Je sais je mets du temps mais que voulez-vous ? Au moins on verra ceux qui suivent !
Yuffie
-Par la Grande Tour ! s'exclama Karen atterrée.
Imaginez vous… rentrer dans votre chambre dans le but aussi innocent que nécessaire, de trouver le repos et le calme… et découvrir avec stupeur votre sanctuaire, votre lieu de repos privé, être le résultat d'un véritable champ de bataille ou le résultat d'un cyclone ayant tout détruit sur son passage…
De l'incompréhension, vous bifurquez, bien entendu, à la colère avec l'envie de trouver le coupable d'un tel souk.
Tant bien que mal, Karen prit bien la peine de réarranger ses affaires éparpillées, jetées et abîmées en plus, pour essayer de retrouver un minimum d'ordre dans ce désordre chaotique digne d'une tornade cosmique. Qui aurait bien pu faire ça ? Et si ce n'était que ça : les murs étaient repeints de gribouillis dénués de sens, malgré l'effort surhumain fait pour dessiner et colorier un Moogle sur les carreaux en papier des portes coulissantes. Elle ignorait si c'était une farce ou bien un message rempli de mauvaises intentions comme le fameux « tu n'es pas la bienvenue ici », mais elle n'allait pas se laisser faire. Hors de question de rentrer dans ce jeu puéril.
Par chance, la personne inculpée dans ce grand désastre n'avait pas emporté ses armes et autres choses dangereuses…
Cependant…
-Mais… mais, mais, où sont mes Materias ? s'écria-t-elle soudainement alarmée par l'absence de ces petites boules luminescentes de diverses couleurs. N'étant pas encore une Sœur, les Materias Invocations n'étaient pas encore à sa portée. En revanche, les violettes, les bleues, les vertes et jaunes, faisaient partie de celles qu'elle avait le plus travaillé et étaient presque toutes au rang maître.
Alors savoir que ses précieux cristaux étaient volatilisés voire volés, elle se jurai de châtier avec la plus grande sévérité le coupable !
Un bruit proche du cri de surprise qu'elle avait poussé quelques minutes plus tôt, la tira de ses sombres pensées et sortit précipitamment, découvrant que ses chez ses amies…le résultat était tout à fait le même que celui de sa chambre…
-Hein, vous aussi ?
-Quoi ?
-Toi aussi ?
-Vérifiez que rien ne vous a été volé ! De mon côté ce sont les Materias qui manquent !
Nul doute que le voleur s'était amusé à mettre sans-dessus-dessous leurs chambres par pure blague avant de leur dérober quelque chose à chacune. Toutefois, après maintes et maintes inspections, il semblerait que seules les Materias … avaient disparu… Karen frappa des mains, passablement énervée :
-Les filles. Nous avons affaire avec un voleur de Materias et pas des moindres. Nous allons partir à sa recherche. J'ignore comment il a fait pour s'introduire ici, mais il ne peut en sortir avec les gardes autour du palais. Notre voleur… est donc quelque part… dans le palais et doit certainement y être encore.
La question était désormais… qui ? Qui savait que les futures Sœurs étaient invitées ? Eh bien… tout le monde. Donc cela pouvait être tout le monde. Xian Ying sursauta :
-Et si c'était ce Hijikata ? Ou un de ses collaborateurs ?
-Ne soyons pas hâtives… relevons tous les indices possibles pour retrouver le coupable. Il y en a, j'en suis sûre…
ooo
Les divers indices relevés dans les chambres saccagées étaient les mêmes : des dessins de Moogle sur les murs et les portes. Leur voleur devait donc beaucoup aimer ces petites créatures ursidés aux ailes de chauve-souris… vu les dessins, nul doute que c'était l'œuvre d'un enfant de bas âge… du moins c'était ce que l'on voulait leur faire croire…
Vuong Chan n'avait découvert aucune trace de pas. La personne devait être pieds nus ou en chaussette. Le larron devait être très rapide, aussi. Parce que saccager trois chambres en même temps, il fallait être soit très vif, soit être dans plusieurs endroits à la fois. Du moins, c'était ce qu'avait conclu Karen.
-Ou bien ! La personne connaît très bien le Palais et a utilisé des passages secrets. Nous en avons bien dans la Sororité, pourquoi pas dans la Cité Impériale ? supposa Xian Ying.
