Hermione et Severus étaient réveillés depuis quelques heures et peinaient malgré tout à retrouver leurs repères. Ils s'étaient maladroitement rejoint dans le salon de la Directrice de Gryffondor et, assis chacun dans un fauteuil, jouaient à "celui qui n'ouvrirait pas la discussion". Snape partait gagnant sur ce terrain-là, songea Hermione et elle décida d'attendre encore un moment avant de laisser libre cours à son impulsivité...Gryffondorienne. Impulsivité qui s'exprima moins de cinq minutes plus tard lorsqu'elle soupira une énième fois avant de se lancer, non sans décider de ne pas totalement se laisser faire...
- Professeur...
Encore ce mot honni, dit de cette manière. Snape grimaça. Il avait l'impression de se faire battre à son propre jeu et cela lui déplaisait fortement.
- Miss Granger...
- Récapitulons, voulez-vous ? Il nous faut nous accorder à notre nouvelle magie, et comprendre en quoi elle a changé pour mieux pouvoir l'apprivoiser.
- Vous avez un don certain pour énoncer des évidences, Granger... maugréa-t-il.
"Cessez d'être sarcastique, bon sang de Merlin !" râla Hermione. "A croire que votre seul but dans la vie est de vous rendre insupportable !"
- Et je crois pouvoir dire que jusqu'ici, j'y arrivais assez bien.
- Dommage que ça ne prenne plus avec moi, en somme ?
- Je n'ai pas dit mon dernier mot, Granger, murmura Snape en la clouant de son regard.
Hermione leva les yeux au ciel. Ce sorcier était infernal ! Elle décida de prendre les choses en main et, de sa baguette, pointa un verre vide qu'elle remplit d'un aguamenti informulé. Severus la fixait, toute son attention concentrée sur les effets qu'aurait ce simple sort. Il ne fut pas déçu. Hermione poussa un petit cri et lâcha sa baguette qu'elle ramena vers elle d'un Accio.
- Des problèmes, Granger ? ricana-t-il.
- J'aimerais bien vous y voir, vous, avec une magie qui a l'air de se faire la malle ! gronda-t-elle.
-... de se faire la malle...?
- Oui, Môssieur Snape ! Ma magie était..comment dire... vive, réactive, franche... elle me répondait au quart de tour et anticipait presque mes désirs. Là, j'ai l'impression de chercher à apprivoiser un animal froussard...
- Un animal froussard... ? Granger, j'ai autre chose à faire qu'à disserter sur votre incapacité à maîtriser votre magie, chose qui devrait être acquise depuis, disons, plus de quinze ans ?
Le regard furibard qui lui répondit ne lui tira qu'un sourire goguenard.
- A vous ! imposa-t-elle
- Je vous demande pardon ?
Snape la regardait, un simple sourcil relevé et Hermione se mit à sourire lentement. Elle allait relever le défi.
- A vous ! dit-elle plus doucement. "Montrez-moi comment maîtriser ma magie, Professeur" susurra-t-elle.
Snape lui lança un regard noir qui ne fit qu'accentuer son sourire. Il était coincé. S'il ne faisait rien, elle avait gagné et il n'était pas suffisamment certain de maîtriser cette nouvelle force pour s'en sortir la tête haute. Faisant appel à tout son self-control, il pointa le même verre et lança un evanesco. Le verre se vida, trembla et explosa en centaines de petits éclats. Un juron lui échappa.
- Langage, Professeur.
Le ton moqueur piqua son ego et il retourna sa colère contre la jeune femme qui le regardait en souriant franchement.
- Très bien, Granger ! Donnez-moi votre baguette.
-Pardon...?
La jeune femme le regardait outrée comme s'il avait perdu la tête.
- . .baguette. énonça-t-il lentement comme s'il s'adressait à un enfant particulièrement obtus.
- J'avais compris, merci. Mais c'est non répondit sèchement Hermione.
Severus se pinça l'arête du nez et soupira. Elle ne lui faciliterait visiblement pas la tâche.
- Je voudrais vérifier une théorie, Granger...
