Chapitre 18

En arrivant à ma voiture, je pouvais encore entendre Edward chantonner l'air sur lequel il avait travaillé la veille. Il se rendait au lycée et j'avais très envie de faire de même, d'oublier ma résolution, mais je n'étais pas assez forte pour cela. J'avais passé la nuit entière à l'admirer, je ne pourrais pas faire moins durant la journée, ce qui le gênerait et me compromettrait sans aucun doute. Je ne me faisais tout simplement pas confiance pour être près de lui. A à peine trente mètres de lui, j'étais déjà en manque de lui, comme ces drogués qu'Emmett aidait mais qui finissaient dans plus de la moitié des cas par retourner à leur vice.

« En parlant du loup... » grognai-je en apercevant ma voiture occupée.

Emmett me sourit gentiment, leva les mains en l'air en signe de paix. Je montai au volant, me recoiffai nerveusement puis lissai ma tunique. Avait-il découvert ce que j'avais fait cette nuit ?

« Tu as l'air d'aller mieux. » me dit-il légèrement.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? » répondis-je, agacée.

« Je ne savais pas que tu serais encore dans le coin, je t'ai reniflée il y a dix minutes par hasard. »

« Tu devrais aller au lycée. »

« Personne n'y va aujourd'hui… Ça ne s'est pas calmé après ton départ. »

« Pourquoi faut-il que ça tourne au drame ? » geignis-je.

« Je ne t'ai pas attendue pour te faire changer d'avis. Je voulais juste savoir si tu allais bien. »

« Merci, Emmett. »

Il me prit la main et me sourit tristement, j'avais envie de me confier à quelqu'un mais il était la dernière personne capable de garder un secret. Et c'était ce que j'appréciais chez lui finalement, son honnêteté.

« Il faut que je te dise quelque chose aussi. » m'annonça-t-il, justement à propos.

« Emmett, je dois partir, peu importe… »

« Carlisle t'a faite passée pour folle auprès de l'école. »

« C'est une blague ? »

« Il a appelé le proviseur ce matin pour justifier ton départ. »

« Il ne pouvait pas trouver une autre raison ? » tiquai-je tout de même.

« J'ai découvert dans son ordinateur des dossiers médicaux pour nous tous, des faux certificats, des faux résultats… Ça reste entre nous, hein ? »

« Il dépasse les bornes. » fulminai-je.

« Quand j'ai vu ça, je suis parti. Mais je le comprends un peu, il cherche toujours à nous protéger. Il est très déçu que tu sois partie ainsi, sans t'expliquer. »

« J'ai passé des heures à vous expliquer hier, mais personne n'a voulu me comprendre et me soutenir. J'ai le droit de partir si je le veux, tu ne crois pas ? »

« Tu connais Carlisle, il veut toujours aider, il pense avoir failli à son devoir envers toi. Tu peux comprendre ça. »

« Ça n'a rien à voir avec lui, avec aucun d'entre vous, Emmett. Je dois faire un break, je reviendrai. »

« Quand ? » insista-t-il.

« Je ne sais pas… La rentrée prochaine peut-être. »

« Donne-nous des nouvelles au moins. »

« Je vais à Forks, la ville la plus ennuyeuse du pays, il n'y a rien à raconter. »

« Tu vas aller au lycée là-bas ? » me questionna-t-il, rieur.

« Non, surtout pas. Prenez soin de vous tous. Maintenant que Jasper contrôle son don, vous n'avez plus vraiment besoin de moi. »

« Mais on te veut avec nous. Tiens, tu l'avais oublié dans la voiture de Rose. »

Il sortit de sa poche mon téléphone portable Motorola Q, je ne l'avais pas oublié, et j'avais déjà eu le projet de ne pas reconnecter ma ligne fixe à Forks. C'était raté, mon isolement ne serait pas total, ils ne me laisseraient pas tranquilles.

« Merci… À bientôt, Emmett. »

Il descendit de ma voiture et s'éloigna à petites foulées, simulant un footing matinal. J'étais résolue plus que jamais à mettre de la distance entre Peotone et moi, entre les Cullen et moi, entre Edward et moi. Quand je mis le contact, le CD dans mon auto-radio se lança automatiquement et la chanson « I'll make love to you » de Boyz II Men démarra. J'avais déjà en boucle dans mon esprit perverti les images d'Edward endormi, je m'imaginais nue à ses côtés, je risquais réellement un accident si je continuais ainsi, je n'avais pas besoin de la bande son. Et donc dans un silence complet, je pris la route vers Forks. Pourtant ça ne m'aida pas à me calmer, j'aurais pu pleurer tout le chemin si j'avais été humaine. C'était le problème, je pouvais ressentir trop d'émotions à la fois.

