Chapitre 19
J'inspirai un bon coup en me garant devant ce qui n'avait été qu'un chalet encore deux ans plus tôt, et était désormais une luxueuse villa au nord-est du mont McKinley, que les natifs de la région avaient baptisé autrefois la montagne Denali. Je savais que les trois sœurs refusaient de travailler, ça n'avait pas changé, et que Carmen et Éléazar n'adhéraient pas à la théorie de Carlisle de devoir se soumettre à une comédie humaine pour renforcer notre végétarisme. Alors comment avaient-ils pu s'offrir une telle maison ? Quand bien même ils avaient acheté pour trois fois rien les vingt kilomètres carrés autour de leur villa, le paysage était aussi quasiment stérile et les humains pouvaient voir depuis la route la taille de cette habitation. Carlisle nous aurait prévenus s'il avait donné ou même prêté de l'argent au clan des trois sœurs. J'avais accès à nos comptes, comme chacun d'entre nous, et je n'avais rien remarqué les dernières fois que je m'étais penchée dessus.
« Bienvenue, Bella ! » m'accueillit Carmen.
« J'ai fait au plus vite… Je ne m'attendais pas à ça ! »
« Bien mieux que vos bicoques rafistolées par Esmé… » railla Irina qui s'approcha de moi, les bras croisés sur la poitrine, hostile.
« En effet. » répondis-je seulement.
« Mieux que ta précieuse maison en pleine forêt. » persista-t-elle.
« J'y vais toujours seule, je n'ai pas besoin de beaucoup de place. » précisai-je ne souriant.
Éléazar me prit dans ses bras mais pas avant de m'avoir lancé un regard discret pour me désigner la partie gauche du salon, avant de prendre la parole.
« Bella, laisse-moi te présenter Laurent, le compagnon d'Irina. »
« Félicitations ! » lâchai-je sans pouvoir réprouver un frisson d'horreur face à trois paires d'yeux rouge sang.
« Et nos invités, compagnons de route de Laurent, Victoria et James. »
« Enchantée. » me forçai-je encore.
« Il parait que tu as un don très spécial, fais-nous voir ! » me lança Victoria, une rousse échevelée au regard perfide.
Je serrai les poings, le clan des succubes avaient trahi mon secret, elles savaient pourtant que peu de vampires savaient et que mon don était mon arme secrète pour me défendre. Face à ces trois nomades, je me sentais en danger. Pourtant, je m'exécutai et étendis mon bouclier sur eux trois, Irina le remarqua aussitôt et commença à protester mais Tanya l'arrêta d'un regard.
Elle n'était pas jalouse de Kate qui possédait un don, ni d'Alice qu'elle avait souvent accompagné avec entrain dans ses virées shopping, ni même Jasper pour qui elle avait pitié. Moi c'était une autre histoire et j'avais bien senti que mon arrivée lui déplaisait et que sa jalousie se montrait enfin au grand jour.
« Intéressant. » me dit Laurent.
« Parfaitement inutile. » contra James.
« En effet, ça n'est pas un don qui puisse intéresser les Volturi. J'y ai vécu trois ans et ils ne m'ont pas forcée à rester. » assurai-je en priant qu'ils n'étaient pas au courant déjà de toute ma vie.
« C'est l'heure du dîner, James, allons-y, lui dit Victoria. Laurent, tu viens ? »
« Plus tard, j'aimerais faire plus ample connaissance avec Bella puisqu'elle est venue pour moi. »
« Tu fais une grave erreur. » le désapprouva James et j'avais la sensation que ça n'était pas la première fois qu'il tentait de le garder du côté des buveurs de sang humain.
Une fois les deux nomades loin de la villa, Kate me prit la main, tentant une fois de plus de m'électriser.
« Toujours pas. » rit-elle amèrement.
« Eh non… Bon, vous m'expliquez pourquoi vous m'avez tirée de mes vacances en urgence ? »
« Tu n'avais pas à venir, m'attaqua Irina. C'est Tanya et Éléazar qui l'ont voulu. »
Sur ce, elle quitta le salon, emmenant Laurent.
« Va-t-elle retourner au sang humain ? » demandai-je sachant pertinemment qu'elle m'entendrait.
Tanya se hâte de me détromper.
« Au contraire, c'est Laurent qui souhaite devenir comme nous, ajouta-t-elle. Et nous pensons que tu dois l'aider. Tout comme tu as aidé les autres membres de ta famille. »
« Je ne peux pas rester le temps nécessaire pour son sevrage. » m'empressai-je de répondre.
« Pourquoi pas ? voulut savoir Kate. Carlisle a dit que tu avais besoin de faire un break, que tu avais fait tout un drame chez eux il y a une semaine et était partie. Au lieu de t'enterrer dans ta forêt, reste avec nous, et rends-toi utile. »
Ils étaient sous pression, je le compris alors. L'arrivée de Laurent changeait une dynamique vieille de plus de deux cents ans, et ses comparses ne faisaient de compliquer les choses.
« Et pour les deux autres ? Je suis censée faire quoi ? » grimaçai-je.
