Hermione se leva de son fauteuil. Elle était désormais seule dans le bureau directorial avec Severus qui était posté devant la fenêtre, les mains croisées dans le dos, immobile.

La révélation d'Harry au sujet de Ron avait laissé un blanc pénible. Ils avaient tous été d'accord pour prévenir Molly de la direction qu'avait prise son plus jeune fils et Minerva était allée la rejoindre pour une tasse de thé réconfortante. Molly était une femme forte mais elle s'effondrait dès qu'un de ses enfants était en jeu. A cet instant, elle oscillait entre une rage folle envers son fils et un désespoir immense. Minerva avait préféré la retrouver afin de discuter et de l'aider à surmonter le choc.

Kingsley, suivant la suggestion, ou plutôt l'ordre de Severus, était retourné au ministère afin de mettre ses troupes en ordre de bataille. Au plus tôt ils auraient retrouvé le jeune homme, au mieux ils éviteraient la catastrophe. Une fois (presque) seul avec son parrain, Drago s'était approché de lui et avait simplement posé sa main sur son épaule. Nul besoin de mots entre eux. Les regards parlaient mieux chez ces hommes à la fois si semblables et si différents. Severus l'avait enlacé un bref moment et s'était écarté tout aussi rapidement puis Drago avait saisi la main de Camille et le couple était sorti du nouveau bureau de Severus.

Hermione s'approcha du sorcier qui n'avait pas bougé depuis de longues minutes et il se tourna vers elle, le regard fatigué.

- Severus...

Elle se rapprocha de lui jusqu'à ce qu'ils ne soient plus séparés que d'un pas. Elle avait tellement envie de le rassurer, de lui dire qu'il n'était pas seul, qu'elle était là et qu'elle resterait là, encore... que les imbéciles pouvaient dire ce qu'ils voulaient, elle s'en moquait et qu'elle était fière, au contraire, de lui devoir la vie. Qu'il pouvait compter sur elle, sur sa présence et, s'il le voulait, sur son amitié. Que oui, il l'avait toujours subjuguée par son intelligence et sa loyauté, et que rien ni personne ne changerait cet état de fait. Elle aurait voulu lui dire tant de choses mais ses lèvres restèrent closes. Elle ne pouvait pas. Il n'aurait pas pu l'entendre où plutôt, il n'aurait pas pu le croire. Alors, elle se contenta de saisir sa main entre les siennes et de laisser couler sa magie à travers leur lien. Elle fit passer tout ce qu'elle ressentait et la brusque inspiration de l'homme lui fit savoir qu'il était stupéfait. Ses yeux s'écarquillèrent et une nouvelle lueur les éclaira. Il enveloppa ses petites mains dans les siennes et ferma les yeux, se laissant submerger par les émotions dont elle l'enveloppait.

Severus était bouleversé. Jamais il n'avait connu cela. Lorsque la jeune femme lui avait pris la main, il s'était senti enveloppé d'une douce chaleur avant qu'un maelström d'émotions ne le submerge. Confiance, loyauté, admiration, amitié... les sentiments voltigeaient en lui en provenance d'Hermione et il se laissa griser par cette sensation d'être... aimé, oui c'était le mot. Étrangement, cela ne lui fit pas peur, peut-être parce que c'était elle et qu'il savait qu'elle ne pouvait pas mentir, pas à lui, pas comme cela. Il rouvrit les yeux pour se noyer dans les prunelles ambrées brillantes de larmes et le lien lui fit sentir la douleur qu'elle ressentait pour lui, pour ce dont on l'accusait et son cœur se serra. Encore une fois, il était source de souffrance pour ceux qui l'approchaient mais elle hocha doucement la tête et murmura.

- Non, Severus. Ce n'est pas toi, c'est eux, c'est lui. Toi...toi tu ne m'as fait que du bien. Je me fous de ce qu'ils disent de toi. Je sais que tu n'es pas celui-là. Le Severus Snape que je connais est loyal, courageux, dévoué, fidèle, sarcastique indéniablement, d'une mauvaise foi terrible par moments. Il est capable en une parole de me rendre fière et la seconde d'après de me faire sentir terriblement minable. Il est tout cela et plus encore. Mais jamais il n'aurait pu commettre de telles ignominies parce qu'il est trop noble pour cela. Le Severus Snape que je connais est le Prince de Sang-mêlé, terriblement puissant et qui a dû faire des choix qu'il regrette encore aujourd'hui. Il est un mélange d'ombre et de lumière, de désespoir et d'espoir. Ecoute ma voix, Severus, pas la leur. Que t'importe ce qu'ils disent ? Je suis et resterai là par choix. Et avant que tu ne te mortifies encore une fois, sache qu'être à tes côtés et te soutenir contre vents et marées ne sera jamais une souffrance pour moi mais une fierté.

Les paroles murmurées résonnèrent en lui avec vérité. Cette voix-là ne mentait pas. Ces yeux-là non plus. Lui qui avait tant côtoyé le mensonge pouvait reconnaître sans difficulté l'accent de vérité qui marquait de son sceau chacune des paroles de la jeune femme. Le visage toujours levé vers lui, elle incarnait à cet instant ce qu'il lui manquait tant : l'espoir. Et avant qu'il n'ait eu le courage de changer d'avis il se pencha vers elle et posa ses lèvres sur les siennes.