Et ce fut sans doute ce déferlement d'émotions qui me fit rater plusieurs sorties d'autoroutes et prolongea mon voyage d'une journée entière. Ce fut aussi parce que je ne pouvais plus penser à rien d'autre qu'à Edward que je me mis le mauvais carburant dans mon réservoir et perdis encore quelques heures chez le garagiste. Et tandis qu'il s'affairait à vidanger le réservoir de ma Jeep, je déambulais dans les rues pour me mettre à chouiner en apercevant des couples amoureux et à geindre en tendant les bras en entendant une jeune femme interpeler un certain Edward qui se révéla être un labrador.

Débarquant à Forks de nuit, je pris plaisir à ralentir sur la route et à observer cette petite ville endormie. Je ressentis un peu de calme pour la première fois depuis ce coup de foudre quand le portail de ma propriété se referma derrière moi. J'étais chez moi, loin, très loin des tentations. Les heures suivantes, je fis le ménage de fond en comble, la pluie du matin apporta une bonne odeur de terre par les portes et fenêtres ouvertes. Et quand il n'y eu plus rien à faire dedans, je m'attaquai au jardin. Il y avait peu à faire, j'avais passé les deux dernières semaines du mois d'août ici sans sortir de la propriété, une fin d'été parfaite.

Emmett avait insisté pour installer dans le coin le plus ensoleillé de mon jardin un énorme morceau de béton provenant de la tour Nord du World Trade Center. Esmé avait planté des fleurs tout autour, Alice avait fait graver une plaque. Une fois le petit mémorial entretenu, je le pris en photo, planifiant de l'envoyer plus tard à ma famille.

Le lendemain en milieu de matinée, je conduisis vers Port Angeles mais décidai de faire une halte à Twin Beach, persuadée de n'y croiser personne. J'avais besoin d'un bol d'air marin et de nager, la température glaciale ne me dérangeait évidemment pas. Mais en retournant à ma voiture garée sur le bas-côté de la route, Billy était là avec son fils, ils se disputaient, le capot de leur voiture ouvert.

« Bella, te voilà déjà de retour dans la région ? » me lança Billy sans sourire.

« Bonjour, Billy. Oui, j'avais besoin d'une pause. »

« Tu te souviens de Jacob ? »

« Bien sûr. »

« C'est qui ? » murmura l'adolescent discrètement à son père.

« La petite-fille de la propriétaire de la villa. »

« Salut. » me lança Jacob.

Je l'avais vu grandir de loin, tout comme ses sœurs. Mais lui ne m'avait vu que lorsqu'il était tout petit, il ne pouvait pas se souvenir de moi. Je constatai avec tristesse que son père était désormais en fauteuil roulant, voilà ce qui expliquait pourquoi son fils l'accompagnait.

« Un problème de moteur ? » m'enquis-je.

« Mon père a rendez-vous chez un docteur à Port Angeles, on n'y sera jamais à temps. La dernière fois aussi on était en retard. Le doc' a dit qu'il ne nous recevrait plus si ça reproduisait, alors aujourd'hui on est parti très tôt, mais le moteur nous a lâché. »

Je leur désignai ma voiture devant la leur.

« Je vous emmène. Billy, tu veux appeler quelqu'un pour remorquer ta voiture ? » proposai-je en lui tendant mon téléphone portable.

Il le regarda avec dédain puis haussa les épaules.

« Cette voiture est une épave qui devait mourir. Je ne vais pas perdre mon temps et mon argent à- »

« Je t'ai dit que je peux la retaper. » intervint Jacob, énervé.

Je pouvais deviner le sujet de la dispute que j'avais interrompue.

