. Ah, notre Tristan, ça le rendait adorable.
- L'E.P.E insiste pour que Lavie participe à la journées "Portes Ouvertes", Saturnus lui a laissé sa journée pour ça. expliqua mon amie.
- Et du coup, Lavie compte étudier l'art ? demanda Tristan.
- Non, tu as mal compris, je cherche juste un travail adapté pour pouvoir devenir artiste à côté... C'est à dire qu'à moins qu'un de vous deux ne me vampirise, il doit me rester à peine soixante-dix ou quatre-vingts ans à vivre... Alors avant d'être condamnée au néant éternel de l'oubli et de l'entropie, j'aimerais laisser une marque de ma présence sur ce caillou condamné à se faire dévorer par le Soleil. plaisantai-je.
- Lavie, nous sommes en plein jour! nota Carla.
- Certes, mais j'ai lu "Dracula" et "Carmilla", à la base, la lumière du Soleil ne pouvait qu'affaiblir les vampires, ça ne les cramait pas! Et puis me*de, j'en ai marre, de parler de ça, on pourrait reparler de mon avenir à plus tard?
- C'est vrai que tu as reçu suffisamment de brochures, ah... Kave m'a écrit. La nouvelle jeune fille au pair est arrivée, il lui fait visiter le manoir.
Poursuivre des études... Soyons honnêtes : ça m'effrayait !
Ça faisait quand même plus de trois ans que je travaillais au manoir Per, je m'étais à la fois habituée et lassée.
Après le lycée, une fois mon bac obtenu, il me fallait chercher du travail. Comme je n'avais que le pire des baccalauréats, littéraire en l'occurrence, l'un des pires choix de ma vie, je ne connaissais que deux options : Le volontariat ou les dispositifs de préparation à l'emploi de l'Armée!
Bon, c'étaient les seules options que je connaissais qui ne demandaient pas à faire des études supérieures et qui étaient promues par les réseaux sociaux... Il y avait devenir employée de libre-service aussi! Pourquoi n'avais-je pas essayé de poursuivre des études supérieures? Il me fallait d'abord gagner de l'argent, tout simplement !
Contrairement à ce que mes parents croyaient, le Service Civique et le Service Militaire Volontaire n'ont aucun lien. Enfin, à l'époque, ils n'avaient aucun lien, aujourd'hui je sais pas.
Le problème avec le Service Militaire Volontaire, c'était la discipline. J'avais tellement envie de tuer tout le monde!
Pour ceux qui l'ignoreraient :
Service Militaire Volontaire : Formation militaire Francaise et civique visant à inculquer les valeurs de la vie en communauté ou je-ne-sais-quelle c*nnerie de mortels sanistes dans le but de trouver un travail;
Service Civique : Mission de volontariat d'intérêt publique indemnisée pour l'État, OFFICIELLEMENT, aucune condition de diplôme n'y est reliée !
J'ai rapidement arrêté le SMV... Devoir passer des mois à faire semblant d'être quelqu'un que je ne suis pas... À faire semblant de tolérer des gens que je n'aime pas... À supporter une atmosphère qui me donne envie de f*utre le feu...
J'ai conscience de passer pour une psychopathe, mais qui est la plus psychopathe des deux? L'actrice qui s'adapte à une situation en prétendant être ce qu'on veut qu'elle soit ou l'enragée qui sait ce qu'elle ne veut pas et qui a conscience de ce qu'elle hait?
Certes, j'aurais obtenu le permis de conduire, mais à l'époque, déjà, je me mentais à moi-même, je savais que ce n'était pas fait pour les gens comme moi...
N'accordant aucun intérêt à mes pensées morbides, j'ai postulé au Service Civique, ce qui m'intéressait, c'était l'Institut de l'Engagement:
Institut de l'Engagement : Organisme à but non lucratif visant à financer des projets d'intérêt général proposés par des volontaires souhaitant suivre une formation, trouver un travail ou lancer leur activité...
Bon, évidemment, je n'avais lu nulle part, parce que ce avait justement été écrit nulle part, qu'il fallait que le projet soit d'intérêt général.
J'avais postulé à plusieurs missions... Bon, à une centaine de missions auxquelles je pouvais accéder sans avoir le permis de conduire... Il y a eu cette fois où j'avais postulé dans un foyer pour jeunes autour de Paris... Et où le curé qui gérait ça m'avait répondu qu'il cherchait quelqu'un que les jeunes connaissaient... Ah! Dans ce cas, pourquoi diffuser une annonce?
Je pourrais dire beaucoup de choses sur Unis-Cité, mais une mise à jour du site officiel du Service Civique a tout bonnement gommé l'historique de mes candidatures, subséquemment je n'ai aucune idée du nombre de lettres de motivation que je leur ai envoyées. Je n'ai dû être reçue à un entretien que deux fois.
