« Walls » Louis Tomlinson
Me tenir face à la mer est très spéciale pour moi.
Le vent qui souffle dans mes cheveux.
Le vent frais qui me frappe le visage.
Le froid ne me dérange pas aujourd'hui. Les températures diminuent, c'est normal on est en automne et c'est la plus belle des saison. Les arbres changent de couleurs, le soleil est magnifique en fin de journée. Les températures sont agréables en journée et en fin de journée, elles sont plus fraîches. Le paysage change. La mer est plus agitée en vue des tempêtes. Le spectacle vaut réellement le coup d'œil, c'est sublime de voir la mer dans tous ses états toute l'année et je me sens privilégiée de la regarder danser.
Les cordes des mats des bateaux qui cognent sur le métal. Leur claquement sur le métal résonne grâce au vent.
Je me retrouve ici depuis une heure à essayer de laisser mes pensées négatives s'envoler par le vent.
J'ai toujours l'idée de venir voir la mer quand le moral est à zéro. Aujourd'hui, il l'est. Me perdre dans les nuances de bleues me paraît une idée merveilleuse. L'écume se fracasse contre les rochers. Je me souviens de l'histoire originale de la Petite Sirène, ça me donne des frissons rien que d'y songer. La pauvre a parcouru l'océan en suivant son cœur et elle n'a rencontré que de la désillusion, tout ça pour finir dans l'océan sans laisser de trace, comme si elle n'avait pas existé.
Parfois on a l'impression que rien ne va, que la journée en question va être une épreuve. Ce test négatif m'a mis le moral à zéro. À croire que j'ai inventé les symptômes, que mon inconscient m'a joué des tours alors que non. Le test aurait dû être positif et je rumine le résultat depuis une heure. J'étais seule à la maison et il me fallait une réponse. D'abord une réponse rapide avec un test acheté en pharmacie et un autre test concret à l'aide d'une prise de sang dans un laboratoire d'analyse. Négative elle aussi. Mes larmes me font mal au ventre, ma gorge se serre et le vent les balayent sur mes joues. Elles s'étalent le long de mes joues sans que je ne les essuie moi-même. Lamentable. Encore une fois, je me sens impuissante et ça fait très mal. À croire que j'aurais dû rester au lit ce matin. Je pensais annoncer la bonne nouvelle à Jérémie. Je pensais lui dire moi-même et non via le résultat de la prise de sang posé sur la table à manger du salon de l'appartement où il l'apprendra. Mon cœur à moi est en vrac, celui de Jérémie je ne sais pas. Il va sans doute me demander pourquoi, comment et je ne serais pas capable de lui apporter une réponse concrète. Incapable de me l'avouer d'abord alors à lui ensuite, c'est peine perdu pour moi. C'est en tout cas ce que je ressens à cet instant précis.
J'ai beau essayé de réguler ma respiration, plus grand chose n'a d'importance. Je vais devoir passer à autre chose. En rentrant à la maison, cette prise de sang sera rangé dans mon dossier médical et on en parlera plus. Ce sera du passé. Ce sera un événement à oublier. Je me débarrasserais de mon manteau, mes chaussures, je me verserais une tasse de thé et je me réfugiais sur le canapé. Le chat viendra demander des câlins, j'essaierais ensuite de contenir au mieux mes larmes et je recommencerais à lire mon travail afin de le corriger pour envoyer un mail à mon éditrice. Elle m'a proposé un nouveau projet.
Je dois rentrer, Jérémie va se demander où je suis passée. Il va rentrer, découvrir le papier du laboratoire d'analyse posé sur la table et il va se poser des questions. Logique. Si je suis honnête avec moi-même, je suis déçue que ça se passe ainsi. Cet événement devait être positif dans nos vies. Dans la mienne, c'est une concrétisation d'un amour fort et dans la sienne un accomplissement car je sais qu'il a toujours voulu connaître la paternité. Je le comprends. On arrive à un moment de nos vies où c'est concret. Encore une fois, je me projette. Encore une fois, je me pose beaucoup trop de questions.