« Billy, je peux m'en occuper, si tu as besoin- »

« Bella, occupe-toi de tes affaires. Je sais ce que j'ai à faire. »

« Désolée. »

Une fois à Port Angeles et Billy dans le cabinet du médecin, Jacob me demanda mon téléphone et arrangea le dépannage de leur voiture. Il était bien trop mature pour un garçon de seize ans. Ses sœurs avaient quitté la réserve, l'une pour se marier et l'autre pour étudier à l'université. Désormais que le diabète de Billy l'avait condamné à être en chaise roulante, tout reposait sur Jacob. Billy allait-il accepter mon aide cette fois-ci ?

« Pourquoi tu es mouillée ? » me demanda Jacob.

« Je… »

« Tes cheveux dégoulinent encore… Y a une algue là. L'eau est glaciale, peu importe la saison. Tu vas bien ? »

« Oui, c'est stupide, j'ai juste glissé et je suis tombée dans l'eau. Je suis d'une grande maladresse. »

« Tu es tombée la tête dans l'eau ? Tu ne t'es pas fait mal ? Tu n'as pas froid ? »

Persuadée de ne croiser personne, je ne portais même pas de manteau, au moins je m'étais baignée en maillot, puis avais revêtu mes vêtements mais n'avais évidemment pas pris le temps de me sécher les cheveux, pensant rentrer rapidement et prendre une douche. Je désignai à jacob un café et lui proposai de m'accompagner pour nous mettre au chaud. Je fis semblant de boire un chocolat chaud, il me regarda longuement.

« La dernière fois que je suis venue à Forks, tu pêchais avec ton père. » lançai-je pour le distraire.

« Ça remonte à longtemps alors, je n'aime plus aller à la pêche depuis que j'ai dix ans. »

« Ah. »

« Mais mon père a sous-entendu que tu es venue récemment. »

Il était observateur, trop.

« Je suis venue seulement quelques jours, après le décès de ma grand-mère cet été. »

« Oh mince, désolé. Je ne voulais pas te rendre triste. »

« Ils se connaissaient un peu, ma grand-mère et ton père. »

« Je ne l'ai jamais vue. »

« Elle a passé les dernières années de sa vie chez nous… dans l'Illinois. Je sais qu'elle voudrait aider ton père, maintenant qu'il ne peut plus… »

« Il va bien, tu sais. » m'assura-t-il, sa voix un ton plus aigu.

« Et son garage ? »

« Je le reprendrai quand je serai majeur. »

« Jacob, c'est très important. Je peux vous aider financièrement. »

« On s'en sort ! » se vexa-t-il pour de bon.

« S'il arrive quoique ce soit, s'il te plaît, préviens-moi. Mais n'en parle pas à ton père. Tu as vu, il n'était pas ravi de me revoir. »

« Pourquoi en voudrait-il à une fille de mon âge, tu as quel âge en fait ? »

« J'ai dix-sept ans, mentis-je. Écoute, fais ce que je te dis, promis ? »

« Ok. »

Je lui notai mon numéro de téléphone portable sur une serviette en papier puis prétendis avoir trop froid et voulus aller me sécher les cheveux dans les toilettes. Nous rejoignîmes Billy chez le docteur, il me dévisagea, mécontent, il aurait apparemment préféré que je fus déjà repartie.

« Sam va récupérer la voiture, lui annonça son fils. Bella a accepté de nous ramener à la réserve. »

« Dépose-nous à Forks, Isabella, j'ai quelque chose à y faire. » m'ordonna Billy.

Jacob ne devait pas savoir que je n'avais plus le droit d'entrée dans la réserve. Je regrettais sincèrement sa décision, Éphraïm me manquait toujours quand je revenais dans cette forêt. Le trajet se passa dans le silence, une fois parvenus à Forks, Billy me désigna un restaurant et je me garai devant. Tandis que son fils allait descendre le fauteuil roulant du plateau arrière, Billy me retint par le bras.

« Il ne sait rien. »

« Je m'en suis doutée. » rétorquai-je.

« Leur génération ne saura pas, ils doivent croire que ce ne sont que des légendes. Ma génération sera la dernière. »

« Je ne ferai jamais rien pour vous mettre en danger, je te le jure. »

« Ta présence seule est un danger. »

« Je ne pouvais pas deviner que j'allais vous croiser sur la route. Tu aurais pu me remercier, tu sais ? »

« Bella, je dois le protéger, les protéger tous. »

« Je ne ferai rien. » répétai-je.

