Isaac n'avait aucune mauvaise intention et honnêtement, revoir Stiles lui procurait une joie immense. Forcément, son premier réflexe était de vouloir lui faire un câlin. L'hyperactif aimait bien les étreintes et n'hésitait jamais à lui montrer en retour toute son affection. En fait, il adorait les contacts physiques, ce qui allait fort bien à Isaac et au reste de la meute. Un loup, c'était sociable et ça aimait le contact, les démonstrations d'affection en tous genres.

Mais Stiles eut un mouvement de recul instinctif. Pas réfléchi, ou calculé dans le but de faire une sorte de blague. Non, c'était bel et bien instinctif. Isaac eut l'impression qu'un vent glacial le frappait avec une violence folle. Parce que ce refus de contact de la part de Stiles était atrocement brusque pour son côté lupin. Et puis il y avait cette odeur, cette peur incompréhensible qui la peuplait.

Stiles releva les yeux vers lui. Un éclair de terreur le transcenda. Puis, il baissa le regard et bredouilla un faible « désolé ». Quelque chose n'allait pas.

- J'ai juste pris un peu… Peur, articula Stiles en essayant d'augmenter un tantinet le volume de sa voix.

- J'ai… J'ai vu ça, bredouilla le bouclé, perplexe.

- C'était pas contre toi, tenta de se rattraper l'hyperactif. Je suis un peu tendu en ce moment.

Son cœur ne souffrit d'aucun accroc. Il ne mentait pas : il omettait juste une partie de la vérité. La plus importante. Ce qui n'était pas dit n'était pas un mensonge. Enfin si, Stiles était parfaitement conscient du fait que cela faisait de son acte un mensonge par omission. Mais puisque, techniquement, il n'avait pas menti au sens propre du terme… L'hyperactif stoppa ainsi sa réflexion pour éviter de s'y perdre et de paraître encore plus suspect qu'il ne l'était déjà. Il fallait qu'il agisse le plus normalement possible. S'il cédait maintenant, il n'allait pas y arriver. Il devait non seulement tenir le temps de la réunion, mais aussi réussir à faire en sorte que ses amis se posent le moins de questions possibles. Le but était donc de limiter les dégâts, dans un sens.

- C'est pour ça que tu ne nous as pas donné de nouvelles et que tu es resté chez ton pote tout ce temps ? S'enquit Isaac, dont l'inquiétude ne quittait pas le regard.

Il mourait réellement d'envie de le prendre dans ses bras et de l'étreindre comme ils en avaient auparavant l'habitude mais il sentait dans l'odeur de Stiles que c'était une très mauvaise idée. Il avait peur de quelque chose et même s'il désirait savoir de quoi il s'agissait, boucle d'or était assez bien placé pour savoir qu'il ne fallait pas forcer quiconque à parler tant qu'il n'était pas prêt.

- En quelque sorte, répondit Stiles.

Ni oui, ni non. Un mélange des deux. Plus ou moins. Une réponse un peu brumeuse, emmitouflée dans un brouillard contenant aussi bien le mensonge que la vérité. Ainsi, les battements de son cœur ne le trahirent pas et il en fut bien conscient. De tout temps, il avait été expert en dissimulation de ses états d'âme, mais la torture avait grandement fragilisé ses talents de comédien. Au lieu de faire croire que tout allait bien, il devait simplement faire de son mieux pour limiter les dégâts de son piètre jeu et minimiser le nombre de questions qu'on pourrait lui poser. La pirouette qu'il venait de faire n'était pas mauvaise, s'il en croyait l'air d'Isaac et son hochement de tête. Boucle d'or se décala légèrement, assez pour laisser l'hyperactif, mais pas assez pour lui laisser un grand espace vital. Ainsi, il notifia aisément la manière dont son ami se crispa en passant près de lui.

Non, définitivement, quelque chose n'allait pas avec lui.

Et c'était sans doute bien plus profond qu'il ne l'imaginait.