Je monte dans ma voiture, les larmes aux yeux à l'idée de rentrer à la maison et de retrouver une réalité. Jérémie est dans chaque question que je me pose. Reste à savoir si je peux y trouver une réponse à chaque fois. J'en doute. Il faut que j'apprenne à me détacher un peu de certaines choses. Dans un premier temps, j'ai l'impression que c'est impossible. Je ne réussi pas à le faire comme je le voudrais. Et ça me frustre.
Je suis devant la maison et l'envie de rester dans ma voiture est grande. Affronter son regard bleu triste me rend nerveuse. Je ne veux pas lui faire de la peine. Mais d'un côté, Jérémie a besoin et le droit de savoir.
Je prends une profonde respiration et sors de la voiture. Rien que de marcher dans l'allée de la maison me semble une éternité jusqu'à la porte d'entrée. Il faut que je le fasse maintenant car si je me tais, je vais me taire longtemps et être prise au dépourvu le jour où la vérité va éclater.
« Emma, tu es rentrée ? » lance une voix dès que je fais claquer la porte d'entrée.
Le papier n'est plus sur la table. J'ai encore mon manteau sur le dos, une écharpe autour du cou et je suis prise par surprise. Il a découvert le papier, a dû le lire et...je ne serais pas capable d'argumenter.
« Oui » je peine à répondre.
Inutile de le laisser dans le flou et inutile de me laisser dans le flou aussi. Ne pas répondre serait admettre que je n'écoute pas, que je ne veuille pas lui donner une réponse. Je connais la question. À quoi ça sert de garder un secret ? C'est mon corps oui bien sûr. Je pourrais inventer un prétexte et tourner la page. Le nier. Ne pas voir le problème et baisser la tête telle une autruche. Sauf que je ne suis pas une autruche. Bon sang, je vis une relation saine, belle et Jérémie est à l'écoute pour moi. Jamais il ne m'a jugé. Dans mes précédentes relations, c'était complètement opposé. Lui non, lui me demande comment je vais, si j'ai réussi à écrire quelque chose le temps que j'ai passé dans mon bureau avec mon ordinateur. Il relis les pages que je lui donne car il me l'a demandé et un soir, je lui tends des pages fraîchement imprimées. Un sourire sur les lèvres, il me regarde avec une bienveillance que je ne connaissais pas vraiment avant. Grâce à lui, mon travail est meilleur. Depuis, je ne peux plus me passer de son regard sur mon travail. Ses avis sont importants, intéressants et j'aime lire son écriture sur mes pages blanches, noircies par l'écriture. Je me suis dis qu'à partir de ce soir-là, on partageait autre chose. Il lisait mes mots. Mes mots qui étaient inscrits sur du papier et des mots qui allaient être lus par beaucoup de gens. On partageait quelque chose de personnel. Justement, j'ai tendance à penser que quand on partage des moments classiques avec une personne, c'est plus fort qu'une relation d'un soir. Je ne peux pas envisager le premier sans envisager l'autre.
Le regard un peu dans le vide, à faire le tour de la pièce pour voir si le papier ne serait pas posé quelque part. Non. Pas de trace du papier en vue. Même le chat a décidé de déserter et de me laisser seule. À quoi bon lutter contre quelque chose que je ne peux pas contrôler. Je suis seule. À moi de le lui dire. Pas de trace de la feuille du laboratoire d'analyse dans les parages. Je jette mon manteau sur le porte manteau, enlève mes chaussures et je n'ai pas le temps de m'enfermer dans le bureau qu'une paire d'yeux bleus croisent les miens et n'est pas prête de les lâcher. Un bleu océan troublant contre un bleu ciel. Je ne sais pas quoi dire. Je hausse les épaules. Je tente de contenir mon émotion. Rester la plus neutre possible est un véritable défit à cet instant précis, défis que je ne recommande pas du tout.
« Tu as pleuré Emma ? Oh ma belle » me murmure t-il en me serrant contre lui.
