Hermione n'en menait pas large.
Il avait tout simplement disparu. Salopard ! Elle se faufila derrière une colonne et reprit ses esprits rapidement. L'homme avait plusieurs années d'expérience à son actif et son objectif à elle n'était clairement pas de le battre mais de se contenter de le toucher une ou plusieurs fois. De lui compliquer la tâche en somme et de ne pas se faire bouffer comme une vulgaire souris. Hermione grimaça. Elle avait affaire de plus au Directeur de Poudlard qui avait a priori choisi de jouir pleinement de ses prérogatives. La jeune femme scanna rapidement son environnement et avisa un angle de repli à moins de quatre mètres d'elle. Elle avait besoin de faire le point sur sa situation précaire et était totalement coincée derrière cette foutue colonne. D'un geste vif elle s'accroupit avant de rouler-bouler vers l'angle avisé. Deux sortilèges la manquèrent de peu tandis qu'elle s'abritait derrière une réplique d'un muret de pierre. Devant elle le mur nu ne lui laissait aucun échappatoire mais elle avait plus d'un tour dans son sac et avait toujours tiré son épingle du jeu en sortilèges. Elle métamorphosa un motif moulé dans le mur en miroir et scruta rapidement la pièce derrière elle. Là ! Une légère ondulation dans l'air. Vive comme l'éclair, Hermione se redressa en laçant un sort de découpe. Un juron retentit qui lui tira un sourire satisfait et Severus apparut la main pressée contre son épaule.
Il se guérit d'un geste négligent et son sourire se fit carnassier.
- Bien, Granger... La Lionne sortirait-elle les griffes...? La chasse n'en sera que plus intéressante, dans ce cas.
Elle voulut lui répliquer mais grogna lorsqu'elle s'aperçut qu'il l'avait rendue muette d'un sort informulé. Elle ricana. Il l'avait visiblement sous-estimée. La sorcière avait décidé de déployer tout son arsenal. Elle l'ensevelit sous une nuée de volatiles qui cherchaient à lui crever les yeux et en profita pour se mettre momentanément à l'abri. Elle avait besoin d'une poignée de secondes pour élaborer un semblant de technique d'attaque. Il se débarrassa des oiseaux d'un geste rageur et elle pouvait presque sentir son regard de feu envelopper la pièce. La salle sur demande avait élaboré une sorte de labyrinthe dans un mélange intéressant de forêt et d'espaces habitables. Hermione s'était présentement cachée dans un large bosquet de genêts et observait Severus qui semblait humer l'air tel un félin. Elle étouffa un juron lorsque ses yeux se tournèrent vers elle et bondit en lançant un sort cuisant qu'il écarta d'un geste de la main avant de répliquer d'un sectumsempra.
Merde ! Il n'y allait pas de main morte ! Elle ne retint plus ses coups et une pluie de fléchette s'abattit sur le sorcier qui ne put en éviter certaines. Elle aurait pu s'en réjouir si elle en avait eu le temps mais elle roula sur elle-même pour échapper à un sort dont elle ne voulut rien savoir. Le sorcier déployait sa puissance avec un plaisir manifeste. Il se battait comme certains dansent et chaque mouvement du poignet le faisait ressembler à un chef d'orchestre mortellement puissant. Hermione en était réduite à bouger le plus possible pour éviter ses coups, lançant de temps à autre un sort à l'aveuglette sans savoir s'il atteignait son but. Elle se plaqua derrière une colonne pour la énième fois en une demi-heure de combat. Il lui fallait un répit. Réduite au silence, elle devait puiser plus profondément dans sa magie pour lancer des sorts puissants.
La jeune femme opta pour l'option radicale et la pièce fut plongée dans un noir d'encre. Elle entendit très clairement le ricanement de l'homme.
- Oh, vous voulez jouer à ça, Granger...? Bien...
Le silence se fit et Hermione pouvait clairement entendre son cœur qui battait furieusement à ses tempes. Elle tenta de reprendre son souffle. Elle ne voyait rien mais elle était presque certaine que lui non plus. Elle avait donc quelques minutes devant elle pour se reprendre avant de relâcher le sort.
Du moins c'est ce qu'elle croyait.
Un grondement de bête fauve se fit entendre alors qu'un animal furieux la renversait de tout son poids. Étourdie par le choc, la jeune femme ne put maintenir le sort et la lumière du jour revint, aveuglante, pour révéler une énorme panthère noire qui la maintenait au sol, toutes griffes dehors. Merlin, comment cet homme avait pu générer un fauve pareil ? Elle lâcha sa baguette et ferma les yeux devant les crocs impressionnants de l'animal. Le grondement s'amoindrit et les griffes qui traversaient son teeshirt se rétractèrent. Hermione ouvrit les yeux pour tomber dans le regard or du fauve qui se contentait de la maintenir au sol. Hermione chercha des yeux le sorcier et soupira, exaspérée.
- C'est bon, Snape. Vous pouvez rappeler votre fauve. Vous avez gagné.
Le fauve en question montra les crocs dans un sourire félin avant de reculer et de se redresser pour laisser place à l'homme dont les lèvres révélaient un rictus satisfait. Et merde... Hermione soupira. Un Animagus, rien que cela.
- Surprise, Granger ?
- En fait...non.
Et c'était vrai. La panthère lui allait comme un gant. Depuis qu'elle était entrée dans cette pièce, elle avait pu remarquer sa manière de bouger lors du combat, toute en souplesse et en puissance. Elle releva les yeux vers lui et se mordit les lèvres. Sa chemise blanche ne laissait désormais plus de place à l'imagination, collée à sa peau par la transpiration et ses cheveux humides retombaient en mèches souples autour de son visage. Bordel... Elle se redressa et un frisson la parcourut lorsqu'il lui saisit la main pour l'aider à se remettre d'aplomb.