Stiles s'avança et pénétra finalement dans le loft. Son regard balaya la meute, déjà présente. Et son souffle se coupa un instant tandis que son cœur adoptait un rythme bien trop rapide pour passer inaperçu. La simple vue de ses amis, tous occupants canapés, poufs et parties du tapis, le paralysa. Pourtant, il savait qu'il était censé faire l'inverse. Parler. Bouger. Faire semblant. Sauver les meubles. Il serra les poings, sentant ses mains prêtes à trembler. Avance, s'ordonna-t-il mentalement. Ses pieds bougèrent, il fit quelques pas. Esquissa un frêle sourire qui tenait plus de la grimace qu'autre chose. Laissa son regard traîner vers le sol, tout faire pour qu'il ne croise aucune paire d'yeux.

On le regarda. On écouta les battements de son cœur – exceptée Lydia. On avait bien entendu la brève conversation entre Isaac et Stiles. Et on ne comprenait pas.

Dans le fond de la pièce, un homme serra les poings. Il le savait. Bordel, il le savait. Il y avait des fois où Derek détestait avoir raison. Cette fois-ci en faisait partie.

Scott fut le premier à amorcer un mouvement en sa direction et Stiles se fit violence pour ne pas reculer. Il s'ordonna de rester immobile ou du moins, de ne pas chercher à s'éloigner de l'alpha qui vint le saluer correctement. Si Stiles se crispa atrocement lorsqu'il l'étreignit très brièvement, Scott ne vit ou fit semblant de ne rien voir. L'ignorance était parfois plus simple. Personne à part lui n'osa se lever pour le saluer de manière aussi directe, peut-être parce que son odeur était extrêmement troublante. Elle piquait. Elle arrachait les narines, criante de vérité. Cette vérité qu'il tentait vainement de cacher. Outre son odeur, son jeu était catastrophique, à tel point que l'on ne pouvait pas utiliser ce mot pour le qualifier.

- Eh bah bro, qu'est-ce qui t'a pris tout ce temps ? Demanda Scott le sourire aux lèvres en posant négligemment sa main sur l'épaule de Stiles. T'en as mis du temps, à revenir !

Personne ne manqua le sursaut durement contenu qui agita le corps de l'hyperactif. Hyperactif qui ferma les yeux un instant avant de les rouvrir. Il riva automatiquement son regard au sol, bien trop vite pour que cela soit dû à une simple gêne. Sa voix s'éleva difficilement, presque fébrilement :

- Tu pourrais enlever ta main, s'il te plaît… ?

Son cœur battait fort, si fort qu'aucun des loups présents ne pouvait l'ignorer. Scott, dubitatif, finit par reprendre sa main après avoir hésité quelques secondes. Stiles avait des sueurs froides et s'était efforcé de ne pas se retirer de lui-même. Il était conscient de l'image qu'il renvoyait, pas la peine de l'empirer. Scott cligna les sourcils :

- Stiles, qu'est-ce qui…

- Pas de question. Je veux juste… Être tranquille, lâcha faiblement Stiles en se frictionnant les avant-bras, comme s'il avait froid.

Scott bredouilla des paroles ressemblant vaguement à « hum…ok », avant d'indiquer à Stiles une place libre et de se placer au centre de la pièce. La mort dans l'âme parce qu'il savait que tout le monde le regardait, l'hyperactif alla s'assoir à côté de Lydia, qui le fixait, les yeux écarquillés. Son cœur continuait de battre la chamade dans sa poitrine, mais il fit de son mieux pour ne pas céder complètement à la panique. S'il craquait maintenant, il n'y arriverait pas. Il laisserait tout tomber. Il s'évanouirait. L'on verrait sa marque.

Et c'était hors de question.

