Hermione jeta un regard de côté à l'homme dont les mains dansaient au dessus du chaudron. Elle préparait avec attention des racines d'asphodèle pour les échantillons de la Potion de Liberté qu'ils destinaient à Sainte-Mangouste. Camille s'était remise en 48 heures à peine de son sommeil réparateur et rayonnait, de même que Drago qui semblait être tombé amoureux une seconde fois. Hermione sourit en revoyant le sourire radieux du jeune homme qui avait laissé tomber le masque devant une trop grande joie. Si on lui avait dit un jour qu'elle verrait un Malefoy amoureux, elle aurait ricané, incrédule. Mais le fait était là. Elle disposa les racines préparées non loin du chaudron et s'empara des yeux de scarabée afin de les compter. Depuis la visite de Ron la veille, ils s'étaient peu parlé, se contentant de digérer ce qui s'était passé dans un silence confortable. Elle sentait parfois le regard discret de Severus lorsqu'il la pensait ailleurs et elle pouvait presque entendre ses questions intérieures. Il semblait à la fois sûr de lui et incertain, comme s'il savait ce qu'il voulait mais ne savait pas s'il en avait le droit. Alors ils s'étaient réfugiés dans le laboratoire dans un accord tacite et préparaient cette potion à quatre mains dans un ballet hypnotique.
- Combien d'yeux de scarabée avez vous préparé ?
- Trente et un.
- J'en aurais personnellement mis un de plus ou un de moins.
- Vous n'aimez pas les nombres impairs ?
- Petite insolente. Ceci dit, c'est un nombre qui ne m'a pas souvent porté bonheur.
- J'ignorais que vous vous accordiez une importance à la divination.
- Vous ignorez beaucoup de choses pour une Miss-je-sais-tout.
- J'ai au moins la décence d'avouer ignorer quelque chose.
- Et impertinente avec ça. Si j'avais su...
- Je sais, mais le mal est fait. Vous allez devoir me supporter.
- J'avais compris, merci. J'ignore encore pourquoi j'ai fait cette folie.
- Peut-être parce que vous ne pouviez plus vous passer de moi ?
Il leva théâtralement les yeux au ciel.
- La Gryffondor en vous a encore frappé, Granger. Qu'en est-il de cette part de Serpentard que je vous ai gracieusement donnée ? J'aurais espéré que vous la développiez pour mon bien-être mental...
- Je la développerai lorsque vous reconnaîtrez la part de Gryffondor qui sommeille désormais en vous.
- Plutôt mourir.
- Ah non ! Ne foutez pas mon travail en l'air !
Les mots volaient légèrement entre aux tandis que leurs mains se croisaient sans jamais se heurter, chacun sachant ce qu'il devait faire et comment aider l'autre de son mieux. Le vouvoiement était instinctif. Ni l'un ni l'autre n'aurait pu à cette heure tutoyer son vis-à-vis.
Un silence paisible était revenu lorsqu'un renard argenté se manifesta jusqu'à eux pour prendre la voix de Drago.
- Parrain. Nous avons un problème. Viens dès que possible avec Hermione dans le bureau de Minerva. Tu peux sortir, ce n'est plus un problème.
Ils échangèrent un regard avant de lancer un sort de stase sur la potion en cours et de se diriger vers la sortie des appartements. Snape hésita un instant avant de se décider. Il n'était pas sorti des quartiers de la jeune femme depuis qu'il avait remis les pieds à Poudlard et il se demandait par quel miracle (ou catastrophe), il pouvait se montrer au grand jours alors qu'il était censé être mort. Arrêté sur le pas de la porte, son esprit réfléchissait à toute allure jusqu'à ce qu'il sente une petite main chaude se saisir de la sienne. Hermione se tenait là, devant lui, son regard ambré ancré dans le sien. Il soupira et puisa dans ces yeux le courage nécessaire pour sortir enfin. Les deux sorciers arpentèrent rapidement les couloirs déserts à cette heure de la journée pour arriver devant la gargouille qui gardait le bureau de la Directrice. La statue tourna lentement la tête vers Snape et le salua profondément avant de pivoter pour le laisser entrer.
Les conversations s'interrompirent à leur entrée dans le bureau et plusieurs paires d'yeux se tournèrent simultanément vers eux. Minerva était assise à son bureau et quelques personnes étaient installées dans des fauteuils ou, pour certains, debout devant la fenêtre. Drago et Camille étaient dans un fauteuil, Harry venait d'arrêter de faire les cent pas devant la fenêtre sans oublier Kingsley Shacklebolt, immobile dans un coin de la pièce. Snape haussa les sourcils à la vue de cette réunion et de la présence du Ministre de la Magie et se tourna vers Minerva dans une interrogation muette.