« Victoria et James repartent dès demain, m'informa Laurent en revenant seul dans le salon. Ils ont tenu à te rencontrer, par curiosité. Ils n'ont aucune intention de changer leur mode de vie. »
« Mais vous êtes un clan, ils acceptent de te laisser les quitter aussi facilement ? »
Il rigola doucement me faisant sentir bien bête.
« Nous ne sommes pas un clan, ni une famille, ni même des amis. Nous faisons route et cause commune depuis cinquante-deux ans, voilà tout. »
« Ton accent… »
« Français. »
« Depuis quand ? »
« 1743. »
Ma crainte de devoir rester longtemps chez les succubes s'apaisa, un vampire aussi âgé que lui avait forcément assez de contrôle sur sa soif pour se passer de sang humain des mois durant.
« Laurent y parviendra seul. Il n'a pas besoin d'être surveillé par Isabella. » cracha littéralement Irina en se matérialisant devant son compagnon.
« Calme-toi, lui intima Éléazar. Il n'est pas question de surveillance, juste un peu d'aide. »
Laurent enlaça Irina et embrassa son cou, elle ferma les yeux de plaisir mais lui ne semblait pas du tout affecté par elle. Je jetai un regard vers Tanya qui les regardait également avec suspicion.
« Bella, je serai très intéressé par le récit de tes années à Volterra. » me dit le nomade.
J'avais du mal à le cerner et n'étais pas prête à me dévoiler à un vampire nomade que je venais de rencontrer, compagnon au pas d'une de mes « cousines ». Son allure ne m'inspirait pas confiance, comme tous les nomades, sans doute, j'étais trop habituée à fréquenter les membres de ma famille. Laurent détonnait certainement au milieu du clan des trois sœurs, ses cheveux longs séparés par de nombreuses mèches emmêlées, ses yeux toujours luisant du sang humain consommé au plus tard quelques jours auparavant, il portait un vieux costume sans chemise, dévoilant son corps musclé.
« Étais-tu esclave en France ? » ne pus-je m'empêcher de demander, après tout, sa peau avait sûrement été plus foncée encore quand il était humain.
« Non, mon père a sauvé la vie d'un prince, nous vivions à la cour de France. »
« Vraiment ? »
« Tu sembles étonnée. » s'amusa-t-il, mais il était sur ses gardes.
« J'ai étudié l'histoire de France. »
« Tu doutes de moi. »
« Rencontrer un vampire de ton âge est assez rare pour moi, je suis curieuse. » me défendis-je.
« Nous vivions à la cour du Roi Soleil… mais je ne lui ai jamais parlé, en effet. Nous faisions simplement partie d'un splendide et décadent décor. À la mort de mon père, mon frère et moi avons été relégués dans les coulisses, sans aucun rôle à jouer. Un jour, un prince de Russie est venu à la cour, il était fascinant, si différent… C'était un vampire. Il se nourrissait sans restriction et vivait grand train tout en restant à l'écart. Il m'a proposé de le suivre quand les suspicions se posèrent sur lui, il m'a dévoilé sa nature sans pour autant me menacer. Il a accepté de me transformer en vampire et voilà mon histoire. »
« Tu as voulu devenir un vampire ? » relevai-je, atterrée.
Irina, une fois de plus, voulut voler au secours de son compagnon, il n'en avait pas besoin selon moi.
« C'était bien mieux que ma vie d'humain, répondit Laurent, je n'ai jamais regretté. Et toi ? Tu fais partie de ces vampires qui regrettent ? »
« Non. » répondis-je, le pensant sincèrement pour la première fois, uniquement parce qu'Edward était entré dans ma vie.
« Tu vois, Bella, moi aussi je méritais de rencontrer mon âme-sœur. Et toi, sainte Bella, tu es toujours la seule célibataire de ta famille. » me murmura Irina d'un ton que je ne lui connaissais pas, avant d'entraîner Laurent à l'étage.
Carmen proposa de m'accompagner à ma chambre, je la complimentai pour la décoration, les aménagements, espérant connaître la raison de ce changement drastique de logement. Sans être moi-même experte, ni même très intéressée, tout ici semblait dater de plusieurs décennies, quand bien même tout était neuf. Ce qui m'étonnait plus que tout cela, était que je les avais connus tels de bohémiens, presque nomades eux-mêmes, se contentant de petites maisons, d'appartements, de tentes parfois. Désormais Carmen était telle une chatelaine, elle me désignait telle ou telle pièce d'art, la qualité des matériaux, les dimensions des pièces, leur inspiration pour chacune d'entre elles.
« Voici la chambre d'amis que nous t'avons préparé, nous en avons deux, tu as la plus spacieuse. »
« Et les amis de Laurent ? »
« Ils dorment dehors, et ils sont si étranges, entre nous… »
« Ils sont en couple ? » m'étonnai-je.
« Bien sûr ! »
« Mais… il n'y avait aucun geste tendre entre eux. »
« Les nomades sont différents de nous de bien des manières. Tu verras. Tu en apprendras plus sur eux durant ton séjour chez nous. »
« J'ai vécu à Volterra trois ans, j'ai vu mon lot de nomades, et de couples de nomades. Tu es certaine qu'ils sont des âmes-sœurs ? »
« Irina est très heureuse. » répondit sèchement Carmen.