- Commencez donc par l'énoncer avant de la vérifier.
- Je voudrais vérifier si nos magies sont devenues... compatibles, marmonna-t-il dans un effort évident.
Hermione fronça les sourcils et réfléchit un instant, se remémorant les images floues qu'elle gardait du sortilège. La vision de leurs magies lui revint brièvement et elle comprit où il voulait en venir. Timidement, elle lui tendit sa baguette sans se douter un instant de ce qu'elle allait déclencher.
Au moment où les doigts du sorcier entrèrent en contact avec la fine tige de bois, un filament doré surgit de la baguette pour venir rejoindre sa jumelle que tenait encore Severus. Abasourdis, les deux sorciers voyaient le filament se tendre et se distendre, comme s'il prenait vie au fil de leurs émotions. Snape lâcha la baguette de la jeune femme et le filament doré disparut aussitôt.
- C'était quoi ça...? souffla Hermione.
- Honnêtement...? Aucune idée.
- Pourtant, c'est vous qui avez élaboré ce contre-sort et cette potion...?
- Je l'ai élaboré oui, mais tout était théorique. Je n'ai jamais prétendu en connaître les effets secondaires, répliqua l'homme, acerbe.
- C'est pourtant des putains d'effets secondaires, là ! Comprenez-moi, je ne prétends pas vouloir me débarrasser d'eux mais il va falloir qu'on les maîtrise...
Tout en parlant, la jeune femme s'était levée et arpentait la pièce en réfléchissant à haute voix. Quelques instants plus tard, elle s'immobilisait et jetait un regard en coin à Severus à qui ce regard, justement, ne disait rien qui vaille.
- Professeur...?
Ce ton... Elle allait le rendre chèvre. Ou fou. Au choix. Son instinct ne l'avait donc pas trompé. Les emmerdes arrivaient, et en escadrille s'il vous plaît.
- J'ai une idée.
-Pour changer... grogna-t-il en s'enfonçant dans son fauteuil.
- Je vous propose un duel...
- Qu'est-ce-que je disais... Vous êtes folle.
- Je veux savoir ce que cette magie nous a fait.
- Et c'est en nous entretuant que vous comptez le découvrir ? Brillant, Miss Granger, vraiment ! Nos ennemis n'ont plus besoin de se déplacer, vous allez faire tout le boulot pour eux !
- Parfois je me demande vraiment pourquoi j'ai cru que vous étiez intelligent, le railla-t-elle. Il n'est pas question de s'entretuer. Je doute fort de vous battre de toute façon, marmonna-t-elle.
- Que voilà une réflexion pertinente ! Un point pour Gryffondor !
Hermione leva les yeux au ciel, malgré tout amusée.
- Je vous en prie ! Ne vous faites pas plus imbuvable que vous ne l'êtes en réalité. Je vous ai déjà dit que ça ne marchait plus sur moi.
- Dommage. Adieu belles années de terreur et d'efforts réduits à néant.
Elle aurait juré avoir vu l'ombre d'un sourire dans ses yeux lorsqu'il énonça ces mots d'une voix théâtralement chargée de regrets mais très vite, ses yeux d'onyx captèrent à nouveau les siens.
- Salle sur demande. Dans cinq minutes.
- Euh...
- Quelle éloquence, Granger ! Vous m'avez stupidement proposé un duel. Je le relève. A moins que vous ne vous rendiez compte de votre audace déplacée... murmura-t-il avec un sourire carnassier.
Oh Merlin... L'homme face à elle arborait à présent un regard de félin et nul doute qu'elle faisait office de vulgaire souris. Snape se leva lentement et s'approcha d'elle, ne laissant qu'un faible espace entre eux, savourant la lueur de doute qu'il venait d'allumer dans les yeux de la Gryffondor. Oui, finalement, elle avait eu une bonne idée... Il se pencha vers elle et ses lèvres frôlèrent ses cheveux.
- Je vous attends déjà...