- Assied-toi Severus, soupira la vieille femme en lui désignant un fauteuil vide. Vous aussi Miss Granger.
Ils prirent place dans un silence pesant.
- Une tasse de thé Severus ?
- Pitié, Minerva, pourquoi pas un bonbon au citron tant que vous y êtes ? Dites-moi plutôt ce qui nous vaut cette réunion de famille... ironisa-t-il.
Un ange passa et Kingsley s'éclaircit la gorge.
- Bien. Puisque je vois que tout le monde est pressé de parler de ce qui nous réunit... Severus, avez-vous lu la Gazette ce matin ?
- Je ne vois pas pourquoi je prendrais la peine de jeter ne serait-ce qu'un œil sur ce torchon. Sa seule utilité serait d'alimenter le feu de mes chaudrons... et encore.
Minerva lui tendit la Gazette qu'elle triturait depuis un moment déjà et Snape ne put éviter le titre racoleur.
UN MANGEMORT RESSUSCITE !
Severus Snape, Mangemort avéré et repenti (?) serait toujours en vie !
Ron Weasley, ex-Auror, nous dévoile la vérité que tous ont voulu nous cacher ! Severus Snape, ex-bras droit de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom serait à l'heure actuelle toujours en vie. D'après lui, le Mangemort aurait bénéficié de la protection très rapprochée de celle qui est considérée comme la sorcière la plus brillante de sa génération : Hermione Granger. On se souvient d'avec quelle violence la jeune femme a pris la défense de son ancien Professeur lors de son procès que l'on pensait posthume, allant même jusqu'à obtenir sa réhabilitation. D'après Mr Weasley, le Survivant, Harry Potter, se serait lui-même laissé persuader par la jeune femme qui est visiblement sous l'emprise du sorcier.
"Hermione a toujours cherché à lui plaire, c'était évident et il le savait. Elle a toujours pris sa défense. Je pense avec le recul que la situation date même de nos premières années à Poudlard" avance l'ex-Auror qui a démissionné de son poste afin d'avoir "le recul nécessaire pour qu'une enquête objective puisse être menée.
"J'irai jusqu'au bout. Je ne me laisserai pas influencer. Le Ministère, les Aurors, le monde magique entier s'est laissé berner par les propos d'une jeune femme bouleversée et sous emprise depuis des années. Je veux sauver mon amie. Je veux sauver Hermione des griffes de ce monstre." ajoute le jeune homme visiblement bouleversé mais déterminé.
On peut nécessairement se demander le degré d'implication de Minerva McGonagall dans cette affaire, lorsque l'on sait qu'Hermione Granger a repris le poste symbolique de Professeurs de Potions de Poudlard. La Directrice était-elle au courant de l'instabilité de son ancienne élève lorsqu'elle lui a confié l'éducation de centaines d'enfants, et au poste qu'occupait l'homme qui la maintien sous sa coupe ?
La réponse à ces question dans nos prochains numéros.
Pag : La vie connue de Severus Snape
Pag : Les vices méconnus de Severus Snape
Page 8 : Severus Snape : emprise sur les jeunes fille. Jusqu'où allait-il ? Témoignages.
Page 9 à 11 : Comment Harry Potter s'est laissé influencer. Sa stabilité mentale remise en cause.
Page 12 à 15 : Hermione Granger : de brillante élève à victime d'un Mangemort
Hermione avait arraché le journal des mains de Minerva et portait à présent sa main devant sa bouche, une violente nausée au bord des lèvres.
- Pour ce que ça importe...Je suis désolé.
La voix grave de Kingsley retentit étrangement dans ce silence à couper au couteau. Drago était plus blême que d'habitude et Camille posait un regard étrangement confiant sur Snape. Harry avait observé son ancien Professeur tandis qu'il lisait l'article aux côtés d'Hermione d'un air souverainement hautain.
- Pourquoi Kingsley ? Ni vous, ni personne n'êtes à remettre en cause dans cette affaire. Ce... torchon, cracha Snape n'a de valeur que pour ceux qui lui en donnent. Je ne vous apprendrai pas le mépris que j'ai pour cette Skeeter, son passif en la matière commençant à être dangereusement lourd pour un cafard. En revanche, Weasley est dangereux alors vous allez me faire le plaisir de rameuter vos chiens de garde et de les envoyer à ses trousses. Montrez au monde magique que vous tenez encore les rênes, par Merlin !