Il y a aussi eu la préfecture, la sous-préfecture, l'équipe de hockey junior, la mairie de ma ville, l'espace jeunesse, mais mon préféré restera les Finances Publiques qui ne m'ont proposé un rendez-vous que parce qu'ils avaient été impressionnés par le fait que je postule six mois après un premier refus...
J'avais donc deux options : ou j'acceptais une mission aux États-Unis... Ou j'acceptais celle du Refuge.
Le Refuge, ça m'aurait plu, une association venant en aide aux personnes homosexuelles et/ou transgenres rejetées par leur famille. La mission commençant plus tard et le premier entretien avec l'association Américaine ayant abouti à une suite, j'étais tellement désespérée que je me suis précipitée dessus.
Franchement, quand j'y étais, je n'arrêtais pas de le regretter, je ne pouvais pas savoir sur quoi ça allait aboutir. Honnêtement, ce qui m'inquiétait, c'était de laisser maman avec Mathéo. Ce n'était pas tout.
Erika et Dankmar allaient me manquer, je le savais. Rémi, lui, savait qu'ils ne pourraient plus compter sur une tante qui disait « oui » quand elle ignorait que papa avait dit « non ».
Je suis donc partie pour les États-Unis, un pays où les gens croyaient que Paris était une belle ville. Maintenant que j'écris ces mots, je suis convaincue que j'y trouverais pléthore de démons, si j'y retournais!
Attention ! Les démons sont victimes de préjugés très graves! Les dieux font pire, et pourtant, on considère qu'il faut les aimer!
Ma mission était de réaliser des animations dans des écoles. Un jour, alors que je me préparais à prendre le train pour l'Oklahoma, je reçus sur mon portable le message d'un collègue Cherokee. Il m'expliquait avoir parlé de moi à un jeune homme qui était venu lors d'une réunion de je-ne-sais-plus-quelles personnalités, probablement la défense du patrimoine Natif Américain...
Ce jeune homme commença à discuter avec moi via Internet. Il s'appelait Kave Per. Apparemment, c'était un genre de mannequin.
Je fis tout de suite le lien avec la divinité Finlandaise, ça lui plut. Il m'expliqua tirer ce prénom de son grand-père maternel... Désolée d'être Française et donc raciste, mais j'avais des préjugés : Pourquoi un couple d'origine Cherokee donnerait-il le nom d'un dieu Finlandais à leur fils?
Kave vivait dans une petite ville touristique appelée Mockingcrow. Il y vivait avec ses parents et ses deux sœurs. Il allait bientôt passer son diplôme et la tradition familiale voulait qu'il suive un cours de mythologie, ça venait de son arrière-grand-père maternel, Nomoru Lenoir, un occultiste aux origines Béninoises.
Nous eûmes la conversation à laquelle on pouvait s'attendre. Kave avoua avoir souhaité me rencontrer parce que mes collègues lui avaient évoqué que je les avais saoulés avec ce sujet. Il m'expliqua aussi que son ancêtre avait reçu ce nom à l'orphelinat dans lequel il avait grandi.
Je demandai si le directeur était raciste, il me répondit « Probablement! », dès qu'il eut appris ce que « Lenoir » voulait dire si on le traduisait en anglais.
Finalement, j'acceptai de venir à Mockingcrow pendant un jour de repos. Kave était venu en voiture et me fit découvrir la ville. Le nom de Per était partout, on le trouvait sur l'université, sur le cinéma, sur l'Office du Tourisme, sur les restaurants, sur la salle de musculation. Je devais avouer que Kave m'avait immédiatement plu.
Il avait fait exprès de choisir une tenue de jogging composée uniquement d'un débardeur et d'un short. Je me demandais en le rencontrant s'il ne s'agissait pas de Priapus A Tarou réincarné
À l'époque, Kave n'avait pas son tatouage, mais il avait déjà une cicatrice descendant depuis sa trempe droite, ainsi qu'une deuxième en forme de « X » sur son biceps gauche et deux autres sur son avant-bras droit.
Je découvris donc le manoir Per. Je rencontrai Saturnus, le majordome des ténèbres, ainsi que mamie Annette, l'oncle William et Juno qui n'était qu'une enfant. Je me rendis aussi compte que Kave était déjà étudiant, il m'avait menti sur son âge pour ne pas que je comprenne pourquoi il avait besoin de moi.
La voiture passa le portail et arriva sur le terrain marbré du manoir au-dessus de sa colline, dans sa cour, devant une fontaine. René, le bras droit de Saturnus, s'occupa de ranger la voiture au garage. Il se plaignit que « Madame Annette » ne devrait pas laisser son petit-fils emprunter sa voiture comme ça.