Scott commença péniblement la réunion en essayant d'ignorer l'odeur pestilentielle provenant de son meilleur ami. Isaac, Lydia, Liam, les autres… Tout le monde eut la décence de détourner le regard et d'essayer d'écouter l'alpha. Mais impossible d'ignorer les signaux de panique et de peur provenant de l'hyperactif. Lydia essaya de lui parler, de… De juste le détendre en lui chuchotant quelques mots à l'oreille mais elle ne put que constater la manière étrange dont Stiles se crispait lorsqu'elle s'approchait. Il se méfiait d'elle. De tout le monde. Et surtout… Il portait ce foulard foncé. Jamais l'on n'avait vu Stiles porter quelque chose autour du cou. Cette vision fit naître des suppositions toutes plus tordues les unes que les autres. On imagina une morsure, dissimulée par le tissu léger. Mais Stiles sentait encore l'humain. Mieux : il transpirait son humanité et semblait d'ailleurs plus fragile que jamais. Et si la plupart des membres de la meute moururent d'envie de le questionner, elle se retint. Scott faisait l'étalage d'une menace inconnue, de meurtres étranges ayant eu lieu en ville. Il indiqua qu'il n'avait malheureusement pas encore pu obtenir de clichés, et qu'il faudrait sans doute que Stiles farfouille dans les dossiers de son père. A l'entente de son nom, Stiles retint un nouveau sursaut. Il était tendu, crispé sur la petite portion de canapé qu'il occupait, éloigné le plus possible de Lydia, de tout le monde. Et pourtant, il se sentait oppressé comme jamais. Les bords de canapés étaient rarement prisés par les membres de la meute mais il fallait avouer que Stiles était heureux de pouvoir en occuper un, de ne pas être obligé de se coller à l'un de ses amis. Il hocha alors la tête et assura d'un ton toujours aussi fébrile qu'il ferait le nécessaire, sans épiloguer. Après tout, il devait se rendre utile, qu'importe ce qui lui était arrivé. Et puis… Peut-être que se remettre au travail pour la meute lui permettrait de penser à autre chose qu'à cette nuit d'horreur qu'il n'oublierait sans doute jamais. Rien n'était moins sûr, tout simplement parce que l'hyperactif peinait réellement à se concentrer sur la réunion et plus particulièrement les paroles du latino. Néanmoins, il réussit à tenir. Un peu.

Vint un moment où Scott, au bout d'une bonne heure, leur accorda à tous une petite pause. Et Stiles, peu désireux de se retrouver ciblé par le nombre incalculable de questions que devaient se poser ses amis, prétexta tout de suite devoir passer un appel important. Plus qu'un prétexte, il s'agissait d'une nécessité. Il avait besoin de parler à Magnus, d'entendre sa voix, de s'assurer qu'il ne le laissait pas tomber. Ce ne fut qu'une fois enfermé dans la salle de bain à l'étage qu'il s'autorisa un relâchement des plus nets. Il se mit à trembler violemment et son visage sembla se déformer sous la douleur mentale qui déferla dans son crâne. Qu'importe ce que l'on pensait de lui à cet instant, il allait mal. Comment avait-il pu tenir une heure ? Il n'en avait aucune idée mais ne se sentait pas capable de maintenir une attitude à peu près stable bien longtemps. Venir était une mauvaise idée, il le savait, il n'allait pas y arriver… Ses doigts tremblants peinèrent à sélectionner le nom de Magnus dans ses contacts. Il devait l'appeler. Maintenant. Pour respirer. Trouver le courage de redescendre et, à défaut de faire illusion, de limiter les pots cassés. Appel. Mais sa vue se faisait déjà floue. Stiles manqua de perdre l'équilibre et sa main rappa contre le bord du lavabo, qu'il failli manquer. Et pourtant, il finit par se laisser glisser au sol, son téléphone à côté de lui. La respiration irrégulière et sifflante, il ferma les yeux et tenta de se concentrer comme il le put pour la réguler autant que possible. Merde, pourquoi son cœur continuait-il de battre si fort ? Stiles porta ses mains à cet endroit de sa poitrine et appuya, comme s'il pouvait empêcher son palpitant de sortir de sa cage thoracique. Comme si celui-ci voulait s'arracher de son propre corps.

- Mieczyslaw ?

La voix de Magnus, même si elle ne sortait pas fort, suffit à ramener Stiles à l'instant présent. Plus ou moins. D'un geste imprécis mais qui atteignit tout de même sa cible, il réussit miraculeusement à actionner le haut-parleur et à balbutier un maigre salut.

- Mieczy, qu'est-ce qu'il se passe ? Tu veux que je vienne te chercher ? Demanda le sorcier au bout du fil, l'air déjà alarmé.