Un instant plus tard, il avait disparu dans un "plop" discret qui lui fit lever les yeux au ciel. Bien évidemment... PERSONNE ne pouvait transplaner dans Poudlard... sauf son Directeur et ce satané sorcier l'avait suffisamment troublé pour qu'elle oublie une évidence pareille. Elle hocha la tête avant de se reprendre en main. Hors de question de laisser ce Serpent la clouer au sol sans broncher ! Il était puissant, certes, et il avait de nombreuses, trop nombreuses années d'expérience derrière lui, mais elle n'était pas en reste. Elle allait en baver des ronds de chapeau à n'en pas douter mais il n'en sortirait pas indemne. Il était temps de sortir la Lionne de sa tanière et d'utiliser la parti Serdaigle de son cerveau. Raffermissant sa prise sur sa baguette, Hermione transforma ses vêtements en un pantalon confortable, un tee-shirt léger et des baskets. Elle releva ses cheveux en queue de cheval et posa sa cape d'hiver sur ses épaules avant de sortir de l'appartement et de prendre la direction de la salle sur demande. Les couloirs étaient frais en ce mois d'octobre mais sa cape et l'adrénaline qui commençait à courir dans ses veines compensaient la légèreté de sa tenue. Quelques instants plus tard, elle poussait la porte derrière laquelle elle savait qu'elle allait plus ou moins se faire humilier. Soyons honnêtes, plutôt plus que moins lorsqu'on savait à QUI elle avait affaire.
Hermione jeta un regard appréciateur sur la disposition que leur avait proposé la pièce. Des mannequins de toutes sortes étaient disséminés ici et là et n'attendaient que leur bon vouloir pour se mouvoir. Étrangement, la salle avait aménagé un espace de rafraîchissement, avec bouteilles d'eau et serviettes toilettes. La jeune femme aux aguets chercha l'autre duelliste qui restait invisible et grogna. Ce sale type allait la prendre à revers dès le départ.
- Snape ! Montre-toi ! La bienséance demande que l'on se salue avant de commencer !
Un ricanement lui rapondit et il se matérialisa a quelques pas d'elle.
- Voyons, Miss Granger... j'aurais cru que votre expérience vous aurait au moins appris que votre adversaire ne prendra jamais le temps de vous saluer avant d'ouvrir le bal... murmura-t-il en se rapprochant. Ceci dit, je n'allais pas vous lancer un sort, au vu de la difficulté que vous avons à maîtriser notre magie. Je ne tiens pas à avoir le chat de gouttière sur le dos parce que j'ai tué son élève fétiche, ni à reprendre le poste de professeur de potions...
Hermione sourit. Il était incorrigible mais il avait raison. Ils devaient d'abord s'entraîner individuellement avant de s'entraîner l'un contre l'autre.
Snape se débarrassa de sa cape d'un geste négligent et la posa sur une chaise avant de revenir vers elle. Bordel. Sa gorge s'assécha brusquement. Depuis quand ce mec était-il...séduisant ? Non, le mot ne convenait certainement pas à cette allure féline et ce regard prédateur. Il lui semblait qu'il s'était brusquement métamorphosé. Il portait une chemise blanche juste assez ajustée pour laisser deviner un torse sec et musclé et il remontait ses manches d'un geste précis et sec. Son pantalon d'une coupe droite mettait en valeur ses jambes élancés et un cul à se damner. Hermione rougit furieusement en se mettant une grande gifle mentale et s'empressa de se recomposer une apparence sereine. Il ne manquait plus qu'il ne s'aperçoive de quelque chose. Le regard suspicieux qu'il lui jeta à cet instant la conforta dans sa résolution. Il était bien trop perspicace pour son bien.
- Lorsque vous aurez fini de rêvasser à Merlin sait quoi, nous commencerons pas un simple Expelliarmus... sur un mannequin, Granger, pas sur moi... ajouta-t-il en se méprenant sur le regard qu'elle posait sur lui.
Il se détourna rapidement et lança un Expelliarmus informulé sur un mannequin qui traversa la pièce avant d'exploser.
- Ahhh Professeur... toujours à vouloir épater la galerie, railla Hermione en lançant un sort à son tour.
