- Tout le monde est à son poste ?

- Affirmatif.

Rassurée, Hermione met la micro puce implantée dans son oreille en sourdine et se charge de confirmer les propos entendus à Drago, par un léger hochement de tête.

Les quatre duos se sont répartis sur l'ensemble de la place Saint Marc, toujours avec le campanile au centre de leur champs de vision. Après tout, c'est de cette tour que s'élance l'ange pour rejoindre le doge de l'autre côté de la foule. Même si cette année, ils vont légèrement déroger à la règle.

Accoudée à une table de café en train de siroter un cappuccino, préalablement jugé inoffensif, Hermione est plutôt satisfaite de la tournure que prend l'affaire. Elle retrouve enfin une certaine maîtrise de la situation, après l'avoir subite ces quatre derniers jours. Pour la première fois, ils ont un train d'avance sur Viscum. Distraite, la jeune femme tourne machinalement sa cuillère dans le fond du breuvage. Tout à son rôle de faire diversion en attirant l'attention du tueur sur elle, la brune ne dénote absolument pas des autres touristes qui se sont déplacés pour assister au spectacle. Ce n'est pas tous les jours qu'une jeune vénitienne se retrouve accrochée à un fil pour survoler la foule.

La fraîcheur ambiante la pousse à prendre sa tasse à pleines mains pour décongestionner ses doigts. Le mois de février est loin d'être idéal pour profiter d'un brunch dehors, aussi beau soit le temps, mais c'est bien de la terrasse que la vue est la plus imprenable. Lorsqu'elle avale finalement une gorgée de la boisson chaude, la caféine la réchauffe instantanément. Hermione sourit contre la tasse en porcelaine fine de Limoges. Ils ont rajouté une pointe de cannelle, comme le prépare Zabini. Il faudra vraiment qu'elle le remercie pour toutes les informations qu'il leur a donné. S'il n'avait pas été là, les traditions de la cité des Doges seraient encore bien floues dans leurs esprits. Et surtout, ils n'auraient jamais pu mettre la Marie élue l'année précédente à l'abri avant que Viscum n'accomplissent ses sombres desseins.

D'après Anthony et Loua qui sont allés la chercher dans la matinée, Claudia n'a pas décroché un mot depuis qu'ils lui ont exposé les faits. Sûrement trop choquée par ce qu'il venait de lui être annoncé. Ce qui est parfaitement compréhensible quand on sait qu'être désignée pour perpétuer l'histoire originelle du carnaval, est le plus grand privilège offert par la ville à une de ses pupilles. Ce rêve auquel elle s'est préparée un an durant et qui vient d'être anéanti, comme au moins deux autres vies avant lui...

Une autre gorgée accompagne ses réflexions. Quoi qu'il en soit, Hermione a l'esprit apaisé de les savoir tous trois en sécurité dans un des hôtels en bordure de la place emblématique. Elle n'a plus qu'à attendre et agir, sans se soucier de ce qu'il advient d'eux.

Un bruit sourd la coupe dans sa dégustation. Le beffroi exprime son impatience quant à l'événement. Plus que quinze minutes avant que le ciel ne soit partagé par une frêle silhouette parées de ses plus beaux atours.

Si Hermione n'a pas eu trop de mal à trouver une place assise il y a quelques minutes de cela, même en étant la dernière du groupe à rejoindre les lieux, ce n'est plus le cas maintenant. Comme pour la procession de gondoles, les corps se pressent les uns contre les autres pour être certains de ne rien louper du spectacle. Hermione sent une pointe d'amusement monter en elle. Finalement, les moldus et sorciers se ressemblent bien plus qu'on ne peut le croire : ils se bousculent au sol pour admirer un spectacle qui se fera dans les airs.