La meilleure place du monde. Je ne veux pas quitter la chaleur de sa peau contre la mienne, du réconfort que cela me procure et encore moins de sa présence. Je ne veux pas le lâcher. Je ressers mon emprise autour de lui. Il se doute de quelque chose.
« Ce n'est pas à propos du livre n'est-ce pas ? ».
Non Jérémie ce n'est pas à propos du livre. Je pensais rentrer à la maison avec la plus belle des nouvelles à annoncer quand on est dans une relation qui se passe très bien. Me heurter à ce mur me fait mal car j'ose imaginer sa déception aussi.
« Non, ce n'est pas à propos du livre ».
« Tu souhaites m'en parler ? ».
« Pas maintenant ».
J'ai besoin d'une douche chaude pour me changer les idées, pour me faire du bien et faire un peu le tri entre les pensées qui se bousculent dans ma tête. J'ai besoin d'une parenthèse pour essayer de trouver les mots afin de dire à Jérémie combien je suis déçue de ne pas être enceinte. Je pense que ce bébé est le bienvenue dans nos vies. Était. Nos métiers fonctionnent, on a une routine ensemble. Mon éditrice me donne de quoi remplir mes placards et le metteur en scène de Jérémie est enthousiaste. La pièce fonctionne très bien. Il travaille beaucoup et il est heureux chaque fois que les gens se lèvent à la fin de la pièce. C'est une reconnaissance inégalable. Je suis heureuse de l'entendre me le dire de temps en temps. J'ai le droit à quelques débriefings de la soirée. C'est génial de l'écouter me parler de la scène, comment il se sent avant, pendant et après jusqu'à ce que la salle se vide. À tel moment, il éprouve un sentiment de liberté. À tel moment, il éprouve une émotion particulière et à tel instant il se sent bien dans sa peau. C'est beau. Au moins, je sais qu'être sur une scène de théâtre est unique pour lui et l'imaginer l'est pour moi aussi.
L'eau chaude me brûle un peu à cause du froid, j'ai dû rester un peu trop longtemps dans le vent. Mes pensées ont préféré se bousculer dans ma tête et me faire oublier la réalité que de me faire comprendre que me réchauffer dans la voiture était une meilleure idée. Me perdre dans la contemplation des vagues qui s'écrasent contre les rochers a joué. Les couleurs étaient si belles. On aurait dit une peinture vivante car la lumière change l'atmosphère tout au long de la journée et je n'avais pas mon bel appareil photo pour immortaliser les vagues. La nature était aussi énervée que moi, aussi déterminée à montrer sa colère, sa tristesse aussi sans doute. Je n'aurais pas eu le courage d'aller me baigner, de lutter contre des vagues bien plus fortes que moi. Elles m'auraient noyées. C'est tout ce que j'aurais récolté. Je tente quand même de chasser certaines pensées pleines de culpabilité, de gêne, des pensées anxieuses de ma tête avant de croiser à nouveau le regard bleu océan de Jérémie.
Avant de m'installer sur le canapé, je suis passée dans mon bureau récupérer un autre tas de feuilles pour les relire. J'ai eu le retour de mon éditrice qui est très positif. J'en suis heureuse bien sûr mais la productivité qu'elle me demande est conséquente. Je travaille bien en ce moment et je ne sais certainement pas me plaindre. Juste que tenir ainsi pendant longtemps va me mener à une telle fatigue que je ne sais pas comment tenir les futures cadences. Elle va me tuer si je dis non trop tard. Alors je sais que je dois ralentir. J'ai envie de ralentir un peu. Même si les projets seront moins nombreux. Je travaille bien et ma productivité est top. Je ne veux pas terminer sur les rotules d'ici un an, trois ans dans ces conditions. Et il va falloir que je trouve un projet suffisamment conséquent pour que je puisse m'affirmer un peu et donner mes conditions de travail. En disant ça, j'ai l'impression d'écrire des best seller, j'en suis loin mais ma notoriété se façonne. Si je ne donne pas des limites, je vais être mangée. Pas question de me faire dépasser par le système. Jérémie m'a déjà aider à changer d'éditeur, il m'a accompagné dans les démarches pour me trouver une autre équipe, un changement nécéssaire.