Le résultat ne fut pas plus probant et le mannequin qu'elle visait explosa tout simplement sur place, engendrant une telle déflagration qu'ils durent s'abriter derrière une colonne de la pièce. Aucun des deux n'avait osé lancer un Protego, incertains de ce qu'ils pourraient déclencher.
- Ça devient lassant... laissa traîner Snape en se redressant.
Il jeta un coup d'œil suspicieux à la jeune femme qui allait s'éloigner de lui et lui saisit le coude.
- Une minute, Granger.
Hermione frémit. Sa poigne était ferme mais étonnement douce et elle se prit à se demander ce que ces mains pourraient faire dans d'autres circonstances. Elle se tourna vers lui, troublée, tout en essayant de masquer cette étrange émotion qu'elle ressentait depuis peu à son contact.
- Je voudrais essayer quelque chose. Tournez-vous. Dos à moi.
Comme elle hésitait, il prit les choses en main et la retourna dos à lui, face à un autre mannequin. Hermione hoqueta. Elle pouvait sentir ainsi son corps à la fois souple et ferme contre son dos. Sa respiration régulière venait chatouiller son oreille. Il la maintenait d'une main posée sur sa hanche tandis que l'autre main était venue recouvrir la sienne.
- Recommencez Granger, murmura la voix suave de baryton à son oreille.
Hermione inspira à fond, tentant de faire abstraction de cette étrange plénitude qui l'avait envahie à son contact, comme si quelque chose au fond d'elle s'apaisait et s'éveillait à la fois. Elle leva sa baguette et lança un Expelliarmus d'une voix qu'elle espérait assez ferme.
Le résultat fut stupéfiant. Le sort envoya bouler le mannequin qui alla s'écraser à l'autre bout de la salle, sans toutefois faire plus de dégâts qu'un Expelliarmus extrêmement puissant. Elle sentit le sorcier sourire derrière elle.
- Voilà qui confirme ce que je pensais Granger... Voyons voir... A mon signal, essayez un protego.
Sans la lâcher, il déchaîna les mannequins qui se mirent à les attaquer de toutes parts.
- MAINTENANT !
Elle jeta le sort et un bouclier bleu les enveloppa, sur lequel s'écrasèrent les sorts que faisaient pleuvoir les mannequins. La sorcière sentait sa magie puiser dans le contact du sorcier pour s'éveiller et gagner en puissance. Malgré la violence des impacts, le dôme ne faiblissait pas et elle sentit l'homme derrière elle bouger légèrement pour arrêter les assauts des artefacts.
Elle se tourna alors vers lui en rompant le sort, stupéfaite et ne fut pas autrement étonnée de le voir arborer un sourire suffisant.
- J'avais raison...
- Ah oui ?
- Parfaitement, Granger. L'instabilité de nos magies suite à ce sortilège ainsi que le souvenir des couleurs de notre magie lorsqu'elle nous fut rendue m'a fait imaginer que nos magies se complèteraient lors d'un contact... ce qui me mortifie, croyez-le bien. Je n'ai plus qu'à espérer que nous pouvons lancer des sorts sans être collés l'un à l'autre comme une moule sur son rocher ! Nous allons vérifier ça de suite, d'ailleurs.
- Vérifier..? Comment ?
- En faisant ce que l'on peut attendre d'une sorcière Granger : jeter un sort, laissa-t-il tomber, acerbe.
Sans rien ajouter, il lança un Expelliarmus sur un mannequin à proximité qui vola à travers la pièce sans autre dommage. Snape se tourna vers Hermione, un sourire carnassier étirant ses lèvres.
- Bien. Que la fête commence.
- Que...quoi ?
Hermione n'était pas certaine de ce qu'il sous entendait mais elle savait d'ores et déjà qu'elle n'allait pas apprécier.
- Notre magie s'est stabilisée suite à notre contact de quelques minutes. Nous allons maintenant vérifier pour combien de temps...
- Et comment...? osa la jeune femme d'une petite voix bien trop aiguë à son goût.
- Vous vouliez un duel, il me semble... Je suis votre homme, murmura-t-il avant de disparaître.