« Je te demandais pour James et Victoria, mais je présume que tu as doutes sur Laurent toi aussi. »
Elle posa un doigt sur ma bouche et me tira dans ma chambre.
« Ils n'entendent rien, tu es sous mon bouclier. »
« Tu peux… aussi faire ça ? » s'émerveilla-t-elle.
« Oui et j'aimerais que ça reste confidentiel ! Pourquoi avez-vous dévoilé mon don à ces nomades ?! »
« C'est Irina, je suis désolée. Éléazar lui a dit qu'elle n'aurait pas dû. Elle est toute à son bonheur. »
« Tu as des doutes ? »
« Je ne sais pas vraiment, nous le connaissons que depuis trois jours. »
« Trois jours ?! C'est une blague ?! »
« Non, les filles sont tombées sur eux, ils étaient en train de décimer un groupe de jeune gens à Denali. »
« Dans la ville même ? Mais c'est une petite ville, ça ne va pas passer inaperçu ! » m'insurgeai-je.
« Ils ne font pas grand cas des mesures de précaution. À croire qu'ils se fichent des lois des Volturi, soupira Carmen. Tanya a dit que Laurent s'est tout de suite intéressés à elles trois mais au bout d'un quart d'heure à discuter, Irina et lui étaient devenus inséparables, le coup de foudre. »
« Quelque chose me paraît très bancal dans cette situation. Mais si c'est son âme-sœur… »
« Tu ne peux pas comprendre en effet, tant que tu ne rencontres pas la tienne. »
Elle posa une main affectueuse sur ma joue et ses yeux emplis de pitié m'énervèrent pour de bon. Je n'allais certainement pas lui annoncer que je savais parfaitement ce que devait ressentir Irina. Et peut-être qu'Irina était tombée amoureuse de Laurent, je pouvais admettre qu'il avait un certain charme, mais James et Victoria était un couple tout à fait atypique, à croire qu'ils n'étaient ensemble que pour tuer, un couple de sadiques dont il fallait se méfier.
« Que penses-tu de ta chambre ? »
« Magnifique. » me forçai-je.
« Installe-toi, nous serons dans le salon, me dit Carmen. Oh, une dernière chose… Le bouclier est toujours sur moi ? »
« Oui. »
« Il est primordial que tu fasses comme si Éléazar est le chef de notre clan. Nous sommes les Denali désormais. Plus le « petit couple et les trois succubes », compris ? »
Honteuse, je me contentai d'hocher la tête mais alors que j'allais l'interroger sur le nouveau rôle qu'Éléazar assumait, Carmen avait déjà disparu de la chambre aux couleurs lilas et rose.
« On dirait une chambre de gamine de six ans, c'est une blague ? » maugréai-je pour moi-même.
Je n'avais que mon sac à main à poser sur le petit lit d'une place, mes deux valises vides étaient restées dans le coffre, si je comptais rester chez les succubes, enfin les Denali maintenant, j'allai devoir faire un minimum d'achats. J'allai pour prendre une douche dans la salle de bains qui m'était réservée, mais finalement restais un long moment perplexe devant les toilettes. J'avais vu cette nouvelle technologie sur internet qui venait du Japon principalement, il y avait plusieurs boutons, tout était très sophistiqué. Mais pourquoi s'embêter à installer ces toilettes ? Je comprenais la nécessité de garder un minimum d'apparence humaine pour leur maison, nous-même avions au moins deux cabinets de toilette dans chaque maison, mais la plupart du temps, il n'y avait qu'un rouleau de papier qui prenait la poussière et personne ne perdait son temps à l'intérieur, sauf Emmett quelques fois. J'entendis alors l'aînée des trois sœurs passer devant ma chambre.
« Dis-moi, Tanya. »
« Oui ? »
Elle entra dans la chambre et me rejoignit dans la salle de bains.
« Tu m'expliques pour la maison ? La dernière fois qu'Emmett et Rose sont venus vous voir, ça n'était qu'un chalet avec quatre petites chambres et aucun cabinet de toilette. »
« C'était le rêve de Carmen depuis très longtemps. » se contenta-t-elle, je la retins par le bras.
« Comment avez-vous pu ? Quand bien-même vous auriez construit vous-même, il a bien fallu payer pour les matériaux, les engins de construction, non ? »
Avaient-ils volé tout ça ?
« Vous êtes visibles de la route. » ajoutai-je.
« Tout a été fait légalement, et nous avons même acquis plus de terrain. Irina et Laurent veulent une maison pour eux, et nous avons hâte que ce projet se concrétise. J'espère que ta chambre te plait, Carmen a refait la décoration hier spécialement pour toi. »
« La tienne est-elle aussi… » je fis un geste éloquent vers ma chambre.