Le chat s'est décidé à sortir du placard dans lequel il a dormi, sans doute tout l'après-midi. Il vient se blottir contre moi pour mon plus grand plaisir. Ce chat est une peluche. Sa chaleur me réconforte. Lui y trouve un intérêt, des gratouilles sous les oreilles et moi de la compagnie. J'en oublie une seconde les problèmes de la journée.
La lumière du jour commence à décliner. C'est dans ces moments-là où je me dis que l'hiver pointe déjà son nez. Je n'aime pas cette saison, elle me déprime et accentue ma mélancolie qui arrive en automne. Dieu que j'aime l'automne. Cette saison m'inspire. Elle est géniale, les paysages changent, les arbres changent de couleurs, les forêts s'habillent de leur plus belles parures et la nature reprend ses droits. Les longues marches dans les bois est la meilleure thérapie quand on se perd trop dans ses pensées. Il y a une forêt à quelques kilomètres de la maison et j'aime y aller. Je n'ai pas de chien à promener pour y prétexter une sortie, j'y vais pour moi, pour écrire aussi. Munie d'un carnet et non de mon ordinateur, je m'installe à une table de pique-nique en bois pour travailler. Laisser mon cerveau sur pause, me concentrer sur mon travail. Ensuite, mon stylo prend le relai et écrit sur les pages blanches. Je relis mes notes, rature ce qui doit l'être, ajoute une flèche pour ajouter un paragraphe, raye un mot pour le remplacer par un autre et ainsi de suite. Là-bas, je suis tranquille quand le soleil est haut dans le ciel, quand je suis loin de mes mails qui me rappelle sans cesse les délais à tenir, les lignes directives parfois. Le travail est loin de moi pendant quelques heures, c'est un bonheur.
Les ronronnements du chat me font sourire. Ce félin a le don de le faire sans effort et c'est drôle. J'ai l'air déprimé alors que la fatigue prend le dessus et j'avais dis que je levais le pied sur le travail le soir. Quand on consacre sa vie à l'écriture, c'est elle qui me guide et c'est elle qui prend le dessus. Je ne vais pas me plaindre de m'y avoir consacré à corps perdu. Juste une pause est bénéfique pour mon bien-être mental et je vais profiter des heures de sommeil de cette nuit pour rêver à autre chose que de mon futur livre qui prend forme tous les jours. Je pense le terminer très bientôt, dans trois mois si tout va bien. Je travaille dure pour être satisfaite de A à Z.
Jérémie vient s'asseoir à l'autre bout du canapé une tasse de thé fumante à la main, il m'en dépose une à côté, sur la petite table. Sans rien dire, il débute la lecture de la pile de feuille, sa nouvelle pièce de théâtre. J'ai bien envie de lâcher la mienne pour me rapprocher de lui. Lui dire aussi la vérité que je cache depuis quelques heures, qu'il a découverte tout à l'heure.
« Je ne suis pas enceinte » finis-je par lâcher.
« Oh c'était le papier que j'ai trouvé sur la table ? ».
« Oui, je pensais t'annoncer une bonne nouvelle ».
« Emma, chérie, tu veux un bébé ? Je... je pensais que... ».
« Tu ne serais pas d'accord ? ».
« Si bien sûr, je...je pensais que l'on en discuterait avant et que l'on envisagerait l'idée dans quelques années ».
« Désolée de te prendre au dépourvu. Tu as ton mot à dire. Je pensais l'être, j'ai été faire une prise de sang. Elle est négative ».
« Non non, j'aurais été heureux si ça avait été le cas même si j'aurais voulu y songer dans quelques années, après t'avoir épouser par exemple ».
« Vraiment ? ».
« Je suis heureux avec toi. Avec ou sans enfant ».
« Une belle vie à deux ».
« Au moins, on a le chat ».
« On a un chat » riais-je.
