Ron transplana devant les grilles de Poudlard. Le temps lui était compté, il le savait, avant qu'Harry ne se libère et ne débarque. Il avait appris qu'Hermione travaillait ici depuis la rentrée par sa mère qui le tenait de Bill, et il supposait que la jeune femme saurait où se cachait Snape. Il soupira en remontant l'allée d'un pas vif. Ses anciens collègues ne devraient pas trouver Harry avant plusieurs heures puisqu'ils le pensaient en mission avec lui pour élucider ce meurtre mais il n'était pas dupe pour autant. Il avait devant lui 4 heures, 5 tout au plus. Amplement suffisant pensa-t-il en ouvrant la porte de l'entrée.
Les couloirs étaient déserts à cette heure et Ron se dirigea vers le seul endroit où il pouvait obtenir ses renseignements : la salle des professeurs. Il y trouva Luna, en train de boire une tisane d'une couleur étrange dont il ne voulait surtout pas connaître la composition, et la jeune femme, après l'avoir salué, lui indiqua avec plaisir la direction des appartements de son ancienne amie.
Hermione était assise dans son fauteuil habituel lorsque quelqu'un frappa à la porte. Elle haussa un sourcil étonné et interrogea du regard le sorcier qui était à sa place favorite, debout devant la cheminée. Sa réponse muette lui confirma qu'ils n'attendaient personne. Camille se reposait dans ses appartements depuis sa "guérison" de la veille, Drago remplaçait Hermione pour les cours de Potion, Minerva était normalement dans son bureau et Poppy ne pouvait quitter l'infirmerie, la moitié de l'école semblant s'être donné le mot pour une épidémie de grippe hivernale. Hermione se leva et ouvrit prudemment la porte avant de rester bouche bée.
-...Ron...?
Pressentant la catastrophe, elle tenta de masquer à son regard l'intérieur de ses appartements et sentit distinctement la tension augmenter dans la pièce derrière elle.
- Laisse-moi entrer, Hermione, exigea Ron d'une voix trop calme pour être honnête.
- Ron, que fais-tu là ?
- Mon travail, Hermione. Je te demande de me laisser entrer, j'en ai pour une minute, je te le jure.
La jeune femme hésita. Sa dernière rencontre avec le rouquin s'était achevée par son agression par deux Mangemorts et le revoir faisait douloureusement remonter ces souvenirs à la surface. Elle le connaissait suffisamment pour savoir qu'il était capable de camper devant sa porte tant qu'elle ne lui aurait pas cédé. Elle soupira. Autant crever l'abcès maintenant et ne plus y revenir. Ce n'était qu'un mauvais moment à passer. Elle ouvrit la porte pour le laisser passer devant elle.
Ron pénétra dans le salon de la sorcière et s'arrêta net. Il avait eu raison depuis le début. Debout devant la cheminée et le regard plus impassible que jamais, Severus Snape le toisait de toute sa hauteur. Sa présence dans le salon de son ex-meilleure amie accréditait tous ses soupçons. Ce fils de pute avait ensorcelé la jeune femme et le regard de cette dernière, qui oscilalit de l'un à l'autre avec inquiétude, confirmait ses plus graves inquiétudes. Écœuré, il s'avança au milieu du salon sans lâcher l'autre sorcier du regard.
- Alors vous voilà... lâcha-t-il d'une voix dégoulinante de mépris.
- Très perspicace, Weasley.
- Pour vous ce sera Monsieur Weasley, espèce d'ordure. Comment osez-vous reparaître ici ?
Hermione s'avança et posa sa main sur l'épaule de Ron dans une vaine tentative d'apaisement.
- Ron, je t'en prie...
Il se dégagea vivement et se retourna pour lui faire face.
- . .
Chaque mot était comme une gifle et jamais la jeune femme ne lui avait connu une telle expression de haine.
- Tu m'as quitté pour...ça. Tu l'as défendu. Tu t'es laissée corrompre. Tu étais différente, Hermione... murmura-t-il, comme déçu.