Ron Weasley fut réveillé de la plus belle des façons selon lui, par le doux fumet d'un petit déjeuner. Il ouvrit les yeux et engloba la chambre où il avait dormi. Il était arrivé tard la veille au soir et n'avait pu détailler son environnent. Dans les tons verts et bruns, la chambre avait dû autrefois être belle mais elle aurait fait pâlir sa mère par les quantités dantesques de poussières qui recouvraient jusqu'aux tentures. Les dorures étaient devenues ternes au fil du temps et les moulures s'effritaient doucement. Mais le lit était confortable et le petit déjeuner plus que copieux, s'il en croyait la partie visible du plateau qui avait dû être posé là par un elfe.

Sans plus hésiter, le rouquin sortit les pieds du lit et commença a déjeuner comme seul un Ron Weasley pouvait le faire. Une fois repu, parce que oui, il y avait assez pour le repaître, il s'habilla et ouvrit la porte de la chambre pour retrouver ses hôtes. Il était temps, non pas de faire connaissance, mais de se mettre d'accord sur les termes de leur accord, justement. Et les négociations avec Bellatrix et Malefoy senior s'annonçaient serrées.

En y repensant, Ron se demanda comment il en était venu à traiter avec ses pires ennemis. En sortant des locaux de la Gazette, il avait été abordé par un jeune homme aux cheveux noirs et bouclés et au regard d'acier qui lui avait proposé un marché simple : il lui livrait Severus Snape et lui pouvait récupérer la Sang-de-Bourbe. Oh bien sûr, l'épithète n'avait pas été prononcé mais la grimace de dégoût du jeune homme lorsqu'il avait mentionné le nom de la fille ne lui avait pas échappé. Un Mangemort... ou tout comme. Un ennemi donc. Mais quelqu'un qui lui proposait un marché intéressant. L'adolescent l'avait regardé avec l'air de celui qui sait qu'il aura gain de cause et Ron s'était demandé dans quelle mesure le garçon face à lui savait qu'il accepterait. Parce qu'il allait accepter, il le savait lui-même. Il avait choisi de laisser sa baguette et son hibou chez lui afin de ne pas pouvoir être tracé. Il était donc à cet instant en état de faiblesse et le gamin en face de lui semblait, lui, le savoir.

Ron n'avait pas plus hésité. Les bases du marché lui convenaient. Il pouvait affirmer sans doutes que l'adolescent ne voulait pas du bien au bâtard et était prêt à l'aider à récupérer Hermione. C'était tout ce qui lui importait. Il avait donc posé sa main sur son bras et s'était laissé transplaner.

Ses lèvres étaient douces. Il l'avait enlacée instinctivement et il pouvait sentir son corps souple et chaud contre lui. Severus ne savait pas vraiment ce qu'il voulait mais il pouvait dire sans aucun doute que ce baiser en faisait partie. Elle s'était lovée contre lui et répondait à l'appel de ses lèvres. Sa langue mutine venait taquiner sa lèvre inférieure dans une demande timide à laquelle il répondit. Elle avait un goût de miel, d'épices et du thé qu'elle avait bu peu de temps auparavant et il oublia tout. Il oublia qui il était. Il oublia où il était. Ne restait plus qu'elle, ses lèvres et sa langue qui jouait subtilement avec la sienne.

Il approfondit le baiser et la rapprocha encore de lui, une main dans le creux de ses reins comme pour en pas qu'elle s'échappe. Elle avait noué ses bras autour de son cou et sa main glissait dans ses cheveux noirs dans une tendre caresse. La magie s'était mêlée à leur baiser et miroitait autour d'eux dans un halo argenté qui frémissait comme l'onde. Il grogna contre ses lèvres lorsqu'elle vint mordiller sa lèvre et la plaqua contre lui. Merlin ! Cette femme allait le rendre fou !

Il s'écarta d'elle haletant et posa son front contre le sien, son regard noir perdu dans les yeux ambrés.

- Hermione...

Ce n'était qu'un murmure, à peine un chuchotement et pourtant.

Pourtant elle comprit tout, il en était certain. Elle comprit ce qu'il ne pouvait lui dire. Elle comprit ses doutes et son espoir, sa peur et son courage. Elle comprit qu'il acceptait sa présence, qu'il la voulait, même, bien que jamais il ne pourrait le lui avouer. Elle comprit qu'il ne changerait pas, qu'il resterait acerbe et sarcastique à ses heures, mais qu'il était capable de lui faire perdre le souffle comme il venait de le faire. Elle comprit qu'il ne voulait qu'une chose : s'emparer à nouveau de ses lèvres et qu'il ne le faisait pas uniquement car il doutait de lui. Elle comprit qu'il ne pourrait pas affronter la haine encore une fois seul et qu'il voulait désespérément sa présence mais que jamais il n'oserait le formuler.

Elle comprit tout cela et bien plus...

Et au-delà de cela, elle comprit le plus important.

Elle comprit qu'elle l'aimait.