Elle croque dans l'amande enrobée de chocolat qui accompagne son café. Plus que dix minutes. Drago assis à ses côtés, le nez plongé dans son portable, lui adresse un discret coups d'œil. Elle ne sait pas si c'est la température hivernale qui les force à se rapprocher de façon non intentionnelle, mais ils n'arrêtent pas de se frôler... Le temps s'égraine dans une tension palpable. Une tasse se vide. Deux coudes se touchent. Il ne reste plus que cinq minutes. L'agitation prend de plus en plus d'ampleur dans la foule à mesure que les aiguilles avancent. Les voix se transforment peu à peu en murmures et les yeux se lèvent. À trois tours d'arriver sur le douze, un grésillement retenti dans l'oreille de la brune, lui arrachant une grimace. Elle le réajuste avec prudence, pour entendre une Loua affolée.

- Hermione tu m'entends ? Hermione ! On a un gros problème ! Il faut absolument que tu viennes ! Maintenant !

Dans un bond, elle se redresse de sa chaise en laissant dix euros sur la table et se précipite vers l'origine de l'appel, Drago sur ses talons.

Parmi le rassemblement de personnes venues assister au vol de l'ange, une jeune femme regarde la scène réunissant nos deux agents du MASC d'un œil reprobateur. Une fois ceux ci disparus de son champs de vision, elle quitte les lieux avec la certitude qu'un autre drame viendra ternir l'histoire de la Sérénissime dès ce soir.

Arrivés dans un crac sonore au cœur de la chambre, Hermione et Drago tombent nez à nez avec la brune qui les a sommé de venir précédemment. Et au vu de son expression, les faits doivent être graves...

- Enfin vous voilà ! Je suis tellement désolée, on ne sait pas quoi faire... Venez voir par vous-même, elle -ou il- est dans la salle de bain... On ne comprend plus rien...

Aussi perdus que Loua, ils la suivent dans la pièce carrelée attenante où se trouvent déjà Anthony. Là, ligoté sur une chaise, se tient un jeune homme qui se démène pour se libérer. Des râles sortent en fréquence irrégulière de sa bouche, écumante. Le brun lance un regard de détresse aux nouveaux arrivants, en essayant tant bien que mal d'apaiser celui qui devait être Claudia. Drago ne réfléchit pas davantage et s'approche de l'intrus. Ce dernier, de plus en plus déchaîné, fait tapper avec force la chaise qui le retient contre les carreaux en pierre. Drago est contraint de faire une embardée pour ne pas se ramasser un coup de tête.

- Aucun sort ne fonctionne sur lui. On a tout essayé. Stupefix, Finite Incantatem, Imobilis, Petrificus totalus et même l'impero. Rien n'y fait. Depuis qu'il a pris la place de notre Marie, sûrement grâce au polynectar, il semble imperméable à toute forme de magie, s'empresse de justifier l'ancien Serdaigle en décoiffant inconsciemment ses boucles blondes.

- Ne t'inquiète pas, répond Drago en enlevant sa veste et en retroussant ses manches. Ce n'est pas de votre faute. On a déjà été confronté à un cas semblable. Tu peux m'aider ? Je vais essayer avec un bézoard, mais sans grande conviction... Maintiens lui la tête, le temps que j'essaie de lui enfoncer la pierre dans l'œsophage.

Anthony acquiesce avant d'appliquer les conseils de son l'ancien Serpentard. Drago, quand à lui, force l'entrée de sa mâchoire et tout en évitant deux ou trois coups de dents, arrive à lui faire avaler le fameux antidote. Essoufflé, il se redresse pour faire face à sa partenaire, l'air plus soucieux que jamais.

- Attends... Si Claudia n'est pas là, ça veut dire que...

Tout s'enchaîne alors très vite. Hermione n'a pas le temps de terminer sa phrase que le campanile tonne midi. Et c'est avec effroi qu'ils voient par la fenêtre le corps sans vie de Claudia Marciante dévaler la tyrolienne pour finir sa course dans les bras du Doges.

Au même moment, les râles cessent brutalement ainsi que les à-coups contre le sol. La jeune femme se détourne de la vitre, de la sueur coulant le long de son échine. Avec un léger espoir, elle se dit que, peut-être, l'ingrédient a finalement fait effet. Seulement, l'homme maintenu prisonnier jusqu'à maintenant a la tête pendante contre sa poitrine, maculée de bave teintée de sang. Irrémédiablement immobile. Le dernier souffle de vie qui l'habitait l'a quitté en même temps que sa probable chère est tendre a rendu le sien...