- Je sais pas, je… Non, enfin… J'ai juste… Juste besoin…

Stiles se stoppa alors qu'une violente migraine le fit voir d'autant plus trouble. Merde, ce n'était vraiment pas le moment… Il ne fallait pas qu'il craque, pas maintenant !

- Mieczy, doucement, prends ton temps.

- Je… Il faut que j'essaie… Souffla-t-il, formulant sa pensée à voix haute.

- Je ne sais pas si c'est une bonne idée. Tu es au bord de la crise de panique.

- Ça… Ça va passer… Il faut que ça passe.

- Ce n'est pas comme ça que ça marche. Joli cœur, écoute-moi : tu as déjà bien tenu et je suis fier de toi, fier que tu aies pu essayer, mais ne dépasse pas tes limites. J'attrape ma veste et je…

- Non, ne viens pas, il faut… Je dois y arriver, le coupa Stiles. Entendre ta voix, ce… C'est bien, ça me fait du bien.

Mais l'effet était bien minime par rapport à ce qui montait en lui. Magnus avait raison, rester jusqu'au bout n'était pas une bonne idée. Cependant… La terreur de laisser passer ce qu'il considérait comme sa seule chance primait sur tout le reste. Il avait mal au cou alors même que la marque, seule, était indolore. Sa migraine s'intensifia. Les tremblements de ses mains augmentèrent alors même qu'il sentait la panique déferler, l'empêchant de prononcer un mot de plus.

- Tu sais bien comme moi que ce n'est pas suffisant ! Mieczyslaw, il est hors de question que tu continues de te forcer dans cet état.

Stiles ouvrit la bouche, mais rien n'en sortit. Il était à court de mots, à court d'air, à court de pensées. Tout se mélangeait, rien n'allait, rien n'avait de sens, rien ne…

- Bordel ! Entendit-il à peine.

Stiles ferma les yeux au moment même où il sentit qu'on le touchait, ou plus précisément, qu'on l'enserrait dans une étreinte dont il ne voulait pas.

- Non ! S'écria-t-il tout de suite en se débattant.

Il ne fallait pas qu'on le touche, il ne voulait pas avoir mal, il ne méritait pas ça ! La peur dictant ses actes, il protégea son cou avec une main du mieux qu'il le put. On pourrait le faire souffrir, mais pas se servir de sa marque. Il ferait tout pour empêcher quiconque de l'atteindre. Mais l'étreinte ne se desserra pas pour autant.

- Stiles, arrête, tout va bien ! C'est moi, tout va bien, calme-toi…

La voix de Derek l'atteignit vaguement, mais il fallut que le loup insiste à de nombreuses reprises et le garde contre lui pour que Stiles cesse finalement de bouger. Ce n'était pas pour le rassurer mais au moins, il ne se débattait plus… Pas décidé à le lâcher pour autant, Derek passa une main dans les cheveux de l'hyperactif tandis qu'il le rapprochait de lui et lui murmurait des paroles tranquillisantes à l'oreille. Les larmes qui avaient commencé à couler silencieusement sur les joues pâles constellées de grains de beauté étaient loin de l'aider à repousser la colère qu'il ressentait mais l'objectif premier de Derek était de calmer son presque amant. De comprendre ce qui n'allait pas. De l'aider.

Et de briser les sombres merdes qui avaient osé lui faire du mal.

Il s'était passé quelque chose avec l'hyperactif et ça, il le savait depuis le départ, mais voir son humain pénétrer dans le loft avait confirmé tous ses doutes. On lui avait fait du mal. On lui avait fait du mal au point de le faire douter de ses propres amis. De répandre la peur dans tout son être. Parce que c'était flagrant. Et terrifiant.

Stiles arrêta de lutter et finit par passer ses bras autour de l'ancien alpha. Si le contact l'avait de prime abord fait paniquer, il avait finalement atrocement besoin de ces bras. Besoin de cet homme. Besoin de ces mots. Besoin de se raccrocher à quelque chose qu'il connaissait, à ce semblant de relation qu'ils entretenaient en secret, sans savoir si cela aboutirait à quelque chose. Se retrouver contre Derek le soulagea momentanément d'un poids énorme. Quand bien même ils se trouvaient toujours sur le sol froid de la salle de bain, Stiles sentait qu'il ne perdrait pas pied. Pas tout de suite. Ça n'allait pas, ça n'allait toujours pas. Néanmoins, il avait retrouvé de l'air et un semblant de lucidité.