« Lorsque vous êtes venus, il y a cinq ans- »

« Ça ne se reproduira pas, le coupai-je, agacée. Jasper ne l'a pas blessée, j'étais là pour le bloquer. »

« Mais aujourd'hui tu es seule à Forks, ce qui signifie qu'il est ailleurs, sans ton… bouclier pour le bloquer. »

Jacob tapa à la fenêtre pour attirer l'attention de son père, le fauteuil était installé et l'attendait à l'abri devant le restaurant. Je descendis rapidement de voiture et aidai Jacob à soutenir son père sur les quelques mètres nous séparant du fauteuil.

« Aurevoir, Billy. »

Il m'ignora, son fils me tendit la main.

« Bye, Bella. »

« Aurevoir, Jacob. »

« Appelle-moi Jake. »

Tandis que je roulais vers la villa, je décidai de faire un détour vers l'église protestante. Le révérend Webster était debout devant l'autel et parlait avec un jeune couple qui allait bientôt se marier. Je ne pus m'empêcher de m'imaginer à leur place, Edward à mes côtés. Je ne savais rien de lui, croyait-il seulement en dieu, se marierait-il un jour dans une église ? Une fois le couple parti, je m'approchai du pasteur et lui tapai légèrement sur l'épaule, il eut un mouvement de recul quand il me vit.

« Désolée, ma chère enfant, vous m'avez surpris. »

« Vous êtes le père d'Angela, n'est-ce pas. ? »

« Oui. Vous la connaissez ? »

« Elle m'a aidée à trouver mon chemin, il y a plusieurs années. Un vrai ange, son prénom a bien été choisi. »

« Merci. »

« Comment va-t-elle ? »

« Bien, évidemment. »

Je sondai son regard, il mentait.

« Elle m'avait dit d'éviter la forêt, elle croyait qu'un loup géant y rôdait. » mentis-je.

« Elle devait être bien jeune, alors, rigola-t-il, tendu. La forêt est très calme. »

« Me voilà rassurée. Bonne journée à vous. »

Une semaine plus tard, Jacob me téléphona, il avait besoin d'un peu d'argent pour réparer leur voiture, la Rabbit, une Volkswagen qui était sûrement plus âgée que lui et qui était désormais officiellement à lui. Il me dit qu'il viendrait chez moi, il ne voulait pas risquer être vu avec moi en ville ou près de la réserve.

« Mon père et ta grand-mère étaient vraiment amis ? » me demanda-t-il plus tard, assis autour de ma table de jardin.

« Je crois, ce qu'elle m'a dit. » dus-je inventer.

« Il m'a formellement interdit de te revoir. »

« Serait-il contre l'amitié entre les peuples ? » tentai-je en rigolant.

« Il est bizarre parfois. »

« Les adultes le sont tous un peu, non ? »

« Oui. »

« Voici l'argent, je lui tendis cent dollars. Tu penses que ça suffira ? »

« Oui, parfait, j'ai un accord avec le garagiste de Port Angeles, je vais travailler là-bas cet été, mais en attendant je dois quand même payer les pièces. »

« Tu te débrouilles bien. »

« C'est quoi ce gros caillou ? »

Il s'approcha du mémorial, j'allais encore devoir mentir.

Nous avions tous été sous le choc des attentats, comme le pays et monde entier d'ailleurs. Nous vivions alors dans le Maine et avions pris la route aussitôt la nouvelle de la première tour touchée par ce que nous avions alors cru être un terrible accident d'avion. En arrivant à New York, la deuxième tour s'était effondrée, il n'y avait plus de doute, d'autant que deux autres avions s'étaient écrasés, l'un sur le Pentagone et l'autre en pleine campagne de Pennsylvanie. Nous avions noué des morceaux de tissus sur nos visages, Carlisle avait évidemment apporté sa mallette et j'étais officiellement étudiante en quatrième année de médecine mais sur place, je prétendis être interne et pus aider aux côtés des autres secouristes. Emmett et Jasper avaient subtilisé des tenues de pompiers et étaient partis à l'assaut des gravats. Rosalie et Esmé avaient aidé au dispatche des blessés. Traumatisés comme tous ceux présents ce jour-là, nous ne pûmes rester plus de deux jours, les Volturi nous avaient brièvement vus à la télévision et nous avions été sommés de quitter New-York sur le champ.