« Ne la vexe pas. »
« Elle ne peut pas entendre, lui révélai-je à elle aussi. Tanya, comment vous avez eu tout cet argent ? Vous travaillez ? »
« N'importe quoi… Enfin pas moi ni les filles. Éléazar a trouvé un nouvel arrangement avec les Volturi, et il est payé, très bien payé, pour ses missions. »
« Je vois. »
« Ne nous juge pas, Isabella. Le monde évolue, nous ne pouvions plus vivre à cinq dans un petit chalet. »
« Pourquoi ? Vous vous mêlez aux humains maintenant ? »
« Un peu… mais là n'est pas la question ! Et vous êtes pareil ! Au début, vous habitiez dans des maisons délabrées, à l'écart. »
« Le temps du sevrage, pointai-je, c'était important de rester loin des humains. »
« Mais à chaque fois, Esmé transformait les ruines en maisons magnifiques. Vous vivez dans le confort, tu ne vas pas me faire croire que ça n'est pas important pour vous. Nous aussi nous avons voulu plus d'espace, une maison sans courant d'air, à l'abri du climat rude de cette contrée. »
« Quelle idée aussi de vivre en Alaska. » raillai-je gentiment mais je l'avais vexée.
« Nous en avons assez de parcourir le globe, nous voulions nous établir assez loin des humains, avec une faune suffisamment abondante pour nous tous. »
« Je suis ravie que vous ayez cette maison, crois-moi, juste décontenancée. Pourquoi ne nous avoir rien dit ? »
« Carmen voulait attendre de toujours terminer, que tout soit parfait. Elle s'est mise en compétition avec Esmé. »
« Mais Esmé n'est même pas au courant et elle n'est pas comme ça, elle sera tout aussi ravie que moi. »
« Bella, ça n'est pas important, je t'ai demandée de venir car je suis inquiète pour Irina. »
« Tu veux dire pour la petite peste qui exhibe son amant ? »
« Tu as bien vu, elle s'est entichée de lui mais ce qu'elle ressent… Carmen et moi pensons que ça n'est pas un véritable amour. Irina ne veut rien entendre et depuis cette seule discussion que nous avons pu avoir elle le lendemain de sa rencontre avec Laurent, elle ne veut plus être séparée de lui. Nous ne pouvons plus rien dire. »
« Il veut peut-être réellement devenir végétarien. » pointai-je.
« Peut-être… Mais tu as raison, ça prendra beaucoup de temps et personnellement, je ne veux pas risquer notre vie ici, notre tranquillité, pour lui. »
« Et ses amis sont… »
« Pervers. Ils torturaient leurs victimes, je n'ai jamais vu des vampires se comporter ainsi. Laurent semble différent, cependant, il tue sans jouer, mais il suit ces deux… nomades, par dépit, par ennui, je ne sais pas. »
« Et ce, depuis plusieurs décennies, alors qu'il a été changé par un prince russe. »
« Un Romanov, tu y crois ? Irina y a vu un coup du destin, puisque nous sommes nées dans cette partie-là du monde également, mais ça n'est pas très probant. »
« Comment a-t-il pu passer d'un prince à ces deux nomades qui ressemblent à des clochards ? Ça n'a pas de sens. À moins qu'il se soit fait des ennemis en haut lieu. » tentai-je.
« Je ne sais pas, Bella. J'ai besoin de toi. J'ai peur pour Irina. Tu as bien vu, elle n'est plus elle-même. Trouver son âme-sœur est censé faire ressortir le meilleur de nous-même, elle est réellement devenue une peste, avec nous aussi, ses propres sœurs. Elle se vante d'avoir un compagnon, de l'avoir mérité plus que nous. »
« Kate en pense quoi ? »
« Comme Tan' » nous dit justement celle-ci.
« Bella aussi pense qu'il y a quelque de louche chez Laurent. »
« Vous parliez de ça ? Je n'ai rien entendu avant d'entrer dans la chambre. Les murs sont vraiment insonorisés, alors. Éléazar dit que- »
« Non, c'est mon don, la coupai-je. Kate, quelle impression as-tu ressenti en le rencontrant ? »
« Un autre don ?! Tu te fiches de moi ! Moi je ne peux qu'électrocuter et toi tu peux faire tout ça, bouclier, couper le son, bientôt tu vas devenir aussi invisible ! Ce n'est vraiment pas juste. » bouda-t-elle.
« Une succube hystérique à la fois, s'il vous plait ! » les priai-je.
Kate me cloua au sol, je me laissai faire et attendis qu'elle sourit.
« Bella, tu tricheras toujours, je t'envie. » avoua-t-elle.
« Mesdemoiselles, il faut que vous arriviez à séparer le petit couple, j'ai besoin de parler avec chacun d'eux séparément. »
« Tanya est inquiète et moi aussi, en un sens, mais Irina est heureuse. Elle va se calmer. Il faudrait juste que tu aides Laurent, on ne veut pas avoir à disparaitre de la région. On aime vraiment vivre ici. »
« Et pourquoi Éléazar doit-il passer pour le chef de famille ? »
« On a remarqué que James et Laurent étaient… sexistes, machos. Pour notre protection, Tanya a prétendu qu'Éléazar était notre chef. »
« Tu as remarqué ça en quelques minutes ? » interrogeai-je l'ainée des trois sœurs.
« Oui, et ça n'est pas tout. Ils sont vraiment nomades, le couple, c'est à peine s'ils se soucient de nos lois. Laurent nous a dit qu'il voulait les quitter depuis longtemps par crainte de représailles des Volturi. »
« Il a dit qu'il aimerait revoir Volterra. » compléta Kate.
« Ça signifie qu'il y est déjà allé… Un nomade qui y va et qui en repart vivant, c'est assez rare. Je peux passer un appel international d'ici ? »
« Oui, bien sûr. »
Une minute plus tard, la standardiste du repère des vampires italiens me dit qu'Ashton me recontacterait au plus tôt.