Ce qui n'était pas forcément une bonne chose.

A l'espèce de soulagement qu'il avait brièvement ressenti lorsqu'il s'était rendu compte qu'il s'agissait de Derek Hale, l'homme avec qui il flirtait régulièrement, succéda autre chose : la honte. Stiles se mordit violemment la lèvre inférieure et garda la tête baissée, contre le torse de Derek. Il était étrange qu'il accepte son contact, mais sans doute était-il son exception. Peut-être parce qu'il savait au plus profond de lui que le loup ne lui ferait jamais de mal car derrière la bête se cachait un homme tendre et attentionné. Il avait déjà aperçu cette facette de lui à plusieurs reprises. Contre lui, Stiles ressentit le besoin de se cacher, de disparaître, de… D'effacer de la mémoire de Derek cette vision si honteuse de lui. Si les larmes coulaient moins nombreuses, elles étaient toujours là, tout comme ses tremblements qui ne cessaient de secouer fébrilement son corps. Derek le voyait tel qu'il était actuellement : faible. Pitoyable. Stiles se souvint d'une partie de leur échange de textos, deux jours plus tôt.

« Tu voudrais quand même de moi-même si… Je changeais ? »

« Tu connais déjà la réponse, idiot. »

Non, il ne la connaissait pas. Ne la connaissait plus. Parce que tout avait changé, plus rien n'avait de sens.

- Je suis là, murmura le loup à son oreille avant d'embrasser tendrement sa tempe.

Derek Hale avait toujours été doux avec lui, depuis le début de leur espèce de flirt, devenant agréablement sauvage lorsque les choses commençaient à déraper entre eux. Fut une fois où, en le raccompagnant au loft, Stiles s'était retrouvé plaqué contre le mur par le loup qui lui avait dévoré les lèvres, le cou, laissant de délicieuses marques érotiques sur sa peau. L'hyperactif n'était pas en reste, s'amusant à faire onduler son bassin contre celui de l'ancien alpha avec une envie non négligeable.

Or, c'était du passé et Stiles doutait que ce genre de moments se répète dans le futur. Il n'était plus rien. Toutefois, il s'accrocha à lui comme si sa vie en dépendait. Parler de santé mentale serait plus juste. Stiles Stilinski était brisé, mais tenait encore plus ou moins debout jusqu'à maintenant. Là, il était en train de s'effondrer tandis qu'il comprenait que l'une des relations les plus importantes de sa vie n'avait plus lieu d'être. D'abord, son presque amant. Ensuite, viendraient ses amis. Peut-être pas son père, certes. Néanmoins, son entourage dans son intégralité allait comprendre qu'il ne valait plus rien.

Le baiser tendre sur sa tempe lui apporta néanmoins un peu de chaleur et le poussa à essayer de réguler sa respiration, de tenter d'imaginer que ses paroles puissent être un minimum réelles. L'espoir. Il n'avait plus que ça pour garder la tête hors de l'eau.

- Mieczyslaw ? Tu m'entends ?

Stiles frissonna. Il avait oublié Magnus. A ce moment-là seulement, Derek sembla remarquer le téléphone ainsi que l'appel en cours. Fébrilement, l'hyperactif se retourna légèrement dans l'étreinte du loup et attrapa son cellulaire. Que dire ? Il articula péniblement un pauvre oui et entendit distinctement le soupir – de soulagement ? D'agacement ? – que poussa Magnus. Il se crispa, tout simplement parce qu'il venait de se rendre compte de la situation. Lui, dans les bras de son presque amant. Le sorcier qui rappelait sa présence. Derek, qui ne connaissait pas Magnus, qui n'avait aucune idée de ce qui avait pu lui arriver et le conduire à se rapprocher – en tout bien tout honneur – de cet homme. Et s'il croyait que…

- A la personne qui est avec lui, peux-tu le convaincre de ne pas se forcer à continuer de suivre votre réunion ?