Jérémie se met à rire, pour dédramatiser la situation. Je pense m'être montée la tête au sujet de cette prise de sang. Je suis aussi surprise du fait qu'il envisage une union entre nous, avec nos familles respectives et nos amis les plus proches. Il a une idée de ce à quoi notre futur ressemblerait et ça me fait chaud au cœur. On a des étapes à franchir avant la construction concrète d'une famille. Dans un coin de sa tête, il n'est pas fermé à l'idée du mariage et encore moins d'un bébé. On est ensemble depuis peu de temps et j'avoue que l'avenir ensemble me semble doux, amoureux et uni alors avoir un bébé est une manière de concrétiser tout ça mais le mariage remplirait parfaitement ce rôle. L'envisager me rend heureuse et je souris en me blottissant contre lui. Je dois apprendre à faire moins de scénarios et à me laisser porter par notre histoire. Il a son mot à dire et je ne l'ai pas beaucoup interrogé sur l'idée de fonder une famille car selon moi, il remplirait très bien ce rôle. Avec patience, bienveillance, cet enfant aurait un environnement culturel et je pense que nous aurions fait une jolie famille. Mais je m'emballe. Je me suis imaginée pleins de possibilités.
« Comment tu m'aurais annoncé la nouvelle, si ça avait été positif ? ».
« Le plus classique du monde, le test dans une boîte entourée d'un ruban ».
« Simple et efficace, j'aime beaucoup ».
« Sérieusement, tu aurais été content ? ».
« Mais oui Emma. Dans quelques années, j'espère être père grâce à toi ».
« On en a jamais discuté, la parentalité ».
« Non c'est vrai ».
Le sujet arrive sur la table. Je me pose des questions aussi et en parler avec lui suite à ce résultat de prise de sang est le bon moment, je me redresse pour regarder son visage. Un mince sourire étire ses lèvres. Des lèvres que j'ai envie d'embrasser. Ses traits sont concentrés sur une réponse mais je sais qu'il en a envie. Ses yeux bleus croisent les miens, je peux y lire une compassion face à ma réaction, une lueur qui confirme la mienne, fonder une famille est possible. Je me mets à penser à autre chose qu'à mon livre et à mon résultat qui m'a un peu miné le moral ce matin.
« Si tu continues de me regarder comme ça, on va faire ce bébé plus vite que prévu ».
Mon regard bleu se pose sur les lèvres et j'amène son visage vers le mien pour les capturer durant de longues secondes. Comment me lasser ? Dire que je me posais des questions auxquelles je n'aurais pas de réponses suite à ce désir de maternité alors que les réponses sont sous mes yeux. Me faire des nœuds au cerveau ne sert à rien. Je suis chanceuse de vivre une belle aventure, une belle histoire. J'ai un job qui fait rêver beaucoup de gens, même s'il me demande des centaines, des milliers d'heures de travail que je ne compte même plus. Me plaindre ne serait pas ok. Une chose est sûre, la moitié de mon cœur est à lui, ce comédien qui me soutient dans n'importe quelle épreuve.
Ses mains encadrent toujours mon visage et il intensifie ce doux contact, ses lèvres sont toujours liées aux miennes, ce n'est pas pour me déplaire. J'hésite à réchauffer mes mains sous son t-shirt. Les frissons que je sens sous mes doigts est synonyme de plaisir de sa part car il ne cherche pas à m'interrompre. Je trace les traits de sa peau comme je peux sans que ses lèvres ne quittent les miennes. Au diable mes pages de lecture, au diable les corrections que je devais faire, je suis occupée. Sauf qu'évidemment, un moment aussi agréable que celui-ci ne pouvait durer sans la présence d'un félin dans cette maison. L'animal s'engouffre entre nos deux corps pour se réchauffer. Lui sait saisir les opportunités. Je me retrouve séparer de mon comédien préféré sous le rire de celui-ci quand il découvre le chat entre nous, visiblement ravi de son coup de maître et installé. Il se lèche une patte avant de reporter son regard sur nous. Jérémie le gratte derrière les oreilles, il ronronne directement. Pas la peine de se faire prier, il adore cet endroit. C'est l'une de ses faiblesses. Il ronronne pour ensuite en réclamer d'autres avec sa patte qu'il pose sur le genou de son maître.