« Descendons, sinon Irina va se douter de quelque chose. » décida Kate.
« Je suis partie si vite, je n'ai aucune affaire, vous pensez qu'elle acceptera de venir en ville avec moi ? »
« Elle ne t'apprécie pas vraiment… »
« Ça n'est pas de ta faute, s'empressa de me dire Tanya. Elle nous en veut de t'avoir faite venir, c'est tout. »
« Allons-y toutes ensemble, juste entre filles. »
Je demandai à Éléazar de sortir vérifier quelque chose sur ma voiture tandis que les sœurs essayaient de convaincre Irina.
« J'ai besoin de savoir tout de son errance, Laurent t'a dit quelque chose ? »
« Nous savons la même chose que toi, révéla-t-il, lui aussi inquiet visisblement, ce prince russe et plus de deux cents ans plus tard, ce couple de nomades, entre deux, rien. »
« J'ai demandé qu'Ashton me rencarde sur lui, Laurent a déjà séjourné à Volterra, pourquoi ? C'est ce qu'il faut découvrir. »
« Bella, tu t'emballes. »
« Carmen t'a déjà dit pour mon don ? »
« Elle me l'a écrit pour que les autres n'entendent pas. »
« Personne n'entend en ce moment. Vous avez tous des doutes sur son amour pour Irina. Et ces amis, qui nous dit qu'ils partiront demain, et qu'ils partiront sans faire d'histoires ? »
« Il faut que je te dise, James et Victoria ont des dons également. Il ne sait pas que je peux détecter les dons. » me confia Éléazar.
« Mais vous leur avez dit pour le mien, ça n'est pas sympa ! »
« Je sais, écoute, c'est Irina qui a expliqué pourquoi on voulait te faire venir. »
« Quel est le don de James ? »
« Une sorte de flair surdéveloppé, c'est un chasseur hors pair. »
« Pourquoi en a-t-il besoin ? Les humains ne peuvent pas lui échapper. »
« Je ne sais pas. Victoria, elle, est élusive. Elle peut s'échapper de n'importe quelle situation. A eux deux, ils forment un couple redoutable, ne les sous-estimons pas. »
« Un pro de la chasse et une pro de l'esquive, c'est tout ? »
« Ça veut dire qu'ils retrouvent qui ils veulent, et échappent aux conséquences. »
« Les Volturi les ont dans leur viseur ? »
« Je ne sais pas. »
« Quand as-tu été en contact avec eux dernièrement ? »
« Je suis rentré il y a deux semaines d'une mission en Louisiane. »
« Et Laurent ? Tu en penses quoi ? »
« Il semble las de la vie de nomade et très intéressé par notre mode de vie. »
« Une question bête mais… Quand un couple de vampires se forme, ne sont-ils pas en permanence en train de … Je me souviens de Carlisle a voulu continuer à travailler mais il a eu vite fait de se marier et de prendre un très long congé pour leur voyage de noces. C'était insupportable pour moi. »
« Sans doute que Laurent a un très grand contrôle et puisqu'Irina n'a pas attendu aussi sagement qu'elle le prétend, leur passion n'est pas aussi dévorante que d'autres couples. N'oublie pas leur âge, aussi. »
« Même Aro et Sulpicia étaient très… actifs, je m'en souviens, et ils sont ensemble depuis plus de deux mille ans. »
« Je vois où tu veux en venir. »
« Vraiment ? Car vous avez laissé entrer chez vous trois vampires assoiffés de sang humain et vous semblez trouver ça normal. »
« Nous devons le faire pour Irina. »
« S'il est si vieux que ça, Laurent n'a probablement pas besoin de mon aide. Je ne resterai pas, Éléazar, je suis désolée. Je suis très mal à l'aise. »
« Je comprends. Fais comme tu veux. »
Mais il était vexé et me laissa en plan. Puis Tanya et ses sœurs sortirent, Carmen décida de ne pas se joindre à nous. Tanya donna plusieurs coups de coude à Irina qui s'excusa auprès de moi, mais du bout des lèvres, de m'avoir accueillie aussi fraîchement. Dans la petite ville de Denali, elles m'aidèrent à trouver ce dont j'avais besoin, je remplis l'équivalent d'une valise en un après-midi. Sur le chemin du retour, je restai silencieuse, écoutant les succubes se disputer gentiment sur leur prochaine destination pour les vacances d'été. Elles avaient établi ce rituel d'aller passer quelques semaines au soleil, imitant Carlisle et Esmé qui eux possédaient une île. Elles en étaient encore à juste se rendre sur une île inhabitée, à se prélasser dans les eaux chaudes et translucides, et à se délecter de petites proies locales.
« Votre maison est vraiment magnifique. » leur dis-je en l'apercevant au loin.
« Carmen refuse de nous écouter, on a pu décider que pour nos chambres. » se plaignit Kate.
« Arrête, la rabroua Tanya, tu sais que c'est important pour elle. »
« Bella, tu sais, tu n'es pas la seule à te sentir maternée, je n'en peux plus ! » continua pourtant Kate.