Les mains de Derek se crispèrent légèrement sur le corps de Stiles, qu'il rapprocha davantage de lui. Il déposa un nouveau baiser empli de tendresse sur la joue de l'hyperactif, qui refusa de lever les yeux à cause de la honte qu'il ressentait. Parce qu'il n'osait pas ouvrir la bouche, ne savait pas quoi dire. Si l'inverse s'était produit, s'il avait fixé ses orbes ambrées dans les siennes, vert d'eau, il y aurait vu un mélange de colère et de méfiance toutes autant réfrénées l'une que l'autre.

- A qui ai-je l'honneur ? Demanda plutôt Derek en s'emparant, d'une main, du téléphone de l'hyperactif.

- A la personne qui l'a hébergé ces derniers jours, répondit tout naturellement son interlocuteur. Je suppose que tu es Derek.

- En effet, fit le loup d'un air soupçonneux.

Stiles se crispa d'autant plus et en réponse, le loup lui caressa doucement le dos. C'était sa manière à lui de rappeler à l'hyperactif qu'il était là, avec lui, à l'affût de ses émotions, d'un changement d'état potentiel. Il ne l'oubliait pas, bien au contraire : il faisait plus attention à lui que jamais. Qu'il soit redevenu calme l'aidait beaucoup et lui confirma que Stiles avait toujours confiance en lui. En tout cas, il supportait et en venait même à quémander son contact. Derek se souvenait fort bien de la manière dont il avait éconduit Isaac, puis Scott. Ce n'était pas anodin et rendait d'autant plus précieuse cette acceptation durement acquise. Stiles l'avait repoussé à son arrivée, mais il avait senti dans son odeur qu'il avait besoin de son étreinte, besoin de lui, besoin de douceur. Alors, il avait fait preuve de patience et ne regrettait pas le moins du monde d'avoir insisté. Une chose était désormais sûre : maintenant que l'hyperactif était de retour, hors de question de le laisser partir. La peur de le voir à nouveau disparaître et revenir encore plus brisé qu'il ne l'était déjà lui tordait le ventre.

- Pourrais-tu enlever le haut-parleur, que nous ayions une petite conversation ?

Derek fronça les sourcils, mais ne trouva rien à y redire. Stiles, de son côté, s'obstina à ne pas lever la tête tandis que l'angoisse continuait de l'enserrer dans un étau étouffant. Mais il tenait, pour l'instant. Il tenait parce qu'un bras du loup continuait de l'entourer, de le plaquer contre cette chaleur surnaturelle qui lui avait manqué.

- C'est fait, lâcha Derek après avoir retiré le haut-parleur et porté le téléphone à son oreille.

- Bien. Je sais que l'on ne se connaît pas et que tu dois très probablement te méfier de moi – ce que je comprends parfaitement – mais je pense que Stiles n'a pas besoin de continuer de s'infliger ça. Il n'est pas prêt.

- Je vais avoir besoin de plus d'explications.

A ces mots, Derek entendit parfaitement l'embardée que fit le cœur de l'hyperactif, qui gardait les bras autour de lui, pas décidé à défaire leur étreinte. C'était à la fois bon et mauvais signe. Le loup avait la confirmation que son humain désirait son contact et en même temps… Il lui montrait une détresse dont il n'avait même pas idée.

- Ce n'est pas à moi de te les donner : Mieczyslaw le fera quand il s'en sentira capable. Néanmoins, j'ai besoin que tu essaies de le convaincre de ne pas insister. Dans son état, il se fait plus de mal qu'autre chose.

- Jusque-là, je suis d'accord, fit Derek d'un air soupçonneux.

Savoir qu'il avait l'occasion de parler à la personne chez qui l'hyperactif avait logé ces derniers jours était une très bonne chose, d'autant plus qu'il n'arrêtait pas de se poser de questions à son sujet depuis que Stiles lui en avait – vaguement – parlé.