Kave me montra donc ce somptueux palais décoré d'or et de sang. Je rencontrai sa grand-mère, la fameuse Annette, une femme âgée qui était en train de méditer dans le salon, à droite des escaliers, quand on entrait. Cette pièce me fascina. À mon accent, Annette comprit immédiatement que j'étais Française. Elle n'allait pas être la dernière!
Elle me montra donc la collection d'objets mystiques de son défunt père. Dans des vitrines accrochées au mur, étaient conservées des cartes de tarot, la légende familiale qu'elle me narra en quelques secondes voulait que Lenoir les ait utilisées pour cacher dedans un code secret concernant l'héritage qu'il souhaitait laisser à ses descendants, en gros, c'était une carte au trésor. Elle me montra aussi sa baguette incantatoire, une canne dorée arborant des runes similaires à celles de son code.
Kave me déconseilla de m'en approcher, il me montra les vidéos qu'il avait prises des personnes qui s'étaient coincé les doigts, s'étaient pris la boule du pommeau dans l'œil après avoir décoincé son ressort ou qui étaient tout simplement tombés dans les pommes en manipulant les mécanismes de cette canne.
Annette m'avait alors expliqué que son père avait été un occultiste, souffrant d'un trouble du spectre autistique, il avait fui la compagnie des personnes qui ne le comprenaient pas, il s'était rapproché de certaines sphères très excentriques et avait fini par devenir très populaire auprès de ceux qui désiraient s'attirer les bonnes grâces de ces personnes.
Elle se méfiait aussi de pourquoi Kave m'avait invitée, il prétendit avoir lu mon CV et vouloir me proposer un poste ici.
Je rencontrai plus tard la sœur cadette de Kave, Carla. Elle venait de rentrer de chez son petit ami. Elle avait beau être couverte de marques de suie, arborer quelques traces de roue de moto sur sa salopette, elle était si belle!
Ses cheveux d'or et de bronze flottaient. Ses yeux de rubis et d'ambre brillaient. Sa manière si mignonne de s'habiller me charmait. Son allure m'ensorcelait!
Carla savait tout faire. J'avais vu ses photos sur le portable de son frère. Elle réparait des voitures et des motos, elle cultivait des plantes aromatiques, elle faisait pousser son céleri sur son balcon. Elle pouvait même faire passer l'eau courante et l'électricité dans une maison.
Si seulement j'arrivais à retenir ce qu'elle me montrait quand elle ouvrait un capot et me demandait ses outils...
Après mon volontariat, déjà j'aurais dû passer une formation civique de je-sais-plus-quoi, PSC1 me semble-t-il, mais l'association ne m'en avait jamais parlé, j'ai commencé mon travail aux cuisines du manoir Per. Carla et Juno savaient très bien pourquoi je travaillais chez elles, leur frère ainé n'avait aucune discrétion...
J'avais pris mes aises au manoir. Au début, le seigneur des ténèbres Saturnus me regardait toujours méchamment, chaque fois que je lui tournais le dos, j'avais l'impression qu'il me criblait de flèches ardentes.
Il me comparait souvent à ses collègues. Comme je n'étais que commise, le chef était satisfait de mon travail, mais chacun savait que n'importe qui d'autre aurait pu le faire. Je m'en fichais. Je me moquais aussi des messes-basses emplies de venin que j'avais aperçues entre l'ombre de la Faucheuse et son assistant, je ne comprenais d'ailleurs pas pourquoi les enfants Per le surnommaient "Ver-de-Terre"... La seule fois où je crus le comprendre fut le jour où il disparut après une conversation avec son supérieur et que la seule chose que je vis à sa place dans le jardin fut un ver. Je n'avais même pas tourné le dos deux secondes. Carla m'offrit en tout cas le plus beau des rires quand je lui demandai si l'assistant de Saturnus pouvait se transformer en ver... Je ne pouvais qu'avoir mal interprété la situation... C'était du moins ce que je croyais...
En fréquentant Kave, Carla et Juno, plusieurs phénomènes étranges se multiplièrent au manoir. Quand ton travail n'implique que de la cuisine et de la manutention, même si tu aimes le calme, tu peux te distraire en entendant les ex de Kave venues lui demander des réponses piailler à propos du fait qu'elles l'avaient vu disparaître dans une pièce et ne laisser derrière lui qu'un rat ou un oiseau... Voire une chauve-souris.
C'était un emploi banal, mais calme, les parents, Henry et Lea, passaient peu de temps au manoir. Les Per étaient après tout les véritables propriétaires de la ville, ils devaient donc souvent rencontrer le maire.