« Ce chat n'est jamais rassasié ».
Le félin se contente de mouvoir sa tête selon les gratouilles que fait son maître sur la tête. Ensuite, il s'étire les pattes, il se met en boule et ferme les yeux prêt à dormir encore.
« Tu veux vraiment qu'on parle du chat ? » riais-je.
« Ce chat est important dans ta vie et je suis content qu'il m'est adopté ».
Moi aussi. Ce n'était pas gagné dans ma tête au début car mes relations précédentes n'étaient pas enthousiastes. De toute façon, c'est du passé. Lui est heureux avec moi et le chat aussi, il nous le rend bien comme ce soir.
Je ne veux pas bouger du canapé pour le reste de la soirée. Je suis bien installée et en bonne compagnie. Jérémie lui se lève, marche sur mes documents tombés au sol.
« Laisse les, je vais ramasser ».
« Je ne les aient pas encore lues ».
« Tu veux encore travailler ce soir ? ».
« Je pensais t'embrasser jusqu'à l'aube ».
Jérémie a surtout oublié de me dire que demain matin, il doit partir pour travailler sur la pièce. Heureusement pour lui, c'est noté sur le calendrier. Quand il m'a parlé du résumé, de la mise en scène, il avait déjà des étoiles dans les yeux. Les moindres détails dont il me parle font une différence. Son regard critique sur la scène comme sur mon travail d'écriture est une mine d'or. Il ne s'en rend pas compte car il est perfectionniste et que les détails sont à travailler jusqu'au bout. Et il a raison. Je l'ai appris à mes dépends. Alors quand mon éditrice hésite un peu sur certains passages, Jérémie me soutient le contraire. Il m'assure que justement, cela induit des explications plus loin. J'aime l'écouter, les analyses sont propres à chacun ensuite. Je ris parfois quand il commente les mails de l'éditrice car certains points sont futiles. Jérémie pousse des soupirs, me lance des regards étonnés ou rit carrément devant mon nez. J'ai beau lui donner un coup de coude, il me regarde toujours avec un sourire qui me fait fondre. Ses critiques m'apportent et font que je ne me noie pas. Les détails prennent plus d'importance. Quand il souligne quelque chose, j'essaye de le retranscrire du mieux possible. Certains passages sont raccourcis quand d'autres sont rallongés. Et Jérémie m'embrasse à chaque fois qu'il est satisfait de mon travail. Autant dire que j'attends avec impatience les corrections.
« Essaie pour voir ».
« Assez d'émotions pour aujourd'hui, je suis d'accord avec toi chérie ».
« On regarde un film ? ».
« Si tu veux ».
Tout le dispositif est en place: couverture, nourriture, chacun dans son pyjama
Jérémie s'endort au milieu du film.
Il a travaillé toute la journée, il enchaîne les soirées au théâtre tellement la pièce fonctionne. Il est heureux de ce succès, moi aussi pour lui car tout le travail mérite une reconnaissance. J'aime quand il me parle de ces soirées passées à débrifer de la pièce avec les autres comédiens. Combien sentir l'odeur d'un théâtre est spécial pour lui, savoir que beaucoup d'acteurs y ont joué, des succès ou des échecs, que des rires ont résonné ou que des larmes ont coulé sur les joues des spectateurs. L'entendre évoquer cette passion est un bonheur. Sentir l'air à chaque mouvement, sentir l'énergie des comédiens, sentir l'énergie du public, tout ça est unique. Je comprends que ça soit addictif. Les gens viennent pour apprécier une œuvre à sa juste valeur. C'est un lieu de partage. On y vit beaucoup d'émotions différentes, on partage l'amour d'une œuvre ou la découverte d'une œuvre. On applaudit à la fin. On est transporté dans un monde différent, qui nous fait oublier le monde réel pendant une heure, deux heures et c'est une partie du bonheur selon moi. C'est une parenthèse hors du temps. On