- Il voulait te voir. Il voulait vous revoir, tous. Nous avions toutefois discuté et nous étions mis d'accord sur le fait qu'il devait m'appeler pour que je vienne le chercher en cas… De situation comme celle-ci. Je sais qu'il avait envie de se prouver qu'il pouvait y arriver, mais comme je m'en doutais… C'est un peu tôt. Je sais que vous vous appréciez beaucoup, qu'il compte pour toi. Il compte pour moi aussi. Si ça peut te rassurer, je ne veux que son bien. Je veux simplement qu'il se repose et prenne le temps de guérir. Alors je réitère ma demande : peux-tu essayer de le convaincre de ne pas insister et de ne pas continuer de s'infliger un tel stress ?

Derek garda le silence quelques secondes sans desserrer son étreinte sur l'humain. Objectivement, il comprenait l'attitude de son interlocuteur, ainsi que cette requête on ne peut plus légitime. Même si une réunion de meute était toujours importante, Derek était d'avis que la santé l'emportait en termes de priorités. En l'occurrence, il ne pouvait décemment pas laisser Stiles redescendre et recommencer à jouer son minable petit jeu. En fait, il ne savait même pas si l'hyperactif en serait capable et même si c'était le cas, ce n'était pas une bonne chose. Toutefois, il décida de se montrer mesuré : l'individu et lui avaient beau sembler sur la même longueur d'ondes, il ne le connaissait pas.

- Et après ? Demanda-t-il.

- Comment ça « et après » ? Sembla s'offusquer son interlocuteur.

- Admettons que j'y arrive, commença Derek même si ce principe lui paraissait déjà acquis, qu'est-ce que vous proposez ?

- De venir le chercher. Je sais qu'il ne voudra pas rentrer chez lui, alors…

- J'espère que vous êtes au courant que je ne vous connais pas et que je n'ai aucune confiance en vous, rappela le loup en continuant de cajoler Stiles de son bras libre. Je peux le mettre en sécurité moi-même.

- Loin de la meute ?

L'ancien alpha se crispa et s'étonna d'entendre cet inconnu parler de quelque chose de surnaturel, comme s'il faisait lui-même partie de ce monde. Néanmoins, il décida de passer outre. A ses yeux, la conversation était trop longue et il mourait d'envie de laisser s'exprimer son besoin de prendre soin de son presque amant.

- Loin de la meute, confirma Derek, qui avait parfaitement compris que Stiles avait besoin de s'en éloigner un peu.

- Qu'importe où tu l'emmèneras, ta meute vous rejoindra parce qu'elle trouvera un moyen de vous pister, rétorqua Magnus. Il n'a pas besoin de ça. En revanche, si tu me laisses faire, ils ne pourront pas s'approcher de lui. Une téléportation ne laisse aucune piste.

Derek sentit son sang se glacer et resserra encore une fois son étreinte sur le jeune homme dans ses bras. Jeune homme qui s'obstinait à garder les yeux rivés au sol. Jeune homme qui continuait de trembler parce qu'il se sentait mal.

- Qu'est-ce que vous êtes ? Souffla le loup.

- Un sorcier, l'un des meilleurs du pays. Ecoute, je sais que tu ne me connais pas mais crois-moi, je ne veux que son bien et je ferai tout pour qu'il s'en sorte. Je sais aussi à quel point tu comptes pour lui, alors je te propose quelque chose. Je peux venir vous chercher, tous les deux, et vous emmener à Brooklyn sans laisser de piste à vos amis. Mieczyslaw a besoin de calme et de savoir qu'on ne peut pas le retrouver sans son consentement. Et puisque je me doute que tu ne vas plus le lâcher maintenant qu'il est réapparu parmi vous, tu peux venir avec lui.

Derek fronça les sourcils. S'il fallait être honnête, la proposition de l'inconnu ne l'enchantait pas des masses. La possibilité de mettre Stiles en sécurité et loin de la meute était fort alléchante et il était vrai que son interlocuteur avait raison sur de nombreux points. Simplement, Derek n'aimait pas se fier à n'importe qui. En fait, il accordait difficilement sa confiance et il fallait la mériter.

Alors, il fit quelque chose de simple.

- Je vous rappelle.

Et il raccrocha. Ses yeux méfiants mais inquiets s'ancrèrent dans le regard ambré empli de peur de son humain. Humain qui ne voulait plus quitter son étreinte.