- Ron. Tu as toujours été et es toujours obtus. Tu ne peux juste pas comprendre. Pars avant de faire quelque chose que tu regretterais toute ta vie.
- La seule chose que je pourrais regretter serait de te laisser entre les mains de ce Mangemort, Hermione. Viens avec moi, reprenons notre vie là où elle en était avant tout cela. Retrouvons nous comme durant la chasse aux Horcruxes... tu te souviens ?
- Tu rêves, Ronald Weasley ! cracha-t-elle, écœurée. Tu oses me demander une chose pareille ! Avec tout ce que tu m'as dit la dernière fois ! Avec toute cette haine que tu portes et cultives en toi ! Oui, j'ai changé ! Mais toi aussi et ce n'est certes pas un compliment ! Pars ! Sors d'ici ! Va te faire soigner, Ron ! Je n'ai jamais été ta petite amie ! Jamais !
- Tu n'es plus toi-même visiblement, Hermione. Je ne te laisserai pas. Je ne le laisserai pas gagner. Il t'a corrompue et il a même réussi à corrompre le monde magique. Mais pas moi. Je montrerai au monde qui il est et ce dont il est capable. Je t'ai aimée et je t'aime encore...même si tu n'as jamais vraiment voulu de moi. Je te regagnerai. Tu reviendras à moi, Hermione. Je le sais.
- Sors.d' . .
Hermione bouillait de rage. Il fallait qu'il sorte et vite, avant qu'elle ne fasse un geste inconsidéré. Elle capta du coin de l'œil un mouvement de Snape qui n'avait toujours pas bougé malgré tout ce qu'il venait d'entendre et elle lui en fut reconnaissante. Elle avait encore une chance que Ron parte sans dégâts immédiats et elle n'était pas certaine d'y parvenir si la voix de son ancien Professeur se faisait entendre.
Ron la regarda attentivement, comme s'il réfléchissait.
- Je vais partir Hermione. Mais sois certaine que nos chemins se recroiseront. Je n'aurai de cesse que de te sortir des griffes de ce salopard.
- SORS D'ICI !
Ron lui jeta un dernier regard fou avant de se diriger vers la sortie. Au moment de disparaître, il se retourna une dernière fois.
- Sois certain que je vais faire en sorte que tu en puisses plus te cacher. Ta tranquillité est terminée, fils de pute.
La porte claqua et Severus se précipitait pour le rattraper quand il sentit une main tremblante saisir sa manche. Il se retourna et se retrouva face au visage dévasté de la jeune femme.
- Non.. Reste, je t'en prie... Ça n'en vaut pas la peine...
Elle était visiblement en état de choc et il ne put s'empêcher de l'enlacer. Tremblante, elle sanglotait contre son torse et Severus resserra son étreinte avant de la soulever doucement pour aller s'assoir sur le canapé. Elle se blottit sur ses genoux et il la berça doucement, attendant patiemment que les flots de larmes cessent.
- Hermione...
Elle releva ses yeux ambrés brouillés de larmes vers lui.
- Je viens de voir le regard de la haine et je sais trop ce dont certains sont capables lorsqu'ils sont atteints de ce mal. Je l'aurais stoppé, Hermione. Je l'aurais empêché de faire le mal qu'il va faire. Mais vous êtes là. Et je ne peux pas vous laisser dans cet état.