Souvent j'entendais monsieur Henry et son fils se disputer. Henry et Lea affichaient avec fierté les trophées de leurs parents et de leurs enfants, en boxe et en football pour Kave, en escrime et en piano pour Carla, mais je l'avais rapidement compris, ils se formaient des héritiers!
Je n'avais pas vraiment compris comment ils acceptaient les cursus que leurs enfants suivaient à Per U, mais le fait était que William, le frère de Lea, et Annette, mère de ces deux derniers, prenaient souvent la défense de Kave et de Carla. Carla étudiait la mécanique et l'électronique, ainsi que la plomberie, mais c'était pour devenir ingénieur d'après Henry... J'ignore si "ingénieur" a un équivalent féminin. Kave étudiait le sport et suivait une formation pour devenir coach, mais c'était pour apprendre la gestion, toujours d'après son père!
Très souvent, Kave et ses amis recevaient des filles, ce qui faisait que Carla avait peur de se faire de nouvelles ennemies. Je ne compris ce qu'elle redoutait que quand je vis l'une des jeunes filles au pair de Juno le pousser à fuir chez un ami pendant une semaine entière. Pour moi, les conquêtes de mon ami n'étaient que des sources de dispute, mais apparemment, c'étaient des océans!
C'était comme ça, dès que Henry et Lea faisaient la leçon à Kave, le nombre de ses conquêtes croissait.
Quand elles venaient à la maison, les nièces de Henry, Lucinda et Zorya, essayaient souvent de convaincre leur cousin des erreurs qu'il commettait, mais ça ne donnait rien, Kave refusait de prendre au sérieux les leçons de morale.
Un jour, Zorya nous téléphona pour nous dire que sa sœur avait disparu. Carla avait besoin de moi.
Lucy avait été la première à essayer de pousser Carla à rompre avec ce mec rencontré au lycée, Marco Waldo.
Carla avait finalement largué Waldo une fois qu'elle eut réalisé ce que j'aurais dû réaliser.
Carla ne m'en voulait pas, mais à l'époque, j'étais aveugle. Comme je ne m'intéressais pas à Waldo, en même temps sa petite amie prenait tout le feu des projecteurs, je n'avais pas remarqué quand il grognait sur Carla parce qu'elle aidait d'autres étudiants qui avaient des problèmes avec un véhicule ou parce qu'elle s'amusait à accepter le flirt des domestiques de ses parents...
Finalement, j'étais contente de savoir qu'il avait trop peur d'Annette et de Kave pour essayer de revenir au manoir. Je n'avais pas compris comment Carla avait fait pour faire brûler aussi rapidement les affaires qu'il avait oubliées le jour où nous devions racheter des allumettes.
Annette avait aussi été là pour moi, comme elle savait ce que je représentais pour ses petits-enfants, elle m'avait aidée. Sans elle, je ne sais pas comment j'aurais pu aider ma famille. Quand elle leur téléphonait, j'avais l'impression que mon neveu et ma nièce se trouvaient une nouvelle grand-mère...
Annette me prévint un jour que Kave avait retrouvé un ami d'enfance, mais je ce dernier était en deuil. Je rencontrais donc Tristan Nuada Dusza. Une cousine disparue et une sœur essayant d'oublier un ex toxique... Deux parents morts... Sacrées retrouvailles !
Je savais que c'était un elfe! Ou un vampire! Un homme ne pouvait pas être aussi beau... On me répondra « Kave », mais n'était-il qu'un homme?
Tristan était un délice pour les yeux. Ses yeux de cristal, sa peau de neige, ses longs et soyeux cheveux de ténèbres, sa peau imberbe, sa carrure athlétique malgré sa minceur et la finesse de ses doigts en faisait un complément parfait pour la beauté sauvage et virile de l'héritier Per.
Malheureusement pour moi, le jeune homme mélancolique restait très froid, il m'ignorait souvent et évitait mon regard, il restait très vague sur son passé, mais il était toujours à au moins un mètre de distance de son ami.
Tout ce que j'appris sur Tristan, ce fut que ses parents avaient été tués.
Ce jour-là, une amie des parents de Kave et de Carla, le docteur Gogmagog, avait failli y perdre la vie...
La première fois que je rencontrais réellement cette femme, ce fut pendant le deuil de Tristan. Nous étions à un lac. Je pouvais donc admirer les torses si bien sculptés de Kave et de Tristan. Nous fûmes rejoints par le docteur Gog et ses gardes du corps, Jean et Elvira.
A mes yeux, Jean Alucard était très proche du docteur Gogmagog, littéralement, il devait un peu être son garde du corps, justement.