-Oui c'est bien possible… encore faut-il bien les connaître… bon... autant sortir, annonça Vuong Chan, nous avons relevé ce que nous pouvions…
Toutes les trois d'accord, elles partirent en quêtes d'autres éléments qui pourraient les aider dans leur enquête. Elles qui pensaient que leur séjour au Palais serait sans encombre… elles s'étaient trompées…
Les couloirs labyrinthiques du palais augmentaient la difficulté de leur quête… sans compter les nombreux regards étranges que leur envoyaient les rares passants encore debout. Ils s'agissaient généralement de magistrats encore debout ou encore de quelques gardes faisant leurs rondes quotidiennes pour assurer la protection du Palais. Avec une telle surveillance, le voleur ne pouvait aller bien loin.
Sans un plan bien précis, elles ne se retrouvaient pas dans l'immensité de l'endroit. Pourtant, la Sororité n'était pas sans reste avec tous ses canaux d'eau et les conduits qui débouchaient parfois à l'autre bout de l'école. Afin… c'était une question d'habitude. Pour la première fois, elles étaient dans un lieu totalement inconnu et devaient se repérer par leurs propres moyens.
Pourtant, le nombre de fois où elles étaient envoyées dans les bois et qu'elles devaient se débrouiller seules… elles ne les comptaient plus ! Cette quête surprise mettait en application directe leurs capacités d'adaptations et regrettaient que leurs formatrices fussent absentes pour voir leurs efforts récompensés…
Karen avait une ouïe fine, cela leur donnait un avantage certain pour repérer le moindre bruit suspicieux ou autre. Elles passèrent bien une bonne partie de la nuit à explorer les lieux autorisés à la visite, qu'elles ne virent pas le temps passer… Karen avait complètement oublié son rendez-vous avec Hijikata, qu'elle fut surprise de le voir errer dans les allées et les galeries à la recherche de sa partenaire de duel. Peut-être s'était-elle perdue, se disait-il.
Quand ils se revirent, ce fut avec une étonnante surprise.
-Eh bien ! je vous croyais perdue !
-Par le Léviathan ! J'ai oublié notre rendez-vous pardonnez-moi. Nous avons une affaire urgente à régler…
-Quelle genre d'affaire ?
-Nos chambres ont été mises sans-dessus-dessous et nos Materias ont disparu ! Nous cherchons le coupable, fit Vuong Chan partiellement énervée.
Un instant, Hijikata ouvrit et ferma la bouche, avant d'écarquiller les yeux, soudainement prit de gêne et de stupeur. La culpabilité l'accabla et il s'en voulu de ne pas les avoir prévenues plus tôt.
-Par le Da Chao ! Je suis désolé j'aurais dû vous prévenir ! J'ai totalement oublié lorsque nous nous sommes vus ! Vous avez été victime de la Terreur du Palais !
-La « Terreur du Palais » ? s'enquirent les jeunes femmes en chœur.
-Oui, expliqua Hijikata soudainement embarrassé, venez, nous allons partir à sa recherche… il ne s'agit rien de plus que de la Princesse Yuffie Kisaragi.
Les futures Sœurs en tombèrent des nus.
ooo
Qu'est-ce que ça brillait… qu'est-ce que c'était beau… oui trop beau ! Toutes ces couleurs… on dirait des billes géantes ! En plus ça ne se cassait pas quand elle les frappait au sol. C'était dur comme du bois !
Elle essaya d'en mettre une dans bouche pour tester le goût, mais rien ne vint. Elle avait l'impression de goûter du verre ou un vase, comme elle avait si bien l'habitude. Il n'y avait ni odeur, ni goût. Par contre, la luminescence des Materias l'attiraient comme un insecte était hypnotisé par la lumière. C'était d'une grande beauté.
Yuffie s'amusa à les trier un temps par couleur, donc un côté les Materias jaunes d'un côté, les vertes d'un autre les bleus et de l'autre les violets. Puis, elle les réunit dans le sens des couleurs de l'arc-en-ciel. C'était avec beaucoup d'enthousiasme qu'elle continua de jouer avec, les faisant rouler les unes contre les autres pour les entendre teinter comme du cristal. Un cristal qui ne se cassait pas, que c'était drôle ! Dans l'espoir de les voir rebondir, elle les jeta au sol, mais elles ne firent que s'abattre sans faire de bonds… sans se briser. C'était magique… vraiment magique.
Elle repensa alors à ses œuvres d'art faites sur le mur. Elle n'avait rien fait d'autres que de revivre les Aventures de Momog le Mog. Ce petit Mog qui partait à l'aventure pour amener le bonheur aux gens et les rendre heureux. Avec toutes les affaires mises à sa disposition, elle s'était créé trois mondes distincts et s'était inventée des personnages imaginaires pour rendre le monde heureux. Qu'est-ce qu'elle s'était éclatée ! C'était du pur bonheur ! Qu'est-ce que ça avait été facile de partir à l'insu des gardes ! Elle était rapide et n'avait peur de rien ! Après tout, elle ne risquait rien, le monde était tellement grand !