-Dommage... J'aime assez l'idée de vous surprendre...
- Ah oui ? Il faudra vous y prendre autrement...
Hermione se retourna pour s'éloigner mais il la maintint d'une main ferme et un chuchotement à son oreille la fit frémir.
- Je vais y songer, Miss Granger...
La main la relâcha et la voix de Snape qui retentit deux secondes plus tard la ramena à la réalité.
- Nous nous battons depuis un peu plus d'une heure, Granger. Enfin, je me bat et vous me fuyez lamentablement, précisa-t-il goguenard. Voyons voir où en est votre magie.
Hermione invoqua un verre et le posa à quelques mètres avant de le remplir d'un aguamenti parfait. Elle but l'eau avidement et lui tendit le verre qu'il saisit sans sourciller pour tenter l'opération de son côté, sans effets néfastes.
- Il semblerait que notre magie soit toujours stable, Granger...
- Que proposez-vous Snape...?
Il la regarda et s'amusa de la voir hésiter devant ce qu'elle savait qu'il allait proposer.
- Je vous fais peur à ce point...?
- Même pas en rêve, Snape, répliqua-t-elle hargneuse.
Il était hors de question qu'elle se laisse tenir la dragée haute par ce sorcier arrogant et foutrement attirant ! Il s'était laissé tomber dans un fauteuil et avait posé sa cheville droite sur son genou gauche, dans une posture faussement désinvolte. Son regard ne la lâchait pas et un reniflement dédaigneux répondit à sa tentative de rébellion.
- Je n'en suis pas certain...
Elle écarquilla les yeux. Ce type pensait vraiment qu'il lui faisait peur...? Elle ricana.
- Vous avez trop longtemps été habitué à semer la terreur dans les esprit juvéniles de gamins trop facilement impressionnables. Malheureusement pour vous, je ne suis plus ni immature, ni impressionnable.
L'éclair qu'elle vit dans ses yeux aurait dû l'avertir. En une fraction de seconde, il s'était levé et avait franchi la courte distance qui les séparait. Il prit le verre de ses mains et le porta à ses lèvres avant de murmurer de sa voix suave et basse :
- Immature, je ne peux pas encore me prononcer...mais impressionnable... vous l'êtes Granger...
Elle tenta de protester mais la main de l'homme se posa sur sa nuque et il attira son visage contre lui pour murmurer près de son oreille.
- Il est si facile de vous impressionner, petite sorcière.
Il recula, la laissant pantelante, avant de se réinstaller confortablement dans son fauteuil. Hermione rougit. Elle s'était laissée avoir comme une bleue. Et il savait exactement comment la faire réagir. Elle sortit sa baguette de son étui et alla se planter sur une estrade que la salle sur demande venait de faire apparaître.
"Impressionnez-moi, Snape !" lança-t-elle d'un air mauvais. "Et sans tour de passe-passe, cette fois-ci".
Il sourit. Elle était tellement prévisible. Lentement, il se leva, prenant le temps de boire un dernier verre d'eau et d'attacher ses cheveux en catogan. Parfait. Deuxième leçon pour la Gryffondor.
Severus monta sur l'estrade face à elle et la sorcière serra les dents, furieuses. Oh Merlin ! Comme elle avait envie de lui faire ravaler ce sourire arrogant ! Il s'approcha et la salua en parfait gentleman avant de s'éloigner de quelques pas. Sans coup férir, le premier sort fusa qu'elle évita de justesse. Elle ouvrit la main et laissa sa magie l'envahir, se délectant de cette puissance nouvelle et inconnue. Sa baguette partit en avant et des boules de feu jaillirent que Snape évita avec un juron et un bouclier. La petite semblait s'être enfin réveillée. Il sourit. Les choses commençaient à devenir intéressantes.
Jusqu'ici, le duel s'était apparenté pour lui à un échauffement et il devait à présent commencer à réellement se défendre face aux attaques furieuses et sournoises de la jeune femme. Ils bougeaient tous deux l'un autour de l'autre dans une danse mortelle et fascinante. Les sorts pleuvaient de part et d'autre et quelques instants plus tard, le bras gauche d'Hermione pendait inerte tandis que Snape boitait, un puissant sortilège de découpe l'ayant atteint à la cuisse. Ni l'un ni l'autre n'avaient pris le temps de se soigner même sommairement, conscients que leur adversaire profiterait de la plus petite inattention.
Hermione leva soudain sa baguette et bondit en pulverisant vers le sorcier une boule de feu qu'il esquiva en trébuchant. Il n'eut pas le temps de répliquer qu'elle était déjà sur lui et elle l'aurait tenu en joue s'il ne l'avait pas brutalement renversée.
La Panthère avait réapparu et des larmes de frustration perlèrent aux yeux d'une Hermiobe épuisée.
- Espèce de salaud !
Ses poings martelaient les flancs de l'animal qui se contenta de baisser la tête pour souffler doucement dans le cou de la jeune femme.
- J'avais... Réussi..
Elle sanglotait, incapable de maîtriser plus longtemps la tension des derniers événements. La tête du fauve nichée dans son cou lui faisait un bien fou et se révélait étonnement apaisante. Sans réfléchir, elle enlaça le cou de l'animal et enfoui son visage dans la fourrure douce et chaude.
L'animal tressaillit.
Il était foutu.