oublie le reste. Rire, pleurer, sourire avec d'autres personnes dans la salle est quelque chose de particulièrement satisfaisant. Je me souviens que dans les six premiers mois où l'on sortait ensemble, j'allais le voir dans les coulisses. À force, j'avais peur que l'on me prenne pour la copine collante qui ne sait pas patienter à l'extérieur. Je voulais juste regarder les coulisses, aller voir la scène d'un autre angle quand il n'y a encore personne ou simplement assister aux répétitions en étant assise dans un siège au hasard. Juste profiter du moment mais les mauvaises langues diront toujours autre chose. Il fallait bien leur prouver que cette histoire est belle et bien sérieuse. À eux de balayer devant leur porte, pas moi. Moi je vis avec Jérémie depuis deux ans et depuis deux ans, c'est parfait. Le regarder travailler directement au théâtre ou à la maison est spécial car j'assiste à son ascension dans le métier. J'adore. Je m'en fiche maintenant, si je veux le voir dans les coulisses je le fais. Jouer au théâtre est certes son job mais c'est aussi un refuge où s'exprimer. Et je comprends ça. Écrire est exactement la même chose pour moi. C'est certes mon job, c'est aussi un moyen d'expression, une thérapie, un refuge, un besoin. Travailler depuis chez moi, partout en réalité puisqu'il me suffit d'un ordinateur sans connexion internet ou d'un simple carnet-crayon pour être tranquille. C'est un bonheur. Même si je me prends la tête, même si je ne compte pas mes heures, même si mes yeux sont fatigués, je ne regrette pas du tout. Ce choix est l'un des plus judicieux. Je peux m'inspirer partout. Et je m'inspire partout.
Jérémie est mignon quant il dort. Morphée l'a bien accueilli. Dormir est le meilleur moment de la journée après avoir travaillé. Je le regarde un peu en me disant que je dormirais bien moi aussi. La fatigue prend le dessus et il n'y a rien du tout à la télévision. Autant éteindre la télévision, faire sortir le chat une dernière fois et me mettre au lit. Je le laisse ici pour la nuit. En rentrant au chaud, le chat saute sur le canapé pour se blottir contre son maître. Adorable.
Les lumières sont toutes éteintes, j'éteins aussi la bougie qui brûlait sur la table du salon.
Au lit, je pioche un livre qui trône sur la table de nuit, quelques pages de lecture devraient m'aider à trouver le sommeil, je n'ai pas pris ce temps depuis trois semaines. Je suis noyée dans l'écriture d'un livre. Lire est pourtant l'une des première source d'inspiration qui existe, non ? L'une des plus relaxantes pour moi car en lisant on est plongé dans l'univers du livre, on échappe à la réalité. On en a besoin parfois.
Je me réveille le lendemain matin seule dans le lit car la place à côté de moi est froide. Il n'est pas venu cette nuit. Le chat me réveille comme la dernière fois, en miaulant. Et il ne se gêne pas pour me le faire savoir. Sa fourrure me couvre le visage. Je lui tapote la tête pour lui faire comprendre de ma gêne. Il s'en fiche. Rester là est bien plus intéressant. Je le laisse faire ne serait-ce que cinq minutes le temps pour moi de trouver le courage de sortir du lit. Une journée de relecture, d'écriture m'attend. Je suis trop bien ici, au chaud. L'idée de sortir du lit me donne des frissons tellement les températures extérieures ont baissé et la température de la maison est moyenne. Je vais quand même allumer le feu de la cheminée. Ensuite, la chaleur va se répandre dans la maison et ce sera parfait.
Comme si les miaulements du chat ne suffisaient pas, il faut aussi que l'alarme de mon téléphone fasse des siennes. Se lever n'est donc pas un choix, moi qui pensait m'enfouir la tête dans les oreillers du lit.