« Esmé dépasse parfois les bornes mais j'ai été transformée avant elle, elle materne davantage Emmett et Rose. »
« Carmen a réalisé la déco trouvée dans ce magazine des années 80 qu'elle trimballe toujours, je suis certaine qu'Esmé n'a même pas remarqué qu'elle lui avait chipé ! » ajouta Irina.
« Les filles calmez-vous, on arrive. » leur intima leur aînée.
« Et alors ? On est sous le boucler de Bella. »
« Euh… »
Kate pesta tout bas et Irina leva les yeux au ciel, je n'avais pas envie d'étendre mon bouclier en permanence, d'autant qu'elles vivaient très bien sans. Ma famille aussi n'attendait pas cela de moi en dehors des heures de lycée, et depuis que Jasper contrôlait son don, il tentait de nous convaincre tous de ne plus être sous ma protection. Il avait obtenu ce qu'il voulait puisque j'étais partie.
Les jours suivants, le petit couple continuait de roucouler joyeusement mais sans la passion dont j'avais été témoin face aux nouveaux couples. Les deux autres nomades continuèrent de tourner en rond dans la maison, s'absentant les nuits pour chasser, ils avaient consenti à se nourrir au moins à deux cents kilomètres de Denali. Pour ma part, j'aurais aimé passer à l'entraînement de Laurent mais celui-ci, quand il n'était pas accaparé par Irina, ne cessait de parler avec Eléazar et Carmen, il semblait vouloir tout savoir de leur vie d'avant et des vampires rencontrés. Je remarquai que Volterra et sa cour était un sujet qu'il appréciait tout particulièrement. Quand il était interrogé sur ses propres errances, il restait volontairement vague, prétendant qu'il n'y avait rien d'intéressant avant Irina.
Un matin, je pus enfin parler avec Laurent de ce qui pouvait l'aider à opérer une transition de régime. Ses yeux étaient rouge sombre, il n'avait pas failli, mais à ma connaissance il n'avait pas encore été chasser de proies animales. Après plusieurs heures, il réclama une pause, Irina apparut aussitôt à ses côtés et consciente qu'il n'y mettait de toute façon pas tout le cœur à l'ouvrage, je proposai de nous arrêter là pour la journée. Les autres vampires sortirent pour se joindre à nous. Il fut décidé que nous irions chasser le lendemain, James et Victoria, déclinèrent, j'attendais comme d'autre le moment de leurs adieux.
« Laurent prétend que les Volturi se font livrer des humains. » me demanda de confirmer Victoria.
« En effet… »
« Ça doit être lassant, commenta James, moi je préfère choisir ma nourriture et manger en toute tranquillité. »
« Les Volturi sont plus civilisés qu'il n'y parait. » affirmai-je, décontenancée par leur manque de révérence ou au moins de crainte des rois des vampires.
« Tu les défends ? Avec tes yeux étranges ? » pouffa la rousse.
« Non, pas du tout. Mais je ne les sous-estime pas, ils sont très puissants et ont des yeux partout dans le monde, encore plus à notre époque où il est plus facile de suivre ce qu'il se passe de l'autre côté du monde sans qu'ils n'aient à quitter leur forteresse. »
« Pourquoi es-tu restée trois ans là-bas ? »
« J'ai été vue à la télévision quelques secondes. J'ai été emprisonnée trois ans. »
« Que pour ça ? » s'étonna Laurent.
« Nous devons faire profil bas, il n'y a pas d'exception. » mentis-je, j'aurais dû être tuée mais venant moi-même de Volterra, j'avais été épargnée.
Les nomades devaient réaliser qu'ils manquaient de prudence. Le couple terrible échangea un regard complice et, à mes yeux, sadique. La conversation continua sans moi un long moment, je ne sentais toujours pas à l'aise et imaginais déjà des excuses pour retourner au plus tôt auprès de ma famille. Face à moi, Irina rayonnait au bras de son amant, ses sentiments évidents et le fait de ne plus être seule devait ajouter à son bonheur, pour autant Laurent ne démontrait pas le même engouement. Sans doute que Carmen avait raison, j'avais eu des exemples de couples sans doute exceptionnels qui ne reflétaient pas toutes les nuances de l'amour entre vampires. Laurent me tira de ma réflexion.
« La Nouvelle-Orléans me plait beaucoup, c'est une petite Paris pour moi, j'y retrouve les immeubles, l'ambiance chaude de certains quartiers de la capitale française. Irina, aimerais-tu y aller dès que notre chère cousine me jugera capable de voyager seul avec toi ? »
« Oui, et nous irons en France aussi ! »
« La France ne représente plus grand-chose pour moi, je n'aurais jamais pu être quelqu'un là-bas. »
Ils échangèrent alors une série de mots d'amour avant de s'embrasser goulument.
« Quand es-tu allé à la Nouvelle-Orléans pour la dernière fois, Laurent ? » m'enquis-je, mais ce fut Victoria qui me répondit.
« Nous y étions il y a quelques semaines. On s'est régalé ! »
Éléazar et moi échangeâmes un regard, nous avions une piste et ça n'était pas rassurant.
« Pour moi, c'est le Mississipi… Jamais je n'ai senti un sang plus appétissant qu'à Biloxi ! » partagea à son tour James.