Ces petites boules l'avaient tout de suite attirée, et, comme elle les trouvait jolies, elle les avait prises ! Dans les trois univers, il y en avait plein et elle s'en était emparée ! La petite Yuffie Kisaragi avait déniché de nouveaux jouets et les garderait pour toujours !
Soudain, elle entendit des voix et des pas venir vers elle. Oooouuuh ça sentait les ennuis pour la Petite Grande Yuffie ! Il était temps de prendre la poudre d'escampette et s'en aller dare-dare !
Ni une, ni deux, elle rangea ses trésors et courut aussi vite qu'elle le pu, faisant au passage tomber quelques-unes de ses précieuses boules scintillantes. Elle entendit alors une adulte crier :
-Bordel ! C'est bien cette petite peste qui a nos Materias ! Chargez !
Petite peste ? Elle ? Ca voulait dire quoi ? Puis, elle entendit un homme crier :
-Princesse ! Revenez ! Princesse Kisaragi !
Ca, elle connaissait beaucoup plus et accéléra sa course. Elle débordait d'énergie et n'allait pas laisser des adultes s'emparer de ses trésors. Elle connaissait la maison pour l'avoir exploré de fond en comble et pourrait semer ses poursuivants très facilement !
Elle prenait cette course poursuite pour un jeu et n'allait pas s'en priver. C'était si drôle de faire tourner en bourrique les adultes ! Devant elle, des suivantes portaient du linge et de quoi faire le ménage. Elle ne trouva rien de mieux que de garder la même cadence. Si bien que les jeunes femmes prirent peur en voyant arriver ce missile ambulant, laissant tomber leurs charges au sol. Le seau d'eau savonneuse de l'une se renversa, et le linge finit trempé. Hijikata qui était en tête, ne prit pas conscience de ce qui se passait et glissa sur les tissus mouillé, tombant à la renverse. Vuong l'entendit jurer et préféra continuer sa voie sur les toits, digne d'un ninja. Elle grimpa, et fut aussitôt repérée par les gardes impériaux qui crièrent et hurlèrent « Un intrus ! Un intrus ! » Atterrée par l'alarme, elle fit de grands gestes de bras, mais rien à faire, c'était vu comme de la provocation. Non content de devoir poursuivre une gamine de deux ans, il y avait maintenant la garde impériale à leur trousse !
Xian Ying, la plus acrobatique, esquiva l'accident du linge et sauta par-dessus Hijikata dans un magnifique salto. Une fois remise sur pied, elle entendit Vuong Chan hurler et entendit les soldats en alerte. Karen était en retrait, prêtant main forte au jeune homme, puis reprirent leur course.
Dans la cohue, entre la gamine qui riait et les gardes qui cherchaient à rattraper le Ninja, il y eut d'autres accidents tous aussi improbables à raconter lors d'une bonne soirée arrosée.
Vuong Chan, sur le point de coincer la petite, sauta du toit et atterrit devant elle. Yuffie sursauta et prit une autre direction, à savoir les jardins privés. Les soldats venaient d'arriver, et crurent que le Ninja venait kidnapper la princesse. Ce qui redoubla leur ardeur, prêts à donner leur vie pour sauver la fille de Godo. Ils entourèrent Vuong Chan, qui cria alors :
-Mais rattrapez-la ! Rattrapez-la !
Elle n'avait pas de temps à perdre, ses Materias étaient encore entre les petits doigts de la voleuse. Hijikata héla Vuong Chan :
-Où est-elle partie ?
-Dans le jardin ! Et vous laissez-moi passer !
La garde ne comprit rien à ce qui se passait et pourquoi cette urgence. En voyant Hijikata, ils furent encore plus perdus qu'avant. Pourquoi le Commandant Tochizo Hijikata voudrait kidnapper la princesse ? Xian Ying et Karen suivirent les instructions que leur comparse et se dirigèrent au jardin. Une partie des hommes décida de les poursuivre, tandis qu'une autre continuait de bloquer le passage de Vuong Chan et d'Hijikata. Il n'eut d'autres choix que d'utiliser ses bombes fumigènes pour créer une ouverture et prit Vuong Chan par la main pour qu'elle le suive.