Tout le monde reste pétrifié devant la tournure des événements. Comme quand quelque chose de si innatendu se produit, que l'on ne sait comment réagir face à la situation. Un corps se trouve à l'extérieur, sous les cris des spectateurs qui viennent de réaliser l'ampleur de ce que cela implique, et un autre se trouve sous leurs yeux, encore empreint de mystère quant à son identité.

Plus rien ne leur reste à sauver... Viscum a encore une fois réussi son œuvre.

Un bruit de transplanage perturbe tout à coup le silence pesant qui règne au sein de nos quatre agents. Terence s'avance doucement, supportant tant bien que mal sa compagne, somnolente et l'arcade sourcilière ouverte.

- Que s'est-il passé ? demande Hermione urgemment en s'approchant des nouveaux arrivants. Pose la sur le lit, le temps que j'aille chercher l'essence de dictame.

- Corélia a été attaquée alors qu'elle était en haut du campanile. Je lui ai résorbé son œdème cérébral mais je crains qu'elle n'ai besoin de repos. Ce salaud n'y est pas allé de main morte. Les pierres ont presque été enfoncées sous son poids. Je n'ose imaginer ce que je serai devenu si elle avait subit le même sort que notre victime. D'ailleurs, c'est plutôt à moi de vous poser la question... Comment ça se fait que Claudia ai quitté les lieux ? Je pensais qu'elle était sous votre vigilence.

- Elle l'était. Du moins, on le pensait jusqu'à ce que Claudia ne se transforme en Claudio. Et comme tu peux le constater, soupire Loua en désignant le nouveau cadavre toujours affalé sur sa chaise, il est allé la rejoindre jusque dans la mort... Nous avons été aussi bernés que vous...

Un léger gémissement de douleur les coupe dans leur conversation. D'un pas, le brun rejoint le lit de celle qui partage sa vie, qui vient de reprendre plus ou moins connaissance suite au contact douloureux de la lotion contre sa peau. Hermione referme le bouchon emprisonnant de nouveau la fumée verte dans son réceptacle, avant de se tourner vers lui.

- Tu sais ce qu'il te reste à faire, n'est ce pas ?

- Bien sûr. Ce n'est pas parce que je suis nouveau dans l'équipe que je ne connais pas la marche à suivre. Je sais que je suis celui qui a tout vu et le seul en état de vous les transmettre. Quelqu'un a une fiole ?

Sans plus tarder, Drago lui tend un bocal de confiture vide qu'il a trouvé dans un tiroir de la kitchenette attenante à la chambre.

- Ça devrait faire le job.

Sa baguette en laurier pointée contre sa tempe, il prononce des incantations complexes, une ride du lion faisant son apparition sous la concentration. Finalement, des filements argentés s'enroulent paresseusement autour du bois pour finir délicatement leur course dans le récipient en verre.

- Merci Terence.

Fatigué par l'effort fourni, il hoche la tête de façon sommaire avant de reporter toute son attention sur la forme allongée qui lui caresse la joue avec tendresse.

Hermione glisse les précieux souvenirs dans sa poche, déterminée à les examiner plus tard dans la journée. En attendant, ils doivent s'occuper de définir l'identité de celui qu'ils pensaient être leur Marie et de faire passer la mort de cette dernière pour un accident. Encore. La jeune femme va avoir besoin de toute sa diplomatie et sa force de persuasion pour expliquer les faits aux grands dirigeants moldus... Déjà que la frontière cordiale entre les deux mondes s'étiole, il ne manquerait plus qu'elle vole en éclat.

~

Est-ce que j'ai oublié qu'on était mercredi ? Je plaide coupable ! :')

Petit avertissement pour le chapitre suivant : il va être relativement sanglant donc âme sensible s'abstenir...

En attendant, j'espère que celui-ci vous a plu !

Dramionement vôtre,

~RowenaMortentia~