« Tu repenses à ta folle ? » le tacla Victoria.
James se redressa, son corps tout entier se mit à trembler de rage. Il était le vampire le plus monstrueux selon moi.
« Il me l'a prise ! A quelques minutes près, je l'aurais bue moi-même ! »
« C'était il y a longtemps, tenta de le consoler sa compagne, contrite de l'avoir mis en colère. Et Éléazar a dit que tu pourras en rencontrer un autre, un humain dont le sang chantera pour toi. Comment ça se dit en italien déjà ? »
« Cantate. » répondit Laurent, désormais dessoudé des lèvres d'Irina.
« Quatre-vingt-six ans que je salive à chaque fois que je pense à cette fille dans l'asile. Quatre-vingt-six ans. Si je pouvais tuer encore ce vampire qui me l'a volée, je me ferai volontiers. » continua James, toujours agité.
« Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui me mette dans un tel état, lui dis-je en tremblant légèrement. Raconte-moi, s'il te plait. »
Il me donna le moindre détail, sans la moindre once d'humanité, et il parlait d'Alice. C'était à cause de lui qu'Alice avait été changée, l'autre vampire voulait la protéger de James, il l'avait transformée avant l'arrivée de James, et James l'avait tué pour cela. Il avait laissé Alice complètement seule, remettant la fin de son plan à une autre fois, si elle ne mourrait pas avant. Quel monstre.
« Elle n'avait plus la même odeur, et plus aucun intérêt. Elle était enfermée dans cet asile, peut-être qu'elle est restée folle même en devenant vampire ! » plaisanta-t-il.
« Victoria, quand as-tu été transformée ? » l'interrogea Éléazar.
Peut-être avait-il aussi deviné qui avait été la proie de ce sadique et il avait voulu changer de sujet.
« 1569. »
« Incroyable. » ne pus-je m'empêcher de dire.
Elle me fit un clin d'œil malicieux.
« Et je n'ai jamais regretté. Ma propre sœur m'a transformée pour me sauver de la cruauté des hommes et nous faisions partie d'un clan puissant de femmes mais les… Volturi… ces hypocrites prétendirent que nous avions attiré l'attention sur nous, ils ont tué notre chef, j'ai crié aux autres de fuir, je suis la seule à m'en être sortie. Depuis quatre cent trente-cinq ans, je suis en permanence à l'affût de leurs sbires. Je ne demanderais pas mieux de m'installer dans une belle maison bourgeoise comme nos hôtes. Mais ça n'est pas possible. »
« Ça doit être très difficile, lui dit Carmen en posant une main réconfortante sur son épaule. Et toi, James ? »
« 1805. J'ai tué mon créateur quelques mois après ma transformation. Je me suis rendu à Londres pour varier mon terrain de chasse et j'ai traqué Vikki mais elle m'échappait en permanence. Elle est la première et la dernière qui y soit parvenue. Cela m'a intriguée et finalement elle s'est laissée rattraper et depuis nous sommes ensemble. »
Difficile de trouver leur histoire romantique, ce monstre l'avait traquée, c'étaient ses propres mots, et si elle avait été transformée pour échapper à la cruauté des hommes, elle s'était tout de même soumise à un autre mâle. Nous étions donc tous des proies aux yeux de James, humains ou vampires, il s'en fichait. Forcément, j'imaginais mon Edward face à lui, j'en tremblais de peur. Accepter de le voir mourir en tant qu'humain était une chose, mais l'imaginer mourir sous les dents d'un vampire me donnait la nausée, je ne pourrais pas le supporter. Et cela pouvait arriver à tout moment ! Je l'avais laissé seul et sans défense !
« Bella ? » me tira de mes pensées Irina.
« Comment ? »
« Laurent te demandait si tu avais pu voir les rois de Volterra. » soupira-t-elle, irritée de devoir répéter.
« Très brièvement, je suis surtout restée enfermé dans une cellule, je n'étais autorisée à sortir que pour me nourrir et sous escorte. Je ne devais pas être très intéressante pour eux. »
Irina insista ensuite pour s'isoler avec son compagnon, Laurent la suivit mais je perçus qu'il aurait préféré continuer à discuter. Étrange pour un vampire qui venait juste de rencontrer son âme-sœur.
« C'est une bonne chose que tu n'aies pas eu de compagnon, me dit plus tard Victoria. La séparation peut rendre un vampire fou. »
« Vraiment ? »
« Je n'ai passé que quelques semaines sans James, j'ai cru devenir folle, j'aurais pu tuer n'importe qui sur mon chemin. »
« C'est ce que tu as fait. »
« Oui, pratiquement. » admit-elle en souriant.
Je pensais à Carmen qui restait justement plusieurs semaines sans Éléazar quand celui-ci partait en mission pour les Volturi, quelques fois, elle était venue nous rendre visite, elle ne m'avait pas paru terriblement affectée par l'éloignement.
Ils continuèrent à discuter jusqu'à l'heure de notre chasse en commun où Laurent se montra peu enclin à toucher ses proies. Il convint cependant que ce sang pouvait lui suffire et que cette chasse était plus rapide que celle des humains. À notre retour, nous trouvâmes un mot de Victoria nous annonçant qu'ils étaient repartis de leur côté puisque Laurent s'était choisi un autre clan.