Alerté par l'utilisation d'une bombe, toute la cité impériale fut en alerte rouge. D'un côté on parlait de kidnapping de la princesse, et d'un autre, on parlait d'une attaque terroriste de la Shinra. L'un comme l'autre, l'urgence était à son paroxysme ! Dans les jardins, peu importe où on allait, les Materias servaient de guide via leurs luminescences. Karen et Xian Ying ignorait où elles couraient, mais à chaque obstacle, leur technique apprises à la Sororité leurs servirent bien. Bientôt, la petite voleuse se retrouva coincée entre Vuong Chan, Karen et Xian Ying. Cernée, Yuffie ignorait quoi faire et fixa alors Karen, un temps, apeurée par ce qu'elle voyait, un temps, fascinée par cette force. Les quatre étaient essoufflées par cette course poursuite. Puis, Karen tendit ses bras :
-Rends-nous… ces Materias tout de suite !
Son ton était ferme, impartial. Yuffie recula, serrant les dites précieuses Materias dans ses petits bras, avant d'affronter avec audace le regard glacial de l'adulte :
-Bah va chercher ! Brlrlrlrlrlrlrlrlrlr !
Elle lui tira la langue et fit des bruits avec, avant de partir en trombe… sous les jambes de Karen ! Interdite, elle reprit sa course et appela la petite par son nom, le hurlant presque. Elle vociférait des menaces et des mots que je n'oserai pas répéter ici, surtout si vous lisez cette histoire à côté de votre enfant.
Arrivée devant un grand bassin rempli de poissons rouges et de carpes, Yuffie n'avait que peu de temps et franchit un maigre petit pont, juste assez bon pour supporter son poids. Quand elle le franchit, elle entendit à sa suite un énorme « Plouf ! » et vit la méchant rouquine, dans l'eau à plat ventre à lutter contre les herbes hautes, le visage repeint de vase. Yuffie éclata de rire avant de reprendre sa course… aussitôt attrapée par les puissants bras de Xian Ying.
-La course est terminée !
-Meeeeeh ! pesta la voleuse
-Ca suffit ! Princesse, rendez les Materias !
-Halte ! Lâchez la Princesse !
Le quatuor était désormais encerclé par une horde de soldats énervés, menaçant à bout de leurs armes Xian Ying qui maintenait Yuffie tandis que cette dernière se débattait comme un beau diable. Tout ce remue-ménage pour des Materias… oui… il n'y avait pas à s'expliquer, tout le monde fut arrêté.
ooo
-Allons bon ! Qu'est-ce que ce bazar si tard dans la nuit ? gronda Godo.
Karen était trempée, puant le poisson. Vuong Chan sentait le fumier, Hijikata était parfumé au savon et Xian Ying… était bien la seule qui s'en était sortie le mieux… elle était bien belle la nouvelle génération de Sœurs…
La voleuse était assise sur une chaise à côté de son père, bien encadrée par des soldats. Les autres surveillaient les jeunes femmes et Hijikata s'avança, essayant de s'expliquer. Il s'inclina respectueusement :
-Altesse… pardonnez cette… nuit intempestive… mais…
-La Princesse a saccagé nos chambres et nous a dérobé nos Materias, déclara soudainement Karen presque hors d'elle.
Godo se redressa de son siège, clignant des yeux. Avait-il bien entendu ? Tout ce cirque pour des Materias volées ? Il toisa sa fille, sévèrement :
-Est-ce vrai, Yuffie ?
La petite ne répondit rien, et montra alors les boules géantes cachées dans ses larges poches. Elle n'avait plus rien à perdre puisqu'elle était démasquée !
-Pardon, papa…
Godo se leva alors. Tout le monde attendit. Parce que Godo avait été mis au courant de tout. Les Sœurs avaient été accusées de ceci, les soldats de cela, et toute cette pagaille pour des Materias ! Au bout d'un moment, l'empereur lâcha un grand rire. Un rire franc, un rire des plus communicatifs. Un rire qui toucha même les futures Sœurs, Hijikata et les soldats dans l'assemblée. Oui, avec un peu de recul, cette course poursuite ridicule avait mis tout le monde dans une grande confusion. Godo frappa des mains plusieurs fois, se tapant aussi la poitrine :
-Bravo ! Bravo ! Pour tout le monde ! J'ai de la graine pleine de détermination ici ! C'est très bien ! Ahahahahahaha ! C'est une bonne nouvelle ! Il faut du cran dans mes rangs ! Bravo !
ooo
Dans le calme plat des marais de la Sororité, Juen Li reçut un message de Godo. Un message de plus improbables, un message unique en son genre. L'histoire de trois aspirantes Sœurs, ayant mis en application tout ce qu'elles avaient appris pour récupérer leurs Materias, face à la future grande chasseuse de Materia. A la fin du message, elle esquissa un grand sourire et observa l'école par-delà sa fenêtre :
-Eh bien mesdemoiselles… vous me surprendrez toujours… je suis fière de vous.