Harry se retourna, l'œil brillant.
- Vous m'épaterez toujours... souffla-t-il. Vous lisez ça, et vous trouvez encore l'énergie pour vous battre...
- Autrement vous ne seriez pas en vie, Potter... laissa tomber l'homme en accrochant son regard.
Hermione était muette. Elle avait laissé tomber le journal et les paroles dites autour d'elle fusaient sans qu'elle y prenne garde. Ce n'était pas tant les accusations contre elle qui la touchaient. Elle avait toujours passé pour "étrange" aux yeux de ceux qui ne la comprenaient pas. C'était ce que cet immonde salopard laissait sous-entendre. Quels pouvaient bien être ces témoignages ? Qui était derrière tout ça, hormis Ron ? Elle se pencha et prit sa tête entre ses mains. Elle avait besoin de réfléchir et surtout de se reprendre. Les immondices qu'elle venait de lire étaient autant de coups de poignard qui lui lacéraient l'âme. Merlin, pourquoi était-elle tant touchée par lui ? Était-ce à cause du lien ? Une petite voix qu'elle entendait de plus en plus souvent ces derniers temps lui assura que non mais elle préféra de loin la faire taire. Elle avait trop mal, mal de ce qu'il allait encore devoir traverser. Relevant les yeux, Hermione le vit en train de parler vivement à Harry et les derniers mots franchirent alors les brumes de son cerveau.
-... mettre un terme aux actions de cet imbécile de Weasley ! Je ne me terrerai pas dans mon trou encore une fois ! Trouvez ce que vous voulez, mais prouvez à ces imbéciles que vous avez toute votre tête, Potter ! Kingsley ! aboya-t-il. Je revendique mon poste, si cela peut la faire fermer à certains crétins.
L'Auror lui jeta un regard déconcerté.
- Quel poste, Severus ?
- Celui de Directeur en poste de Poudlard.
Minerva sourit discrètement en hochant la tête tandis que des hoquets de stupeurs se faisaient entendre.
- Bien joué, Severus...
L'interpellation était tellement incongrue que tous les regards se tournèrent vers Minerva qui souriait franchement.
- Je me doutais de quelque chose mais je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. C'était comme si le château ne m'acceptait mais jamais complètement. La gargouille ne me laissait pas systématiquement le passage, vos locaux m'étaient interdits, certains passages me sont toujours inconnus... je ne comprenais pas totalement et avais mis cela sur la magie affaiblie du château depuis la guerre. En fait, il avait toujours un Directeur...
Harry s'avança, indécis.
- Mais... En quoi revendiquer votre poste peut-il faire taire certaines rumeurs...?
- Essayez d'aligner vos deux neurones, Potter...
- Le château ne tolérerait pas un Directeur qui serait dangereux pour les élèves, Harry.
Hermione s'était redressée, un nouvel espoir dans les yeux. Cet homme était juste un génie ! Elle continua sur sa lancée.
- Poudlard est une entité vivante qui approuve ou non son Directeur. Si le château estime qu'un Directeur est dangereux pour les enfants, il le destituera d'une manière ou d'une autre. Si Severus est accepté par Poudlard, les seuls qui pourront encore cautionner de telles accusations seront de mauvaise foi. Severus, si mon avis t'importe, c'est un coup de génie !
L'interpellé leva un sourcil mais ne répondit pas et Minerva surprit même un éclair de satisfaction dans son regard. La vieille femme se leva de son fauteuil et contourna le bureau.
- Le poste est à toi, Severus. Je veillerai à ce que le maximum de monde possible assiste à la cérémonie qui prouvera ta légitimité sur l'école. Monsieur Potter, il faut retrouver au plus vite Monsieur Weasley avant qu'il ne provoque autre chose.
Kingsley se racla la gorge.
- Minerva a raison. Trop de rapaces attendent le moment opportun pour renverser le gouvernement actuel. Ron Weasley vient de nous mettre au bord du précipice. Soit nous regagnons rapidement et de façon certaine la confiance du monde magique, soit nous pouvons dire adieu au semblant de paix de ces trois dernières années. Harry, pouvez-vous nous dire où se trouve votre ex-collègue ?
Harry se tendit et hésita un instant avant de lâcher.
- C'est bien là le problème Monsieur le ministre. Ron est introuvable. On a retrouvé chez lui sa baguette et son hibou. Nous n'avons plus aucun moyen de le tracer. Il s'est littéralement évaporé...