Elle renifla piteusement et s'essuya le visage du revers de la main avant de se blottir de nouveau contre le torse puissant qui la soutenait. Merlin qu'elle était bien ici ! Les bras vigoureux qui la tenaient lui semblaient à cet instant un rempart inviolable face à la haine qu'elle venait d'affronter. Comment son meilleur ami avait-il pu devenir ce monstre ? Car elle n'était pas dupe : elle avait arrêté Severus de crainte qu'il ne se rende à nouveau coupable de meurtre et elle tenait trop à lui pour le perdre. Oui, elle le reconnaissait à présent. S'être confronté à Ron venait de lui ouvrir les yeux. Elle ne voulait pas qu'il se corrompe une nouvelle fois, et encore moins à cause d'elle. Alors elle était prête à affronter vents et marées à ses côtés, pour lui. Ron avait clairement disjoncté et Hermione le connaissait trop bien pour ne pas craindre sa folie. Elle avait eu de beaux jours avec Severus, profitant de sa "mort" officielle pour partager des pans de vie paisibles. L'un comme l'autre venaient de comprendre que ce temps était révolu. Par son geste, Hermione venait de joindre à nouveau leurs destinées et de faire comprendre à l'homme, qui avait encore du mal à y croire, qu'elle l'avait choisit lui, pour faire face à l'adversité.
Magnus jubilait. La première page de la Gazette était juste parfaite. Lui qui cherchait encore hier un moyen subtil d'apprendre au monde sorcier l'existence du Traitre, cet imbécile lui avait apporté la solution sur un plateau d'argent. Et quel plateau ! Ron, ex-meilleur ami du Survivant et d'Hermione Granger, ancien Auror, venait de prendre la parole pour des révélations inédites. Selon lui, Snape avait abusé l'ensemble de la communauté sorcière, allant jusqu'à soumettre à sa volonté la sorcière la plus brillante de sa génération. Il avait même réussi à corrompre le grand Harry Potter en utilisant ses sentiments pour Lily Evans. L'imbécile ! Magnus ricana. Cet idiot était parfait au final et la haine conjuguée à la bétise qui transpirait à chaque ligne en faisait un futur allié de choix. Restait à savoir si sa haine du Traitre et son désir de reconnaissance surpasserait la haine qu'il avait semble-t-il pour l'ensemble des Mangemorts.
Le jeune homme partit à la recherche de sa mère qu'il trouva dans la bibliothèque du manoir. Entourée de plusieurs livres, elle exsudait de puissance et s'exerçait à détourner les sorts les plus simples pour en faire de véritables armes. Un instant émerveillé par l'intensité de la magie dans la pièce, il se laissa griser et marcha lentement vers elle. Les yeux noirs s'accrochèrent aux siens et un sourire exalté éclaira les traits de la sorcière. Elle laissa retomber la magie pour laisser son fils approcher et se délecta des dernières effluves de puissance qui se dispersaient.
- Vous êtes belle, mère...
Elle sourit à son fils et passa son bras sous le sien.
- Merci, mon petit lord. Mais dis-moi, pourquoi me déranges-tu ? Une bonne nouvelle, j'espère ?
- Mieux que cela, mère. Un allié, dit-il en lui tendant la Gazette dont elle s'empara avidement.
La femme lut l'article et laissa éclater sa joie. Un rire strident retentit qu'elle laissa résonner dans le manoir. Enfin ! Enfin elle le tenait ! Le Traitre était dévoilé et elle le tiendrait bientôt entre ses mains ! Le rire s'atténua peu à peu et la sorcière vrilla son regard fou dans celui admiratif de son fils.
- Cet idiot sera parfait ! Amène-le moi et vite !
- J'ai un simple doute, mère. Pensez-vous que sa haine du Traitre puisse surpasser celle que nous semblons lui inspirer ?
Bellatrix leva vers lui un regard à la fois moqueur et ravi.
- Apprends donc une chose fils. La haine a sa maîtresse : la jalousie. Ce traitre-à-son-sang nous hait, bien sûr. Mais il hait encore plus ce cher Severus car il semblerait que la Sang-de-bourbe s'y soit attachée. Et c'est elle que nous allons lui offrir... du moins en apparence ! finit-elle dans un hurlement de rire.
Un rictus étira les lèvres du jeune homme. Comme il aimait cette femme ! Sa cruauté n'avait d'égal que son intelligence et sa puissance ! Oui, il était fier d'être son fils !
Et il allait la satisfaire.