Rosalie avait réclamé un Noël sous la neige, donc en décembre 2001, nous avions tous débarqué à Forks, J'avais envoyé une lettre à Billy pour le prévenir, et n'ayant pas reçu de réponse, nous avions pensé avoir l'autorisation du chef des Quileute. Emmett avait abimé sa voiture avec ce morceau de béton mais il avait tenu à honorer les morts dans un endroit privé.

« Un de mes cousins est mort dans une des tours. » dis-je à Jake.

« Oh mince. Décidemment je ne fais que des gaffes. Désolée, Bella. »

« Non, ça va. Tu ne savais pas. Tu sais, je repars demain. Tu es certain de ne pas avoir besoin de plus. Je sais que ma grand-mère aurait voulu aider ton père. J'ai vu que son fauteuil roulant n'est pas en très bon état. »

« Bella, tu n'as pas à- »

« Ça n'est pas de la charité, je t'assure, ton père et ton grand-père, et même ton arrière-grand-père ont aidé de près ou de loin ma famille. C'est bien normal. Laisse-moi vous aider. Tu diras à Billy que tu as eu un fauteuil gratuitement… trouve quelque chose. Je vais lui téléphoner ce soir et lui dire que je pars, attends une semaine ou deux avant de lui acheter le nouveau fauteuil, il ne se doutera de rien. »

« Tu repars déjà… On n'a même pas… On… »

« Je dois reprendre le lycée, Jake, je ne suis pas venue en vacances ! » rigolai-je.

Il ne cacha pas sa déception, à croire que les gênes de loup étaient bel et bien endormis. Rien en lui ne le mettait en garde contre moi, je comprenais mieux Billy, si cela était possible, il fallait garder cette génération dans l'ignorance. Les vampires étaient devenus bien plus prudents désormais, les Volturi plus puissants que jamais et les humains mis sous surveillance par eux-mêmes. Les nomades savaient que les temps avaient changé et il n'était plus question d'être gourmand. Carlisle espérait que cette évolution aboutirait sur un monde vampirique totalement « végétarien ».

Lorsque je le joignis par téléphone, Billy me répéta de ne plus revenir avec Jasper à Forks. Je lui répétai pour ma part qu'il n'avait plus rien à craindre et promis que nous ne reviendrions plus avec Jasper, mais je ne voulais pas exiler tous les autres membres de mon clan. Jasper reviendrait un jour à Forks, quand Billy ne serait plus là pour désapprouver, et puisqu'il comptait laisser la nouvelle génération avec seulement des légendes, et non plus des instructions, les Quileute ne nous craindraient plus. Un jour peut-être, je pourrais retourner admirer ce squelette de baleine que j'avais installé avec Emmett, je pourrais entrer dans une des maisons que j'avais construites avec Éphraïm, Levi et Quil, je pourrais pêcher et me baigner avec les Quileute.

Mon échappée à Forks se terminait mais je ne pouvais pas retourner à Peotone pour autant, Edward n'avait pas quitté mes pensées un seul instant. Je mourrais d'envie de le revoir, j'avais besoin de le protéger de moi. Pour ma part, je devais m'habituer à cet amour et à cette situation où j'étais amoureuse d'un humain. Je ne savais toujours pas si c'était une tragédie ou un miracle.

La famille ne savait pas encore que je quittais Forks pour retourner dans une petite maison du Dakota du Nord que nous avions acheté vingt ans plus tôt. Je les préviendrais une fois arrivée.

En roulant dans Forks, j'aperçus la fille du pasteur, elle avait bien grandi. La petite Angela avait joué le petit chaperon rouge, d'ailleurs tous l'avaient surnommée ainsi après l'incident, je me demandais si c'était encore le cas. Mais ce que tous ignoraient à part notre famille, Billy et Quil III, c'était qu'Angela, elle, avait été sauvée par le grand méchant loup, Quil III, des griffes du sanguinaire vampire, Jasper.

Mon portable sonna tandis que je pénétrai dans le Montana.

« Allo ? »

« C'est Tanya. Tu dois venir ici, c'est urgent. »

« Pourquoi ? »

« Fais vite, s'il te plait. »

« Pourquoi ? Tanya ? Allo ? Je ne sais même pas où vous habitez en ce moment ! »

« C'est à propose d'Irina… On a vraiment besoin de toi, Bella. Nous sommes toujours à Denali. »

« Je serai là demain soir. »