« Tu es toujours inquiète ? » me questionna plus tard Tanya tandis que je pensais à Edward, l'imaginant à son clavier, composant, gribouillant, s'énervant, s'extasiant d'avoir trouvé un enchaînement et-
« Bella ? »
« Oui, je ne lui fais pas confiance, consentis-je à lui répondre, me tirant de mes douces rêveries éveillées.
« J'ai demandé à Irina de rester avec nous quelques années, mais elle veut vraiment vivre seule avec lui. J'ai peur qu'il l'entraîne vers le sang humain. Ça a été particulièrement difficile pour elle à l'époque de renoncer au sang humain. Elle a été traumatisée par la mise à mort de celle que nous considérions comme notre mère, nous savons toutes que Sacha avait enfreint une loi, et les Volturi nous ont épargnées. Pourtant, je sais qu'elle bouillonne toujours de rage et rêve parfois de vengeance. »
« Tu crains que Laurent la mène vers une vie de violence ? »
« Il est ancien, qui nous dit que Laurent ne voudra pas retourner à ses habitudes ? Il ne semble pas sensible à l'importance d'une vie humaine. Victoria plus âgée encore et tu as bien vu, elle est aussi sadique que ce James. Tous les vampires sont différents. »
« J'ai eu du mal à croire que ces deux-là forment un couple. »
« Ils se sont plu pour quelques raisons seulement, quelques points communs, l'amour passionnel n'est pas pour nous tous peut-être. Et sans doute qu'être civilisé comme nous le sommes influence sur notre rapport avec les autres. »
« Sans doute. Alors tu penses que Laurent est vraiment l'âme-sœur d'Irina ? »
« Il n'y a qu'un moyen de le savoir, mais elle n'acceptera pas. »
« Aller à Volterra, compris-je. Marcus, lui, pourrait savoir la vérité, déceler la vraie nature et l'intensité de leur lien. »
« Elle refusera, j'en suis persuadée. Aro continue de nous inviter via Éléazar mais c'est impossible, Kate et moi n'accepterions pas non plus d'ailleurs. »
« Tu ne trouves pas étrange que Laurent et le couple de sadique se soient trouvés en Louisiane en même temps qu'Éléazar ? »
« Que veux-tu dire ? »
« Laurent semble très curieux des Volturi et il a bien dit qu'il aimerait retourner à Volterra. Si Éléazar lui propose de l'accompagner à Volterra, Irina refusera de le suivre, et s'ils sont vraiment des âmes-sœurs, Marcus pourra le savoir rien qu'en présence de Laurent, et Irina pourrait peut-être s'en rendre compte en étant séparée de Laurent. »
« Bon plan, Isabella. Mais attendons un peu, ils se douteraient de quelque chose. »
Mais attendre me fut bien pénible. Irina consentit à laisser Laurent travailler sur son contrôle que quelques heures par jour. J'avais beau lui expliquer que le plus tôt il pourrait se promener au milieu d'humains sans un feu dévorant dans sa gorge menaçant de le faire flancher, plus tôt ils pourraient tous deux commencer réellement leur vie de couple de vampires végétariens. Laurent s'adapta rapidement et ne se plaignit jamais devant moi de devoir boire du sang animal. James et Victoria ne donnèrent plus signe de vie et nous avions guetté les informations de la région, à l'affût de morts suspectes, en vain. Leur ancien compagnon de route nous assura pourtant qu'ils ne reviendraient pas pour lui et que leur nature était d'être toujours en mouvement.
Après près de deux semaines à ce rythme, j'étais en train de vérifier la théorie de Victoria sur l'état mental d'un vampire séparé de son âme-sœur. Penser à autre chose qu'à Edward devenait de plus en plus douloureux, je le ressentais physiquement. Tous me trouvaient de plus en plus étrange, et une fois le temps imparti avec Laurent passé, je m'isolais en pleine nature, ne supportant plus d'être dérangée en restant dans ma chambre.
Je débattais jour après jour, heure après heure même, entre retourner discrètement à Peotone, passer mon temps à guetter Edward de loin, sans retourner dans ma famille, ou reprendre la charade humaine et le lycée, ou juste partir très loin mais demander à Emmett de protéger Edward. Et un lundi après-midi, tandis que Tanya et moi mettions au point notre plan pour enfin éloigner Laurent d'Irina, Carmen débarqua dans ma chambre.
« Un appel pour toi, c'est Alice, elle dit que c'est urgent. »
Je levai au ciel, Alice avait tenu plus d'un mois avant de m'appeler, tout était urgent avec elle. Je savais qu'Esmé et Carlisle avaient été en contact avec les Denali, comme ils voulaient être appelés désormais, depuis mon arrivée chez eux mais je n'avais encore parlé à aucun d'eux. J'entendis ma sœur crier dans le combiné, quelque chose n'allait pas.
« Alice ? »
« Bella, vite ! Reviens ! »
« Alice, pourquoi ? »
« Ils veulent tuer Edward ! »
« Qui veut tuer Edward ? Je ne comprends pas ! »
« Jasper et Rosalie ! Reviens maintenant ! Tu dois leur dire ! »
« C'est une blague ? »