Dans la cuisine, le chat me suit comme son ombre. Pas une trace de mon comédien préféré. Il a dû partir tôt. D'après l'heure indiquée par le four, il est dix heure trente. Il n'y a que le chat et moi aujourd'hui. Le mot indique son retour à la maison tard, sans doute 22h car il joue ce soir. Je lui enverrais un message pour lui souhaiter bonne chance. Je me prépare un petit déjeuner et je vais me mettre au travail. En buvant mon café; je relis mes notes et lis celles que Jérémie m'a laissé sur le paquet de feuilles. Il a eu la délicatesse de me laisser ce paquet sur la table avant de partir. Quelle délicatesse. C'est pour ça que je l'aime. Ses notes sont instructives et je m'empresse de commencer à modifier mon document via mon ordinateur. Si celui-ci veut bien s'allumer. Il ne manquait plus qu'un problème technique. Je lève les yeux au ciel en quête d'une réponse, comme si elle allait apparaitre. La journée commence bien et je sens que ce n'est que le premier pépin. Je n'ai pas le souvenir d'avoir renversé du café sur le clavier de l'ordinateur. Je sauvegarde toujours mes données, je ferme les fenêtres de navigation Internet, je n'ouvre pas cent cinquante documents à la fois et j'éteins l'ordinateur correctement. Ceci dit, il surchauffe ces derniers temps. Même si tous mes documents sont sauvegardés en simultanés sur l'autre ordinateur fixe de la maison, cet ordinateur portable a été financé par mes premières payes d'écrivain. Autant dire qu'il a une valeur sentimentale plus que matérielle. Je vais devoir le laisser tranquille aujourd'hui pour le faire réparer dès que possible. Je quitte donc le salon pour aller dans le bureau, j'ouvre le document concerné, relis les trois dernières phrases, consulte mes notes dans mon carnet encore ouvert sur le bureau et me met à taper sur le clavier. À la longue, je m'habitue. Ce rituel est plutôt banal mais j'aime bien garder la routine ne ce qui concerne mon travail.
Je laisse courir mes doigts sur le clavier, les idées fusent aujourd'hui. Je mets ça sur le compte de la productivité. À la pause déjeuner, j'effectue une dernière sauvegarde avant de pouvoir imprimer mon travail du jour. Plus les pages se noircissent, plus je sens que la fin du roman approche. Écrire tous les jours, à un rythme soutenu me permet d'avancer plus vite que prévu. Ce n'est pas pour déplaire à mon éditrice et j'avoue que ce n'est pas pour me déplaire non plus. De cette façon, je peux me montrer efficace. Mais je sais bien que le surmenage me guette un jour si je continue. Je veux juste prouver à mon éditrice que mon travail en vaut la peine. Quand je vois Jérémie travailler autant, quand je vois son succès qui grandit, je suis heureuse de savoir qu'il a des amis à qui en parler. Le métier d'écrivain est un métier solitaire. Je le partage avec lui autant que possible, en lui montrant mon travail, en répondant à chacune de ses questions. Partager nos métiers représente bien plus à présent.
À la fin de la journée, je m'étire de tout mon être, exactement comme mon chat car mon cerveau a été en ébullition. De la bonne manière car mon livre est bon, je suis contente du résultat. Mon thé est froid.
Les mots se sont écrits limite tout seuls sur la page de traitement de texte de l'ordinateur. À souligner car c'est rare. D'habitude, je lutte un peu, pour mon roman précédent en tout cas. Avec le nouveau, j'ai l'impression que des ailes me poussent dans le dos. J'exagère un peu car ma productivité est au top niveau depuis des semaines, ce qui ravie l'éditrice et ce qui me ravie aussi. J'ai beaucoup de chance d'être soutenue. Cela parait complètement paradoxal. Je le sais bien.
Je clique sur l'icône imprimer pour avoir une trace écrite physique de mon travail du jour.
Hey ! Un O.S plus triste cette semaine, un sujet qui touche beaucoup de couples. Et je sors de ma zone de confort. Ce qui est cool. J'ai lu un livre génial sur le sujet, « Un bonheur imparfait » de Colleen Hoover. Un livre très beau, très touchant et sur un sujet important. Votre cœur va souffrir mais le texte est si beau qu'on est plongé dedans sans problème et le talent de Colleen Hoover vaut le coup, elle est géniale !
